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Full text of "Bulletin du Cercle archéologique, littéraire et artistique de Malines"

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PURCHASED FOR THE 
UNIVERSITY OF TORONTO UBRARY 

FROM THE 

HUMANrriES RESEARCH COUNCIL 

SPECIAL GRANT 

FOR 

ARTS OF THE LOW COUNTRIES AND 

THE GERMANYS, 1600 - 1850 



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BULLETIN 

DU 

RCLE ARCHÉOLOGIQUE 

LITTÉRAIRE & ARTISTIQUE 
DE MALIXES 



19' 



Bibl. LImb. Geschfed 

en Oudheîdk. GenooUcha > 

Afd. Roermond. 



BULLETIN 



DU 



Cercle Archéologique 

LITTÉRAIRE & ARTISTIQUE 
de Malines 



TOME QUATRIÈME 

1893 




''"■SOBIS 0M^> 



MALINES 
Imprimerie L. â ^. G OTfE'K.'K.E , Editeurs 

28, Grand' Place, 28 
1893 



Le Cercle n'est pas responsable des opinions 
émises par ses Membres 



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1 




^,-;'#fï.x*I»7,x*fs;î-si«;xîîw;wj«r\t*i*w^ 



LISTE 



Membres du Cercle 



COMMISSION ADMINISTRATIVE 



Messieurs : 



WILLEMS, Jos., Statuaire, Professeur à l'Académie des Beaux-Arts, 

square Léopold, Malines, Président. 
VAN SEG\^ELT, Edm., Pharmacien et Conseiller communal, jilace 

Ragheno, Malines, Vice-prêsidènt.-^ '■'-. r- 
CONINCKX, Hyac, Professeur à l'Académie des Beaux-Arts, rue du 

Ruisseau, 21, Malines, Secrétaire.' .y.i- »• 
\"AN DEN BERGH, LÉor., attaché à l'Administration dès chemins de 



fer de l'Etat, rue des NonHes,'.Ii,iïialijies, Trésorier. ••.'' . 
EYDAMS, Ad., Géomètre" tltK. cadastre ,' rue des Tar 



REYD 

Bibliothécaire 



anneurs , Malines , 



MEMBRES HONORAIRES 



Messieurs 



BOEY-CEULEMANS, Industriel, marché aux Grains, Malines. 
BROERS, Fr., Bourgmestre et Membre de la Chambre des Représen- 
tants, vieille rue de Bruxelles. Malines. 



VJ 



LISTE 



DE COSTER, Th., Echevin et Conseiller provincial, nie des \'ache3, 

Malines. 
DESSAIN, Ch., Echevin, rue de la Blanchisserie, Malines. 
DIEUDONNÉ, Médecin, rue Notre-Dame, Malines. 
DIERICKX-BEKE, Libraire, Bailles de fer, Aialines. 
T)u TRIEU DE TERDONCK, Propriétaire, Malines. 
GODENNE, Editeur, Grand' Place, Malines. 
HIPPÉ. Directeur des bains St-Pierre, rue du Sac, Malines. 
KEMPENEER, J.. Echevin, Avocat, rue des \'aches, Malines. 
LEBLUS, Médecin, longue rue des Bateaux, Malines. 
LEEMANS, Juge de paix, rue du Bruel, Malines. 
MAGNUS, Mce-président de la Société royale la Réunion Lyrique, rue 

de la Station, Malines. 
MULS, H.. Rentier, rue de la Chaussée, Malines. 
NAGELS, Conservateur ])ensionné des hypothèques, rue des Beggards, 

Malines. 
ORTEGAT, Conseiller provincial, rue des \'aches, Malines. 
TERLINDEN, Lieutenant-colonel de cavalerie, en retraite, boulevard 

des Arbalétriers, Malines. 
THEODOR, Conducteur des Ponts et Chaussées, boulevard des Capu- 
cins, j\Ialines. 
VAN BALLAER, Chanoine, Directeur du Collège St-Rombaut, marché 

au Bétail, Malines. 
\'AN DE WALLE, Notaire, square Léopold, Malines. 
VAN DEN BRANDEN de REETH (Mgr le baron), Evêque titulaire 

d'Erythrée, Rome. 
\'AN HORENBEECK, \'icaire à Téglise Ste-Gertnule, Louvain. 
WITTMANN, Echevin, Docteur en médecine, rue du Sac, Malines. 



MEMBRES EFFECTIFS 



Messieurs 



CORDICMANS, IL, Libraire, Secrétaire honoraire du Cercle archéolo- 
gique de Malines, rue des Chevaliers, Malines. 

UK CANNART d'HAMALE, Léon-, Major, boulevard Dolez, 21, Mons. 

DE GHELLINCK d'ELSEGHEM (comte Amaur3-'), rue de l'Industrie, 
Bruxelles et château d'Elseghem (par Peteghem). 

DE MARNEFFE, Edg., attaché aux Archives générales du royaume, 
boulevard des Capucins, Malines. 



DES MEMBRES DU CERCLE VIJ 



DE NIJN, V., Avocat, rue d'Hanswyck. Malines. 

DK RAADT, J.-Th., 2o5, rue Gaucheret, Bruxelles. 

DlIFORT, J., Capitaine quartier-maître au 3° chasseurs, rue de la Con- 
stitution, Malines. 

ISERENTANT, Professeur à l'Athénée royal, rue du Bruel, Malines. 

FESTRAETS, P., Orfèvre, Professeur à l'Académie des Beaux- Arts, 
rue du Bruel, Malines. 

MEYNS, Architecte, rue des Bateaux, Malines. 

RYCKMANS, P., Conseiller provincial, rue de la Chaussée, Malines. 

ROSIERS, P., Artiste-peintre, Directeur de l'Académie des Beaux-Arts, 

Malines. 

VAN CASTER, G., Chanoine, Archéologue, marché aux Laines, Malines. 

VAN BOXMEER, Pu., Architecte communal, boulevard des Arbalé- 
triers, Malines. 

VAN CAMP, Directeur de l'école communale sud, rue des Chevaliers, 

Malines. 

VAN DOORSLAER, G., Docteur en médecine, marché au Bétail, Ma- 
lines. 

VAN HORENBEECK, P., Pharmacien, rue des Vaches, Malines. 

VAN VELSEN, R., Libraire, Bailles de fer. Malines. 

WITTMANN, J., Docteur en droit, marché aux Laines, Malines. 

MEMBRES CORRESPONDANTS 

Messieurs : 

BECOUET, Ai-iKi;i>, Conservateur du Musée archéologique, Namur. 
BÉTHUNE (Mgr le baron Fki.ix), Archéologue, Bruges. 
CUMONT, Gkorges, Avocat, rue de l'Aciue-luc, Bruxelles. 
DE BEHAULT DE DORNON, AiaiAND, rue de Tuniuie, Bruxelles. 
DE BRAY, Architecte, Anvers. 
DE BRUYN, Hyac, Archéologue, Mesenbeek. 

DELVIGNE, Adolphe, Chanoine, Archéologue, St-Josse-ten-Noode. 
DE MUNTER, Victor, Numismate, Audenarde. 
DEVILLERS, Léop., Archiviste de l'Etat, Mons. 
DE WULF, Architecte, Bruxelles. 
GILKIN, LvAX, Homme de lettres, Bruxelles. 
GILLE, Valkre, Directeur de la Jeune-Belgique, Bruxelles. 
GOOVAERTS, Alpii., Archiviste-adjoint du royaume, rue Juste-Lipse, 
Bruxelles. 



VllJ 



LISTE DES MEMBRES DU CERCLE 



KEELHOFF, Ciiarlks, Abbé, Archéoloj^ue, Xeeibaeien (Limbour^ 

belge). 
HACHEZ, FvAAx, Archéologue, Bruxelles. 

HERMANS, Victor, Archiviste communal, rue des Vaches, Malines. 
LAIREIN, Louis, Abbé, Archéologue, Mons. 
MAHY, Hipp., Homme de lettres, rue de Bodeghem, Bruxelles. 
OUVERLEAUX, Em.m., Conservateur à la Bibliothèque royale, Bruxelles. 
PLISNIER, P., Trésorier de la Société archéologique de Bruxelles, à 

Bruxelles. 
PIOT, Ch., Archiviste général du royaume, Bruxelles. 
VAN EPEN, D.-E., Docteur, à La Haye. 
VAN EVEN, Edw., Archiviste communal, Louvain. 
VERHAEGEN, Paul, Juge au tribunal de i'« instance, rue de Toulouse, 

Bruxelles. 
VORSTERMAN-VAN OYEN, A.-A., Oosterwyck (Brab. sept.). 
WAUWERMANS, Lieutenant-général. Berchem. 
WAUTERS, Alph., Archiviste communal. Membre de l'Académie de 

Belgique, Bruxelles. 
ZECH-DUBIEZ, bMiteur, Braine-le-Comte. 

COMITÉ DES PUBLICATIONS 

Messieurs : 

COXIXCKX, Hyacintiif,. 
CORDEMAXS, Hhxrv. 
HERMAXS, Victor. 
VAN CASTER, Guii.i.AiMic, Chanoine. 

COMMISSION DE LA PUBLICATION DES BIOGRAPHIES 
MALINOISES 

Messieurs : 

COXIXCKX, HvAdXTiii:. 

CORDEMAXS, Henry. 

i)K MARXEFFE, Edgar. 

HERMANS, Victor. 

VAX CASTER, Guiluaumk, Chanoine. 

\'AN DOORSLAER, Gkorges. 



RECHERCHES 



SUR LE 



Nom de Mallnes 



§ I. — Classification et filiation des diverses 
formes du nom 




E nom de Malines apparaît dans les documents 
historiques dès la seconde moitié du neuvième 
siècle. 

Maalinas est la forme sous laquelle on le trouve dans 
l'acte par lequel Chajles-le-Chauve et Louis-le-Germa- 
nique se partagèrent, en 870, les états de Lothaire II (i), 
et dans la reproduction de cet acte, donnée par les An- 
nales d'Hincmar (2). 

Cette forme a été considérée comme romane (3), et il 



(i) Pertz, Moimmenfa Germaniae historica, Leges, t. I, p. Siy. 

(2) Idem, ibid., Scripfores, t. I, p. 489. 

(3) Grandgagnage, Mémoire sur ks anciens noms de lieux dans la Belgique orien- 
tale, p. 72. 



RECHERCHES 



semble que ce soit avec raison (i); mais peut-on affirmer, 
comme on l'a fait, qu'elle est aussi ancienne que l'acte 
où elle figure? Rien ne prouve qu'elle n'ait pas été rajeu- 
nie par les copistes (2). 



Il faut considérer comme thioises, abstraction faite, 
bien entendu, de la désinence latine, lorsqu'il y a lieu, 
les formes suivantes : 

Machlines en *ioo8 (3). La charte où cette forme figure, 
a été donnée à Trêves, et émane de la chancellerie im- 
périale. 

Machlinia en 11 34 (4), vers ii5o (5), en * 1248 (6), 12 55 
(7), *i29o (8), *i3o3 (9), *i3i3 (10), *i338 (11) et dans la 
plupart des actes en langue latine. 



{1) On trouvera plus loin des formes romanes des treizième et quatorzième 
siècles, qui sont absolument semblables à celle-ci, à part la désinence. 

(2) 11 est impossible de se fixer à cet égard. : l'original de l'acte de partage 
semble perdu, et l'on ne connaît plus aucun manuscrit des Annales d'Hinc- 
mar. Quant au fait que ce nom est orthographié de la même façon dans les 
deux sources, il ne prouve rien ; le texte que l'on a publié de l'acte, paraît 
être tiré des Annales. 

(3) Le Glay, Revue des opéra diplomatica de Mirœns, p. 12. 

(4) MiR.EUs, Opéra diplomatica, t. II, p. 964. 

(5) Idem, ihid., t. IV, p. 20. 

(6) Chartrier de l'abbaye de Rosendacl, aux Archives du Royaume. 

(7) WiLLEMS, Codex diphmaticus, placé à la suite de son édition des Bra- 
hantsche Yeesten, t. I, p. 654. 

(8) Chartrier de l'abbaye de Rosendaeï, cité. 

(g) Van Caster, Histoire des rues de Maliites, p. 347. 

(10) Idem, ibid., p. 348. 

(n) NijHOFF, Gedenhvaardigheden tôt de geschiedenis van Geldcrland, 1. 1, p. 384. 

N. B. — Toutes les formes citées dans cette notice sont, sauf indica- 
tion contraire, tirées de chartes. L'astérisque placé devant le millésime 
signifie que la charte est originale, et la lettre R ou T, placée après, 
qu'elle est romane ou thioise. A défaut de l'une de ces lettres, elle est 
en latin. 



SUR LE NOM DE MALI NES 



Machele dans la chronique de Rodolphe, abbé de Saint- 
Trond, mort en ii38 (i). Ce prélat était natif de Mous- 
tier-sur-Sambre, et par conséquent wallon. 

Machlina en *i2i3 (2). 

Machilinya en *I220 (3). 

Megelne en *i283 T (4). 

Machgeline en *I284 T (5). 

Mechelne en *I290 T (6), ^1298 T (7), *i3o3 T (8), 
*i34o T (9), *i356 T (10). 

Maegheline en *i296 T (11) et *i3oi T (12). 

Machelne en *i297 T (i3) et *i3oi T (14). 

Mechlene en ^1297 T (i5). 

Mechghelne en *i3o3 T (16). 

Mechline en*i3ii T (17) et *i356 T (18). 

Machlyn et Machlin, dans le même document, en 
*i3i8T(i9). 

Maghelen en *i3i8 T (20). 



(i) Edition de M. le chevalier de Borman, t. I, p. 239. 

(2) BoRMANS, Carùilaiye (h' réfi;lise Saint-Lambert à Liège, t. I, ]i. 171. L'ori- 
f;iiial de ce document, retrouvé récemment aux Archives du Roj'aume, a 
été envoj-é au dépôt des Archives de l'Etat, à Liège. 

(3) Chariricr de la comiiiaudei ie de Piizeinhourg, aux .\rchives du Royaume. 

(4) Aiialectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de Belgique, t. X\'I. j). 192. 

(5) Char trier de la commande rie de Pitzemhourg, cité. 

(6) Analectes, etc., cité. t. X\'!, p. 11,6. 

(7j Chartrier de la commanderie de Pitcemboiirg, cité. 
(8) WiLLKMS, Codex diplematicus, cité, t. I, p. 709. 
(g) Chartrier de l'abbaye de Roseiidael, cité. 

(10) WiLLKMS, Codex diplomaticns, cité, t. II, p. 5o3. 

(11) Chartrier delà commanderie de Pitzemboiirg, cité. 

(12) Ibid. 

(i3) Chartrier de l'abbaye de Saint-Bernard, aux Archives du Royaume. 
(14) WiLLEMS, Codex diplomaticus, cité, t. I, pp. 693, 696 et 700. Cette forme 
s'y trouve répétée environ cinquante fois. 
(i5) Analectes, etc., cité, t. XVI, p. 200. 

(16) WiLLEMS, Codex diplomaticus, cité, t. I, p. 707. 

(17) 0ns Volkslcven, 4'"" année, p. 143. 

(18) WiLLEMS, Codex diplomaticns, cité, t. II, p. 493. 

(19) NijuoFF, Gedenkii'aardigheden, etc., cité, t. I, pp. 175 et 176. 

(20) Idem, ibid., 1. 1, p. 172. 



RECHERCHES 



Mechlen en *i33o T (i), *i333 T (2), *i356 T (3). 

Mecheline en *i358 T (4). 

Macheline en *i377 T (5). 

Mechelen en *i4og T (6). C'est le nom tel qu'il est en 
usage aujourd'hui en flamand. 

Les formes Machilinxa, Machgclinc, Macghelinc et Ma- 
cheline sont tirées de documents relatifs à la Flandre, et 
appartiennent vraisemblablement aux dialectes de cette 
contrée; elles doivent être celles qui reflètent le plus 
fidèlement le type primitif. Les autres ont été produites 
par la modification ou la chute d'une ou de plusieurs 
voyelles. 



Quant aux formes romanes, les plus anciennes sont 
MaslJnas vers g 10 (7), en 1006 (8) et 1070 (g). 
Maslines en gSo (10), ii55 (11) et "1164 (12). 
Masclines en 107g (i3). 



Grandgagnage trouve ces deux espèces de formes dif- 
ficiles à concilier. « On doit » dit-il « les ranger sous ces 
deux types : roman Maslinas, flamand Machcle ; mais je 



(i) Chai'trier de l'abbaye de Saiid-Beruard, cité. 

(2) NijiiOFF, Gedenkuaardigheden, de, cité, t. I, p. 3oo. 

(3) WiLLEMS, Codex diploniaiicits, cité, t. II, p. 477. 

(4) Gii.LionTs, Inventaire des Archives de la ville de Bruges, t. II, p. 3i. 

(5) Idkm, ibid. 

(6j Ckartrier de la commanderie de Pitsetnbonrg, rite. 

(7) BoKMAXS, Cartidaire de l'église de Saini-Lamhert, à Liège, t. I, p. 17. 

(8) Idem, ibid., p. 26. Voyez la note 7 au bas de la page. 

(9) luiiM, ibid., p. 35. 

(10) luKM, ibid., p. 20. Cette forme est sans doute rajeunie par le copiste, 
comme cela arrive fréquemment. 

(11) Idkm, ibid., pp. 75 et 78. 

fi2) Chartrier de l'abbaye d'IIeylissem, aux Archives du Ro3aume, ch. n° i5. 
fi3) BoRMANS, Cartidaire de l'église Saint-Lambert, d Liège, t. I, p. 42. 



SUR LE NOM DE MALINES 



ne vois pas, » ajoute-t-il, « lequel de ces deux types pour- 
rait avoir produit l'autre, car ch ne peut venir de s, qui 
est cependant plus ancien d'à peu près un siècle et demi, 
ni, à l'inverse, s de ch, surtout à cause du rapport des 
dates, qui est en sens contraire (i). » 

Ce raisonnement manque de justesse. De ce que la 
forme romane apparaît la première dans les documents, 
il ne résulte pas nécessairement qu'elle soit la plus an- 
cienne, car, les deux formes appartenant à des idiomes 
différents, l'existence de l'une n'exclut pas celle de 
l'autre. La thioise peut très bien avoir été en usage en 
dehors des diplômes où l'on s'est servi de la romane (2), 
et être, comme nous en sommes convaincu, la plus an- 
cienne, ou du moins celle qui se rapproche le plus du 
type primitif. 

Il est, d'autre part, surprenant que Grandgagnage ait 
cru devoir se refuser à admettre une affinité entre ch et s, 
alors qu'il venait de constater, quelques pages plus haut, 
que « le s sifflant devient ch en dialecte namurdis » et 
« se change en h aspiré dans le dialecte liégeois (3). » 

Il ne faut pas craindre d'affirmer que la réciproque est 
vraie aussi, et que Maslinas procède de Machlinas par le 
changement de ch en s. On peut citer plusieurs autres 
exemples où cette mutation s'est produite incontestable- 
ment. Il y a d'abord les noms tels que Tubise, Lombise 
et Jurbise, dans lesquels la désinence bise dérive d'un 
primitif bahja, bachja ou bacja, comme le prouvent les 
formes anciennes Tobacio, de 897 (4), et Titbeca, de 1 136 (5) ; 



(i) Mémoire, etc., cité, p. 73. 

(2) L'usage exclusif de la forme romane dans les diplômes du dixième et 
onzième siècle cités plus haut, s'explique par ce fait que tous émanent 
apparemment de scribes liégeois, auxquels cette forme était naturelle- 
ment seule familière. 

(3) Mcinoive, etc., cité, p. 27. 

(4) MiR.tus, Opeva diplomatica, t. I, p. 5o3. 

(5) Idem, ibid., p. 385. 



I^ECHEHCHES 



puis celui d'Astene, qui s'appelait Hachtinna en 967 (i), 
et Ahtine au onzième siècle (2); enfin le Fiirgalare de 
726 (3), où le g équivaut à un //, et qui est devenu 
Vorsselaer. 

Cette mutation s'explique d'ailleurs facilement : h ou 
ch, primitivement aspiré, est devenu chuintant ; la même 
chose, à peu près, s'est produite dans les mots latins 
causa, arca, mica, devenus en français chose, arche, 
miche. La chuintante s'est ensuite transformée en sif- 
flante; c'est le phénomène qui se produit dans la bouche 
des personnes qui, au lieu de chercher, disent cercer. 



La forme Maslinas a produit, en subissant l'influence 
des dialectes, deux formes diverses, qui ont existé paral- 
lèlement. 

Le s de la syllabe Mas, s'est, d'une part, changé par 
rhotacisme en r, tout comme dans le vieux français vas- 
let, qui a donné varlct ; de là sont résultées les formes 
suivantes : 

Marlynes en *ii73 (4), et 

Marlines en I2i3 (5), *i233 R (6), *i264 (7), *i28o R (8) 
et *i356 R (9). 

Cette dernière forme, dont Jacques de Hemricourt se 
sert dans son Miroir des nobles de Hesbaye (10), écrit à la 



(i) De Potter en Broeckaert, Geschiedenis van de gcincaitcn der provincic 
Oosi-Vlaaiideren, i™ série, t. I, notice sur Astene, p. i. . 

(2) Serrure, Cartulaire de Saini-Bavon, p. i8. 

(3) Bréquigxy et Pardessus, Diplomata, t. II, p. 35o. 

(4) Chartrier de l'abbaye d'HeyIissem, cité, ch. n° 27. 

(5) BoRMANs, Carfnlaire de VégUse Saint-Lambert A Liège, t. I, p. 170. 

(6) Gachard, Analectes helgiques, p. 257. 

(7) Chartrier de l'abbave de SoJeilmont. aux Archives de l'Etat à Mons. 

(8) Ibid. 

(9) Chartrier des comtes de Nainnr, aux Archives du Rovaume, ch. n" 806. 

(10) Edit. iSalbray, p. iSg. 



SUR LE NOM DE MALINES 



fin du quatorzième siècle, semble appartenir aux dia- 
lectes wallons des pays de Liège et de Namur. 

D'autre part, cet s s'est supprimé, tout comme dans 
les mots costc, paste, évesque qui sont devenus côte, pâte, 
êvêqtic; de là est provenue la forme suivante, propre sans 
doute aux dialectes du Hainaut et du nord de la France, 
et qui est usitée actuellement encore en français : 

Malines en *ii3i (i), *i28i R (2), ^1287 R (3), ^1298 R 
(4), *i3o7 R (5), *i332 R (6), *i334 R (7), *i358 R (8), *i433 
R(9), *i475R(io), *i489R(ii). 

Cette suppression du s a, comme en français, produit 
l'allongement de la voyelle qui précède. C'est pour mar- 
quer cet allongement que Va a été redoublé, ou addi- 
tionné d'un e, dans les formes qui suivent : 

Maaline dans la chronique de Philippe Mouskès, 
écrite au treizième siècle R. 

Maelines en *I273 R (12), "1297 R (i3) et au qua- 
torzième siècle R (14). 

Maalines en i356 R (i5). 



Il reste un dernier point concernant les formes à élu- 



(i) Chat'ti'ici' de l'abbaye Saint-Jacques à Liège, aux Archives de l'Etat à Liège. 

(2) Chavtricv de l'abbaye de Saint-Bernard, cité. 

(3) Chartrier de l'abbaye de Rosendael, cité. 

(4) Chartrier de la comnianderie de Pitzembouri;, cité. 
(5j WiLLEMS, Codex diploinaticHS, cité, t. I, p. 745. 

(6) Chartrier des comtes de Namur, cité, ch. n" 543. 

(7) WiLLEMS, Codex diplomaiicus, t. I, p. 798. 

(8) luEM, ibid., t. II, p. 563. 

(9) Chartrier des comtes de Namur, cité, ch. 11° 1374. 

(10) Van Caster, Histoire des rues de Malines, p. 362. 

(11) Idem, ibid., p. 368. 

(12) Chartrier du prieuré de Val-Duchcsse à Atiderghem, aux Archives du 
Royaume. 

(i3) Chartrier de la commanderic de Pitzembonrg. cité. 
(14) HoEHLBAUM, Hansisclies Urkundenbuch, t. II, p. 2. 
(i5) WiLLEMS, Codex diplomaiicus, cité, t. II, p. 489. 



RECHERCHES 



cider : celui de savoir ce que sont les désinences as et 
es du type roman. 

Les noms de lieux terminés en as dans les diplômes 
jusqu'au onzième siècle, prennent généralement à cette 
époque la désinence es. Ainsi, tout comme Maslinas est 
devenu Maslines, VAngcigiagas de 844 (i) devient Engcl- 
zcies au douzième siècle (2) et Enghozeies en i337 (3); 
le Thiitnas de 872 (4), Tienes en 1161 (5); le Tiirninas 
de 980 (6), Tîirnines en *ioi5 (7). 

Les deux espèces de désinences procèdent donc régu- 
lièrement l'une de l'autre par affaiblissement de Va en c. 

Remarquons en passant que dans certains noms cet 
affaiblissement est allé même jusqu'à produire la dési- 
nence is : ainsi Thinnas et Tienes sont devenus Thcms 
en 1248 et *i26o (8). 

Quant à la nature de ces terminaisons as, es, is, il est 
certain qu'elles n'ont rien de commun avec les désinences 
casuelles du latin; elles servent, en effet, aussi bien 
pour le nominatif que pour les cas obliques dans des di- 
plômes où, pour le reste du texte, les règles de la décli- 
naison latine sont parfaitement respectées. On trouve, 
par exemple : in villa Angclgiagas, en 844 (g), in Castro 
Frigisingas, en 757 (10), in villa Biirias, en 842 (11), Adum 
Timibas, palatio rcgio, en 846 (12), villa que vocatiir Lincras, 



il) Lac-umulict, Ui'kundcnhuch, t. I, p. 26. 

(2) Eknst, tlistoive du Limhourg, t. VI, ]). 84. 

(3) Grandgagnage, Vocabulaire des anciens noms de lieux, p. 4. 

(4) Bulletins de la Commission royale d'histoire, 4*= série, t. IX, p. 374. On a 
imprime Thuinas, mais cette leçon doit évidemment être corrigée comme 
nous l'avons fait. 

(5) Betz, Histoire de Tirlemonf, t. II, p. 208. 

(6) GuANDGAGNAGE, Mémoire, etc., cité p. 3o. 

(7) Chartrier de Vabbaye de Saint- Jacques à Liège, cité. 

(8) Chartrier de Vabbaye d'Heylissem, cité, ch. n<" 149 et 175. 

(9) Lacomulet, Urhindenbuch, t. I, p. 26. 

(10) RoTH, Ocrtlichkeiten des Bisthumes Freising, Munich, i856, p. 9. 

(11) Beyer, Urhindenbuch. t. I, p. 76. 

(12) luEM, ibid., t. I, p. Si. 



SUR LE NOM DE MALINES 



vers 767 (i), in villa Haies, en *ii46 (2), apitd Thenis, 
en 1248 et *i26o (3). 

Jamais non plus on ne voit dans les diplômes ces noms 
avec les terminaisons œ, arum, ium ou ibus. 

On ne peut, d'autre part, considérer ces formes comme 
des cas-régime romans dérivés d'un accusatif féminin 
pluriel, car, pour qu'il puisse en être ainsi, il faudrait 
que ces noms aient subi une latinisation préalable dans 
la langue vulgaire, ce qui est contraire à toute vraisem- 
blance pour des noms tels que Frigisingas et d'autres ap- 
partenant à des contrées absolument germaniques. 

Une seule explication parait admissible; c'est que la 
terminaison as est une désinence casuelle germanique. 
Voici certains faits qui semblent justifier ce système. 

On trouve souvent pour les noms en as, es et is des 
formes secondaires, terminées les unes en a ou e, et les 
autres en on, un ou en; ainsi Freising est appelé Frigi- 
singaSi Frigisinga et Frigisingun aux huitième et neuvième 
siècles (4); Haelen, Halon en *74i (5) et Haies en *ii46 
(6); Léau, Leicis en iiSg (7), Lewe en *i2i3 (8) et Leeu- 
wen au quatorzième siècle (g); Buvingen, Bovingon au 
dixième siècle (10) et Buvingis en iiSg (11); Tirlemont, 
Thiurias en 872 (12) et Thienen au treizième siècle (i3). 



(i) Grandgagnagp;, Méinoiye, etc., cité, page 35. 

(2) PioT, Cartulaive de Saint-Trond, t. I, p. 70. 

(3) Chartriei' de Vahhaye d'HeyUssem, cité, ch. n"** 14g et 175. 

(4) RoTii, Oeytlichkeiten des Bisthumes Freising, cité, passim. 

(5) PiOT, Cartidaire de Saiiii-Trond, t. I, p. 2. On a imprimé Haleii, mais 
l'original porte Halon. 

(6) Idem, ihid., t. I, p. 70. 

(7) Wauters, La Belgique ancienne et moderne, canton de Léau, p. i. 

(8) WiLLEMS, Codex diplomaticHs, cité, t. I, p. 6r8. 

(9) De Klerk, Brahanlsche Yeesten, v. 377 et 2338. 

(10) PiOT, Cartulaiye de Saint-Trond, t. J, p. 6. Il y a dans l'original Bovingon, 
et non Bovingen, comme le porte le texte imprimé. 

(11) Idem, ibid., t. I, p. 4g. 

(12) Bulletins de la Commission royale d'histoire, 4^' série, t. IX, p. 374. 
(i3) Van Heelu, Rymkronyk, v. 4557. 



lO RECHERCHES 



Or, ces trois désinences as, a et on sont précisément 
celles des cas pluriels des radicaux masculins en a dans 
les langues germaniques; en vieux-saxon, par exemple, 
ces désinences sont as pour le nominatif et l'accusatif, a 
pour le génitif et on pour le datif. 

On se demandera sans doute quelle raison il y a eu 
de donner à des noms de lieux une forme plurielle. Ce 
fait n'est pas inexplicable. 

Ces noms ne sont peut-être que des appellations, for- 
mées au moyen du radical des noms de lieux proprement 
dits, qui ont servi à désigner la population, et qui ont 
fini par désigner les lieux eux-mêmes. 

Les noms de Tongres, Reims et Paris aussi ne sont 
en réalité que des noms de peuplades. 

§ 2. — Interprétation du nom 

Quand une chose n'a pas de nom propre, on la désigne 
par son nom commun, en y ajoutant, au besoin, l'indi- 
cation de l'un ou de l'autre de ses caractères distinctifs. 

Les premiers habitants d'une localité ont nécessaire- 
ment agi de même. 

Parfois ils ont trouvé suffisant de la désigner par sa 
configuration naturelle, ou par sa destination, et lui ont 
donné des dénominations telles que la montagne, la plai- 
ne, le bois, le ruisseau, le marais, le lieu défriché, la cul- 
ture; de là des noms comme Berg, Beeck, Wavre, Rode. 

Mais d'ordinaire ils ont jugé convenable d'y mettre 
plus de précision ; à des dénominations de ce genre, tout 
comme aux termes exprimant l'idée générale de lieu, 
endroit, ils ont ajouté l'indication de certaines circon- 
stances particulières. Ils ont, par exemple, indiqué la 
nature du sol de la montagne ou de la plaine, l'essence 
qui dominait dans le bois, la végétation qui croissait 
sur le bord du cours d'eau ou dans le marais; ainsi ont 



SUR LE NOM DE MALINES II 

été formés des noms tels que Steenberg, Eeckhout, Roos- 
beek, Melsbroeck. 

Les noms de lieux ne sont donc au fond que des noms 
communs. Consacrés par l'usage et identifiés dans l'es- 
prit avec les lieux auxquels ils ont été appliqués, ils 
se sont perpétués sans que l'on s'inquiétât de leur signifi- 
cation primordiale. Si celle-ci nous échappe à présent, 
cela tient surtout à deux causes. 

D'abord, les lois de transformation qui régissent le 
langage humain, ont d'ordinaire enlevé à ces noms leur 
forme primitive, et parfois à tel point qu'au premier abord 
ils paraissent n'avoir rien de commun avec elle. 

Ensuite, les termes dont ils ont été formés, sont la 
plupart tombés en désuétude, ou ont pris dans les lan- 
gues actuelles une autre physionomie, absolument dif- 
férente. 

La voie à suivre pour retrouver la signification d'un 
nom de lieu, est donc toute tracée. Avant tout, il importe 
de rechercher la forme primitive, en établissant, comme 
nous l'avons fait plus haut, l'ordre dans lequel ses formes 
successives procèdent l'une de l'autre. Cette forme re- 
trouvée, on tâche de démêler les éléments qu'elle ren- 
ferme et d'en déterminer le sens au moyen des lumières 
fournies par la linguistique, en tenant compte de l'ordre 
d'idées que les noms de cette espèce ont dû exprimer. 



Le radical du nom de Malines doit, d'après ce que 
l'on a vu plus haut, être Machi-lina. On y distingue deux 
éléments, qui se retrouvent ailleurs associés à d'autres. 

Le premier, Machi, s'aperçoit dans les formes anciennes 
de Metzeren, qui sont Machc-ra (i), Mece-rin et Mece- 



(i) PiOT, Caytidairc de Saint-Tvoud, t. I, p. 32. 



12 RECHERCHES 



res (i), dans celle de Metsenrode qui est Machen-rode (2), 
et dans divers noms de localités allemandes tels que 
Machmin, Machnitz, Mechnitz, Meckbach et Mecklar. 
L'autre élément, lina, se reconnaît dans Wamb-linis (3), 
aujourd'hui Wemmel, dans Pcl-lines et Pcl-linis (4), formes 
anciennes de Pellaines, dans Herche-line (5), actuellement 
Erquelinnes, et dans Jamblinne. On le retrouve également 
dans plusieurs noms d'Allemagne, et notamment dans 
Berlin, Koeslin, Templin, Warlin, Zechlin et Zemlin. 



Le principal de ces deux éléments doit être lina, car il 
est de règle, dans les langues germaniques, que le terme 
ayant le sens le plus général, se place à la lin dans les 
mots composés. 

Cet élément, qui doit être un dérivé de la racine lî, 
dont l'idée est celle de couler, se répandre (6), et du suf- 
fixe démonstratif na, est, croyons-nous, un mot, aujour- 
d'hui perdu dans les langues germaniques, qui a servi à 
Résigner d'abord les eaux qu'une rivière répand au mo- 
ment de ses débordements, et ensuite le terrain trans- 
formé par ces inondations en étang ou marécage. 

Deux faits viennent confirmer cette manière de voir. 

D'abord, les localités dont le nom contient cet élé- 
ment, sont toutes d'un sol bas et humide, et situées 
près de cours d'eau. 

Ensuite, on trouve dans divers idiomes, des mots évi- 



(i) Chronique de Saiut-Troiuî, édition de M. le chevalier de Borman, t. I, 
pp. 148 et i58. 

(2) G.VLESLOOT, Le livre des fetidataires de Jean III, p. 223. 

(3) Wauteks, Histoire des environs de Bruxelles, t. II. p. 3i. 

(4) Chartrier de l'abbaye d'Heylissem, cité, passim. 

(5) DuviviER, Recherches sur le Hainant ancien, p. 607. 

(6) Cette racine se trouve dans les mots latins, li-quor, li-nere, li-nius, dans 
le letti(iue //-/, i)leuvoir, dans le russe li-ti, verser, et dans une foule d'autres 
mots des langues indo-européennes. 



SUR LE NOM DE MALINES l3 

demment congénères, dont le sens fondamental est celui 
que nous attribuons à lina. Ce sont, en vieil anglais lin, 
a pool or collection of water, a mère, a waterfall (i), en 
gaélique linnc, palus, lacus, gurges, sinus, cataracta, en 
gallois llyn, a pool, en vieux-saxon //;/, deepwater, et 
en islandais lynd, aqua scaturiens (2). La source où nous 
puisons ces indications, cite également un mot néerlan- 
dais lyn, qui aurait eu un sens analogue. 



Quant au premier élément, Machi, il doit indiquer une 
circonstance spéciale, propre à un lieu du genre de celui 
que désigne lina. Quelle pourrait bien être cette cir- 
constance, quand il s'agit d'un endroit marécageux? Ce 
doit, nous semble-t-il, être le plus souvent la présence 
d'une plante qui croit dans des lieux de cette nature. 

Il y a une raison de croire que dans le cas présent il 
en est ainsi : c'est qu'on trouve machi associé à rode, 
comme on l'a vu plus haut, dans Machenrodc; or, dans 
les noms ayant pour suffixe rode, terme qui éveille l'idée 
d'un défrichement, le premier élément désigne d'ordi- 
naire la plante extirpée par la main de l'homme. 

Il s'agit ici, croyons-nous, de plantes à feuilles du 
type appelé ensiforme. Machi n'est autre que le gothique 
mêki (thème mâkja). le vieux-saxon mâki et l'anglo-saxon 
mêcc ou mèche (3); sa significatron propre est celle de 
glaive, mais il aura été employé ici métaphoriquement à 
cause de la ressemblance de forme qui existe entre le 
feuillage de ces plantes et le glaive. 

D'après ce qui précède, le nom de Malines signifierait 



(i) NuTTALL, The Standard dictionai'y,\° c'ûa.{o. 

(2) Dictionavium scolo-celticum, Edimburg et Londres, 1828, t. I, p. 576. 

(3) DiEFENBACH, Vergleicluiidcs Woeyterhuch der goikischen Sprache, t. I, p. 58. 
ScHADE, AUdcutches Woerievbnch, t. I, p. 585. 



14 RECHERCHES SUR LE NOM DE MALINES 

un endroit marécageux, voisin d'une rivière, une sorte 
d'estuaire, où croissent des iridées ou d'autres plantes 
ensiformes. 

L'état des lieux justifie-t-il pleinement cette interpré- 
tation? On peut, nous semble-t-il, répondre affirmative- 
ment. 

A une époque reculée, la partie du territoire de Malines 
située à droite de la Dyle, devait, au moment de la marée 
haute, se couvrir à divers endroits de larges nappes 
d'eau. Les nombreux rivelets qui la sillonnent en tous 
sens, et le nom de brtiel (i), porté encore par certaines 
rues, sont là pour l'attester. 

Que des plantes du type que l'on vient d'indiquer 
aient cru dans ce sol sans cesse détrempé par les débor- 
dements de la rivière, il faut le regarder comme certain. 
Elles ont disparu du lit des cours d'eau en ville, mais 
aux alentours on les trouve encore en abondance : on y 
aperçoit des typha latifolia et angustifolia, des sparganium 
ramosum et simplcx, des acorns calainus et des iris psettdo- 
acoriis (2), toutes plantes dont le feuillage a la forme du 
glaive. 

Du sein de ces marais, tout couverts de verdure, émer- 
geait une faible éminence; c'est l'endroit où se trouvent 
aujourd'hui la cathédrale, la grand' place et les halles. 
Là doit être placé le berceau de la ville, car cet emplace- 
ment, parfaitement défendu par la nature, aura tout 
naturellement été choisi par les premiers habitants pour 
y établir leurs demeures, 

Edg. DE Marneffe. 



(i) Bntel est un forme contractée de hrogil, hnigil ou hrciigd, marais. 

(2) M. \ AX Segvklï, à qui nous devons ces renseignements, nous a fait 
connaître le fait suivant qu'il ne sera pas hors de propos de signaler ici : 
près de l'écluse récemment construite sur la Dyle, dans le nouveau lit 
creusé pour modifier le cours de la rivière, la première plante qui ait fait 
son apparition, est \\\\ superbe typha latifolia. 



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TiE GE'BOUWE'hL 



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Rechtbank van eersten aanleg 



OUD HOF VAN 



MARGARETA VAN OOSTENRYK 



te riDccbclcn 




Ie gebouwen, die hedeii te Mechelen voor de 
Rechtbank van eersten aanleg gebruikt worden, 
dienden, van 1616 tôt 1794, voor de zittingen van 
den Grooten Raad ; en een deel derzelve, eerst bewoond 
door de weduwe van Karel den Stouten, Margareta van 
York, werd, na merkelijke vergrootingen, de woning van 
de landvoogdes onzer Nederlanden, Margareta van Oos- 
tenrijk. 

Den lezer willen wij bijzonderlijk in het stoffelijke ge- 
bouw te huis helpen, en hem voor oogen leggen hoe, en 
op welke tijdstippen, de eerst zoo eenvoudige woning 
van Karels weduwe, vervolgens het paleis geworden is 
van die doorluchtige prinses, die, in haren tijd, aan het 
hoofd stond van Europa's staatskunde, en van Mechelen 



l6 DE GEBOUWEN 



eene gevolgde briefwisseling onderhield met vorstcn en 
landbestuurders. 

Wij zullen ook zien hoe het gebouw aan den eersten 
Aartsbisschop van Mechelen, Antoon Perrenot, overging; 
en op welke wijze het later tôt de zittingen van den 
Grooten Raad bestemd werd. Eindelijk zullen wij er 
een woord bijvoegen over de benuttiging der gebouwen 
sedert het einde der achtiende eeuw, en hunne laatste 
herstelling van 1876. 

Het oudste deel is dan de woning van Margareta van 
York. De weduwe van Karel den Stouten betrok dezelve 
in 1497. Te voren bewoonde zij het vroegere Hof van 
Kamerijk, dat zij twintig jaren te voren gekocht had van 
Jan van Burgondië, voor 4000 Rhijnsche goudgulden. 

Na de dood van Karel den Stouten, waarvan zij de 
derde echtgenote was, had Margareta Mechelen als 
weduwengoed verkregen, en hierom kwam zij liever hier 
als elders de overige jaren van haar leven doorbrengen. 
Het Magistraat der stad schonk haar 3ooo Rhijngulden, 
als hulpgeld, om den aangekochten eigendom te her- 
stellen en in eene vorstelijke woning te veranderen. Het 
Hof van Kamerijk was gelegen in de Keizerstraat, op 
de plaats waar zich nu het O. L. V. Gasthuis bevindt. 

In 1478 werden er acht huizen aangekocht tôt het op- 
trekken van eenen nieuwen bouw met verhoorzaal en 
andere ruime vertrekken (i). Al de hieraan bestede uit- 
gaven staan in stadsrekeningen van 1480-81-82 nauwkeu- 
rig aangestipt onder deze bijzondere aanduiding : Hier 
naer volcht cÎK'erk van Myironwe la Diiwargie, in huer Hof 



(i) Die bouw bestaat heden nog, en zijne binnenruimte dient voor stads- 
schouwburg. Dank aan de goede zorgen van het stadsbestuur, is men 
thans bezig met deszelfs voorgevel in zijnen oorspronkelijken staat te 
herstellen. 



I)ER RECHTBANK TE MECHELEN I7 

gewracht. Timmer-, steen-, ijzer-, glaswerk en diesmeer, 
ailes staat er zoo nauwkeurig geboekt, dat men bij de 
enkele lezing den bouw, om zoo te zeggen, ziet uit den 
grond komen, voltooid en bewonderbaar worden. Antoon 
Keldermans maakt het bewerp, en bewaakt de uitvoe- 
ring; Jan De Vleeschouwer levert den steen, en is met 
het metselwerk gelast; Joris De Potter maakt de deuren 
en vensters; Jordaen de smid levert allerhande ijzer- 
werk, vensteibeslagen en traliën; Jacob Van de Wiele 
en Jacob Zeghers ontvangen 20 schellingen van den hosen 
en appelcn te inaken aen de torre; Boudewyn Van der Wyckt 
brengt eene rekening bij van 4 ponden, g schellingen, 
voor het vergulden der appelen en vaantjes die de schou- 
wen en dakspillen bekronen. Zoodanig was de nieuwe 
bouw die men op ruim twee jaren tijds voor Margareta 
had in gereedheid gebracht. 

Intusschen was hare stiefdochter. Maria van Burgon- 
dië, door de dood weggerukt, den 27 Meert 1482, en 
hierdoor was de kleine Philips de Schoone, pas vier 
jaren oud, heer van Mechelen geworden. Zijn vader, 
aartshertog Maximiliaan, wien de Mamingen de voogdij 
zijner kinderen wilden ontkennen, had den jongen prins 
uit Gent weten te trekken; en in 1485 zond hij hem in 
bewaarnis naar Mechelen, bij Margareta van York. Het 
Magistraat, met rede fier over het vertrouwen van den 
Aartshertog, kwam op het gedacht van het nieuw ge- 
bouwd paleis aan den jongen Philips aan te bieden, in 
hoop van dezen alzoo hier voor goed te kunnen behou- 
den. Margareta stemde daar in toe, en stond haren 
eigendom af voor de som van 12000 ponden Vlaamsch, 
van 40 grooten het pond. Zij teekende op 10 February 
i486 eene voorloopige erkentenis van inwilliging, en de 
eigenlijke verkooping werd den 4 x^ugustus 1487 voor de 
Schepenen gedaan, met voorbehouding dat Margareta, 



j^ DE GEBOUWEN 



in rust en vrede, haar leven gedurende, in het hof zal 
mogen blijven. Edoch, tien jaren later, in 1497, zoo wij 
hooger zegden, verliet de oude prinses het paleis, dat 
voor haar met zooveel arbeid en onkost was opgeschikt 
p-eweest, om zich buiten het sfewoel van het Hof, in eene 
eenvoudigere woning af te zonderen. 

Deze nieuwe woning had harcn ingang in de \\)ocht- 
straat, en haie bijzonderste gebouwen stonden langs den 
kant van Sint-Peeters kerkhof, achter het koor der oude 
kerk. Men maakte over de straat eenen bedekten gang, 
die langs den Epistelkant op den grooten autaar uitzicht 
had. Daar was het dat de oude Margareta de goddelijke 
diensten harer parochiekerk bijvvoonde. Zij overleed in 
die nederige woning den 23 November i5o3. 

Margareta's lijkplechtigheid gebeurde in de oude Sint- 
Peeters en Pauwels kerk, maar haar lichaam w'erd vol- 
gens haren uitersten wil in de kerk der Minderbroeders 
begraven voor den ingang van het koor, onder het doxaal. 
De grafsteen bevatte eene koperen plaat met latijnsch 
opschrift, in het nederduitsch aldus luidend : 

<c Onder 'de plaat van den ingang dezer koor, heeft m god- 
vruchtige nederighcid haar lichaam doen begraven, de door- 
liichtige prinses Vrouiv Margareta van Engeland, hertogin 
van Bîirgondiën, zitster der doorluchtige prinsen Edward en 
Riehard, koningcn van Engeland, echtgenote, voor dezen, van 
roemrijker aandenken, Karel, hertog van Burgondië7i en Bra- 
bant, graaf van Vlaanderen, Artois, enz., heer van Mechelen, 
godvriichtige lever aarster van den Godsdienst. Zij overleed in 
de stad Mechelen, hare weduwgift, den 23"' dag van Novem- 
ber, in het jaar onzes Heeren iSo3. Bidt voor haar. » 

Aan dit verzoek van voor de doorluchtige afgestorvene 



DER RECHTBANK TE MECHELEN IQ 

te bidden, wordt heden nog voldaan, alhoewel het graf- 
schrift reeds sedert meer dan drij eeuvven verdwenen is. 
Ja, men doet dit nog : voor haar bidden. Jaarlijks im- 
mers wordt er in Sint-Rombauts kerk, op het einde van 
Meert of in het begin van April, een jaargetijde gedaan 
voor eenige der vroegere heeren van Mechelen, waaronder 
de weduwe van Karel den Stouten genoemd wordt (i). 

Na de dood van Margareta van York, bleef hare wo- 
ning vier jaren ledig. Bij brieven van i8 Meert iSoy, 
werd Margareta van Oostenryk, weduwe van hertog 
Philibert van Savoye, door haren vader, keizer Maximi- 
liaan, aangesteld als landvoogdes onzer Nederlandsche 
provinciën. 

Zij was geboren te Brussel, den lo Januari 1479 (2), 
en werd reeds in drijjarigen ouderdom verloofd aan den 
oudsten zoon van Lodewijk XI, koning van Frankrijk. 
In April 1483 naar Parijs gezonden, kreeg de jongc 
prinses aldaar, aan het hof, eene w^elbezorgde opvoe- 
ding. Zij deed er snellen voorgang in aile wetenschappen 
en kunsten, onder het geleide van voorname meesters, 
en zoo ontwikkelden zich die gegronde kennissen die 
haar later in menige moeilijke omstandigheden helpen 
zullen. 

In 1493 wordt zij van het Fransche Hof weggezonden, 
nadat Karel VIII, aan wien zij verloofd was geweest, 
met Anna van Brittanië in den echt getreden was, en 
komt te Namen verblijven. 

Vier jaren later doet zij ondertrouw met den zoon van 



(i) Ziehier hoe dit jaarg-etijde in de Kartabel van het bisdom aangetee- 
kend staat : «f In Ecclesia Metyopolitana, Anniversayinm 3 cl. Domini Waltheri IV 
de Berthout, Domini M cchliniensis . Obiit lo Apr-iKs 1240. Dominae Margareiae 
Ehoraceusis, Ducissae Burgundiae. Obiit 23 Nov. i5o3. Domini CaroJi. Ducis. et 
Dominae Mariae Biirgondiae ejus Filiae. » 

(2) Volgens nieuwen stijl, 10 Januarv 1480. 



20 Dli GEBOUWKN 



den Koning van Spanje. Het schip dat er haar moest 
henen brengen, was een oogenblik in gevaar van te ver- 
gaan. In dien akeligen toestand, maakte zij zich, zoo 
men zegt, het volgende grafschrift dat zij in eene bus 
gesloten den oceaan in bewaarnis gaf : 

Cy gist Margot, la gente demoiselle, 
Ou'eust deux maris et si mourût ynirelle. 

Hetgeen Willems in het Belgisch Muséum aldus heeft 
overgezet : 

Hier ligt Margriet, een meisjen huj)scli en rijk, 
Gestorven maagd in Iweeden huwelijk. 

Eindelijk stilde het onweder, en Margareta kon geluk- 
kiglijk aanlanden in de haven van Sint-Andries, van 
waar zij met allen luister en pracht, door koning Ferdi- 
nand V zelve, naar Burgos geleid werd. 

Daar had zij nu het vooruitzicht van eens konigin van 
Spanje en Castilië te worden. Maar, eilaas, zij scheen 
voor het geluk niet geboren, want den 14 October 1498 
verloor zij den prins haren gemaal, en was nu waarlijk 
weduwe in den echten zin des woords. Zij verliet dan 
Spanje, en kwam naar de Nederlanden weder. Twee 
jaren later, in i5oi, ging zij een nieuw huwelijk in met 
Philibert den Schoonen, hertog van Savoije, die in 1604, 
na een jachtvermaak, door eene borstvliesontsteking ten 
grave gesleept werd. Margareta had met hem omtrent 
vier aangename jaren doorgebracht, en dit overlijden 
deed haar eenen droevigen indruk dien zij naderhand 
gedurig behield. Hierom weigerde zij vervolgens de hand 
van Lodewijk van Hongarië, van Hendrik VII, koning 
van Engeland, en van verscheidene andere prinsen. Zij 
nam dan 00k de zinspreuk aan : Fortune ùiforiîme fort 
une. In vrije overzetting : de fortuin is mij zecr ongtmstig. 

Drie jaren nadien, in iSoy, zoo wij hooger zegden, 
werd Margareta gelast met het bestuur der Nederlan- 



DER RECHTBANK TE MECHELEN 21 

den. Dien ten gevolge zou zij zich te Mechelen komen 
vestigen. Maar de kleine huizing met welke de oude 
Margareta zich had tevreden gehouden, was niet vol- 
doende om tôt verblijf van eene keizers dochter te die- 
nen ; en hierom bevool Maximiliaan al de aanpalende 
eigendommen aan te koopen. Deze eigendommen be- 
hoorden Ridder Jeroon Lauwerijn, die deze eenige jaren 
te voren (i) achtereenvolgens had aangekocht, waar- 
schijnlijk met eenig inzicht van ze later voor het vergroo- 
ten van het Hof te kunnen overlaten. 

Die Lauwerijn was aigemeene schatbewaarder van den 
Aartshertog, en hij had die zaak der verkooping zijner 
huizen zoo wel bewerkt, dat de stad Mechelen er voor 
geene duit moest tusschen komen. Daarom ontving hij 
van het Magistraat eenen wijnpot van vijftig gulden 
Brabants (2). 

Het jaar daarna koopt de stad nochtans drie kleine 
huizen gelegen achter Sint Pieters kerk, in de Korte 
Maagdenstraat, en nog een grooter huis dat op den hoek 
der Voochtstraat stond. Met der haast valt men aan het 
metsen en timmeren. Er wordt veel kareel- en witte 
steen geleverd, men maakt deuren en ramen, tafels, bed- 
dekoetsen, kommen, zetels en scabellen; en de bouw is 
in i5io bewoonbaar, Hij is voorzien van m.eubelen, glas- 
ramen en muurschilderingen. Hij bevat, onder andere 
plaatsen, de camcr van Myvrouwe, en hare Librarijc of boe- 
kenzaal. Aan deze laatste maakte men een portaal met 
binnen en buitenwaartsche dubbeldeuren voorzien van 



(i) Die ridder Lauwerijn bezat reeds eenige eigendommen aldaar; toen 
hij in i5oi, i5uJ, en i5o4, de nabijliggende nog aankocht. 

(2) Stadsrekening iSoy-iSoS. Item {^begeve leronimy Lamcerijn, ridder, trésorier 
ans gheitaedichs heere, voor zekere diensten, der stad gkedaan, in 7 prcctisseeren ende 
beleyen van den coepe van Myvroiiwe van Savoyen hove, aïs dat de Stad daaraf onhe- 
last bleef. Voor een gratuytcyt. L. lib. brab. 



22 DE GEBOUV.'EN 



grendels en sloten. De boekenkasten, rondom tegen de 
muren geplaatst, waren beveiligd met ijzeren traliewerk. 
Men vond er zitbanken, staande lessenaars, en eene soort 
van gestoelte, met hoog rugpanneel en bovenhangend 
gehemelte, voor de aartshertogin zelve bestemd. Dat was 
het vertrek waar Margareta, omringd van geleerden en 
kunstenaars twintig jaren van haar leven heeft door- 
gebracht. In de boekenzaal stonden nog de witte mar- 
meren borstbeelden van Margareta en haren betreurden 
gemaal, hertog Philibert, wiens volledige wapenrusting 
daar ook prijkte (i) op eenen ijzeren vertinden schraag- 
voet (2). 

Maar het Hof is nog niet groot genoeg : den 4 Juny 
en den ig September van hetzelfde jaar i5io, koopt de 
stad twee huizen : het eene in de Voochtstraat, het 
andere in de Keizerstraat gelegen. In i5ii en i5i2 werkt 
men dapper aan den bouw langs de Voochtstraat. A'an 
i5i3 tôt i5i8 wordt het nog overige deel er van afge- 
maakt, en de meubelen verveerdigd. \^erscheidene schil- 
ders zijn gelast met de versiering van het inwendige. 
Deuren en ramen worden langs binnen en buiten in het 
groen geverwd. Eenige zalen zijn in gelen, andere in 
blauwen damast geschilderd. Omtrent denzelfden tijd 
maakt men eene groote nieuwe stove of badkamer, en 
men hersteld de oude. 

Twee vleugels van het Hof zijn nu voltrokken : de 
eene langs Sint-Peeters kerkhof, en de andere langs de 



(i) Naluid van het volgende uittreksel van den inventaris der voorwer- 
pen die zich in Margareta's woning bevonden : <.i AnJtrcs pièces estant en la li- 
brairie, dont la déclaration s'ensuvt : premier, la représentation de feu Monsieur de 
Savoie, que Dieu par doint, fête de marbre blanc, de la main de maitre Conrat. — Son 
karnast complet. — La représentation de Madame, fête de même vtnin et marbre que le 
précédent. » 

(2) Stadsrekening i522-i523. Item van eenen ijzeren voete vertint, daer 't 's her- 
ioghs van Savoye hernasch op stact. iij s. 



OUD HOF VAN MARGARETA VAN OOSTFA-RIJK, Tl-, MI-C.llF.LF.N 




PLiat I. — Gïuuiderii van dcn qrooten in!janq\ 



Bulletin au Cercle Archéologiques Littéraire et Artistique Je Malines, t. IV, p. aj. 



DER RECHTLîANK TE MECHELEN 



Voochtstraat. In dezen laatsten nochtans ontbreekt nog. 
de groote eeretrap die eerst in i52o zal atgemaakt 
worden. 

Reeds van in iSiy had men nog den voorbouw tegen 
de Keizerstraat begonnen aan te leggen. Het nieuwe 
gebouw werd in hervormingsstijl uitgevoerd; maar de 
middeleeuwschen invloed schijnt er nog in door. Het is 
waarlijk een ouderwetsche bouw met nieuwerwetsche 
versierigen. 

Men weet niet wie er^het gedacht van heett ingegeven. 
Misschien was het een kunstenaar die gereisd had in 
andere landen waar de hervorming in de bouv/kunst 
reeds in voege was. Wat er ook van zijn moge, de uit- 
voering van het nieuwe werk werd toevertrouwd aan den 
stadsbouwmeester Rombaut Keldermans. Hij maakte de 
bewerpen en de patronen volgens dewelke het steenwerk 
moest gekapt en geplaatst worden. En dit doet ons 
eenigszins verstaan hoe die nieuwe bouw, hoewel in her- 
vormingskleedingpracht uitgedoscht, nochtans in zijne 
bestanddeelen en ledematen zooveel van het middel- 
eeuwsch karakter behouden heeft. Dit is, voor het minst 
geoefend oog, zichtbaar aan de gaanderij van den grooten 
ingang, waar zich de trap tôt de verhoorzaal bevindt. 
(Zie Plaat I). Twee van de vier bogen zijn nog spitsvor- 
mig, alhoewel hunne omlijsting den hervormingsstempel 
draagt. Wat meer is, eene der drij kolommen, op welke 
de bogen steunen, is derwijze uit een stuk arduin uitge- 
houwen dat zij van den buitenkant middeleeuwsch, en 
van den binnenkant hervormd voorkomt. 

In 1 5 19-1520 werd de groote steenen trap voltrokken, 
met de twee ruime harnasvensters die er licht op geven. 
Eindelijk bouwt men, in i525, de gaanderij met den 
gang daarboven, tegen den vleugel der Voochtstraat. 



24 



DE GEBOUWEN 



Men was voornemens eene dergelijke gaanderij te ma- 
ken tegen den bouw die zich langs den hof van het 
Passanten-gasthuis uitstrekt. Een bewijs daarvan vinden 
wij in de verbindingsteenen die men aan den muur van 
hooger gemelden vleugel had laten uitsteken (i). Zoover 
stonden de gebouwen, na drij-en-twintig jaren arbeid, 
toen Margareta stierf, den 3o November i53o. 

Het valt in ons bestek niet die wonderbare vrouw vol- 
komenlijk af te schilderen. Wij bepalen ons aan eenige 
trekken, om een gedacht te geven van de gegronde ken- 
nissen die zij in het bestuur onder Nederlanden aan den 
dag legde, en der schranderheid met dewelke zij dezelve 
tes:en den heblust onzer zuiderburen heeft weten te ver- 
dedigen. 

Hare gedurige onderhandelingen met de vernuftste 
staatsmannen van haren tijd, toonen dat zij, om zoo te 
zeggen, het al bestierde in Europa. De grootste moei- 
lijkheden heeft zij weten uit den weg te ruimen om haar 
vaderland, uit zoovele kleine staten gevormd, eensgezind 
te maken van binnen, en het van buiten door de andere 
natiën te doen eerbiedigen. 

De Kamcrijkschc vrede van lo December i5o8, die voor 
eenigen tijd Europa's rust verzekerde, was haar werk. 
Zij had het druk gehad om geen plekje gronds door 
Frankrijk te laten inpalmen. Somtijds, gedurende de 
onderhandelingen, zoo schreef zij later aan de gezanten 
van Castilië te Londen, moest zij zoo fel worstelen tegen 
den vcrdediger van Frankrijks eischen, dat zij er hoofd- 
zweer van had, en dat zij beiden dachten elkander in 
het haar te vliegen (2). 



(i) Deze tweede gaanderij is eerst voltrokken gewordeii bij de laatste 
hcistelling van het oude Hof, in 1876-1882. 
(2) Qu'elle en avait souvçnt mal à la teste, et qu'ils ctiydoient se prendre an poil. 



DER RECIITBANK TE MECHELEN 25 

In i526 was zij naar Spanje vertrokken om aan het 
Vrcdeverdrag van Madrid mede te werken ; en in 1629 
besloot zij namens den keizer, haren neef, die in hare 
behendigheid het grootste betrouwen stelde, een akkoord 
met de moeder en de zuster van Frans I, koning van 
Frankrijk, welken deze princessen vertegenwoordigden. 
De onderhandelingen hadden drij weken geduurd en 
schenen zelfs, een oogenblik, gestaakt te moeten worden. 
Maar Margareta haalde het er wèer door, en Der Vroit- 
wen Vrede, zooals men hem noemt, werd door de belang- 
hebbende partijen goedgekeurd. Nederland was wederom 
begunstigd, en Frankrijk vernederd. 

Voor het bevorderen der kunsten en wetenschappen 
bleef zij 00k niet achteruit. Geleerden van allen aard 
waren bij haar te huis. Ondanks de groote en menigvul- 
dige kommernissen die haar als landvoogdes ten laste 
vielen, wist zij bij tijds eenige ontspanninguren te ver- 
schaffen, om zich door muziek, dicht of letterkunde den 
geest te vermaken en op te beuren. 

In hare eigene dichtstukjes, allen van zachten treur- 
zin, jammert zij op aile voozen; doch hare buitengewone 
zielskracht schijnt er immer door, hare geliefde zins- 
spreuk zweeft altoos voor haren geest, zij erkent en 
bestatigt dat ailes in het leven haar was tegen geslagen. 
Maar dit belet haar niet van somtijds vermaak te vinden 
in spuiterijen en schertsen die aan sommige freulen onzer 
dagen wellicht, voor het minste, ongepast schijnen zouden. 

Naar lichaams toestand leed Margareta jaren lang aan 
eene kwaal die zich, men weet niet wanneer, omtrent den 
linkervoet eene bestendige plaats gekozen had, en van 
tijd tôt tijd eene wonde veroorzaakte. Reeds in i520 
was er voor haar, op 's stadskosten, een draagzeter(i) 



(i) Stadsrekenmg i52o-i52i. Item hetaelt Ghccrdcn ( Van der Vekeii) voerscrevë, 
van ij Wageschote boonieu dicncndc totten seetélc dacr Mvvrouwe met gedraghen wort. 
CostcXVd. 



26 DE GEBOUWEN 



gemaakt geworden, omdat de gang haar soms zoo moei- 
lijk viel, of zelfs onmogelijk was. Hare laatste reis 
naar Kamerijk, in i52g, moet haren toestand verergerd 
hebben. Eindelijk, in i53o, klom de ontsteking in het 
linkerbeen omhoog, en men vend geraadzaam van de 
kwade vochten, langs de opengemaakte wonde, naar bui- 
ten te helpen. Dit verlichte de zieke wel een weinig, 
maar aile vrees was niet verdwenen. Zoo schreef graaf de 
la Laing aan Keizer Karel, den 28 November i53o (i). 

Den 3o November laat Margareta zelve aan den kei- 
zer haren neef, weten dat het met haar welhaast gedaan 
zal zijn, zij geeft hem hare laatste vermaningen en maakt 
hem haren eenigen erfgenaam. Die laatste brief van 
Margareta, in het Fransch geschreven, luid aldus in 
nauwe overzetting : 

« Mijnheer, het uiir is gekomcn op hctwclk ik 11 niet mecr 
cigenhandig schrijven kan. Ik bevind mij in zoodanige ontstcl- 
tenis, dat ik met twijfel of miJ7i leven moet kart wezen. Ik ben 
verzekerd (2), en geriist in mijn geweten, en in ailes bereid oni 
te ontvangen wat het God behagen zal mij ovei' te zenden; zon- 
der eenig spijt, nitgenomcn de ontbeering van uwcn persoon, en 
ook dat ik u, voor mijne dood, niet eens zien, nog met u spre- 
ken kan. Daarom, ter oorzake van bovengemeldcn twijfel, zal 
ik hierin trachten gedeeltelijk te voldoen door de zen mijnen 
brief, welken ik vrees den laat st en te zijn dien gij van mij heb- 
ben zult. Ik heb n aangcsteld als mijnen algemeenen erfgenaam, 
en voor het al, op lasten van mijn testament welkers iiitvoering 
ik u aanbevcel. Ik laat u de Nederlanden, die ik in uwe afwe- 
zigheid niet alleen bewaard heb, gelijk gij ze mij bij uw vertrek 
toevertrouwdet, maar grootelijks vermeerderd ; en geef u, het 



(i) Zic : Gachard. Documents concernant l'histoire de la Belgique, I, 
p. 291. 

(2) Zooveel als : Ik heb de laatste HH. Sacramentcn ontfangen. 



DER RECHTBANK TE MECHELEN 27 

bestiiiir derzelve weder, denkende mij er wel van gekweten te 
hebben, en zoowel, dat ik hierover verhope goddelijke belooning, 
uwc tcvredcnheid, Mijnheer, en voldoening uwer onderdanen. 
Ik beveel u ook den vrede, bijzonderlijk met de koningen van 
Frankrijk en Engeland. En eindelijk, Mijnheer, smeek ik u 
dat de liefde die gij het arme lichaam hebt willen toedragen, 
mijner ziele zaligheid gedenken zou, als ook der aanbeveling 
mijner arme dienstboden. U het taatste vaarwet zeggende, 
Mijnheer, smeek ik God dat Hij u voorspoed en lang levé ver- 
gunne. 

Uit Mechelen, den laatsten dag Novembris 1S20. 

Uwe ootmoedige moei, Margareta. » 

Denzelfden dag schreef graaf de la Laing insgelijks 
aan den keizer om hem te melden dat zijne moei de 
laatste HH. Sacramenten had ontvangen, en dat er meer 
vrees dan hoop was voor haar leven (i). Er werd ook in 
de stad eene plechtige processie gedaan met het Aller- 
heiligste Sacrament, om van den hemel de genezing der 
doorluchtige zieke af te smeeken. Maar God beschikte 
er anders over. Margareta stierf omtrent middernacht, 
in den ouderdom van 5i jaren, 10 maanden, 20 dagen. 

Zij had drij testamenten gemaakt, en al wat zij na 
hare dood wilde gedaan hebben, op het nauv^keurigste 
beschreven (2). Haar lichaam moest vervoerd worden 



(i) Zie : Gachard. Documents concernant l'histoire de la Belgique, I, 
p. 292. 

(2) In dit van 20 February i5oS, zegt zy : « Nous élisons sépulture de nostrc corps 
eu lesgîise du couvent de saint Nycolas de Tolentin lez Bourg-en-Bresse, lequel avons 
fondé et faisons présentement édifier et construyre : Nous voulons et ordonnons que par 
les exécuteurs de uostre présent testament, cy aprez nommés, soit acheité uug ou deux 
draps, tels qu'ils adviseront, pour mectre sur uostre dit corps, et à chascungz quarré 
des dicts draps, ou draps, soveni mises nos armes en bordure, et voulons estre inhumée 
auprès du corps de feu uostre très chier seigneur et mary, le duc Philibert de Savoye, 
que Dieu absoille, du cousté senestre ; et au destre sera le corps de feu madame Margue- 
rite de Bourbon, sa mère; et h corps de mon dict seigneur et mary au milieu.» 



28 DE GEBOUWEN 



naar de kerk van Brou, die zij in voldoening eener be- 
lofte harer schoonmoeder had laten bouwen, om aldaar 
gezet te worden in den grafkelder onder liet koor, waar 
de overblijfselen van haren voormaligen echtgenoot her- 
tog Philibert, en die harer schoonmoeder alreeds berust- 
ten. De ingewanden werden in de oude Sint-Peeters kerk 
ter aarde besteld, en haar hert had zij aan de Annoncia- 
den van Brugge nagelaten. 

Buiten de begrafenis die in hare parochie-kerk van 
Sint-Pieter plaats had, werd er zes weken later een zeer 
plechtige lijkdienst gedaan in Sint-Rombauts. 

Den 22 Januari i53i, werd het lichaam, gezamenlijk 
met het hert, naar Brugge gebracht, in prachtigen lijk- 
stoet : vijftig bedienden met brandende flambeeuwen 
omringden den lijkwagen. Het stoffelijk overschot der 
prinses werd aldaar in de kerk der Annonciaden voor- 
loopig begraven, en eerst den 21 April i532, naar Brou 
overgevoerd. Het hert, eerst geplaatst in de grafstede 
van hare moeder, Maria van Burgondië, in de O. L. Y. 
kerk, werd den 6 Februari i53i aan de Annonciaden 
gegeven. Keizer Karel liet er eene kostelijke grafstede 
voor maken, die in i5yS door de geuzen gedeeltelijk 
vernield is geworden. 

In de oude Sint-Pieters kerk te Mechelen had voor- 
noemde keizer in i55o een zw^art marmeren praalgraf 
met beelden en versieringen van alabast doen oprichten. 
Eene kopere plaat droeg een latijnsch opschrift dat wij 
hier overzetten : 

Ter eere van den almachtigen en zeer grooten God, Keizer 
Karel de Vijfde heeft dit opgericht aan zijne moei de doorlnch- 
tige Margareta, aartshertogin van Oostenrijk, dochter van den 
onoverwinbaren keizer Maximiliaan, eerst weduwe van den 
prins van Spanje, daarna van den hertog van Savoye, land- 
voogdes dezer Nederlanden. » 







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Plant 11. — Praalgraf van Margareta van Oostenrij 
in de koor der kerk van Brou. 




Bulletin du Cercle Archéologique, Littéraire et Artistique de Malines, t. IV, p. 29. 



DER RECHTBANK TE MECHELEN ^Q 

In de koor der kerk van Brou had Margareta drij 

kostelijke praalgraven in marmer laten maken : een in 

het midden, voor het hoogaltaar, tôt aandenken van 

y haren diepbetreurden echtgenoot, een tweede, langs den 

P" Epistelkant, deels in den muur, tôt nagedachtenis harer 

schoonmoeder, en een derde, langs den Evangeliekant, 

voor haar zelven. (Zic Plaat II). Dit laatste is geplaatst 

onder den grooten boog die de koor van de H. Sacra- 

mentskapel afscheid,zoodat het aan den hoofdkant alleen 

ri met het gebouw verbonden is. De drij andere zijden zijn 

zeer rijkelijk versierd met boogwerken, torentjes, beelden 

i en loofbladeren, in den smaak van het laatste gothische 

tijdvak. Margareta is er tweemaal in liggende houding 

afgebeeld : eens levend in het bovendeel, eens dood in 

het onderste. Hier heeft de beeldhouwer de wonde van 

den linkervoet niet vergeten, die de oorzaak van Marga- 

reta's te vroegtijdig afsterven geweest was (i). 

In de plaats zijner duurbare moei, zond de keizer zijne 
zuster Maria, om in zijnen naam de Nederlanden te be- 



\ il) Het praalgraf van Mar^^areta heeft geen opschrift; maar bij het openen 
van den srafkelder, den i December i856, heeft men het volgende gevonden 
op eene koperen plaat, in letters van middeleeuwsrhen vorm, gesneden : 

Ibic iacet corpus 2)ominc /Ifcargarete arcblDucisee austrlc 

Comitissc :©urgonMc 

et quonbam /l^ajimillant cesaris filie 

Carolt vcro quinti impcratcris et Jfcr&inanDi IRomanorum régis 

fratrum 

amite 

f»bilibcrti î»ucis $abauDie viOue 

buius monasterii $ancti=iRi2C0lai bc tlolentino patronc et fun&atricis 

que Raleubis Dccembris in suo /Dbccblinicnsi oppi^o 

Camcraccnsis biocesis 

anno 2)omini millésime quingentcsimo tricesimo 

&iem suam clausit eïtremam. Bnima eius in pace quiescat. 



3o t>E GEBOUWEN 



stieren. Deze prinses werd te Mechelen ingehuldigd den 
26 September i53i. Edoch zij verbleef er zelden, en 
daarom zocht zij het Hof van Savoye aan de stad op te 
dringen. Het Magistiaat nam het over, in 1546, voor de 
som van 7300 carolus gulden, volgens kwijting geteekend 
den 7 meert. De Keizer had zich zelf met die zaak be- 
moeid, en zoodra de koop gesloten was, schreef hij aan 
den Voorzitter van den Grooten Raad, om dezen in het 
vorige paleis zijner moei over te brengen, zoo als zijne 
zuster, de nieuwc landvoogdes, reeds bevolen had. En 
nochtans, ondanks de bevelen der prinses Maria, en de 
bedreigingen van den Keizer, bleef de Groote Raad op 
het Schepenhuis zetelen. 

Om die stijvigheid van het Magistraat van Mechelen 
te verstaan, moet men weten dat er reeds sedert i534, 
ook op 's Keizers aandringen, een nieuw gebouw van den 
Grooten Raad begonnen was op den hoek der Groote 
merkt en der Beffer straat. Maar de moeilijke tijdsom- 
standigheden hadden dit werk, nog maar half afgemaakt, 
doen onderbreken. De toestand van het land verergerde 
gedurig door den steeds aangroeijenden woelgeest der 
nieuwsgezinden ; en het Magistraat had geenen lust om 
zich nog verdere onkosten op den hais te trekken. 

In i56o werd de bisschop van Atrecht, kardinaal An- 
toon Perrenot de Granvelle, eerste aartsbisschop van 
Mechelen benoemd: Dit scheen aan de Heeren van het 
Magistraat eene kans om zich van de oude woning van 
Margareta te ontmaken, en zij lieten het den nieuwen 
aartsbisschop te koop aanbieden. Deze schreef den 3 mei 
i56i een inwilligend antwoord; en den 21 daaraanvol- 
gende werd de koop gesloten door eenen afgeveerdigden 
van den kardinaal, voor de dienstdoende schepenen. 

Met alzoo te handelen, had men de Costumen van 
Mechelen overtreden, mits volgens deze aile panden 



der iœchtbank te mechelen 3i 



openbaarlijk ter vierschare moesten te koop geveild 
worden. Er viel dus aan de landvoogdes te verzoeken 
van dien misslag voor dezen keer te willen heelen. Den 
24 July i56i, ontving het Magistraat eenen brief tôt 
goedkeuring van den verkoop. 

Kardinaal de Granvelle kwam weinig te Mechelen. 
Hij was immers, met der daad, de opperbestierder van 
de Nederlanden, en hierom gedurig te Brussel gehou- 
den. Wellicht zag men hem hier maar alleenlijk als er 
de eene of de andere kerkplechtigheid te verrichten was. 
Hij verliet het land den i3 Meert 1564, en kwam er 
nimmer weder. Hij overleed te Madrid in i586, en zijn 
eigendom te Mechelen ging over aan zijnen neef Frans 
Thomas Perrenot, graaf van Cantecroy. 

De leden van Grooten Raad ziende dat het oude Hof 
van Margareta zonder bestemming bleef, en zich op het 
Schepcnhuis waarlijk in het nauwe bevindende, begonnen 
er op aan te dringen om in het eerste te mogen overgaan. 
Nu liet zich het Magistraat gezeggen, en kwam in on- 
derhandelingen met den eigenaar. De koop werd geslo- 
ten den 12 September i6og, voor de som van 85oo gulden, 
Maar de stadskas was zoo slecht voorzien dat men de 
Watermolens moest bepanden met eene rente van 4000 
gulden. Zekere Hendrik Moons leende daarbij nog aan 
de stad 2000 gulden, voor drij jaren, zonder interest 
daarvoor te eischen. Hierom schonk hem het Magistraat, 
als vrijwillige gift, eene halve aam Rhijnschen wijn, die 
4 gulden gekost had. 

De oude woning van Margareta van Oostenrijk bevatte 
menigvuldige plaatsen, maar niet eene groote, buiten die 
van den voorbouw^ in i5i7 aangelegd. Er moest dus kost 
wat kost eene ruime verhoorzaal bij gemaakt worden. 
Door een dringend verzoek aan den Souverein gezonden, 
bekwam men oorlof om de te doene onkosten te mogen 



32 DE GEBOUWÉN 



inschrijven in de begrooting van 's stads uitgaven, en 
ook tôt dit einde eenige bijzondere belastingen te mogen 
heffen. Dit gebeurde in 1612, en de Raad werd in 1616 
overgebracht naar het vroegere Hof van Savoye alwaar 
hij gestadig zetelde tôt in 1794, wanneer hij voor het 
fransche geweld moest wijken. 



Na de vernietiging van den Grooten Raad werd het 
oude gebouw beiiuttigd voor de Vierschare of Rechtbank 
van Schoutet en Schepenen. In de groote verhoorzaal 
had men den zetel van den Souverein weggebroken en 
vervangen door de beelden van de Wet, de Vrijheid en 
de Gelijkheid. Rondom aan de wanden hing men de 
afbeeldsels van Solon, Lycurgus, en andere heidensche 
wetgevers; en die belachelijke toestand nam eerst een 
einde na den val der Republiek. 



In 1804 werd eene nieuwe Rechtbank ingesteld, en 
deze bleef voordurend in dezelfde gebouwen gevestigd. 
Intusschen was het deel dat eertijds aan den \^oorzitter 
van den Grooten Raad tôt woning gediend had, in 1802, 
aan den nieuwen aartsbisschop, Joannes Armandus de 
Roquelaure, toegestaan geworden, en het behield zijne 
bestemming tôt aan de dood van den Prins de Méan, 
die er den i5 January i83i overleed. Later werd daar 
eene bewaarplaats gemaakt voor de militaire kleedings- 
stukken. 

In 1S42, had men, onder voorwendsel van verbete- 
ringen, de grootste verknoeiingen aan het oude gebouw 
der verhoorzaal doen ondergaan. De oude ramen met 
hunne kunstig beslagene luiken, de gebeeldhouwde tui- 
nen, tafels, zetels, banken, muren zelfs, ailes werd uitge- 
broken en vernield of verkocht. Het ware te lang eene 



DER RECHTBANK TE MECHELEN 33 



volledige beschrijving te geven van de verminkingen die 

men zoo ^^ 

toebracht. 



men zoo wel aan het uitwendige als aan het inwendige 



Tôt in 1876 waren de gebouwen der Rechtbank de 
eigendom gebleven der stad Mechelen. Den 18 Decem- 
ber van gemeld jaar werd de eene helft, op de Keizer- 
straat uitgevende, verkocht aan het provinciaal bestimr, 
dat op 24 December van het volgende jaar ook eigenaar 
werd van de andere helft die langs de \^oochtstraat haren 
ingang had. 

Door het toedoen der heeren Ed. Broers, lid der be- 
stendige Deputatie, en J. Kempeneer, provinciaal raads- 
lid, werd het volkomen herstellen van de gebouwen 
besloten en ondernomen. Het was een groot werk dat 
veel tijd en geld zou vorderen. 

Gaan wij nu tôt het midden van het jaar 187g. Dan 
werd er op eens in den provincieraad eenen uitval gedaan 
tegen de Deputatie, alsof zij de penningen voor het her- 
stellen van de Rechtbank van Mechelen, langs deuren en 
vensters uitwierp. Doch die onbezonne en ongegronde 
aantijgingen zijn, in de daaropvolgende zitting op de 
schitterendste wijze wederlegd geworden door den heer 
J. Kempeneer, afgeveerdigde van Mechelen, die zonne- 
klaar heeft doen zien dat de handelwijze van de besten- 
dige Deputatie integendeel allen lof verdiende voor de 
zorg die zij toedroeg aan de herstelling van een gebouw 
dat onder aile opzicht de bewondering der kunstliefheb- 
bers verdient. En zoo viel geheel de ophef die men we- 
gens die zaak had zoeken te maken, gansch in duigen. 

De provinciale bouwmeester, L. Blomme, was gelast 
geweest met de herstelling van aile de deelen van het 
oude paleis, in hunnen oorspronkelijken vorm, en het 
bij maken van den hoekbouw tegen de Keizerstraat. In 

3 



34 DE GEBOUWEN DER RECHTBANK TE MECIIELEN 



die herstellingswerken is hij, zooals M. Kempeneer het 
zegde, allerbest gelukt, dank grootendeels aan de histo- 
rische aanteekeningen door Fr. Steurs, eerst als lezing in 
den Mcchelschen Courant opgenomen, en daarna in een 
bundeltje van ruim honderd bladzijden in 't licht gege- 
ven, onder den titel van : Hd Kcizcrshof en lui Hof van 
Margarda van Oostenrijk te Mechelcn. 

Wij veroorloven ons nochtans de vrijheid eener voorbe- 
houdingnopensden grooten trapgevel van den voorbouw, 
dien wij liever in zijne oorspronkelijke eenvoudigheid 
hadden bewaard gezien. (Zic Plaat III). 

Het is buiten twijfel dat er in de ingaande hoeken 
nooit aanvullingssieraden geweest zijn. De lijn der dak- 
helling bewijst het ten klaarste. Immers in aile gebouwen 
van dien aard is de insnede der geveltrappen volgens die 
lijn geregeld. Hadde de gevel vroeger bestaan zooals hij 
nu bij de herstelling gemaakt is, .dan zou ook het dak 
eene andere hellinglijn géhad hebben, die alsdan achter 
de aanvidlingssieraden had henen geloopen. Tôt staving 
hiervan diene de puntgevel van den hoekbouw, langs de 
Korte Maagdenstraat, gansch nieuw door den bouw- 
meester ontworpen. Aan dezen gevel zijn de aanvullings- 
sieraden op hunne plaats, omdat de daklijn hooger komt 
als de insnede der geveltrappen. De rede zegt dat een 
puntgevel dienen moet om de ruimte der zoldering te 
sluiten, en geenszins om verboven het dak uit te komen, 
en dan met ijzers aan den timmer vastgemaakt te wor- 
den om niet buiten de loodlijn te geraken. Buiten deze 
kleine beknibbeling, die wij gegrond achten, zijn wij het 
met M. Kempeneer eens om te bekennen dat de herstel- 
ling der gebouwen onzer Rechtbank wellicht de beste is 
die ooit in ons land gedaan werd. 

Willem VAN Caster. 



OUD HOF VAN MARGARETA VAX OOSTEXRIJK, TF. MFCIIFFEX 




Plaat III 

Trapgevel van den voorbouw | Trapgevel van den voorbouw 

gelijk hij was | S'elijk hij is 

voor de herstelline ' sedert de lierstellinp: 



Bulletin du Cercle Archéologique, Littéraiie et Artistique Je Mutines, t. IV, p. 54. 



Le Carillon et les Carillonneurs 



bc la ÎTour St^IRombaut 




[ES carillons ont pris naissance en Belgique, cela 
n'est pas douteux; cependant la date de leur ori- 
gine, ne peut encore être établie avec certitude. 
Différents auteurs ont réclamé pour certaines lo- 
calités de notre pays la priorité d'existence, mais aucune 
de leurs assertions n'est fondée sur des documents au- 
thentiques. Au XP siècle on se servait déjà des cloches 
pour faire de la musique. Les dessins de cette époque 
représentent un instrument, composé d'une série de pe- 
tites clochettes fixées le long d'une barre horizontale, et 
qu'on appelait Tintinuabiilum (i). Toutefois, les carillons 
ont pour origine, la sonnerie qui précédait l'annonce 
de l'heure. Les horloges, placées dans les beffrois et les 
tours, se bornaient tout d'abord à frapper, au moyen 
d'un mécanisme plus ou moins compliqué, les coups cor- 
respondants à l'heure. Plus tard un tintement répété et 
alternatif de différentes petites cloches, le plus souvent 
au nombre de trois, avertissait les bourgeois que l'heure 
allait sonner. On désignait cette sonnerie par le mot 
voorslag, qu'on peut traduire par ceux-ci avant-coup (de 
l'heure). 



(i) De Cousskmaker. Mémoires sur Hitdiald. 



36 LE CARILLON ET LES CAKILLONNEURS 



Les registres des comptes de la ville de Malines, qui 
commencent en i3ii, font déjà mention d'une horloi^e à 
la tour de St-Rombaut, au milieu du XIV'-^ siècle. A la fin 
de ce siècle, le mécanisme de l'horlofre mettait en action 
un mannequin dont les bras articulés, munis d'un mar- 
teau, frappaient la cloche destinée à sonner l'heure. Mais 
aucune mention de petites cloches servant au voorslag, 
ne se rencontre encore dans les comptes. C'est en l'année 
1441, croyons-nous, que ce voorslag primitif commença 
à fonctionner à Malines. Les registres de l'année 1440- 
1441 nous parlent en effet de nouvelles cloches qui ont 
été fondues dans le courant de cette année. Les nom- 
breux et importants travaux faits alors à l'ancienne tour 
St-Rombaut, ne concernent que les cloches de l'heure 
(Uiierclocken) , et nous ne trouvons aucune citation d'un 
travail exécuté à d'autres cloches. Nous pouvons donc 
conclure que les cloches fondues alors étaient destinées 
à la sonnerie des heures et constituaient le voorslag pri- 
mitif. Ces travaux achevés, on nomma, en 1443, un hor- 
loger à salaire fixe, chargé spécialement de l'entretien 
des cloches de l'heure à la tour St-Rombaut et du ca- 
dran placé à l'hôtel de ville. La mention de cet horloger 
au service de la ville, reparait à partir d'alors, régulière- 
ment tous les ans dans leslivres des comptes (i). 

1440-1441. — Item iij stop, wyns yepresent Michiel den clocmeester tôt 
meestèr Dierix huyse doen de clocke gegoten waeren XXIX in junio XLT. 

Item ghegeven den kercmeester van St-Rom. te Mechlen te hulpen van 
de nuwe clocken die de selve hebben doen ghieten bi overdraghen van de 
ghemeyne rade van de stad comt op xiiij Tb xiij st ix d. 

Item meest. Jan Van Slaer van alderhande yser ende yserwerke gebe- 
siclit op 't Scepenhuyse, aen de vuer clocke... enz. 

Item gheg. Jane de Dôme met sine ghoselle van de stellinghe te maken 
aen de vuerclocke comt op vi st. 



(i) Sthuiîs, dans son ouvrage De torat van St-Rombaidslicrh, 1S77, dit que, 
avant l'année 1527, il n'y eût pas d'horloger au service de la ville, que ce 
furent de simples artisans cpii étaient, à l'occasion, chargés des réparations. 
Nous trouvons la preuve du contraire dans ce (pie l'horloger de la ville, 
Vranken Wauters, cpie nous trouvons déjà en fonctions ici en 1457, fut 
appelé à Alost en 1460, pour confectionner l'horloge de cette ville. 



DE LA TOUR ST-KOMBAUT 37 



Item gheg. Heinric de Bock van Ij dagen die hi gewracht heeft aen 
d uerclocke van St-Rom. elc daechs xij gl. 

Item Heinric de Pape van xiij Tb zandner ghebesicht aen d uerclocke. 

1443-1444. — Item gheg. Heinric de Pape voer sine arbej-t ome dat hi de 
vuerclocke St-Rom. ende wyser vocr den beyaert verwacrt heeft. 

Ce voorslag em))ryonnaire fut remplacé plus tard par 
un autre plus complet et plus harmonieux. Le mot voor- 
slag est conservé pour désigner cette nouvelle sonnerie (i). 



L'époque précise où ces petits orchestres campanaires 
ont pris naissance n'est pas encore établie. 

D'après une tradition généralement lépaiiduc, le pre- 
mier vcorslag musical aurait été confectionné en 1487, 
par un horloger d'Alost. Cette assertion est purement 
légendaire et ne repose sur aucun fondement sérieux; 
aussi n'est-ce qu'en l'année i537,que Medard Waghevens, 
le fondeur de cloches de Malines, fournit 7 cloches pour 
le voorslag d'Alost (2). 

Une chronique des Flandres (3) rapporte que ce fut vers 
1478 que l'on entendit à Dunkerque, dans la Flandre occi- 
dentale, le premier carillon qui modula ses sons en forme 
de chant, au grand plaisir et au grand étonnement de tout 
le monde. L'ingénieux inventeur et facteur de cet instru- 
ment, était un jeune homme, nommé Jean \"an Beveren. 
Cette assertion est-elle plus fondée que la précédente? 

Une note qui nous parait plus sérieuse à cause de la 
date où elle fut écrite, nous ferait croire qu'il faut re- 
monter plus haut pour trouver la naissance du voorslag 
musical. 

Busciiius, dans une chronique intitulée Chronicon Win- 
dcsenicnsc, et qui fut terminée en 1464, dit qu'en l'an 1404 



(i) A Aîalines, le public fait encore aujourd'hui une distinction entre le 
carillon joué au moyen du clavier et le jeu automatique qui précède l'heure. 
Il désigne ce Voorslag par le mot Ranime!, abréviation de /^eramniel. Ce mot 
exprime assez exactement ce déroulement automatique des notes. Actionné 
au moj-en du clavier on désigne le j'&u des cloches par le mot baanrd. 

(2) Steurs, De toren van St-Romhaiits'kerk, p. 141. 

(3) Kro;iyke van Vlaenclcren, door N. D. et J. R. II*^' deel, bl. 562. 



38 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Henri Loeder, depuis longtemps frère convers, composa 
un carillon qui, au moyen d'un cylindre et de marteaux, 
joua un chant pour éveiller les frères. Voici le texte : 
Vir erat robiistus, fortis, Wcstphalus, d opcrc mcchaniciis. 
Officiinn sacristac post fratrem Gcrlacum ciistodicndum siisce- 
pit cxmbalinn scptcm notarnm ciim malleis suis et rota ferrea 
hos duos versus : Sancti Spiriïus adsit nobis gratia qua 
CORDA NosTRA siBi FACL\T Habitaculum, circumeundo de- 
cantans pro suscitatione frairum, fundens, fabricans et coaptans 
super gradiim dormitorii ante cellam custodis apte satis com- 
posuit (i). 

Cet extrait établirait assurément l'existence d'un. cy- 
lindre faisant fonctionner des marteaux frappant des 
cloches. 

Dans une notice sur les carillons, E. Gregoir (2) avance 
qu'un religieux du nom de Franko, prélat du couvent 
de Egmond en Hollande, a placé dans ce monastère un 
jeu de cloches dans l'intervalle des années 1182 et 1206. 

Quoiqu'il en soit, ce n'est ({u'au commencement du 
XV!"" siècle que le voçrslag, modulant des chants, prit de 
l'extension et fut placé sur nos tours et nos beffrois. 

La ville d'Audenarde paraît avoir été une des pre- 
mières à posséder cette musique aérienne, car dès l'année 
i5o4, on entendait régulièrement à toutes les heures, les 
motifs du Veni Sancte Spiritus et du verset Peccatores (3). 
Il se composait probablement des S cloches que Simon 
Waghevens de Malines fondit en i5o2 (4). 

En i520, la ville d'Ath possédait aussi un voorslag (5). 

La ville de Louvain se procura, en t525, auprès de 
Pierre Waghevens de Malines, une série de 8 cloches, 
destinées au Voorslag (6). 

La ville de Leau eut le sien en i53o (7). 



fi) Annales de la Société d'Einulaiion des l-'landres. tome III, 2"^ série, 1S45. 

(2) Noord en Zuid. Mei 1866. Hei oitdste klokkenspel van Nederland. 

(3) Edm. Van dkk STKAiiTEN, La musique au Pays-Bas, l. \\ p. 16.^ 

(4) Voir acte de cautionnement de Wa;^hevcns dans le registre d'adhéri- 
tance, i5o2-i5o3, p. 61, v" Archives de Malines. 

(5) Em. FouRiMN, Le carillon de St- Julien A Ath, p. 6. 

(6) Van Evkx, Louvain monumental \i. igS. 

(7) Brahanisch Muséum, p. iSg. By^ouderheden ovrr de Beyaerden van Thiei<en, 
door P.-V. Bhts. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT Sq 



La ville d'x^lost, en i53y. Il était composé de 7 cloches, 
livrées par Medard Waghevens de Malines (i). 

La commune d'Oudenbourg, en Flandre eût, en i539, 
un voorslag de 10 cloches, fondues par Pierre Van den 
Gheyn de Malines (2). 

En l'année 1541, la ville de Bruxelles possédait déjà 
g différentes sonneries aux églises de St-Nicolas, Ste- 
Gudule, La Chapelle, N.-D. du Sablon, Ste-Marie-Ma- 
deleine, 'St-Jean, N.-D. du Finistère, au Palais de la 
Cour et à la tour des Frais-Perdus (3). 

Anvers et Tongerloo en furent pourvues avant 1543 (4). 

En 1543, la ville de Gand s'en procura un de 16 cloches, 
fournies .par Jacques Waghevens de Malines (5). 

Ypres acheta, en 1547, 16 cloches à Jac'iucs Waghevens 
de Malines (6). 

La ville de Bruges le possédait avant i552 (7). 

Et Tirlemont en acheta un de 6 cloches, à Medard 
Waghevens, en i556 (8). 



La ville de Malines ne tarda pas longtemps à emboîter 
la voie du progrès. En i5io, nos ancêtres, très soucieux 
d'une renommée artistique que sans aucun doute la pré- 
sence de la cour de Marguerite d'Autriche, cette grande 
protectrice des arts, a dû éveiller chez eux, songèrent dès 
l'apparition des premiers jeux de cloches à 'en doter la 
résidence de la souveraine. Le carillon de la tour de 
St-Rombaut dont nous voulons parler aujourd'hui, fut 
longtemps le seul que posséda la ville; mais il y en eût 
plus tard encore deux de moindre importance, dont l'un 
au couvent des Pères Dominicains, sonnait mécanique- 



(i) Rr^OECKAERT, Gcscliicdeiiis van Aelst. 

(2) Van der Straeten, ouvrage précité, tome I, p. 162. 

(3) Idem, ibid., tome III, p. 270. 

(4) Idem, ibid., tome V, p. 571. 

(5) Idem, ibid., tome V, p. 375. 

(6) Yfriana, Van den Peereboom, tome ï, p. 57. 

(7) Van der Straeten, ouvr. préc, tome V, p. 18. 

(8) Brahantsch Muséum, art. préc, p. iSg. 



40 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



ment les heures et ses subdivisions, et dont l'autre, à la 
tour de N.-D. au-delà de la Dyle, très complet, était 
pourvu de plus d'un clavier manuel et de pédales. 
Nous espérons dans un prochain article, pouvoir donner 
quelques détails concernant ces derniers. 

Deux ouvrages ont déjà traité du carillon de la tour 
St-Rombaut. Le premier « Gcschiedkiindigc ivandcling op 
St. Rumoldmtorcn » par E. Raymaekers et F. E. De la 
Faille, parut en i863. Un second travail « De torcn van 
St. Rombautskerk « par F. Steurs, vit le jour en 1877. Il 
fut plus complet que le premier; mais malheureusement 
la partie de cet ouvrage, consacrée au carillon, est parse- 
mée de grandes erreurs, et présente en outre d'immenses 
lacunes que nous sommes heureux de pouvoir combler, 
grâce à des recherches faites c^ux archives communales. 
Afin de ne pas laisser plus longtemps s'accréditer les er- 
reurs de Steurs, nous nous sommes empressés et efforcés 
d'achever ce chapitre qui doit faire partie d'un travail 
plus complet sur l'histoire de la musique à Malines. 

Voorslag 

A peine la construction de la nouvelle tour de St- 
Rombaut, commencée en 1452 fut-elle assez avancée pour 
recevoir l'installation de l'horloge, que le magistrat s'en- 
tendit en l'année jSio, avec l'horloger, Vrancken Wauteis, 
et passa avec lui un contrat, malheureusement égaré, par 
lequel celui-ci fut charge de la confection d'une nouvelle 
horloge, A en juger par le relevé des comptes que paya 
la ville et par la durée du travail, la besogne devait être 
considérable. Depuis l'année i5io jusqu'en 1627, la ville 
effectua de fréquents pavements pour le travail fourni 
à l'horloge (i). 

Entretemps le magistrat se procura auprès de nos fon- 
deurs déjà nombreux et célèbres, des cloches destinées 
au voorslag. Steurs cite trois achats dont l'un en i5i2, un 
second en i5i4, et le troisième en i522, et en conclut cjue 



(i) Voir Steurs, ouvrage précité, p. i3S. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 4I 



le Voorslag projeté devait se composer de ces 3 cloches 
à l'instar de ceux qu'on rencontre encore dans certaines 
localités. Ce ne fut qu'en iSSy, dit-il, que ce voorslag pri- 
mitif fut remplacé par un autre plus harmonieux, com- 
posé de i8 cloches. C'est là une grande erreur, qu'on ne 
peut attribuer qu'à d'imparfaites recherches. Nous es- 
sayerons de prouver non seulement que le voorslag exis- 
tait avant i557, mais que, à peine né en i528, il acquit 
bientôt une renommée incontestable. 

Une première preuve de cette erreur est l'acquisition 
par la ville, non pas de 3 mais de 4 cloches, destinées au 
voorslag. 



i5i2-i5i3. — It. betaelt Jooris Waghevens van een der hiieiclocken ghe- 
cocht ter stad behoef dienende totte voerslaghe van den nieuwen huer- 
wercke weghende vi>^ xxiij Th elck pont viij gi" comt oy met ix gi" van 
Avaghenen ix Th ix s. ij d. 

It. betaelt Jooris Waghevens \an een der hucrclocken ghccocht ter stad 
behoef dienende totten voerslaghe van den nieuwen huerwerke weghci.de 
iiij'^ Ixij Th cost elck pont viij gr'^' comt op xiiij 7^ viij s. ix d. 

i5i4-i5i5. — It. bet. Gielis Waghevens. clockgietere van een der schellen 
gheghoten ende tegen hem ghecocht ter stad behoef dienen totte voerslage 
Aveghende vij'-' liiij pont cost elck pont viij gr'-' te xxvi'' jan. xv^ xiiij comt 
t samen xxiij Th xi s. iij d. 

i522-i52j. — Betaelt M'' Jooris Waghevens van een der schellen jeghen 
hem gecocht tôt stadt behoef dienende totte voerslagh van St-Roms we- 
ghende iij^' XXX viij pont cost elck ] ont ix d. comt o]) xij .£ xiiij s. 



\^oilà donc établie l'existence de 4 cloches d'un poids 
respectif de 623 livres, 462 livres, 754 livres et 338 livres. 
Mais il ne devait pas y avoir que 4 cloches servant au 
voorslag; il y a tout lieu de croire que notre jeu de 
cloches se composait, comme la plupart de ceux existant 
à cette époque, d'une série de 8 cloches. 

En effet, nous trouvons encore dans notre carillon ac- 
tuel, deux cloches qui, selon toute probabilité, ont fait 
partie de ce premier voorslag. 

L'une donnant le do dièse de la seconde octave, porte 
le nom de « Yhcsus » et fut fondue par Henri Waghevens 
en 1480. 

L'autre, donnant le si de la seconde octave, s'appelle 
« Michael » et est fondue en iSiS, par Georges Waghe- 



42 LE CARILLON ET LES CARLLLONNEURS 



vens (i). Les deux cloches, existant donc déjà avant l'achè- 
vement de l'horloge, il faut croire que les quatre nou- 
velles ont été acquises pour s'ajouter à celles-ci. 

Nous n'avons pas trouvé dans les registres des comptes 
de la ville, la mention des cloches Yhcsus et Michacl. Cette 
omission s'est présentée plus souvent; nous en trouvons 
encore la preuve dans l'ouvrage de Steurs, par un extrait 
de ces mêmes registres qui fait mention d'une certaine 
somme payée à Waghevens, pour la refonte d'une an- 
cienne cloche de l'horloge. 

i563-i564. — Betaelt meester Wagevens. clockgietere de ])arty(;n naer- 
volgende, te wetene : vant vergieten van eene oude clocke van d horologie 
weghende xij": Ixv lib. elc hondeit ten pryse vj lib. artz, Ixxv lib. xvj s. en 
daerenboven totte selve rlocke geleverd iij'^ iiij lib. nyeuwe stoffen ten 
pryse van iiij scell. artz t pondt tz Ix lib. xvj scell. romende per ordoii, 
ende (juitan. ter somme van cxNwj lib. xij s. 

Quelle peut bien être cette ancienne cloche de l'hor- 
loge? Assurément une cloche, faisant partie du premier 
voorslag, et dont la mention a été négligée dans les 
comptes antérieurs, car son poids est de I265 livres, chiffre 
que nous rencontrons pour la première fois. Serait-ce 
peut-être la cloche ayant servi à sonner la demi-heure 
et qui fut refondue alors? En admettant cette dernière 
hypothèse, nous arrivons, en comptant le bourdon de 
l'heure, appelé Charles, pesant i3g92 livres et fondue en 
i524, par Medard Waghevens (2), au total de 8 cloches, 
faisant partie du imorslag. 11 est incontestable que ce 
nombre de cloches fut suffisant pour l'exécution de cer- 
tains motifs; bien plus, ce nombre était déjà des plus 
considérables pour cette époque, car aucune autre ville 
n'en possédait d'avantage. 

La ville fit-elle encore l'acquisition d'autres cloches 
avant i557? I^ est impossible de l'affirmer, mais déjà, en 
l'année 1543, notre jeu de cloches s'était acquis un renom 
et comptait parmi les meilleurs. Nous voyons, en effet, le 



II) La description de ces cloches se trouve dans l'ouvrage de Steurs, 
p. 175 et 176. 
(2) Voyez la description de celte clorhe dans l'ouvrage de Steurs, p. Si. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 43 



magistrat de Gand, préoccupé de la valeur artistique du 
carillon qu'il fit construire en l'année i543, envoyer à 
Malines, Tongerloo, Louvain et Anvers, des délégués et 
musiciens experts pour inspecter les carillons de ces 
différentes localités. 

Betaelt deu zelven, metgaders M'' Laurens De Vaddere, ende P. De 
Zomere, t' sameii de somme van iiij Ti gr. tercausen dat zij metten voor- 
noemden ontfangdiere van den weercke uit laste van scepenen ghereyst 
ende ghevachiert hebben acht daghen in diverssche steden, te wetene : 
t'Handwerpen, Mechelen, Tongherloo ende Leuvene, omme met M'' 
Heindric \'an Bree, horologiemaeckere van Leuvene, zekeie weercken te 
visiteerne ten sj'nne van daeranne eenen patroon te nemene, omme ze- 
kere nieu weerc te maeckene op 't belfroidt, dienende ten voirslaghe van 
der voirscreven horologie. naer 't verclaers van der ordonnantie iiij S» 
gr" (i). 

Si donc notre carillon n'avait pas plus de 8 cloches, au 
moins devait-il posséder des qualités remarquables, pour 
jouir d'une réputation qui avait attiré l'attention du 
magistrat de Gand, alors que celui-ci négligea d'envoyer 
ses délégués à Bruxelles où il n'y avait pas moins de 
neuf différents carillons. Il faut croire que les carillons 
de Bruxelles, malgré leur nombre, n'offraient pas les 
qualités de ceux de Malines et des autres localités vi- 
sitées. 

La construction de la nouvelle horloge ne fut, comme 
nous l'avons déjà dit, achevée qu'en i52y; elle fut montée 
à la tour à la fin de cette année ou au commencement de 
i528. La mention du salaire payé aux ouvriers chargés 
de cette besogne se trouve dans les comptes des années 
1527-1528. 

Item gegheven diverssche werrkliens te drincJvgelde als d ornlogie 
geset wert op Sinte-Rommonts tone ende oick totte ommegange van 
paesschen xv-' xxviij. xviij s. 

Le magistrat de Malines, après avoir doté la ville 
d'un orchestre aérien remarquable, n'épargna aucun sa- 
crifice pour en assurer l'entretien et en faire valoir les 
ressources. 



(i) Comptes de la ville de Gand du 10 mai 1543 au 10 mai 1544, extrait de 
Vax dhr Straetex, Musique au Pays-Bas, tome V, p. 372. 



44 



LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



L'année suivante, Jean Bonnevoix, chapelain du ma- 
gistrat à l'hôtel de ville, et sans aucun doute musicien 
d'un certain mérite, fut nommé directeur du carillon. Sa 
mission, à n'en pas douter, était une mission artistique 
consistant dans le renouvellement des airs pointés sur le 
tambour de l'horloge. Nous trouvons la première mention 
de son salaire dans les comptes de i528-i529. 

1528-1529. — Betaelt heer Jaune Bonnevois van dat hy d uerwerck re- 
geert ende set. xx s. 

i529-i53o. — Betaelt heer Janne Bonnevois van dat hy den voerslach 
stelt ende herstelt hem gevallen tôt Paesschen xxx. xx s. 

i53o-i53i. — Betaelt heer Janne Bonnevois voir dat hy den voerslach 
onderhouden ende gestelt heeft van een jaer gevalleu te Paesschen 
xv^ xxxi. XX s, 

1543-1544. — Betaelt heer Janne Bonnevoix van de hvierclocken oft 
voerslach te slellen bynnen desen jaere gevallen in ai>ril xv-' xliiij. xxx s. 

Steurs, ayant trouvé les mentions de ce salaire, semble 
ignorer les qualités de Bonnevoix et émet l'avis que les 
fonctions dont celui-ci était chargé consistaient unique- 
ment dans l'ajustage des fils reliant les marteaux frappant 
les cloches avec le mécanisme de l'horloge. Inutile de 
d'insister sur l'erreur de Steurs, car peut-on exiger d'une 
personne de distinction, comme l'était Bonnevoix, les 
soins d'un simple travail manuel, alors que la ville avait 
à son service un maître horloger, habile et expérimenté 
comme l'était le constructeur de l'horloge. Celui-ci, en 
effet, était chargé du soin de l'horloge de la tour et du 
cadran de l'hôtel de ville et fut même aidé pendant sa 
vie par son fils ou neveu Adrien Wauters, qui lui suc- 
céda après sa mort. 

1528-1529. — Betaelt Vrancken Wauters, orologimakere van zynen loon 
van de vuurclôcken te stellen, van de wyser voor den bevaert te bewaren 
van Remigy en Paesschen. ij £ xv s. 

Betaelt Adriaen Wauters voer dat hij met M'' \'rancken d orologie be- 
^vaert. ij Hb. xv s, 

i53i-i532. — Betaelt Adriaen Wauters, orlogimakere voer zynen loon 
van de vuerclocken te stellen ende van de wyser op den be^-aert te bewae- 
ren van Remigy ende Paesschen. x S, xv s. 

La place qu'occupa Jean Bonnevoix passa après sa 
mort, en 1644, à Jean Van de Scriecke. Celui-ci resta en 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 45 



fonction jusqu'en iSSy. Un autre abbé, Jacques Caluwaert, 
succéda à Van de Scriecke. Caluwaert fut déjà remplacé, 
en i558, par Jean Hueltemans; mais'en i56o, cette fonc- 
tion fut supprimée et passa dès lors dans les attributions 
de l'horloger de la ville, Jean Ingels. 

1544-1545. — Item betaelt Jaune van de Scrierke van d huerclorken et 
stellen bynnen desen jaere gevallen in april xv>-" xlv. xxx s. 

Item betaelt Adriaen Wauters, hoi'oloj^iemakere van d hiierclocken op 
ten torre ende wyser op ten beyaeit te bestellen bvnnen desen jaere 
V i'*x s. 

i556-i557. — Betaelt Johannes Van den Scriecke van den voerslach van 
de hiierclocken te stellen ende bewaeren een half jaei^ loons ende her 
Jacob Caluwaert als in zyn plaetse s'ecommiteert van een half jaer te 
wetene. In plaetse van vi £ s jaers xi £ hem by de wet geaccordeert tôt 
heurlieden gcliefle verschenen van een jaer in a})ril xv<^ Ivij. xi i>. 

Betaelt Jan Walravens van de huerclocken op St-Rombouts torre ende 
wyser op ten beyaert te bestellen ende bewaren, verschenen van vyf qrtz 
Julio Iviij d leste. . xv £. 

i558-i559. — Betaelt Jan Hueltemans in plaetse van wylen her Jacob 
Caluwaerts, voir zynen loon van de voirslach ende luierclocke te stellen, 
verschenen van iij quartieren in april i55g. viij £ v s. 

Betaelt Jan Walravens ut supra. 

i56o-i56i. — Betaelt Jannen Hueltemans van den voerslach ende huer- 
clocken te stellen voer zynen loon verschenen van eenen halven jaere in 
octobri XV- Ix tzvnde af^'schevt. 

Carillon 

L'existence du voorslag dès iS2<^, est donc hors de doute. 
Ce jeu de cloches, primitivement utilisé pour annoncer 
les heures, ne resta pas longtemps dans cet état. A 
l'époque où la fabrication des clavecins avait atteint un 
degré de perfection considérable, il n'est pas étonnant 
qu'on ait songé à utiliser le clavier pour le carillon. Dès 
lors, cette musique aérienne, si monotone et si régu- 
lière, fut avantageusement rehaussée par des exécutions 
artistiques. En effet, l'artiste pouvant donner libre cours 
à ses talents, les refrains populaires résonnèrent bientôt 
joyeusement dans les airs. A peine, le clavier fut-il connu 
et admis (i) qu'encore une fois nos ancêtres, désireux de 



Uj 11 existait à Gand en i552. 



46 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



maintenir la réputation acquise à notre carillon, suivi- 
rent le progrès et adaptèrent à notre jeu de cloches le 
dernier perfectionnement. 

De grandes modifications furent décidées en i555; on 
construisit un nouveau beffroi (i) pour le payement du- 
quel la ville accorda une subside au trésorier de l'église 
St-Rombaut. 

i555-i556. — Betaelt Pieter Davidt van weghen eiide als Reutm' van de 

kerken van St-Rombaut de somme van hondért dry en tachentich guld 

vierthien stuivers ende dat op Rekeninghe ende in minderinghe van.de 
sommen van iiij*^ S, arts, de zelve kercke by der wet geaccordeert tôt behoef 
van der selve ende insgeL tôt behulp van d bellefroy by hom binnen 
desen jaere van nyeuwe gedaen maeken. 

i556-i557. — Betaelt tôt het nieuw bellefroy aen Pieter Davidt. Rentm"' 
der kercke Rum ij'-' xvi £ vi s. 

Ce nouveau beffroi était, croyons-nous, celui servant 
aux grandes cloches, car celles-ci, destinées au service du 
culte, étaient la propriété de l'église, et la ville, en inter- 
venant dans le payement du beffroi ne le fit qu'à la 
requête du chapitre à cause des frais considérables qu'a- 
vaient entraînés ces travaux. En l'année i556, on tra- 
vailla au carillon même. C'est alors et non pas en l'année 
i583, comme le dit Steurs que le mot « bcyacrt » figure 
pour la première fois dans les comptes de la ville. 

L'emploi de ce mot indique assurément une transfor- 
mation du jeu de cloches, d'autant plus qu'il se trouve 
précédé chaque fois du mot « niciiwcn. » 

Ces travaux, qui étaient de menuiserie, devaient avoir 
une certaine importance, car nous rencontrons à plusieurs 
reprises les payements faits à différents artisans. 

i556-i557. — Betaelt Claes Loert5-ns der causen van seker scrynwerk 
verbesicht op St-Romb. torren aen den nyeuwen beyaert p. ordon. ij £ x s. 

Betaelt van rei)aratië aen den nyeuwen beyaert op ten torren p. or- 
donn. xxvii s. 

Betaelt Jan Mecheler ende Thomaes Hasaerts scrynmaker van diversshe 
scrynwerk by hem voer de stadt gemaect zoo op ten beyaert, in de nieuwe 
camer, als oick in den torren, in 't comptoir, enz. 



(ij Bc_[l)'0i s'emploie aujourd'hui pour désigner les tours, c'est par exten- 
sion car on entend proprement par hgffyoi, la charpente dans laquelle on 
suspend les cloches. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 47 

Il ne peut être question ici que du clavier, car nous 
voyons employer les mots « nieuwen beyaert » alors que 
jusqu'à ce moment on désignait le jeu de cloches exclusi- 
vement par le mot voorslag. De plus, l'indemnité pour 
Irais de route, payée à un étranger venu à Malines, afin 
d'essayer le carillon, ne laisse aucun doute à cet égard. 

i556-i557. — Betaelt zekeren persoon alhier gecomen omme den beyaert 
te proeven voir zyii verteerde costen. xvii s. 

Une dernière preuve de l'existence du clavier est la 
nomination par le magistrat d'un carillonneur à salaire 
fixe. L'artiste choisi fut Christophe Rimbout. Celui-ci 
entra en fonction au mois d'octobre iSSj. 

i557-i558. — Betaelt Christoffel Rimbout, beyaerdere op Sinte-Rombouts 
thorren voir zj-nen looii hem by der wet gheaccordeert innegaende in 
octobri Iviij (i) aile cpiartz. ix £ alzoe hier van dry ipiartz verschenen in 
jiilio acht en vyftigh. xxvii £. 

Le clavier fut achevé et utilisé quelque temps déjà 
avant l'arrivée de Rimbout, car nous trouvons la mention 
d'un payement, fait à François de A^riese, pour avoir joué 
du carillon en l'absence du titulaire. 

i557-i558. — Betaelt Francen de \'riese, heren wevere (?) van dat dezelve 
op den nieuwen beyaert gespelt heeft in plaetse en lerwylen zekeren 
anderen mre dient gegunt cnde gegeven was j). ordon. iij £. 

Les fonctions de Rimbout furent indépendantes de 
toute autre mission, car l'horloger confectionna, à l'usage 
de Rimbout, deux clefs de la porte de la tour, sans doute 
pour lui permettre d'aller à son poste à toute heure de 
la journée. 

i557-i55t). — Betaelt Jan den orologiemaker als by hem gemaeckt ij 
sloetele totter deuren van den torren voir den be^■aerdere per ordonn. 
vi s. 

Entretemps, le magistrat conclut en janvier iSSy, un 
accord avec l'horloger Jean Ingels, pour la construction 
d'un nouveau tambour, et pour la fourniture des mar- 



(i) Il existe ici évidemment une erreur de scribe. Il faut lire Ivij, car 
l'année, commençant au i'''' Septembre et finissant au Si* Août, le mois 
d'Octobre mentionné dans ce registre ne peut être que celui de iSSy. 



48 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



teaux et autres accessoires, exigés par un voorslag de 18 
cloches. (On trouvera la teneur de ce contrat, dans l'ou- 
vrage de Steurs, p. 142.) Un beffroi fut construit pour 
recevoir les nouvelles cloches. Voici à ce sujet les anno- 
tations que nous trouvons dans les comptes. 

i55S-i559. — Betaelt van scrvmverkon a(M t bcUcfroit cnde ander wcrk 
dienende totten nieuwen voirslacli... \ an diverssrlio boatcn tottcMi nieuwen 
bellefroit. 

Betaelt m'" Mattheus Heyns ter causen van sekeren nieuwen patroon by 
den zelven gemaeckt dienende totten nieuwen bellefroit op ten thorren 
per ordonn. en quittan. xx s. 

i559-i55o. -- Betaelt van timmerwerk op Sl-Romliouts thorren aen 't horo- 
logie... van yserwercken op St-Rombouts thorren aen 't horologie ende 
bellefroit. 

i56o-iS6i. — Betaelt van timmerwerrk op St-Rombouts thorren aen 
d nieuw horologie. 

i562-i563. — Betaelt van timmcnwerck op St-Romboiils lliorren aen de 
clocken. 

Il faut croire que ces travaux s'exécutèrent sans détri- 
ment pour le carillon et voorslag existants, car ceux-ci con- 
tinuèrent à fonctionner régulièrement jusqu'en octobre 
i56o. Les fonctions de Hueltemans, chargé du voorslag, 
lui furent retirées, et le carillonneur Rimbout fut ren- 
voyé. Ces mesures furent prises probablement par éco- 
nomie, car ce fut à ce moment (novembre i56o), qu'on 
monta à la tour le nouveau tambour et qu'on commença 
le placement des nouvelles cloches. Cet ensemble de tra- 
vaux allait empêcher pendant un certain temps, l'exer 
cice de leurs fonctions. 

i559-i56o. — Betaelt dcn horologiemakere-^voir een gratuiteyt als myn- 
heeren zyn werck visiteerden als men 't selve in den thorren cîoen stellen 
zoude. xxij s. 

i56o-i56i. — Betaelt Jannen Hueltemans van den voirslach ende huer- 
clocken te stellen voir zynen looa verschenen van eenen halven jaere in 
octobri xv-- 60 't zynde affscheyt. 

Betaelt Christoffel Rimbout, beyaerdere op St-Rombouts thorren, voir 
zynen laon verschenen van een cpuirtz. jaers in oclobri 't sestich als hy 
afgedanct es, alsoe hem de somme van ix H. In marge staet : Ende dit en 
zal nyet meer in rekeninge comen. 

Betaelt Jacop Waghevens clockgietere van seekere pannen vergoten 
t'hebene dienende toUen diefclocke en speelrave overgelevt comt te zamen 
xi lib. XV s. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 49 



i562-i563. — Betaelt den horlogiestelder van Doornick voor d'accorderen 
van de clocken van de nyeuwen horologie alhier vij suld en den metsers 
j^ewrocht hebbende aan tselve iij ynld. 

Le nouveau carillon, composé de i8 cloches, ne put 
se faire entendre qu'en l'année i563, après que tous les 
travaux furent terminés. L'horloger de Tournai avait 
été mandé à Malines, pour accorder les cloches du ca- 
rillon. 

Celles-ci furent livrées et arrangées par Jacques Wag- 
hevens. 

i557-i558. — Betaelt M'' Jacop Waghevens clockgietere voir een reste 
hem competerende ter causen van den nieuwen voerslaghe by hem der 
stadt gelevert acte xiiij Iviij. vij lib. x s. vi den. 

Le nombre des nouvelles cloches acquises par la ville 
ne fut que de dix. Cela paraît ressortir d'un extrait des 
comptes de i563-i564. Deux autres furent achetées à 
Anvers, et les six dernières seraient celles ayant fait 
partie du premier voorslag. 

1558-1559. — Betaelt Jan Baerk ende Jan Buckmans sceppers voir de 
de scepvracht van twee clocken die zye alhier g^ebracht hebben dienende 
totten nieuwen voerslach. per ordonn. ij lib. viij s. 

i56i-:562. — Betaelt Jan Ingels horlogimakere ter causen en van dat de 
selve gehanghen heeft thien nyeuwe clockxkens dienende noch totten 
nieuweu huerwercke en voirslach by hem gemaeckt voir zyn loon en 
arbeyt sulckx als hy met mvnheereu trésoriers overcomen was de somme 
van xlij lib. 

i563-i564. — Betaelt Jannen Ingels horlogimaker van dat de selve ver- 
maect ende versien heeft de twelf hamers van de zes clocken van de voir- 
slach ende van boven gehangen gelyck de thiene cleyn clocxkens, de stee- 
len en de tumelaers gelinct mits gaders de kenvennen, dooghen vermaect 
en tôt der derde clockc te hanghen gelevert xx ponden yzers ende ander- 
sins blyckende by twee ordon. beloopende xxx lib. 

Il est évident que les 6 cloches dont les comptes par- 
lent, doivent être celles de l'ancien voorslag, car les paye- 
ments ne concernent que les réparations effectuées aux 
marteaux et le travail de placement des cloches. Jean 
Ingels est payé spécialement pour ce travail, comme il le 
fut pour le placement des lo nouvelles petites cloches, 
en i56i-i562. Nous pouvons donc conclure, croyons- 
nous, que la livraison de Waghevens ne concernait que 
ces dernières. 



5o LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Le nouveau carillon, plus remarquable que l'ancien, 
pour le nombre des cloches, n'avait rien perdu de sa 
réputation et de sa valeur artistiques. 

La ville d'Ypres nous en fournit une preuve, en l'année 
iSyS, lorsqu'elle songea à perfectionner le carillon de son 
beffroi. Après avoir fait visiter les carillons de Tournai et 
de Lille, on envoya à Malines, Gand et Alost, l'organiste 
et l'horloger d'Ypres, pour étudier les carillons de ces 
dernières villes. 

M. Jan Heins, organiste ende Joos ^'aillant, oorlog'emakere van ghereist 
thebbene, by laste van m^^nheei-en voocht ende scepenen, naar Ghend, Alst 
ende Mechelen, om inspectie thebbene van den oorlogen aldaer waerinne 
zy ghevaciert hebben elc xij daghen te x s. 's daechs compt. Ix lib (i). 



En i583, le magistrat commanda à Pierre Van den 
Gheyn, la fonte de la 19"^'' et de la 20'"^ cloche du ca- 
rillon, en même temps qu'il fit refondre les 4 plus pe- 
tites cloches, qui étaient d'une fausse tonalité. L'année 
suivante, on travaillait au placement des nouvelles cloches 
et on paya l'horloger pour un nouveau travail effectué à 
l'horloge. La grande cloche du couvent d'Hanswyck fut 
transportée à la tour pour compléter le carillon, et on fit 
une construction destinée à abriter les cloches. 

A'oici les extraits des comptes concernant ces travaux, 
depuis i583 jusqu'en i586. 

1 583- 1584. — Betaelt M'' Pieter Van de Gheyne voer het maecken van de 
negenthienste en xxe cloxke in de voerslach van de uerwercke als reste en 
voile betaling perordonn. en quitan. ix lib. 

Betaelt Peeter Van den Ghejaie voer thergieten van de vier cleynste 
cloxkcns wezende van valsche thoone totte voerslach dienende ende \ve- 
deromme te hangen ter plaetse daer die afgedaen zyn, in voile belalinge 
van Ix gui. alhiér de somme van xxxi:. 

Betaelt M'' Jan de horologimaker voer het yzerwerck dienende totte xix"" 
en de xx'' rlocke dienende totte voirs. voerslach per ordonn. xij lib. 

i584-i585. — Betaelt Henrirk Ynn den Bossche (timmerman) met zyn 
gosellen voer oltelycke dachneren, zoo op St-Rombouts torren int hangen 
van de rlocken, enz. 



(i) Comptes de la ville d'Ypres, du i'' Avril iSyS au 3i Mars 1576. Extrait 
de \'ax dku SruAF.TfCN, Mus. aux Pays-Bas, tome II, p. 299. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 5l 



Betaelt Jan Ingels, horologiemacker in minderinge van j'' xx lib. hem 
toecomende voer d aenneme van het nieuw werck hem bestaet te maeckene 
aend voeislach ende wysere in der kercke ailes blyckende int contracte 
en ordon. by der weth aengegaen de somme van xcij lib. 

Betaelt aen seckere oncosten gedaen by M"" Peeter Van den Ghej-ne, 
Jacques Snyers, M'' Gheert \'an den Nieuwenhuysen, Anthonis Xooit, als 
t samen geemployeert totte wercke van der orlogie op St-Rombouts torre, 
volgende twee distincte ordon. met quitan. bedragende xxxv lib. ij s. 

i585-i586. — Betaelt den arbeyders hebbende die clocke van Hanswyck 
in de kercke van St-Rombouts helpen halen iiij £ i s. 

Betaelt denselven Jan Ingels voor zeker buytenwerck aen die stadt- 
orlogie gédaen by ordinnan. van heeren communiemeest. volgens zyn 
billet by heere trésoriers onderteekent. ij £ viij s. 

i586-i587. — Betaelt van smedenwerken op St-Rombouts torre tôt het 
hanghen ende preservatie van den clocken. 

i5S7-i58S. — Betaelt van schrynwerken gemaect te hebben op St-Rom- 
bouts torre, zoo om die clocken te hanghe tôt gerief van de beyaert als om 
aldaer een nieuw waeckhuys te maecken voor den trompetter. 

Il est regrettable que le contrat dont parlent ces 
extraits ne se retrouve plus, car il nous donnerait la 
solution du genre de travail effectué au carillon. Steurs 
présume que c'est alors que le clavier fut construit, mais 
nous avons réfuté déjà cette erreur. Nous nous deman- 
dons alors quelle peut être cette nouvelle modification 
apportée au carillon. 

Nous croyons qu'il s'agit ici de la construction des pé- 
dales. Nous trouvons à ce sujet différents arguments 
indirects. 

Tout d'abord les payements effectués à l'horloger 
Ingels, pour un travail spécial fait à l'horloge. 

Nous croyons pouvoir prendre également en faveur de 
cette hypothèse, l'argument que Steurs avance en fa- 
veur de la sienne. Un extrait des comptes de l'année i585- 
i5S6 mentionne une gratification payée au maître de cha- 
pelle, Rombaut \'an de Scriecke (i) pour une composition 
musicale, destinée au voorslag, et pour le dédommager 
des peines qu'il s'est données en montant et en descen- 
dant la tour afin de fixer les airs sur le tambour et 
de s'occuper d'autres travaux relatifs au carillon. 



(i) Rombaut Yan de Scriecke fut nommé maître de chapelle de l'église 
St-Rombaut, vers i558. Jean Van de Scriecke, directeur du voorslag, de 1544 
à 057, était sans doute un membre de sa famille. 



52 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



i585-i586. — Betaelt Rombaut Van den Scriecke. sangm'" en coster van 
St-Rommons kercke alhier, voor eene sraluiteyt ende recom}>ense hem van 
der stadt weghen Rei,nint voor 't groot debvoir by hem gedaen, zoo int 
accorderen van d clocke van Hanswyck, int weik van den voorslach en 
beyaert op Sinte Rombonts torren, als tôt het stëllen ende componeren 
van de mnsieque opt voirs werck, waer mede hy seei hmghen tyt geoccu- 
peert es geweest 't zynder groote moyten int op ende aff gane van de voers 
torre breeder blyckende by de requestie ordonnan. van de weth ende zyne 
quitancie hier mede geexhibeert compt hier vij Ub. 

Il faut en conclure, dit Steurs, que le jeu du carillon 
se faisait d'après un système nouveau. En effet, la difft- 
culté rencontrée par Van den Scriecke devait trouver 
sa cause dans une modification nouvelle; mais il est 
évident qu'il ne peut s'agir ici du clavier, vu qu'il exis- 
tait déjà depuis plusieurs années, et que la présence ou 
l'absence de celui-ci ne pouvait pas influencer une com- 
position musicale et la fixation des airs sur le tambour. 
Mais il est bien plus probable que l'addition des grandes 
cloches au carillon ait rendu plus compliquée une 
composition musicale et ait exigé des études spéciales 
pour la fixation des airs. C'est, sans doute, pour ce mo- 
tif, qu'on eût recours au maître de chapelle, alors que 
régulièrement, c'était le carillonneur qui en était chargé. 

Enfin, ce qui nous confirme d'avantage la construc- 
tion des pédales, c'est la nomination en l'année i588, 
d'un carillonneur, nommé Philippe Le Forge, qui con- 
naissait certainement le jeu des pédales. 

En effet, l'existence des pédales est constatée et établie 
en 1601, par un extrait des comptes qui alloue à Augus- 
tin de St-Obert, une certaine somme, pour avoir réparé 
les pédales. 

1601-1602. — Betaelt Augustyn de St-Obert, voir dat hy syn treeden gere- 
pareert heeft, den beyaerd op St-Rombouts thoren om cîatter meer clocken 
solide ronnen mede gespelen. iij gui. 

Or, Philippe Le Forge, remplacé une première fois, re- 
prend sa fonction en i6o3. Il nous semble donc probable 
que Le Forge, jouant des pédales en i6o3, a pu les em- 
ployer aussi en i588, d'où nous croyons pouvoir conclure 
que la construction des pédales s'est faite vers l'année 
i585. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 53 



Les modifications apportées depuis lors au jeu de 
cloches, présentent si peu d'intérêt que nous nous passe- 
rons d'en faire la description. 

Toutefois, il serait intéressant de connaître le nom- 
bre des cloches qui constituaient notre carillon. Mais 
la solution de ce détail est impossible. Nous nous 
bornerons donc à énumérer dans l'ordre chronologique, 
les cloches que nous avons trouvé mentionnées dans les 
registres jusqu'en 1680, alors que la ville acheta à P. He- 
meny, d'Amsterdam, notre carillon actuel. 

Avant l'année i557, ^^ "^ nous est pas possible de fixer 
au juste, le nombre des cloches. En cette année, la ville 
décida d'établir un voorslag de 18 cloches. Ce nombre 
s'est augmenté, en i583, d'une ig'"- et d'une co""' cloche, 
fondues par Pierre \"an den Gheyn, et de la grande 
cloche du couvent d'Hanswyck. 

Dans notre carillon actuel figure encore une cloche, 
datée de 1564, appelée Giclis, et fondue par Adrien Stey- 
laert. Les comptes de 1 583-1 684 semblent pourtant dire 
qu'aucune nouvelle acquisition ne fut faite avant cette 
année. Il se pourrait cependant que cette cloche Gielis, 
fondue déjà en 1564, n'ait été acquise qu'en i583. 

Au commencement du X\TL' siècle, le carillon s'accrut 
encore d'une petite cloche du poids de 70 livres, prove- 
nant du couvent d'Hanswyck (i). 

En 1617, on transporta de l'église Ste-Cathérine au 
carillon de St-Rombaut, une cloche d'environ gSo livres. 

Pierre Van den Ghe3^n fondit une petite cloche de i85 
livres en la même année (2). 

Huit nouvelles cloches furent fondues en 1644, par 
Pierre Van den Gheyn, avec la matière restée en excès 
lors de la refonte du bourdon, en i638 (3). 

1643-1644. — Betaelt M'' Eloy de Bonnejonne, beyaerder, iS gis voor de 
groote moeyte gedaen int accorderen van de nieiuve clockken die gegoten 
syn binnen dit jaer totten selven beyaert van 't overschot van de spyse van 
de groole klocke. 

Betaelt diverssche meesters die met myneheeren geweest hebben op den 



(i) Voj-ez Steurs, ouvrage précité, p. i55. 

(2) Idem, ibid., p. i55. 

(3) L'ouvr. de Steurs ne fait aucune meiaiion de oes huit nouvelles cloches. 



54 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



thoren totte visitatie van de selve niemve clockken en de opt accord van 
den thoon te adviseren. iiij ^ xvi s. 

1644-1645. — Betaelt Peeter \'an de Gheyn, de somme van 141 ,, 12 ,, 
waer op dat beloopt syne afrekeninghe van liet gieten van acht nieuwe 
clocken in de beyaert op St-Romboute thoren daer van de spyse is j^^eproce- 
deert van 't overschot van de groote klocke van St-Rombouts ende alsoo 
hem meerder spyse is gelevert als totte clocken voors. behoefde, is hem 
de selve in betalinge gegeven van syn gieten, ende alsoo compt als by de 
selve specificatie oft afifrekeninghe. i'= xvi £ xij ss. 

Le magistrat, à la requête du carillonneur Eloy Bon- 
nejonne, résolut en 1664, la fonte de deux nouvelles 
cloches, donnant les demi-tons (i). 

Is in policye camer gheresolveert te doen gieten twee clocken om te 
dienen tôt halve thoonen in den beyaert volghens de req"= van M"" Eloy 
Bonnejonne, beyaerder (2). 

En l'année 1666, Bonnejonne obtint encore une nou- 
velle cloche pour son carillon (3). 

Enfin, en 1673, le magistrat acheta à Jean \'an den 
Gheyn, encore une nouvelle cloche, pour compléter le 
carillon. 

1673-1674. — Gelevert door Jan \"an den Ghe\n een nienwe clocke totten 
beyaerdt volgens sj-n billet van i augusti 1673. 

Voilà tout ce que nous avons pu recueillir dans les 
documents officiels de la ville, concernant l'ancien ca- 
rillon de la tour St-Rombaut. 

Il nous reste maintenant à parler d'une pièce bien in- 
téressante, reposant aux archives communales de Bru- 
xelles, et dont on trouve une analyse très détaillée dans 
l'ouvrage de M. \\\n der Straeten : La Musique au Pays- 
Bas, tome \ , pp. 294 et suivantes. C'est un volume ma- 
nuscrit, in-folio, de l'année 1648, portant l'inscription : 
diencndc tôt den vorschlag en hora in St-Nicolaes. Ce ma- 
nuscrit est de la main de Théodore de Sany, carillonneur 
de l'église St-Nicolas, à Bruxelles, et a été conçu dans 
le but de faire l'apologie de l'instrument qu'il dirigeait. 



Ci) Stki-ks ne mentionne pas ces deux cloches. 

(z) Resolutieboek, tome III, p. 43. Voyez Aychives communales. 

(3) Yoyaz Stkurs. ouvrage précité, p. i58. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 55 



De Sany donne des détails sur les différents carillons 
existants alors, et qu'il compare tous à celui de St-Nico- 
las, afin de mieux faire ressortir la supériorité de celui-ci. 

Il met en regard les carillons de Bruxelles (St-Nicolas), 
de Loitvain, d'Anvers (tour N.-D. et tour St-Jacques), de 
Gand, de Malincs, de Mous, de Tournai, de Lille (église 
S t- Etienne et tour de St-Pierre), de Lierre, de Nivelles, de 
Montaigu, d'Affîigheni, de Ninove, de St-Omer, de Liège, 
de Bois-lc-Duc, de Valcnciennes, de Cambrai, de Middel- 
bourg et d'Amsterdam. 

Dans une première partie de son travail, il fait la des- 
cription des tambours d'horloge et voici les détails, con- 
cernant celui de Malines. 

Mechelen 

Het spechverk van d'oiiogie der stadt van Mechelen, staende op St- 
Rombauts thoren, is in sj-n hooghde vxi voeten. vier duymen. 
't Selve speelwerck is in syn breede, dry voeten ende Uvee duymen. 
't Selve speelwerck heeft in syn breede 36 gaeten. 
't Selve speelwerck speelt voor d'ine 68 maeten. 
't Selve speelt voor de halfif ure 34 maeten. 
't Selve speelt voor de twec qnartieren 2 maeten. 

Suit alors la tablature des cloches de chacun de ces 
carillons. Ils sont présentés d'après l'ordre numérique 
des cloches et dans ce tableau, celui de Malines, avec un 
total de 26 cloches, occupe la S'""" place après celui de 
Bruxelles, composé de 38 cloches. 



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e f g a b hcddxef ga 

Nous donnerons aussi, à titre de curiosité, la reproduc- 
tion du tableau comparatif de ces différents carillons. 



56 



LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Tableau comparatif 

des difcreiits Jeux de cayiUon des Pays-Bas, d'après le manuscrit de 164S, 
conservé aux archives communales de Bruxelles 





-0 -^ 


Diamètre 






ùi'2 


S 5 u 


fci Ck u 




Observa- 


r-ARILLONS 


II 
z 


ou 
hauteur 


Largeur 


£ ">. 


5 î;^ 

"* 2, 




.2.= 


tions 




















pour chaque 


Bruxelles 


38 


8 p' 8 p«s 


4 p* 9 pccs 


56 


90 m^ 


40 m^ 


5om'* 


4.5 m"* 


(beffroi) 




















Louvain 




4 » 5 ->■> 


I » I 


)) 


i5 


5o ') 


24 » 


2 » 


I » 


(St-Pierre) 




















Anvers 


3i 


5 >' 4 » 


2 » 2 


m 


-4 


56 » 


24 » 


2 » 


I » 


(X.-Damci 




















Anvers 




5 » 4 » 


3 » 2 


» 


36 


68 » 


34 >) 


2 » 


I » 


(St-Jacques) 




















Gand 


3i 


5 « 4 )> 


4 » I 


» 


42 


53 » 


26 » 


2 ') 


I )> 


(beffroi) 




















Malines 


26 


5 » 4 J) 


3 » 2 


)) 


36 


68 « 


34 » 


2 » 


I » 


(St-Romb.i 




















Mons 


18 


4 » 10 » 


2 » g 


» 


38 


65 » 


32 » 


2 » 


I » 


(Château; 




















Tournai 




5 » 5i/^» 


2 » 10 


)) 


34 


5o » 


26 » 


2 » 


1 » 


(beffroi; 




















Lille 




5 » )) 


3 » 


)) 




68 » 


36 » 


4 » 


2 J> 


(St-Etienne) 




















Lille 




4 » 7 » 


3 )) I 


)) 




73 » 


32 » 


4 " 


2 » 


(St-Pierre) 




















Lierre 




6 » 5 » 


4 » 


)) 


36 


86 » 


35 n 


4 " 


2 » 


(Sl-Gomm.) 




















Nivelles 




3 » 3 )) 


2 » 


)) 


-4 


48 )) 


20 » 


2 )) 


I » 


Montaigu 


},}, 


















Afflighem 


27 


















(abbaye) 




















Ninove 


27 


















(abbaye) 




















Liège 


25 


















Bois-le-duc 


25 


















Valenciennes 


19 



















DE LA TOUR ST-ROMBAUT 5y 



Examinons maintenant la valeur de ce manuscrit en le 
comparant avec les documents que nous avons trouvé 
dans nos archives, au sujet du carillon de St-Rombaut. 

Il est avéré qu'en 1648 les grosses cloches ne servaient 
plus seulement à l'usage du culte, mais qu'elles étaient 
utilisées aussi dans le carillon. Ce qui ne laisse aucun 
doute à ce sujet, c'est le règlement des sonneurs de cloches 
stipulant, sous peine d'une amende sévère, que, avant de 
pouvoir employer les cloches pour la sonnerie, on est 
obligé de décrocher les marteaux du jeu de carillon. 
Cette mesure tut prise à cause de la fêlure du bourdon, 
survenue à la suite de pareille négligence en l'année 
1629 (i). 

D'autres documents nous apprennent que le bourdon 
donnait primitivement le sol dièse du diapason de l'or- 
gue. x\insi en témoigne le contrat de refonte de cette 
cloche en i638, qui stipule que la cloche devra donner 
le même son qu'antérieurement (2). Or, avant 1776, 
aucune modification ne fut apportée à cette tonalité ; 
le cardinal de Franckenberg fit alors, à ses frais, baisser 
le son du bourdon d'un demi-ton et on changea le sol 
dièse en sol, afin d'obtenir plus d'harmonie avec les 
autres cloches. D'après toutes ces données, il paraît donc 
clair que depuis 1498, année de sa première fonte, jus- 
qu'en 1776, et partant aussi en 1648, alors que de Sany 
écrivit son manuscrit, le bourdon, utilisé dans le carillon, 
donnait le sol dièse. 

Mais d'après le manuscrit de Théodore de San}', cette 
cloche aurait donné le la. Comment concilier ces diffé- 
rentes versions? Le carillonneur de Bruxelles a-t-il été 
mal renseigné? ou n'a-t-il écrit le la pour le carillon de 
Saint-Rombaut que parce que le carillon de St-Ni- 
colas à Bruxelles ne donnait que le la? Nous ne re- 
trouvons du reste dans aucune des autres notes le son 
d'une de nos cloches. Ainsi la 4"'*^ cloche de la série n'a 
jamais été refondue et est toujours la même qu'en l'année 
1498, lorsqu'elle fut coulée par Simon Waghevens, Cette 
cloche donne le do dièse du diapason (mi du carillon) et 

(i) Voyez Steurs, p. 64. 
(2) Idem, p. 69. 



58 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



le manuscrit lui attribue le rc. C'est à croire que De 
Sany à élevé toutes les notes d'un demi-ton. 

Les recherches que nous avons faites pour reconstituer 
les sons des cloches de l'ancien carillon, n'ont pu nous 
faire débrouiller ce chaos de renseignements vagues. 
Tout ce dont nous sommes certain, c'est que le bourdon 
donnait primitivement le sol dièse et fut baissé au sol, 
et que la 4™^ cloche de la première octave, qui est tou- 
jours la même qu'en 1498, donne encore aujourd'hui le 
do dièse du diapason. 

Steurs donne un tableau tonique des cloches de l'an- 
cien carillon, mais il ne cite aucune source et nous n'avons 
pu retrouver cette liste. Nous avons cherché à découvrir 
quelque citation des airs joués par l'ancien voorslag. 
Nous n'avons pas été heureux dans nos recherches. 

Telle est, basée sur des documents authenticiues, l'his- 
toire de notre ancien carillon. 



L'ancien carillon, comme nous lavons dit, fut remiplacé 
en 1679, par un autre plus complet, plus harmonieux, 
sortant des ateliers de Pierre Hemony, à Amsterdam. 

8 september 1679. — Is geresolveeit te coopen ceneii beyaeit van S'' 
Hemony, binnen Amsterdam. fResolutieboek III, p. 62, v''.) 

Cette acquisition fut faite en vue de la célébration du 
jubilé de St-Rombaut en 1680. Eloy Bonnejonne, qui fut 
carillonneur à cette époque, a dû contribuer largement 
à cette décision du magistrat (i). 

Steurs est d'assis que ce carillon ne fut pas com- 
mandé par le magistrat et serait un des carillons, pré- 
parés d'avance par Hemony, et dont il parle dans ses 
lettres au prieur d'Eenaeme (2). 

Celte opinion de Steurs semble très fondée et on peut 
admettre cette manière de voir. 

Ce fut au 17 Janvier 1680 que l'on entendit le nouveau 
carillon pour la première fois; il se composait alors des 



(ij Voyez plus loin au chapitre des carillonneurs. 
(2) Voyez Steurs, j). i63. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 



Dg 



32 cloches de Hemony, d'une cloche donnant le sol, 
d'une autre le sol dièse, l'ancienne cloche de la demi 
heure, du si de Georges Waghevens, du do dièse de 
Henri Waghevens et du si bémol de Adrien Steylaert, 
et des 6 grandes cloches, ce qui faisait un total de ^ 
cloches d'une harmonie et d'un accord remarquables, 
comme nous pouvons encore en juger tous les jours. Il 
est très intéressant d'entendre ce jeu de cloches et de 
juger de son harmonie. Les notes harmoniques surtout, 
dans les cloches d'Hemon}^ sont très nettes et d'un 
moelleux remarquable. Faut-il s'étonner de ces qualités 
des cloches d'Hemony, après ce que tous les connaisseurs 
ont écrit au sujet des talents de cet habile fondeur? 

Ecoutez M. Edm. Van der Straeten, dans son ou- 
vrage sur La musique aux Pays-Bas, tome III, p. 272. 

« Hemony était excellent musicien et acousticien du plus 
« grand mérite, il possédait une pratique merveilleuse de l'ac- 
)) cord des cloches. » 

Et le docteur Billon, dans sa Notice sur les cloches et les 
sonneries : « Pierre Hemony travaillait à Amsterdam, à titre 
■>y de pensionnaire de l'Etat. Comme Mersenne, il avait observé 
» qiw chaque cloche touchée en plusieurs endroits, rendait par- 
» tout un son différent. Après bien des essais, il parvint à faire 
)) donner à la cloche, l'accord fondamental qui, comme le plus 
» fort, engloutit tous les autres et se trouve dans la zone de per- 
î) cussion. Il avait aussi trouvé la tierce, la quarte, la quinte, 
» dans les flancs et les parties supérieures de la cloche; il avait 
)) observé que chacun des tons dépend de la largeur du cercle, 
)) de l'épaisseur du métal et de la connexion entre les diverses 
» parties, de même que dans une corde, le ton résulte de la lon- 
» gueur de la force et de la tension. 

» Chaque partie harmonique d'une cloche peut donc être dé- 
)) terminée d'après des proportions parfaitement exactes. He- 
» mony était arrivé à pouvoir fondre une cloche en harmonie 
)> parjaite dans toutes ses parties, et à retrouver le ton fonda- 
» mental fxé d'avance par ses calculs. De sorte que la cloche 
» répondait aussitôt à chaque instrument bien accordé. 

» On voit, par ce qui précède, qu'une bonne cloche n'est pas 
)) l'œuvre du hasard, mais le résultat de combinaisons savantes, 
» et qu'un chef-d'œuvre campanaire est aussi précieux qu'un 
» violon de Stradivarius ou qu'un orgue de Dont Bedos. » 



6o LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



A côté de ces merveilleuses cloches de Hemony, le 
carillon possède une série de bourdons dont le plus gros, 
pesant gooo kilos, constitue une basse dont les pareilles 
sont rares. Il n'est donc pas étonnant que notre carillon 
soit admiré par tous les étrangers qui passent par Ma- 
lines. On se souvient sans doute des vers que Victor 
Hugo, lors d'un séjour à Malines, écrivit de sa bague sur 
les vitres de son hôtel (La Grue, à la Grand' Place), et qui 
proclament son admiration pour cette musicjue aérienne. 

« J'aime le carillon dans tes cités anticiues, 

» O vieux pays, gardien de tes mœurs domesti(]ues, 

» Noble Flandre, où le nord se réchauffe engourdi 

» Au soleil de Castille et s'accouple au midi! 

» Le carillon, c'est l'heure inattendue et folle 

» Que l'œil croit voir, vêtue en danseuse espagnole, 

» Apparaître soudain par le trou vif et clair 

» Que ferait, en s'ouvrant, une porte de l'air; 

» Elle vient, secouant sur les toits léthargiqvies 

» Son tablier d'argent plein de notes magiques. 

» Réveillant sans pitié les dormeurs ennuj-eux, 

') Sautant à petits pas comme un oiseau joyeux, 

» Vibrant ainsi qy'un dard qui tremble dans la cible; 

» Par un frêle escalier de cristal invisible, 

» Effarée et dansante, elle descend des cieux ; 

» Et l'esprit, ce veilleur fait d'oreilles et d'yeux. 

» Tandis qu'elle va, vient, monte et descend encore. 

» Entend de marche en marche errer son pied sonore ! » 

La ville de INIalines peut revendiquer à bon droit 
l'honneur d'avoir eu toujours un des meilleurs carillons. 
Nous avons vu le magistrat de Gand, en i543, et celui 
d'Ypres, en iSyS, reconnaître ce titre à notre ancien ca- 
rillon. Pour notre carillon actuel, il n'est pas de doute 
qu'on doive le considérer comme le meilleur de ceux 
existant encore. Cette appréciation est unanime et depuis 
longtemps accordée. Nous avons encore sous les yeux 
une revue du i" Août 1847. « H et brusselsch Tydschrift » 
dans laquelle se trouve un article sur l'origine du pre- 
mier carillon, et l'auteur, après avoir cité les meilleurs 
carillons tels que ceux de Dunkerkc, d'Anvers, de Gand et 
de Bruges, finit l'article par ces mots : 

En die van Mechelen spant zekerlijk-de kroon. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 6l 



Les modifications apportées au carillon depuis 1680, 
sont de peu d'importance et consistent le plus souvent 
dans des réparations au mécanisme, et dans des amélio- 
rations aux cloches. 

L'agrandissement fait au carillon de St-Rombaut, en 
1682, par Melchior de Haze, dont parle M. \'an der 
Straeten, dans le tome V, p. 343 de son ouvrage, La 
musique aux Pays-Bas, est certainement une erreur. Le 
savant musicologue a confondu ici le carillon de St- 
Rombaut avec celui de l'église Notre-Dame au-delà de 
la Dyle, où le maître Anversois travailla en cette année 
à l'amélioration du carillon que cette église avait repris 
de l'église St-Rombaut en 1680. 

Nous avons trouvé dans une liasse de papiers reposant 
aux archives communales, une copie du manuscrit de feu 
le carillonneur Colfs. Compte du 2 Avril 1763. Cet écrit 
contient le nombre de cloches existant en 1761, avec 
le son de celles-ci et le nombre des marteaux qui jouent 
par le tambour sur chacune des cloches. 

Getallen der hamers op de klokken van den byaerd op St-Rombauts 
thoren, welke er waeren den 23 December 1761 : 

(Klank der klokken). a b'' h c c^ d e^» e f f" g gx a bb h c rx 
(Getal hamers). 22 282 323444444 455 

d eb e f f" g g< a b^ h c c" d e^ e f f'^ g gx a b 
54 554 54 54 442 42 33 Zonder hamers. 

Cette nomenclature ne comprend pas les grandes 
cloches qui étaient alors au nombre de 7. Ce qui fait 
un total de 45 cloches en 1761. 

Il existe encore un relevé identique daté de 1777. 

En 1777, 44 cloches, dont 41 ont des marteaux, qui jouent par le tambour. 
\"oici la liste : 

c d e f fx g a b 11 c ex d e^ e f fx g gx a b h c cx 

22222 222232 32 34444 44454 

d eb e f fx g g'' a b h c c^ d eb e f fx g gx a b. 
54 55454 54442 42 3332 Sans marteaux. 

Dans cette liste, les 6 premières appartiennent aux 
grandes cloches, mais le bourdon n'y est pas mentionné. 



62 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Nous savons qu'à cette époque on s'occupait de modifier 
le son de cette cloche et de le porter de h en b. Le total 
est donc là aussi de 45 cloches. 

Lors de la révolution française, en 1792, l'existence de 
notre carillon courut un immense danger et, sans le ca- 
rillonneur Haverals, alors en fonctions, notre carillon 
eut subi le sort de plusieurs de ses semblables. Mais 
Haverals avait su amadouer la fureur des autorités fran- 
çaises en leur persuadant que le carillon devait, par ses 
refrains, servir à célébrer la gloire de la république; il 
avait même obtenu de pouvoir transporter à la tour St- 
Rombaut, la grande cloche de l'église St-Jean, dont le 
ton faisait défaut dans le carillon. Cette cloche, sauvée 
du désastre, ne reçut jamais sa place dans le carillon. 
Gardée dans les Halles, elle fut retournée après les 
troubles, à l'église St-Jean. Le ton qui manquait dans 
notre carillon, le sol dièse de la première octave, n'y a 
été ajouté qu'en 1873. Malheureusement, cette cloche 
est fausse. 

Notre carillon, tel qu'il existe aujourd'hui est composé 
de 45 cloches, formant 4 octaves. La dernière petite 
cloche, mentionnée dans les 2 relevés précédents, n'y 
figure plus aujourd'hui. 

Première octave 



I. 


Salvaior, d( 


in ne 


Sib 


où 


B, 


pèse 


8884 


kilogr 


. (L. et S. V. Aerschot, 1844) 


2. 


Cita y Us, 


» 


Do 


» 


c. 


)) 


6000 


» 


(M. De Haze, 1696) 


3. 


Romhauf, 


» 


Re 


» 


D, 


)) 


4235 


)) 


(S. Van Aerschot, 1861) 


4- 


Maria, 


)) 


Mi 


» 


E, 


» 


3ooo 


» 


(Simon Waghevens, 1498J 


5. 


Madeleine, 


)) 


Fa 


» 


F, 


» 


2000 


» 


(M. De Haze, 1696) 


6. 


Lihert, 


)) 


Fa" 


)) 


F", 


» 


1749 


)) 


(And. V. denGheyn, 1766) 


7- 




)) 


Sol 


)) 


G, 


)) 


i355 


» 


(And. V. den Gheyn, 1777J 


8. 




» 


Sol" 


» 


G\ 


)) 


1201 


)) 


(A. L. J.V. Aerschot, 1873) 



Deuxième octave 

Fondue en 1735, par Georges Dumery, donne La ou A. 

>' 1564, » Adrien Steylaert, » Si^ » B. (Gielis.) 

» i5i5, » Georges Waghevens, » Si » H. (Mich^'^'.) 

'» 1674, >) P. Hemony, » Do » C. 

» 1480, » Henri Waghevens, » Do" » C". (Yhesus) 

» 1674, " P. Hemony » Re » D. 

» 1784, » André Van dehGhevn, w Mi^ » E*». 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 63 

i6. Fondue en 1674, par P. Hemon}-, donne Mi ou E. 

17. >) » » - » » Fa » F. 

18. » » » » » Fa"^ » F''. 

19. » 1784, " André \'an den Ghein, » Sol » G. 

20. » 1674, » P. Hemonv, » Sol''» G''. 

Troisième octave 

Fondue en 1674, par P. Hemonv, 
22. » '> » >' 

23 

-4 

25 

26 
27, 
28 
29 
3o 
3i 

32 

Quatrième octave 



donne 


La ou 


A. 


n 


Sib » 


B. 


)) 


Si » 


H. 


)) 


Do » 


G. 


» 


Do^ » 


Cx. 


» 


Re » 


D. 


» 


Mib » 


Eb. 


)) 


Mi » 


E. 


» 


Fa » 


F. 


)) 


Fa" » 


Fx 


)) 


Sol » 


G. 


)) 


Sol" » 


G^ 



33. 


Fondue en 1674, 


jiar P. 


Hemonv, 


donne 


La ou 


A. 


34. 


)) 


)) 


)) 


)) 


)) 


Sib » 


B. 


35. 


» 


)) 


» 


» 


)) 


Si » 


H. 


36. 


)) 


» 


)) 


)) 


)) 


Do » 


C. 


37. 


» 


J) 


» 


» 


» 


Dc^ » 


C\ 


38. 


M 


» 


» 


)) 


» 


Re » 


D. 


39. 


» 


)) 


)) 


)) 


n 


Mib » 


Eb. 


40. 


)) 


» 


» 


» 


» 


Mi » 


E. 


41. 


» 


)) 


)) 


» 


» 


Fa » 


F. 


42. 


)) 


» 


)) 


» 


)) 


Fa" » 


F". 


43. 


)) 


)) 


)) 


» 


)) 


Sol » 


G. 


44. 


» 


)) 


)) 


)) 


» 


Soi'' » 


G". 


45. 


» 


)) 


» 


)) 


)) 


La » 


A. 



Nous ne pouvons terminer cet article sans adresser 
nos plus sincères remercîments à Monsieur l'archiviste 
Hermans, C'est avec infiniment de bonne grâce et d'em- 
pressement qu'il a mis à notre disposition tous les re- 
gistres des archives communales, dont nous avions besoin 
pour réédifier l'histoire du carillon de St-Rombaut. 



64 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Les Carillonneurs 

On a beaucoup discuté sur la signification du mot 
bciaerden, dont l'usage est déjà fort ancien. Nos re- 
cherches nous ont amené à conclure que bciaerden, si- 
gnifiait anciennement : frapper rapidement deux ou trois 
clochettes, au moyen de petits marteaux ou de baguettes 
de bois. 

Un manuscrit de la fin du XV^*^ siècle, (époque à la- 
quelle le clavier du carillon n'était pas encore en usage), 
reposant aux archives de l'église Notre-Dame de cette 
ville, confirme cette opinion, par la citation d'un paye- 
ment fait pour avoir carillonné. 

Van de Scellekens te beyaerden iiij ;^r. 

Cette façon de carillonner n'avait rien d'artistique et 
n'exigeait aucun talent spécial. Aussi cet office était- il 
rempli tantôt par un modeste fonctionnaire, désigné à 
cet effet, tantôt par le sacristain. 

1373-1374. — It. Jan piet omme dat hi wale bavarde. 

i385-i386. — It. deii costers van St. Romonds omme dat zy wale en siere 
luydden doen de gewareghe boodscap van de payse comen was. 

It. Jan pyet omme dat hy wale beyaerde. 

1430-1431. — Item den costeren van St-Rombouds omme dat si beyaerden 
doen de merc cjuam dat myne vrouwe van bourg"'' gheleglien was. 

1444-1445. — It. \' elle lakens half blauw half roet voir den beyardere 
coste X. s. X den. 

It. ghegeve den costers en den beyaerden elc VI gelten wyns comt op 
xij s. mech. 

It. ghegeve meester Janne Claes, surgyn omme dat hy den beyaerdere van 
de stad zynen vingher genezen heeft dat hy zyn vorste let af verlore heeft 
met luyden comt xix dag Jul. XL\' comt iiiij s. gr. mech. 

C'était vers le milieu du XVP siècle, comme nous 
l'avons déjà dit, que le clavier fut adapté au carillon. 
Dès lors, le jeu des cloches exigeait une éducation ar- 
tistique, aussi voyons-nous dans la suite, la place de 
carillonneur occupée par des musiciens de talent. 

Mais avant de nous occuper de ceux-ci, disons quelques 
mots de la mission de ces fonctionnaires. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 65 



Le carillonneur était salarié par le magistrat, à la 
condition, qu'il jouerait du carillon à certains jours de la 
semaine, les dimanches et jours fériés. Le premier con- 
trat de ce genre, retrouvé dans nos archives, date de 
l'année i5g2, et se trouve reproduit dans Steurs, p. 25i. 

Il prescrit de carillonner à toutes les grandes fêtes, 
tous les dimanches, à toutes les veilles de fêtes, le soir, 
au moins une heure. Tous les samedis ou autres jours 
de marché, le matin et le soir, ensemble une heure. Tous 
les jeudis, à l'heure de la messe du S. Sacrement, et le 
soir au salut, chaque fois une demi-heure. 

Un second contrat, daté de 1617, aussi reproduit dans 
Steurs, stipule la 

« condicion que le dict Husseme Tison, natif de la ville de Mons, serat 
oblige et tenu de tonner et bateler sur les cloches sur le grand tour de 
l'église de St-Rombout une demie heure durant entre unze et douze heures 
ou midy tous les jours dimenches et festes, samedys et tous les jours et 
veilles de recreacion, et comme la veille de l'an, la veille des Roys, aux 
trois jours dict vastelavont et jours semblables. Item tous les ditnenches, 
jours de festes, samedy et jeudj^ au salue, et à toutes messes du vénérable 
sainct sacrement et à toutes processions générales. Item sur les veilles et 
jours de festes solemnels, et tous les jours durant les semaines des decaces 
de cette ville, commençant à la veille au midy devant la decace, aux quelz 
jours, il fera extraordinaires debvoirs. 

« Item aux entrées de linéiques grands seigneurs, triumphes solemneles, 
assemblées de messieurs du magistrat de cette ville et à tout aultres temps 
quand il luv sera commandé de par la dicte ville sans y faire refus. » 

Les contrats de 1625 et de 1637 sont les mêmes que 
celui de 1617. 

En 1714, le règlement pour le carillonneur n'a pas 
encore subi de grandes modifications; remarquons ce- 
pendant, que dans ce contrat, le lundi figure comme jour 
obligé pour le jeu du carillon, sans doute à l'occasion de 
la réunion du magistrat. 

« In den eersten moet hy spelen aile Sondaghen, ende aile Heylichdagen 
van half ure twelf tôt half ure een, ende aile Maend.aghen van half ure 
neghen tôt half ure thien. 

Item Maendagh Deynsdagh, Woensdagh naer kermisse, aile merckt- 
daghen, dat is aile Saeterdaghen ende dat van half ure twelf tôt half ure 
een, uytgenomen Saterdagh ende Sondagh van de Passie en de Palmen 
Sondagh ende Saterdagh te voren oock en mach men noint spelen gedu- 
rende de dinsten van aile begraeffenissen niet eerder voor de lichaemen ter 
aerden svn. 

5 



66 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Item h}' sal moeten spelen allen die groote feestdafthen, gelyck hier is 
volgendc ten minsten eene me lanck. (V. Stiurs, p. 290 ) 

En dehors des jours de fête et de solennité, le carillon 
se fait encore entendre aujourd'hui régulièrement trois 
fois par semaine. Le. lundi, de 11 1/2 heures à midi; le 
samedi, de 11 heures à 11 12 heures; le dimanche, de 
II heures à midi. 

L'obligation de carillonner le lundi, remonte à une 
époque déjà ancienne. Elle avait sa cause dans l'as- 
semblée du magistrat. Le règlement du carillonneur, en 
faisait déjà mention en 1617. De nos jours, le magistrat 
ne se réunit plus le lundi, mais l'habitude de jouer du 
carillon en ce jour nous est restée. Le carillon joue encore 
le samedi, à l'occasion du marché. Et le dimanche, on 
carillonne pour la réjouissance de tous les habitants. 

Un dicton populaire, encore assez connu aujourd'hui, 
expose les motifs de ces différentes séances musicales. 

's Zatei'daags voor de boeren 
's Manendaags voor de heeren 
En 's Zondaags voor de hoeren 
Die met de heeren verkeeren. 

Depuis l'été dernier (1892), l'administration commu- 
nale a introduit une modification dont on peut la féli- 
citer. Pendant les mois de juin, d'août et de septembre, 
le carillonneur donne le lundi, de 7 à 8 heures du soir, 
une audition musicale, qui remplace celles du lundi et 
samedi matin, et à laquelle il apporte tous ses soins et 
ses talents. Nous sommes très heureux de cette innova- 
tion, car elle nous permet pendant les mois d'été, de jouir 
chaque semaine d'un artistique concert aérien, et nous 
donne l'occasion d'apprécier les qualités musicales de 
nos belles voix d'airain. Aussi ne saurions-nous suffi- 
samment engager les personnes qui n'ont jamais entendu 
jouer du carillon et tous les amateurs de musique de 
venir à Malines, le lundi soir, entendre cet orchestre 
campanairc. 

Nous exprimons ici le vœu de voir un jour l'adminis- 
tration communale, continuant dans la voie artistique 
où elle est entrée, décider l'organisation d'an concours 
pour carillonneurs. Cette joute artistique ne manquera 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 67 



pas d'intéresser le public, et permettra à tous d'apprécier 
notre carillon et les talents des artistes concurrents. 

A propos de concours, disons que ceux-ci sont déjà 
anciens. En iSgg, la place de carillonneur à la Tour St- 
Rombaut fut mise au concours. Trois concurrents se 
présentèrent. 

Adrien Le Pris, carillonneur de Mons, Jean Bras- 
SAERDT, carillonneur de Mons, et un troisième carillon- 
neur venant de Dixmude. Ce fut Le Pris qui l'emporta. 

En 17 14, un autre concours fut décidé pour la place 
vacante. Un certain Scheper, carillonneur de Gand, se 
présenta, mais le concours n'eût pas lieu et la place fut 
donnée à Antoine Colfs de Malines. 

Nous ne parlerons pas des difficultés qui ont marqué 
le concours de 1772. L'ouvrage de Steurs et celui de 
\'an Elevvyck {Matthias Van den Gheyn) s'en sont occupés 
très longuement. 

Parmi les inscrits on trouve un certain Schepers ; 
Jean Leemans, carillonneur de Bruges, et Magerman, 
également de Bruges. Après bien des péripéties on décida 
de ne pas faire de concours et d'accorder la place à celui 
qui aurait offert la plus forte caution. 

Les artistes qui soumissionnèrent furent : 

Jean Corneille Streitner, de Malines; le fils de Mat- 
thias Van den Gheyn, de Louvain; Dodelet; et J.-B. 
KiECKENS. La place fut accordée à ce dernier. 

En 1788, à la mort de Kieckens, on fit de nouveau 
appel aux artistes, mais cette fois le concours fut sérieux. 
\"itzthi:mb, directeur de la Monnaie, Krafft, maître de 
chapelle à la cathédrale de Gand, Schepers, organiste 
et carillonneur à x\lost, furent demandés pour faire partie 
du jury. Ces deux derniers, empêchés, furent remplacés 
par Van Helmont, maître de chapelle à Ste-Gudule, et 
E. J. l'ŒiLLET, organiste de la chapelle royale à Bru- 
xelles. Six concurrents étaient inscrits : Gerard-Gommaire 
Haverals, carillonneur à Lierre ; Antoine-Joseph Ceule- 
mans, habitant Lierre; François Van Horenbeeck, de 
Wavre-Notre-Dame; François-Martin-Jos. De Prins, de 
Louvain, carillonneur et organiste à l'abbaye de Ste-Ger- 
trude de cette ville; Deckers, de Diest; Loret, carillon- 
neur et organiste à Dixmude. Le concours eût lieu le 



68 



LE CARILLON ET LES CARÎLLONNEURS 



7 juillet 1788. De Prins et Loret ne se présentèrent point 
et Haverals remporta la palme sur ses concurrents. 

Nous communiquons ici la liste complète des carillon- 
neurs qui se sont suivis depuis i55y, époque à laquelle 
on nomma le premier carillonneur à gages fixes. 



Christophe Rimbout 
Jean Strybosch 
Jean de Vryere 
Philippe Le Forge 
Augustin DE St-Odert 
Philippe Le Forge 

Adrien Le Pris 
Augustin DE St-Obert 
Philippe Le Forge 

Gery Le Forge 
Gérard Van Munten 
Gillis Sterck 
Ursme Thison 
Jacques Du Buze 
Louis Gleize 

Eloy BONNEJONNE 

Jean Bonnejonne 
Jean-Baptiste Jacop.s 
Antoine Colfs 
Jean-Joseph Golfs 
Corneille Streitner 
Jean-Baptiste Kieckens 
Ckrard-G"""'= Haverals 

Louis WiTTMANN 

Adolphe Di:nyn 
Joseph Denyn 



octobre i557-octobre i56o) 
iS/O- 1572) 

i58o-juillet i585) 

I mai i588- ) 

14 novembre 1592-7 juin 1597) 
22 décembre i5g7-25 septembre 

1599) 
20 novembre 1599- 1602) 

1602-23 août i6o3) 
i5 novembre 1603-27 septembre 

i6o5) 
27 septembre i6o5-2 mars 1617) 
mars 1617-juillet 1617) 
22 juillet i6i3-i2 octobre 1617) 
12 octobre 1617-15 juillet 1626) 
i5 juillet i625- i625) 

19 décembre 1625-19 septembre 
1637) 

12 septembre 1637-18 octobre 
1686) 

18 octobre 1 686-1 3 mars 1700) 
17 mars 1700-25 janvier I7i3) 

20 février 1713-11 mai 1729) 

II mai 1729-2 novembre 1771) 
4 novembre 1771-16 mai 1772) 
16 mai 1772-12 janvier 1788) 
12 juillet 1788-13 avril 1841) 
i3 avril 1841-1 janvier 1849) 

I janvier i85i-i janvier 1887) 
I janvier 1887) 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 69 



Nous compléterons cette liste par quelques détails bio- 
graphiciues, que nous avons pu rassembler sur chacun de 
ces artistes. 

Christophe Rimbout 

Il entra en fonctions au mois d'octobre i557 (i) et non 
pas au mois de juillet i55g, comme le dit Steurs. Il 
reçut un salaire de 36 florins par an. 

Nous savons que sa nomination correspond avec la 
confection du premier clavier manuel au carillon. 

Il était, sans doute, artiste d'un rare talent, car le 
magistrat le préféra à François de \'riese, habitant de la 
ville, facteur de clavecins. Celui-ci était lui-même excel- 
lent musicien, car il avait déjà joué du carillon avant 
l'arrivée de Rimbout (2). 

i56S-i569. — Bctaclt francf.i d: X'ricse v-uur het stcUen van de clavesim- 
ble vau sekeren arincn \ondclinck alhicr. x s. 

iSôg-iSyo. — Uetaelt francen de \'riesc lot behiilp vau cen uveuwc clave- 
simblc voor den blinden vondelinck in septembri Ixx xij s. 

Rimbout ne resta pas longtemps en fonctions, sa place 
fut supprimée au mois d'octobre i56o (3), à cause des tra- 
vaux d'agrandissement qui se hrent alors au carillon. 

Jean Strybosch 

Il était inconnu à Stf.uks. Sa carrière a été courte. 
Depuis l'année où Rimbout fut renvoyé jusqu'en iSyo, 
nous n'avons pas trouvé trace d'un carillonneur. Nous 
ne pouvons pas non plus affirmer que Strybosch, dont 
nous 'trouvons la mention en l'année iSyo, n'a pas caril- 
lonné antérieurement, car, à en juger par les annotations 
trouvées aux registres des comptes, on pourrait croire 
qu'il n'avait pas de salaire fixe et qu'il ne carillonnait 
qu'à la demande expresse du magistrat. Nous perdons 



(1) Voyez plus haut, page 47. 

(2) Voyez plus haut, page 47. 

(3) Voyez plus haut, page 48. 



70 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



de nouveau sa trace, en 1572, sans doute à cause des 
troubles provoqués par l'invasion des Espagnols. 

1570-1571. — Betaelt Jannen Strybosch beyarder op Sinte Ronimonts 
thorren van zesse maendcn lanck des Sondaechs ende he\iiclidaechs op 
ten beyaert van Sinte-Rommonts thorren gebeyaert ende gespeelt theb- 
bene in januario i5yi v /6. 

1571-1572. — Betaelt Jannen Strybosch, beyarder op Sinte Rommonts 
thorren voir ecn half jaere loons, verschenen Johannis Ixxij p. ord. 



vi. 



Jean de Vryere 

Steurs ne le cite pas. Nous le rencontrons pour la 
première fois dans les comptes de i58o-i58i. 

Les extraits des comptes ne nous permettent pas de 
conclure s'il a carillonné avant cette date. Nous y trou- 
vons mention de diverses livraisons de peaux de tam- 
bours, faites par le même de Vryere. 

Il est probable que de ^'ryere, tanneur de profession, 
fût bon musicien, et ait été demandé par le magistrat, 
pour jouer le carillon aux jours de fêtes. Il ne reçut pas 
de salaire fixe, car il est payé séparément pour chaque 
séance musicale. 

i58b-i58i. — Betaelt Jan de Vryere van dat hy tôt diverssche reijsen ge- 
beyaert heeft op St-Rommonts thorren op de horologie, xxxiij s. 

i58i-i582. — Betaelt Janne de Vryere, beyaerdere op St-Rommonts tho- 
ren voer zynen loon t' sdaechs twee stuyvers beloopt voor xiij maenden 
bcgonst ierste augusti Ixxxi en geeynt leste septembris Ixxxii per vyff 
distincte ordinan. xxxix £ x iiij s. 

Betaelt den voern Jan de \'ryere voer de leveringhe van xxxij vellen tôt 
bchoeve van de trommelslagers van de borgerve gelevert sedert xxi juny 
81 tott<^ viij : septembris 82, blyckendo bv opn distencte ordinan. beloopen 

xviij i' 

i584-i585. — Betaelt Jan de \'ryere voer arht maenden luvenen ende 
beyardene op de clocken soo in der kerk van St-Romboul aïs tôt onser 
Lieve vrouwen, verschenen, déleste in julio a" i585 de somme van Ix i' xij s. 
(En marge) gereijeert als niet betaelt volgens de bekentenisse van den 
Rendant. 

Philippe Le Forge 

Cet artiste dont la mention reparait dans les comptes 
aux années 1597 et i6o3, h'est pas cité par Steurs, à 



I 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT Jl 



l'année /JcVrV, alors que déjà il se trouve au service de 
la ville. Admis le i" mai i588, à traitement fixe, il n'est 
plus mentionné en i58g. Il nous parait que Le Forge 
jouait des pédales alors, car ce fut probablement à cette 
époque qu'on les adapta au carillon. 

En i5g2, il est remplacé par Augustin de St-Obert. 
Nous ignorons les motifs de son départ, mais la ville, 
ayant pu apprécier ses qualités d'artiste, s'adressa de nou- 
veau à lui en iSgy. 

Il avait été entretemps carillonneur à Soignies. C'est 
là que le magistrat le fit chcicher, pour venir à Malines 
jouer du carillon pendant les jours de kermesse. Il est 
probable qu'à cette occasion, le magistrat fit un accord 
avec lui pour le garder à Malines, car il figure de 
nouveau dans les comptes comme carillonneur, avec une 
augmentation de salaire. On lui paya de plus une indem- 
nité pour frais de transport de ses meubles venant de 
Soignies. 

Le Forge était un artiste peu fortuné, puisque le 
magistrat lui accorda un subsitle pour l'établissement 
d'un métier de tisserand, afin de lui procurer les moyens 
de subvenir aux soins de sa famille. Ce furent sans doute 
les difficultés pécuniaires qui le forcèrent d'abandonner 
de nouveau son poste le 25 septembre i5gg, alors c]ue 
cependant son salaire eût encore été augmenté de x den. 
En i6o3, on le rappela une seconde fois, mais survinient 
de nouvelles difficultés, et on manda de St-Obert. Ce 
n'est qu'après trois semaines qu'il reprit sa place, et son 
salaire fut encore majoré jus(]ue 3 livres par semaine. 
Enfin, il quitta définitivement Malines le 27 septembre 
i6o5, et fut alors remplacé par son frère. 

ifSy-ifSS. — Bel. Phls Le For,u;'o, bevaerdeve op Sl-Roinboiils ttn'ie voor 
(Icn loon van dertich stuivers ter weke daer over de lieeren trésoriers met 
hem overeen comen zyn dat hy t' allen behoorlyke tj-den zyn debvoir van 
beyaerdcn zoiiden cloen, begontt zyn voorn looii deii i" may i5S8 ontfaeu 
de elff wekeii j^eexpireert den 16 juli i5S8. xvi £ x s. 

i588-i58g. — Betaelt Phls Le Forge, beyaerdere op Sinte Rombouts toron 
voer den loon van dertich stuivers ter weken volgende voergaende reke- 
ninghe voor neghen weken ordinaris gaigie tôt dertien stuivers t :r weecke 
com])t sestien gulden thien stuivers ende was de selven sculdich van de twaelf 
gulden die ick hem geleent hadde door ordinan van der Avet dry gulden 
die mNn heeren hem quyt gesconden hebben compt, te samen xvi £ x s. 



72 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



iSgô-iSgy. — Hans \'i-anc>: geweest tôt Soigny in henegouwc aen den 
be3-aerdere aldaer ten eynde hy hier comen soude om onse kcrmisse te 
verceren met beyaerden volgens d'ordonn. van 5 july iSgy. 

Betaelt Phls Le Forge, beyaerdere binnen de stadt van Soinyny voor 
ses daegen by den sèlven hier gevaceert ontboden wesende om te ker- 
misse hier te komen op de clocken spelen, 9 july 1597. 

1597-1598. — Betaelt Phls Le Forge beyaerder op St-Rombouts toren 
aile weeken twee guld. eens volgende d'ordinantie van der weth. In date 
xxij december iSgy verschenen d'eerste weke den 27 derselve tôt den.xviij 
july iSgS compt dertich weken t' samen Ix guld. 

Betaelt Phls Le Forge, beyaerder thien guldens eens, den selven in twee 
'reysen geordonneert te betaelen tôt subsidie van syne reysen en het trans- 
porteren van syne familie tôt hier comende van Soigny volgens ij ordon- 
nai!, t' samen x guld. 

:598-i5gg. — Betaelt Phls Le Forge, beyaerder op Sinte Rombouts toren 
16 guis eens hem by mynheeren van de weth geschonken om op te rechten 
en te stellen, een getouw t' s^-nen woonhuyse, om te beter synen cost te 
mogen winnen volgens d'ordonnantie van ix novemb. iSgS en quittan. 
t' zamen xvi guld. 

. i5g9-i6oo. — Betaelt Phls Le Forge beyaerder op Sinte Rombouts thoren 
aile weecken twee gui voir vij weken ende daer naer geaugmenteert tôt 
twee gui X st. comt t' zamen tôt den xxv september iSgg xxi i x st. 

1603-1604. — Betaelt sekeren beyaerder hier gecomen om te spelen in 
absentic van August\n de St-Obert volgens d'ordonnantie van 28 october 
i6o3 iij guld. 

Betaelt Phls Le Forge vier guis eens, den selven gegund hier gecomen 
wesende en aanveerd als beyaerder op St-Rombauts thoren volgens d'or- 
donnanties t' zamen. iiij guld. 

1604-1605. — Betaelt Augustyn St-Obert. beyaerder voir dry weken gagie 
tôt ij gui. X st. ter weken maken vij gui. x st. verschenen 14 augusti 1604 
d leste, in wiens plaetse gecomen es Phls Le Forge compt voer xlix weken 
tût dry gidden ter weken geexpireert xvi jid}- xvic vyff compt hier voir hun 
beide t' zamen. cliiij gui. x st. 

i6o5-i6o6. — Betaelt Phls Le Forge, beyaerder, voer ix weken gagie tôt 
dry guldens ter weken geexpireert den xvij september xvic vyff de somme 
van seven en twintich guldens. 

La place laissée vacante par le premier départ de Ph. 
Le Forge (iSSg), fut quelque temps sans titulaire. Entre- 
temps, aux jours de réjouissances publiques, la ville dut 
avoir recours à des artistes étrangers pour jouer du ca- 
rillon. C'est ainsi qu'en 1592, on manda le carillonneur 
de l'église Ste-Elisabeth, de Mons, pour venir jouer à Ma- 
lines, pendant les jours de kermesse du mois de juillet. 

i5gi-i5g2. — Betaelt den beyaerder van St-Lysbetten binnen Bergen in 
H'enegouwe dertich stuivers eens van jebeyaert te hebben ter kermissen 
in Jùliolaestlede-n volgende ordinan. ■ xxx st.' 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 73 



Augustin de St-Obert 

Le magistrat fut sans doute en peine pour trouver un 
carillonneur en i5g2. Il fit venir de Valenciennes les 
frères de St-Obert pour arranger et restaurer le carillon. 
Tous les deux étaient carillonneurs, mais Augustin, sans 
doute, meilleur artiste que son frère Philippe, fut accep- 
té par le magistrat comme carillonneur de St-Rombaut ; 
quelques années plus tard nous le retrouvons aussi au 
même emploi dans la ville d'Ypres. Philippe, tout en 
étant carillonneur, était plus habile mécanicien. Ce 
fut à lui qu'on paya les frais de réparations. Jamais il 
n'est fait mention de lui comme carillonneur en titre, ni 
à Malines, ni à Ypres, où il se retrouve aussi avec son 
frère. Les de St-Obert étaient tisserands de profession, 
un extrait des comptes de la ville d'Ypres nous l'apprend; 
il y est fait mention d'un troisième frère du nom de 
Pierre. 

Augustin de St-Obert entra en fonctions à Malines, 
le 14 novembre 1592 (i) et quitta Malines le 7 juin 1597. 
Chose étrange, son salaire depuis iSgs, ne lui fut remis 
qu'à son départ en 1597, ce qui nous ferait supposer qu'il 
ne manquait pas de ressources. Rappelé à Malines en 
1602, il quitta de nouveau son poste le 23 août i6o3. 
Le magistrat fit probablement des instances pour qu'il 
revienne ici, mais il négligea sans doute de répondre, car 
quand il se fut décidé, il trouva Philippe Le Forge in- 
stallé à sa place. On le dédommagea alors pour ses frais 
de voyage. 

Rappelé quelques mois plus tard, à l'occasion des diffi- 
cultés qui avaient surgi entre le magistrat et Ph. Le 
Forge, il ne passa ici que trois semaines après lesquelles 
ce dernier rentra en fonction. En l'année 1608-1609, nous 
retrouvons la famille de St-Obert réunie à Ypres. 

Augustin était carillonneur, Philippe est mentionné 
pour une livraison de petites clochettes, et Pierre estsub- 
ventionné ainsi que ses deux frères, pour avoir. introduit 



(i) Voyez le contrat dans Steur;?, p.-25i. 



74 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



à Ypres l'industrie du tissage de mouchoirs de Cambrai. 
En 1620, il figure de nouveau dans les comptes de 
Malines, pour avoir accordé les cloches du carillon de la 
tour St-Rombaut. 

1592-1593. — Betaelt Phls de St-Ober, beyaerder, dry gidden cens den 
selven geschoncken voir dat hy gecomen is van Valencyn in decembri 
1592. om te stellen en maecken het gène nootelyck is totten beyaert op 
St-Rombouts tore, tzame iij gidd. 

Betaelt in de herberge. In de Perse, alhier, dry gulden, thien stuyvers, 
tsj^nen huyse verteert by Avigustyn St-Obert met synen broeder in 't aenne- 
men desselfs Augustyn om te wesen beyaerder dezer stadt, tzame iij gulds 
X st. 

1596-1597. — Betaelt Augustin St-Obert, beyaerder aengenomen by myn- 
lieeren van der weth op den xiiij novemb. xv--' xcij op de gagie van xxx st. 
ter weecken beloopen tôt den 7" juny xv*^ xcvii volgende d'ordonnantie 
tzaraen iij": Iviij guld. x st. 

1601-1602. — Betaelt Augustj-n de St-Obert voor dat hy syn treeder gere- 
pareert heeft den beyaerd op St-Rombouts thoren, om datter meer clocken 
souden connen mede gespelen, iij guld. 

1603-1604. — Betaelt Augustyn St-Obert voir vyff weecken gagiën, tôt twee 
guld. x st. ter weecken maecken xii guld. x st. verschenen die laetste 
weecke den 23 augusti i6o3, in wiens plaetse gecomen es Phls Le Forge 
den i5 novemb. daer compt hier voir xxxv weecken verschenen 17 julv 
1604 die laetste, seven en tachentig gui. x st. comt voir hun beyden c gui. 

Betaelt aen seekeren beyaerder hier gecomen om op de clocken op St- 
Rombouts thoren te spelen in absentie van Augustvn de St-Obert, volgens 
d'ordonnantie van 28 octob. i6o3 iij gui. 

Betaelt Augustyn St-Obert, beyaerder, thien gui. x st. cens, tôt avanche- 
ment van S5'ne reyse, wesende hier gecomen van \'alencyn, opt schryven 
van myne heeren, om te continueren int voirs ofificie by hem te voren be- 
dient, maer alsoo myneheeren hun middeler t^-dt versien hadden van eenen 
anderen beyaerder, is hem die selve som gegundt tôt syn retour volgens 
d'ordonnantie, tzame x gui. x st. 

1604- i6o5. — Betaelt Augustyn St-Obert, beyaerder voir dry weken gagie 
tôt ij gui. X st. ter weken maken vij gui. x st. verschenen 14 augustus 1604 
dleste, in wiens plaetse gecomen es Phls Le Forge, compt voer xlix weken 
tôt dry gulden ter weken geexpireert xvi july xvi>-' vyff achtervolgens de 
notitie oi)t casseboek van d tresorye deser stade wekelyk g'etelt, compt hier 
voir hun beide, tzamen cliiij gui. x st. 

1620-1621. — Betaelt Augustyn de St-Obert, eertyden beyaerder op St- 
Rombouts thoren ses gui. voor 't accorderen van eenighe clockken op den 
bevaert. 



Comptes de la ville d'Ypres (i). 



(i) Van der Str.\et£k, Musique aux Pays-Bas, t. II, p. 3o6. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT y5 



i6o8-i6og. — Augustyn de St-Obert, anghenomen omnie te wesen clock- 
speelder binuen deser stede, tôt vi lib. de weke, compt van xiij''" weken, 
beghonnende den 28 december 1608 ende hendende den 28 maerte 1609, 

Ixxviij lib. 

Philips de St-Obert, clockspeelder over den coop ende levervnghe van 
twee appeelkens dienende tôt het clockspelen op 't beelfroot deser stede, 
weghende 't samen Ij pont tôt 32 st. 't pont compt iiij >'>'j lib. xij st. 

Philippe, Pierre ende Augustyn de St-Obert, camerycx douckwevers, 
henlieden gheaccordeert by voorme van leeninghe, tôt advancement van 
de voornoemde neerynghe eerst in dese stede ghebrocht, op belofte van 
der restitutie 't henden ses jaeren, by twee ordonnantien. xij^ lib. 

Nous avons vu précédemment qu'au départ de Augustin 
de St-Obert, en i5g7, le magistrat envoya à Soignies, 
chercher Philippe Le Forge, pour venir ici à Malines, 
jouer du carillon pendant les fêtes de la kermesse. A 
cette occasion on fit accord avec lui pour le réintégrer 
dans cet emploi. Après le départ de Le Forge, en i5gg, 
il était sans doute très difficile de trouver les bons ca- 
rillonneurs, on mit la place au concours. Steurs ne cite 
que deux compétiteurs pour la place. Nous croyons toute- 
fois à la présence d'un troisième concurrent. 

Un extrait des comptes dit qu'il y eut deux carillon- 
neurs de Mons et un de Dixmude. 

1599-1G00. — Betaelt Hendrik Wuyts, twee gui cens 't sjiien huyse ver- 
teert by de twee beyaerders van Bergen in Heneg^omvc ende van Dixmuyde 
metten sangm'' van Sinte Rombouts alliier volgens d'ordonnantic. ij i'. 

Il ne peut y avoir de doute à ce sujet, car nous trou- 
vons dans les comptes les noms des deux carillonneurs 
de Mons; malheureusement le nom de celui de Dix- 
mude ne s'y trouve pas (i). 

L'un, Le Pris, est indemnisé pour les frais de transport 
de ses meubles, venant de Mons, 

L'autre, Brassaerdt, est subsidié pour ses frais de route 
de Mons à Malines et retour. 

1599- 1600. — Betaelt Adriaen Du Pris, bcyaerder alhier, vyflhien gui. 
cens hem toegeseyt ende gejont tôt subsidié van doncosten by hem ge- 
doocht in syne meubelen hem transporterende van Bergen in Henegouwe 
tôt deser stede, volgens d'ordonn. van xx*^ novemb. iSgg, xv £. 



(i) Serait-ce Charles Le Dieu (jui était cârillonneur a Dixmude en 
1608- 1609 ■" 



76 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Betaelt Jan Brassaerdt, beyaerder van Berj;en in Henegomve, thien j^^ul- 
dens cens, over die verteeide costen by hem f;eleden int comen van 
Bergen hier ende uit wederkeeren derwaerts volgende d'ordonn. Isame x £. 

Adrien Le Pris 

Adrien Le Pris fut vainqueur dans cette lutte artis- 
tique. Il entra immédiatement en fonctions le 20 no- 
vembre i5gg, à raison de 2 livres, x den. par semaine. 
La victoire qu'il obtint lui vaut assurément un titre de 
capacité. 

Son talent ne peut faire l'objet d'un doute, car la ville 
d'Ypres eût recours à son habileté et à ses connaissances 
pour apporter des améliorations à son carillon. Le ma- 
gistrat de Malines le pria de cjuitter son poste en 1602, 
très probablement à cause de la négligence, résultant de 
ses fréquents voyages à Ypres. Il se rendit probablement 
à Ath, car en l'année i6o3, la ville de (iand, qui l'accepta 
comme carillonneur à son beffroi, lui paya une indemnité 
pour frais de route et de transport de son mobilier de 
Ath à Gand. En 1608, nous le retrouvons encore au tra- 
vail du carillon d'Ypres. L'année suivante, ce fut Augustin 
de St-Obert qui v était carillonneur. 

i5t9-i6oo. — Betaeh Adriaen Le Pris, comende inde voirs Phls plaetse 
heeft gedient van xx*^ novembris ifgg tôt den xxij july 1600, maecken xxxvj 
weken tôt twee gui. x st. ter weken, rompt xc gui. 

1601-1602. — Betaelt Adriaen Le Pris, beyaerder, \ yllhien gui. eens voer 
gelycke soem daer voie mynheeren thresoriers met den selven overcomen 
syn affstant te doen van hel beyaerden, ende svne mcabelen daer mede le 
vervueren, in wiens plaetse aenveerl wert als ho\aerder, Augustvn di^ St- 
(^bert, volgens d'ordnnnanlie tsame xv gui. 

Comptes de la ville de Gand, i6o3. 

Betaelt Adriaen Du Prys, beyaerder op den belfort deser slede, de somme 
van twee ponden gr., hem by myne voornoemdv; lieeren ten t^vee stonden 
ghejont, thulpen den oncost van het transporteren vjii zyne meubelen, 
huisvrouwe ende kinderen van der stede van Aeth tôt binnen deser stede, 
ij fb gr. (i). 



(i) Voyez Vax der Straeten, t. V^, p. 392 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 7^ 



Comptes de la viiie d'Ypres (i). 

i6o2-i6o3. — Adriaen De Prys, clockspeelder alhier, gecommen ter in- 
stantie van mvn heeren vocht ende scepenen, omme met hem lieden te 
communiqueeren seker aflaireii rakende *t oorloge deser stede, over syn 
voyage ende ter kosten bj- hem gedaen, by ordonn. tzamen ix Hb. 

1607-1608. — Andries De Prys, clockspeelder, ontboden geweest hebbende 
bv der ghecommitteerde ter trezorie deser stede, om alhier te makcn een 
instrument ten syne te spelen, accoordewys up de clocken van den beel- 
froode deser stede. metgaders om diverssche clocken up elcanderen te 
accorderen ende te helpen hanghen, ende te stellen diverssche tumelaren 
met huerlieder coperdraet, al dienende om 't voernoemde clockspelen, 
heeft daertoe ghevachiert Ixv daghen daerinne begrepen 't commen ende 
keeren naer huus te iij H sdaechs, metgaders viij Th hem gejont voor eene 
gratuyteit die hy verteert had ter casselrie deser stede bedraghende tsamen 
volghende d'ordonnantie van die van der tresorie van den 19 april 160S, de 
somme van ij-' iij lib. 

Gery Le Forge 

Sans doute le frère de Philippe, succéda immédiate- 
ment à celui-ci le 27 septembre i6o5. D'abord admis à 
3o deniers par semaine, son salaire fut augmenté succes- 
sivement à 2 livres et plus tard à 3 livres par semaine. 

i6o5-i6o6. — Betaelt Gerj' de la Forge beyaerder voer xxvij weken gagie 
tôt XXX st. ter weken verschenen t' sedert den voirs xvij september xvi*^ vyff 
tôt op den i"' aprilis xvi<^ ses ende noch voer xvj weken naer advenant van 
twee guldens ter weken, begonst den i*"'' aprilis tôt op den xxij'''' juh' xvi'^ ses 
volgens de ordonnantien van myne Heeren wethouderen ende notitie dyen 
volgende int casseboeck van d trosorve alhier gehouden bedragende tzame 
de somme van xcix guld. x st. 

Il quitta ses fonctions le 2 Mars 161 7, et fut remplacé 
temporairement par Gielis Sterck, organiste à l'église de 
St-Rombaut. 

1616-1617. — Betaelt Gery de la Forge bej^aerder'op Ste-Rombouts thoreu 
voir xxxiiij weken loon naer advenant van dry gulden ter weken waervan 
d laetste verschenen is op den ij*"" meert xvi° sevenihien, en daer naer be- 
taelt aen Gielis Sterck voir dat hy t selve officie bedient heeft tydens deser 
rekening, voir acht weken opde voirs- gagie waer van d laatste verschenen 
is xxij'" Juh' 1617. Compt tzame xlij weken bedragende j"" xxvj guld. 



(i) \'oyez \'ax per Sïraetex, t. II, p. 3qo. 



78 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Giclis Sterck 

Organiste à l'église St-Rombaut (i), il remplit la fonc- 
tion de carillonneur depuis le 2 mars jusqu'au 12 octobre 
1617. Entretemps, le magistrat avait engagé un carillon- 
neur, Gérard Van Munten, mais cet engagement fut vite 
rompu, car Van Munten quittait son poste la même 
année, et partit pour Quesnoy. 

1617-161S. — Betaelt Gielis Sterck van gebeyaert te hebben op St Rom- 
bouts thoren voir den tydt van xij weecken ten advenant van drj' giildens 
ter weecken ten tyde dat de voirs officie gevaceert heeft zedert den xx!]*^^'' 
July 1617 tôt het aannemen van d tegenwoordigen beyaerder Ursme Tison 
volgens het casseboeck. xxxvi guld. 

1616-1617. — Betaelt Geeraerd van d munten beyaerder op St Rombouts 
thoren tôt subsidie van svne gagie als voir sommige extraordinaire dingen 
per ordonantie ende quitancie. xx guld. 

Ontfaen van issuwe van Beyaerder van Munten van hier vertrocken 
naer Quesnoy en syne meubelen vercocht hebbende x i'. 

Le carillonneur de Bruxelles (2) étant venu à Malines 
pendant cette vacature, pour faire des réparations au ca- 
rillon, avait proposé son fils pour la place de carillonneur 
à la tour St-Rombaut. Mais cette proposition ne fut pas 
acceptée. 

1616-1617. — Betaelt M'' Jan Van den Eynden met den beyaerder van 
Brussel, van alhier geweest te hebben soo op den i april xvi seventhien om 
t' accorderen den beyaert op St-Rombouts thoren alhier, alsdat denselven 
beyaerder hier geweest heeft met syns soone op den 28 July lestleden om 
des voirs syns sone by myne heeren hier aenveert te worden als be^•aerder 
]ipr ij ordon. l' same Ij gidd. 

Ursme Tison 

Au mois de septembre 1617, la ville manda de Mons 
le carillonneur Tison, habitant et né à Mons, afin de 



(i) Nommé organiste de St-Rombaut en 1614, il occupa ces fonctions 
jusqu'en 1647. Il est mort à Malines, le i5 avril 1647. 

(2) Probablement le carillonneur de l'église St-Nicolas. Jean de Savy, 
dont le fils Théodore est l'auteur du manuscrit dont nous avons parlé 
page 54 et cjui succéda à son père. \\ \'ax dkr Stijakthn, Musique au Pays- 
Bas, tome V, p. 294. 



t)E Là "tour ST-kOMfeAUir 7^ 



s'entendre avec lui au sujet de la place de carillonneur 
de St-Rombaut. Ces pourparlers aboutirent, car le 12 
octobre suivant, un contrat fut passé, la ville lui paya 
180 livres comme salaire annuel. Il fut de plus indemnisé 
pour les frais de son premier voyage. Il occupa sa place 
jusqu'au i5 juillet 1625. 

1617-1618. — Betaelt Ursme Tison beyaerder op St Rombauts thoren voir 
n3gen maenden f^agie tegens een hondert en tachentich guldens tsjaers 
verschenen xv^ July xvi'^ en achthien j'^ xxxv. guld. 

Betaelt aen den tegenwoordigen bej'aerder op St-Rombouts thoren, ten 
tyde als hy ontboden was van Berj^en in Henegouwe om hier te comen ent 
sien oft men met hem soude accorderen om tôt het selve ampt aenveert te 
worden per ordon. vand i8"' 7ber 1617 viij guld. 

1624-1625. — Betaelt Ursme Tison beyaerder op St Rombouts thoren een 
jaer gagie verschenen xv" july xvi'^ vijf en twintich per quitanrie y Ixxx 
guld. 

Jacques De Buze 

On a dû songer à remplacer Tison avant le départ de 
celui-ci, puisqu'on envoya un messager à De Buze, caril- 
lonneur à Menin, pour l'engager à venir ici exercer 
cette même fonction. Tison part le i5 juillet i625; au 
même jour le contrat de De Buze est signé par lui. Le 
salaire fut augmenté à 3oo livres par an et on l'indem- 
nisa pour ses frais de route. Son engagement était de 
6 ans; néanmoins il partit d'ici dans le courant de la 
même année, pour des raisons qui nous sont inconnues. 

1624-1625. — Betaelt Crispyn De Meyer syaen loon voir dat hy in Julio 
xvi'^ XXV expresselyck gesonden geweest is naer Meenen om aldair eenen 
brief te bestellen aen Jacques De Buze, beyaerder aldaer, ten eynden den 
selven alhier soude komen om te wesen beyaerder op St Rombouts thoren 
tsamen voir verteerde kosten van den voirscreven beyaerder en goids- 
penninck ten tyde als den selven vand heeren trésoriers aenveert geweest 
is per ordonnantie de somme van xix guld. 

Le contrat de son successeur Louis Gleize, fut signé 
le 19 décembre i625. Mais entre le départ de De Buze 
et l'arrivée de Gleize, le carillonneur de Termonde fut 
à plusieurs reprises appelé à Malines, pour jouer du 
carillon aux jours de fêtes. 

162G-1G27. — Betaelt aen den beyaerder van Denremonde, wesende alhier 
tôt drye reysen gecommen op eenige feestdagen om te spelen op de clocken 
van St Romboutstoren. 



8o LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



Louis Gleize 

Natif de Châteld (i), il entra en service le 19 décembre 
1625, au salaire de 25o livres par an. Il quitta Malines le 
19 septembre 1637, et alla probablement à Gand, où nous 
le trouvons en 1640 (2). Son talent y fut sans doute estimé, 
car on lui donna un adjoint, et lui-même ne se fit en- 
tendre qu'aux dimanches et aux jours de fêtes. 

1625-1626. — Betaelt aen den beyaerder van Denremonde wesende alhier 
tôt dry distensche reysen gecomen op eenige feestdaghen om te spelen op 
die clocken op St Romboutsthon-n mitsgaders aen Louys De Gleize bey- 
aerder tegenwoordich alhier tôt subsidie van seyne reyse tcn tyde als den- 
selven alhier is comen woonen per iij billetten de somme van xxxviij guld. 

i636-i637. — Betaelt Loys Gleize beyaerder op St-Rombouts thoren, twee 
hondert wftich gui. voor een jaer gagie, en vyf en twintich guldens voir 
een jaer huyshuere beyde verschenen xix Jiily xvi'^ sevenendertich, boven- 
dien noch sesse guldens voir de debvoiren by hem gedaen over het spelen 
op den beyaert gedurende de kermisdagen in Julio xvi>^ sevenendertich 
twee hondert seven en tachtig pont Artois. Ende alsoo den selven is comen 
te vertrekken, is hem opgeleyt ende betaelt tôt op den xix septembris xvi*" 
sevenendertich ten advenant, noch acht en sestich guis xv st. volgens syne 
quitancie bedraghe tzamen iij c xlix gui. xv st. 

Eloy Bonnejonne 

Élève de Gleize, il fut très habile carillonneur. Le 
magistrat fit avec lui, avant le départ même de Gleize, 
un contrat daté du 12 septembre léSy. Il était sans doute 
originaire de Châtcltt, comme son maitre et comme son 
tuteur, car dans le contrat, par lequel il s'engage pour 
neuf ans consécutifs, « son.oncle, Jean Gaspar, bourgeois de 
» Chastelet-sur-Sambre , nommé tuteur et mambour du dicl 
» bateleur de cloches, soublige de maintenir son nepveu au dut 
» office des nœufs ans en suyvant l'un l'autre soubs condicions 
» reprens au contract de son dict maître Loys Gleize, témoins 
» leurs seing cy mis. » 

Peu après, Bonnejonne maria Martine Franchoys, fille 
du célèbre peintre Lucas Franchoys le vieux. 11 se fit 



(i) Voj-ez SïtURS, p. 263. 

(2) Voyez V.\x der Straeten, t. \\ p. 396. 



DE LA TOUR ST-ROiVIBAUT §1 



aussi peintre et dessinateur, sous la direction de son 
beau-père, et entra dans la corporation des peintres en 
i65o. En 1657, il eût lui-même un élève, nommé Guil- 
laume Van Hooi. Sa femme, morte le 25 mai i653, lui 
laissa un fils et deux filles. Le 3 mai i663, il se remaria 
à l'église St-Rombaut, à Elisabeth Claes, veuve de Gas- 
par Bessemers. En 1676, on lui accorda la direction de 
l'horloge. Il aima beaucoup son carillon et pendant sa 
longue carrière, il mit tout en œuvre pour le compléter. 
Nous avons vu précédemment que pendant qu'il occupa 
la place de carillonneur, la ville lui accorda plusieurs 
nouvelles cloches; c'est aussi grâce à lui, à son talent et à 
ses instances, que le magistrat acheta en 167g, à Pierre 
Hemony, le merveilleux carillon que nous possédons 
encore aujourd'hui. C'est lui qui le fit résonner pour la 
première fois, en janvier 1680, Mais son âge ou ses infir- 
mités ne lui permirent plus de jouir longtemps de cette 
merveille, car le 18 octobre 1686, il céda sa place en 
faveur de son fils Jean, issu du premier lit (i). Il ne put 
cependant pas se séparer totalement de son clavier, car 
souvent encore il remontait à la tour, pour jouer quelques 
airs sur son instrument tant aimé. Il mourut à Malines, 
le 18 octobre lôgS, dans la maison qu'il habitait, rue de 
Beffer. 

i637-i63S. — Betaelt Eloy Bonnejonne. bevaerder op St Rombautstho- 
ren twee liondert vyftich i;uldens voir een jaer gagie ende vyfentwintich 
guldenen voir een jaer huysliuer bej'de verschenen den xix septembris xvi'^ 
achtendertich. Boven dyen noch sesse guldenen voir debvoiren bj- hem 
gedaen over het spelen op den beyaert gedurende de kermisdagen ver- 
schenen in julio xvi*-" achtendertich, per quittantie. ij'^ Ixxxj guld. 

20 octobri 1695 

Tennecandeleers 

Eligius Bonnejonne 

Befferstraet. 

Jean Bonnejonne 

Fils du précédent; il entra en fonctions le 18 octobre 
1686. L'acte par lequel le père transmet ses droits à son 



(ij \'oyez Steurs, p. 268. 



82 LE CARILLON ET LES CARILLONNEURS 



fils, ne fut passé qu'au lo février 1687 (i). Il mourut 
après une courte carrière, le i3 mars 1700. 

i5 maiiii 

Tennekandeleershk 

Joannes Bonnejonne 

Onder den Toren 

Jean-Baptiste Jacobs 

Il succéda immédiatement à Jean Bonnejonne. Son 
contrat fut signé le 17 mars 1700 (2). A partir de cette 
époque un cautionnement fut exigé des titulaires. Jacobs 
remit à ce titre 3oo livres au trésorier de la ville ; son 
traitement fut le même que celui de Bonnejonne. Il est 
mort le 25 janvier 1713. 

Ontfaen in apiil 1700 van M. Joannes Baptista Jarobs, als byaerder deser 
stad. 3oo f;uld. 

Antoine Colfs 

A la mort de Jacobs, il ne se trouvait pas en ville un 
carillonneur capable d'occuper cette place. Antoine Colfs 
se présenta le 20 février 171 3, à l'administration, pour 
obtenir l'autorisation de pouvoir jouer du carillon pen- 
dant un certain temps, afin de se rendre apte à participer 
au concours qu'on se proposait de faire. On lui accorda 
sept mois. Entretemps, un certain Scheper (3), carillon- 
neur de Gand, se présenta. Mais on lui répondit qu'aucune 
décision n'était encore prise. Colfs fit de rapides progrès 
et reçut bientôt la récompense méritée. 

Le 26 février 17 14, le magistrat se déclara satisfait des 
talents de l'artiste et il fut décidé qu'il n'y aurait pas 
de concours et c|ue la place de carillonneur serait donnée 



(i) Voyez STia'RP, p. 268. 

(2) Voyez id., \>. 270. 

(3) Probablement Fran;ois De Schepper, carillonneur à Gand, en i6g6 et en 
1717. \'oyez \'an deu Strai.tex, tome V, j». 397. 



Ï)E LA TOUR ST-RÔMBAUT 83 



à Colfs. Son salaire fut fixé à 700 livres. Colfs entra en 
fonctions le 17 mars 17 14. Il versa 3oo livres de caution- 
nement. Il fit plus tard des démarches pour rentrer en 
possession de cette somme, il n'y réussit pas; mais à la 
mort de l'organiste de l'église St-Rombaut, Berincx, on 
lui accorda le cumul de cette place. Il quitta son poste 
en faveur de son fils, le 11 mai 172g, et mourut le 11 juin 
suivant. 

1713-1714. — Ontfansen van Anthoon Colfs, als nieuwen beyaerder. 

3oo guld, 

II juny 1719 

Antonius Colfs, organist van dese 

metropolitane kercke. Befferstraet (kercklykj. 

Jean-Joseph Colfs 

Fils du précédent, fut reçu aux mômes conditions que 
son père, le 11 mai 172g (i). 

Nous n'avons aucun renseignement sur ses talents et 
sa vie artistique. Mais il dût assurément posséder de nom- 
breuses qualités au bout d'une carrière de 42 ans. Il est 
mort le 2 novembre 1771. 

A l'occasion de cette vacature, on décida d'accorder 
séparément les fonctions de carillonneur d'organiste et 
de sonneur de cloches que Bonnejonne et Colfs avaient 
occupées toutes à la fois. L'élève de Colfs, Corneille Strcit- 
mer, postula la place de carillonneur et fit valoir à cette 
occasion différents motifs pour obtenir satisfaction; il 
fit particulièrement ressortir que pendant les huit der- 
nières années de la vie de Colfs, il avait joué du carillon 
à la satisfaction de tous ; mais on ne fit pas un accueil fa- 
vorable à cette requête. C'est alors qu'eût lieu cette 
comédie au sujet du concours et de la place de carillon- 
neur, dont on trouvera des détails ailleurs (2). Disons que 
la place fut accordée au plus haut soumissionnaire, Jean- 
Baptiste Kieckens, le 16 mai 1772. 



(i) Voyez Steurs, p. 273. 

(2) Steurs, p. 275, et \'ax ELEWvrK, Matthias Van dm Glieyu. 



^4 LE CARILLON ET LES CARILLOÎ^NEURS 



Jean-Baptiste Kieckens 

Vers l'année 1764, Kieckens était organiste-carillonneur 
à l'abbaye de Tongerloo (i). Il remplit ici en même temps 
les fonctions d'organiste et de carillonneur. Il est mort 
le 14 janvier 1788, en la paroisse St-Jean. Son acte de 
décès mentionne le nom de sa femme, Anne-Thérèse 
Van Bouckhout. 



Gérard-Gommaire Haverals 

C'était le carillonneur républicain. Nous avons vu pré- 
cédemment qu'il fut victorieux de ses concurrents dans le 
concours organisé par la ville en 1788. Nous savons aussi 
que c'est à lui que nous devons que notre carillon n'ait 
pas été brisé par les révolutionnaires en 1792. 11 entra en 
fonctions le 12 juillet 1788. C'était un carillonneur de 
talent. Voici à son sujet l'opinion de Fetis (2). 

(c Haverals fut dans son genre nn artiste distingué. Bon 
harmoniste, il exécutait à trois parties, sur ses cloches, des 
pièces très difficiles, des sonates régulières, des fantaisies et des 
fugues. Il avait aussi un talent remarquable pour improviser 
des variations sur les mélodies populaires. » 

Ce fut précisément à cause de ces mélodies populaires 
d'un caractère nettement républicain, qu'il s'attira en 
1791, de la part du magistrat, une verte réprimande. Il 
est mort à Malines le i3 avril 1841, à l'âge de 79 ans. 

Louis Wittmann 

Professeur de musique et habile musicien, succéda à 
Haverals en T841. Dès l'année 1847, il fut remplacé par 
un de ses amis, Adolphe Denyn, qui devint plus tard son 
successeur. Au i" janvier 1849, Wittmann donna sa dé- 
mission. 



(i) V. Van \w.\i Straetkn, lome IV, p. 323. 
(2) Biographie universelle des musiciens. 



DE LA TOUR ST-ROMBAUT 85 



Adolphe Denyn 

L'autorité le nomma provisoirement le i janvier 184g, 
en remplacement de Wittmann. Musicien et d'un tem- 
pérament d'artiste, il arriva bientôt à un degré de virtuo- 
sité tel que la ville le nomma définitivement le i5 février 
i85i. Ses progrès furent toujours croissants, et il devint, 
grâce à ses études, un artiste d'une perfection rare. Il est 
superflu, croyons-nous, d'insister sur les qualités de ce 
carillonneur que tous nous avons avec regret, vu quitter 
son poste au mois de décembre 1886, après une carrière 
de 40 années; il donna sa démission et fut remplacé par 
son fils. 

Jcseph Denyn 

A l'étude, sous la direction de son père, depuis l'année 
1881, il remplaça et seconda souvent celui-ci depuis cette 
époque. Il fit de rapides progrès; aussi la ville n'a-t-elle 
pas hésité à le nommer à la place de son père, le i" jan- 
vier 1887. 

Il possède de réels talents qui en font un virtuose très 
méritant, et qui ont appelé sur lui l'attention des étrangers. 

Nous espérons que notre jeune artiste saura soutenir 
sa réputation et celle de notre carillon qu'il manie avec 
tant d'habileté. 

C'est sur son instance que la ville a fait exécuter l'année 
dernière (1892), une restauration et un perfectionnement 
complet du carillon. 

A différentes reprises, notre carillonneur a eu l'occasion 
d'organiser et d'arranger des jeux de cloches. C'est avec 
plaisir que nous vo^'ons dans un grand nombre de lo- 
calités belges, ressusciter les carillons, et nous espérons 
que bientôt ces beaux orchestres campanaires retentiront 
comme jadis dans toutes les régions de notre pays. 

D"^ G. Van Doorslaer. 
Malines, mars i8g3. 



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Jan van Standonck 



l^N ZIJN KOLLEGIE, TE iMECHELEN 




Levensschets van Jan van Standonck 

]an Vcin vStandonck wcrd van t^eringe ouders te 
Mcchelcn geboren, in 1443, en in Sinte-Kathe- 
Ivne kerk gedoopt. Daar zijn vader, die het 
ambt van schoenmaker uitoefende, vroegtijdig 
overleed, moest de jongeling de lagere studiën, die hij 
te Mechelen begonnen had, onderbreken en elders mid- 
delen zoeken om de zelve voort te kunnen zetten. 

El" bestond reeds sedert 1447, te Gouda, eene school 
derCoUatiebroeders, waarbij eene bijzondere huizing was 
gevoegd, voor leerlingen van geringe afkomst. Van Stan- 
donck werd cr in aangenomen, en voltrok er den eersten 
leergang. 

In 1459, staat van Standonck in den Naamregister der 
Hoogeschool van Leuven als leerling aangeteekend. La- 
ter werd hij, door aanbeveling van den Prelaat der Sint- 
Genoveva's abdij te Parijs, in de Hoogeschool aldaar als 
leerling aaveerd. Woon en kost ontving hij in de abdij 
zelve, en moest hiervoor eenigen bepaalden huisdienst 
bewijzen. 

Nadat hij met lof den leergang der Wijsbegeerte geein- 



88 JAN VAN STANDONCK 



digd, en den graad van doktor artium of leeraar in de 
kunsten bekomen had, begon hij zich op de Godgeleerd- 
heid toe te leggen, en werd na korten tijd tôt het bakka 
laureaat verheven. Den 24 december 1480, \verd hij lid 
der Faculteit van de Sorbonne, en den 12 mei 1483 stelde 
het Metropolitaan kapittel hem aan als overste van het 
Montaigu kollegie. Hij werd tôt het rektoraat der univer- 
siteit verheven den 16 december 1485, en bleef in deze 
bediening tôt 16 meert i486. In 1490 bekwam hij den 
graad van leeraar of doktor in de H. Godgeleerdheid. 

Toen van Standonck in 1483 als overste van het Mon- 
taigu kollegie was aangesteld geworden, bevond zich dit 
huis in eenen zeer gebrekkigen toestand. Er waren geene 
studenten meer, en de inkomsten beliepen de belachelijke 
som van 11 stuivers. Edoch de ieverige priester verloor 
den moed niet. Hij wist bemiddelde personen te vinden, 
van allen staat en rang, die hem ter hulpe kwamen. Zoo 
kon hij dan het vervallen kollegie herstellen en bewoon- 
baar maken. Zijn lever werd met den besten uitslag be- 
kroond, want korts daarna had hij 84 leerlingen, in 
Wijsbegeerte en Godgeleerdheid, onder zijn bestier. 

Het oogenblik scheen hem dan gunstig om zijn gedacht 
te verwezenlijken van een huis op te richten om behoef- 
tige doch begaafde jongelingen in het voortzetten hunner 
studiën te helpen. Hierom kocht hij, in 1491, eene nabij 
zijn kollegie gelegene huizing, waarin hij uitsluitelijk 
arme studenten aanveerdde, 

Dikwijls had hij met droeiheid bestatigd dat de beur- 
zen, voor jongelingen van geringen stand gesticht, aan 
welhebbende, en som zelfs aan rijkere vergund werden. 
Daarom stelde hij vast dat er in zijn nieuw gesticht 
slechts arme leerlingen zouden aanveerd worden. En om 
er gemakkelijker de rijken uit te houden, schreef hij aan 
zijne scholieren eene zeer strens^e reireltucht voor. 

In den begmne zond hij ze dagelijks, om 11 uren, 
naar het Karthuizerklooster, om daar zoo als de andere 
armen het noenmaal om Gods wil te ontvangen; maar 
later vond hij middel om hen in het kollegie zelve hun 
middagmaal te bezorgen. Edoch het waren daar zulke 
sobere maaltijdenl Enkel brood, en groentens met eieren 



EN ZIJN KOLLEGIE TE MECHELEN 89 



of haring verstrekten den scholieren tôt voedsel. Meesch 
was er teenemaal onbekend. H et vasten werd er ten 
strengste onderhouden op aile de dagen door de kerke- 
lijke wetten voorgeschreven, in den Advent, op al de 
vrij dagen en eenige bijzondere vigiliedagen. 

De kleeding was zeer eenvoudig, en bestond enkel uit 
eenen tabbaart, met eene kapruin. 

De leerlingen waren 's morgens vroeg te been, en aile 
maanden moesten zij op hunne beurt gedurende eene 
week te middernacht opstaan om de kleine getijden van 
O.-L.-V. te zingen. Te dien einde verdeelden zij zich in 
vier groepen. Aan elken dezer viel alzoo, aile vier weken, 
het zingen van het nachtofficie te beurt. 

In huis moesten de scholieren ook het werk verrichten 
in keuken en refter, en aile de plaatsen van het gesticht 
kuisschen en rein houden. \^an Standonck wilde ailes in 
de grootste armoede en de diepste ootmoedigheid ver- 
richt hebben. Hierom deed hij ook den bestierder van 
het huis minister oi vadcj' heeten; en verbood strengelijk 
van hem mccster of overste te noemen. Hij wilde ook dat 
die plaats van bestierder altijd zou bekleed worden door 
eenen oud-leerling van het gesticht, opdat deze, zijne 
studiën in armoedigen staat doorgebracht hebbende, uit 
eigene ondervinding zou geweten hebben hoe hij anderen 
leiden moest. Aan dit ambt was geen inkomst ol jaar- 
wedde vastgehecht. Kost en kleeren in dit leven, en de 
hemelsche belooning in de eeuwigheid, moesten eene 
genoegzarae vergelding wezen. Nochtans mochten de 
onkosten voor het nemen van akademische graden, ter 
uitzondering van het doktoraat, door het kollegie gedra- 
gen worden. 

De strenge levenswijze der leerlingen van het Mon- 
taigu kollegie is met eene laakbare bitterheid beknibbeld 
geweest door Erasmus, die er in 1496, bij voorspraak, 
was aanveerd geworden. 

In zijne eltcle samenspraak, tusschen eenen vleesch- 
verkooper en eenen vischverkooper, doet hij dezen laat- 
sten, in zijnen naam, onderanderen zeggen dat hij uit 
het van Standonk's kollegie niet heeft iiitgcdragen als een 
ligchacm raet kwade hiimeuren besmet, en eene overgroote 



go JAN VAN STaNDONCK 

mcnigte van luizcn. Van Stanclonck, gaat hij vooit, had 
goeden wil maar geen oordeel. Hij hccjt de zack aenge- 
vangen met ziilkc hardc slacpstcdc, nid znlke rnwc en sobcrc 
spijzen, îuet soo sware nachhvaken en arbeid, dut hij binnen 
het jacr, van vêle jonge lieden, soniniigen heeft gedood, sommigc 
blindheid, soniniige razernij, en ook eennigc lazerij veroor- 
zaekt heeft, wacrvan viij een deel bekend is. Wie verstaet niet 
dat dit cène wreedheid is tegen sijnen evennaesten? En hier 
mede niet te vreden, heeft hij nog eenen niant el met eene happe 
bij gcvoegd, en van vleesch teenemael onthouden. Erasmus 
beklaagt zich nog dat hij daar 's morgens maar enkel 
water en brood te eten kreeg. Wat zou die lekkere smul- 
baard dan wel gewild hebben? In Frankrijk, voorname- 
lijk in het zuiden, zijn de kosthuizen waar men des 
morgens de boter moet missen, en zich met brood ver- 
genoegen, heden nog in 't grootste getal. Zou dan mis- 
schien de rotterdamsche hekelaar aan de Leidsche boter 
zoo zeer gewoon geweest zijn, dat het hem te Parijs zoo 
hard viel deze te moeten derven? 

Ook de woningzelve bevicl Erasmus niet. Hij spreekt 
er van aks van eenen moordkuil. Daer waren, zegt hij, 
cenige kanicrkcns van lage verdicping en verrotte plcistering 
duor de nabijheid dcr privaet-huizen, ongezond van Lucht, in 
dewelke nooit ieniand geu^oond heeft, oj de doud, of eene doode- 
lijke siekte is daer op gevolgd. Dan valt hij v;eer uit tegen de 
regeltucht : Ik laet nu daer de j animer lijke geesselingen zelfs 
van onschuldigen. Zoo zeggen zij dat men de weeldigheid te 
rugge keert. Zij noemen weeldigheid eene cdcle natiier welke zij 
met voordacht zoeken te dempen, ont hen tôt het klooster 
bekwaem te maken. Wat eene menigte van viiile eieren werden 
daer geëeten ? Hoeveel verschaelde wijn gedronken ? Deze dingen 
zijn nu misschien vcrbetcrd ; maer te laet voor degenen namelijk 
welke overleden zijn, oj een ongezond ligehaeni daervan rontsom 
dragen . 

En na al zij ne walgelijke beknibbelingen over van 
Standonck's stichting uitgekraamd te hebben, eindigt hij 
met den volgenden schijnheiligen trek die den man vol- 
komen kennen leert : En dit verhaal ik niet uit eenigen hact 
of wangunst tegen dit collegie, maar lot luaerschuwing, opdat de 
mensehelijke wreedheid onder schijn van Godsdienst de teerc en 
onversochte jeugd niet verderve. Ik weet waarlijk niet met 



EN ZIJN KOLLEGIE TE MECHELEN QI 



welke bepaling men die laffe handelwijze van Erasmus 
zou moeten schandvlekken, maar ben zeer geneigd om 
dien ondankbaren kweekeling onder het getal te rekenen 
van diegenen welke, van niet gekomen zijnde, hunnen 
oorsprong vergeten, en moeilijk kunnen tevrede gesteld 
worden. In dien tijd ging het zoo als het nu nog gaat : 
Ik meen dat degenen die te huis niets gehad hebben, 
altijd de hevigste beknibbelaars zijn van het voedsel dat 
hun gratis gegeven wordt. 

Dat het in het van Standonck's kollegie, bijzonderlijk 
in de eerste tijden, niet bont ging en het ruw om leven 
was, bekennen wij volgeerne. \'"an Standonck zelve was 
hier van overtuigd ; en daarom heeft hij later, als de mid- 
delen het hem toelieten, verscheidene veranderingen in 
de levenswijze zijner scholieren toegebracht. Wat er ook 
zij van de strenge regeltucht der van Standonck's stich- 
ting, de gezegden van Erasmus zijn tastbaar overdreven. 
Hierin komt hij ons zoo veel te berispelijker voor, dat hij 
omtrent een geheel jaar bij meester van Standonck woon, 
kost en onderricht om Gods wil ontvangen had. 

Keeren wij nu tôt het kollegie weder. Alhoewel het in 
den beginne uitsluitelijk voor arme studentcn was ingc- 
richt, ging de stichter er nochtans later toe over, ook 
eenige welhebbende jongelingen aan te nemen; maar 
deze moesten kost en woon betalen. De armen mochten 
met hen het minst mogelijk uitstaans hebben. Woning, 
refter, bidplaats, ailes, was afgezonderd. In de lessen 
alleen waren de twee soorten van leerlingen gelijk aan- 
wezig, maar de armen zaten er op de laagste plaats. 

De leervakken w^aren de Grammatica, de Wijsbegeerte 
en de Godgeleerdheid. \'"olgens van Standonck's voor- 
schriften moesten de meesters der twee eerste vakken 
tusschen de studenten in Godgeleerdheid genomen wor- 
den. Zij waren verplicht den huisregel na te leven, en 
kregen kleeren en kost voor hunnen arbeid. A^oor hen 
ook, zoo als voor den minister, nam het huis op zich al 
de onkosten door het voorstaan der thèses veroorzaakt, 
om tôt akademische graden te komen. De onkosten van 
het doktoraat alleen waren hier ook uitgezonderd. De 
stichter wilde volstrekt dat de meesters, die zelf uit 



g2 JAN VAN STANDONCK 



barmhertigheid in het huis waren opgevoed en onder- 
richt, zich insgelijks zouden met het noodzakelijke verge- 
noegen, en uit wederkeerige barmhertigheid al het overige 
dat hen kon toe komen, ten profijte van 't koUegie laten, 

Gebeurde het dat er tusschen de theologanten geene 
waren om lessen te geven aan de studenten der twee 
lagere leergangen, dan mocht men elders leeraars zoeken, 
en dezen was het toegelaten hunne jaarwedden te behou- 
den, en de tafel der betalende afdeeling te genieten. 

Den 12 juny 1499, stelde van Standonck zijne verorde- 
ningen voor aan het kapittel van (). L. Y. kerk, waaraan,, 
zoo wij hooger zegden, het koUegie onderhoorig was, en 
bekwam derzelver goedkeuring. Hij legde ook zijn ambt 
af, en het kapittel gaf hem de macht van zich eenen op- 
volger aan te stellen, zoo nochtans dat hij zelve het 
oppergezag des huizes behouden zou. 

Omtrent den tijd dat van Standonck zijne instelling 
voor arme studenten in orde had gebracht, hadden eenige 
kwaadwilligen uitgestrooid, dat hij een bastaard was. Zij 
wilden ongetwijfeld den godvruchtigen priester beletten 
van in zijn menschlievend werk der stichting van het 
Armen-kollegie te gelukken. Van Standonck gelastte aan- 
stonds den pastoor van O. L. V. kerk te Mechclen, Gillis 
van den Bossche, met in zijnen naam de noodige getui- 
gen op te zoeken, en van het Magistraat een voldoende 
getuigschrift te bekomen, waarmede hij de wettigheid 
zijner geboorte bestatigen zou. Na rijp onderzoek, en 
verhoor van twee en twintig getuigen, 12 mannen en 10 
vrouwen (meest allen oude geburen, die bij het huwelijk 
zijner ouders ter kerke geweest waren), gaf het Magistraat 
van Mecheien, op 28 september 1498, eenen openbaren 
brief, waarvan de oorspronkelijke tekst nog op het stads- 
archief bewaard wordt (zie Bewijsstukken, n" i, bl. 102), 
en waarin onder anderen deze eigenaardige bijzonderhe- 
den voorkomen : 

Zekerc Jan Boom, een buurman, zegt dat hij persoon- 
lijk tegenwoordig was als getuige, bij het huwelijk der 
ouders. Katharina Skemmers, weduwe van Jan van den 
Dale, verklaart dat zij zich zoo wel herinnert de moeder 
van meester van Standonck, genaamd Elisabeth van 



EN ZIJN KOLLEGIE TE MECIIELEN g3 



Ysschot, gezien te hebben als bruid gekleed, nevens Cor- 
nélius van Standonck, 's meesters vader, op den dag van 
hun huwelijk, in de Sinte-Kathelijne kerk. Eene andere 
getuige, juffrouw Elisabeth van \'iylinchoven, alsdan 
tachtig jaren oud, verzekert, dat zij zelf meester Jan van 
Standonck bij zij ne geboorte (terwijl de ouders gehuwd 
waren, voorgevallen) op de doopvonte had gehouden, ge- 
zamenlijk met zekeren Rombout Groote, burger dezer 
stad. Nog eene andere getuige, Katharina van Beveren, 
die ook bij den doop tegenwoordig was, verklaart dat zij 
nog zeer wel weet, gezien te hebben dat men den deur- 
klopper der woning van van Standonck's ouders, gedu- 
rende den tijd dat zijne moeder gelegen was, met eenen 
ivittcn doek had bewonden, als teeken zijner wettige 
geboorte, hetgene, zoo voegt zij er bij, volgens Stads 
Costumen bij de geboorte van onwettige kinderen niet 
gcbeurde, noch mocht gebeuren. 

II et Magistraat van Mcchelcn, op deze en andere ge- 
tuigenissen steunende, en zicli genoegzaam onderricht 
achtende om de zaak le bcoordeelen, verklaarde alsdan 
dat meester Jan van Standonck waarlijk en zonder twijfel 
wettige zoon was van zaliger Cornelis van Standonck en 
Elisabeth van Ysschot, zijne wettige huisvrouw, welke 
beiden, toen zijleefden, hoewel van geringen stand vol- 
gens de wereld, nochtans van deftigen handel waren 
geweest, en hun leven lang tôt het einde toe als goede 
kristenen geacht door aile degenen die ze gekend hadden. 

Eenige dagen nadat van Standonck zijne stichting van 
Parijs in orcle gebracht, en haar bestaan had verzekerd, 
werd hij uit Frankrijk gebannen door koning Lodewijk 
XII, om twee redenen die wij met eenige omstandigheid 
moeten vçrhalen. 

Den 7 april 1498 was koning Karel A'III overleden, 
en zijn schoonbroeder Lodewijk XII volgde hem op. 
De nieuwe koning stelde zoo haast mogelijk de hand 
aan 't werk om de rechten der Hoogescholen in te krim- 
pen, en zijn huwelijk te doen nietig verklaren. In beide 
zaken stelde zich onze van Standonck tegen den koning. 
Voor hetgeen de rechten der Hoogescholen aangaat, w^as 
hij de ziel van den tegenstand die te Parijs zelve aan 



g4 JAN VAN STANDONCK 



's konin^'s nieuwe voorschriften gebodeii wcrd. J\Ien wilde 
deze niet aannemen; en onder van Standonck's invloed 
werd er vastgesteld van de lessen te staken, en de 
geestelijke vooidrar.hten die de hoogleeraars in de kerken 
van Parijs gewoon waren te geven, insgelijks te doen 
ophouden, na heilig sacramentsdag, 3o mei 1499. Aile 
de predikanten hadden last van in hunne laatste aan- 
spraak het volk te verwittigen en tôt bidden aan te 
manen, om van den allerhoogsten het behoud der rechten 
van de Hoogescholen te bekomen, bij gebrck van het 
welk er voortaan geene onderrichtingen meer zouden 
gedaan worden, tôt dat het den Hemel zou believen hier 
in te voorzien. Dit besluit werd zelfs des anderen daags, 
3i mei 1499, in geheel Parijs door plakkaten aangekon- 
digd. Dit was de eerste reden van s' konings misnoegd- 
heid tegen de Hoogeschool zelve, en in 't bijzonder tegen 
eenige der lecraars waaronder van Standonck gerekend 
was. 

De tweede oorzaak der ontevredenheid van Lodewijk 
tegen den rektor van het Montaigu kollegie, was dez'es 
aanhoudende atkeuring van 's konings gedrag in de 
zaak der vernietiging van zijn hiiwelijk met Johanna de 
A'alois. 

Het behandclcn van dit punt valt wel is waar buiten 
ons bestek, maar ingezien onze van Standonck er zoo 
nauw in gcmengd is, wegens zijne strengere beoordeeling 
over de handelwijze van Lodewijk XII, moeten wij er 
ecn woord van zeggen. 

Lodewijk, hertog van Orléans, was den 28 october 
1473 verloofd geweest aan Joanna, dochter van koning 
Lodewijk XL Hij telde toen 11 jaren, en de prinses 9. 
Drij jaren later ontvingen zij de huwelijks inzegening, 
den 8 september 1476. De bruidegom was alsdan 14 jaren 
3 maandcn oud, en de bruid 12 jaren 7 maanden. 

Gedurende 22 jaren scheen er niets eenige oneenigheid 
tusschen de gehuwden te verraden. Edoch zij hadden 
geene kinderen. Toen nu de hertog van Orléans, na de 
dood van zijncn schoonbroeder Karel VIII, koning was 
uitgeroepen, werd hij den 27 mei 1498 te Reims gezalfd. 
Aanstonds begon hij dan 00k luid op te verklaren dat hij 
voornemens was zijn huwelijk, als ongeldig, te doen 



EN ZIJN KOLLEGIIî TE MECHELEN qS 



breken. Hij weiidde zich tôt clen Paus die eene kom- 
missie deed instellen om de zaak rijpelijk te onderzoe- 
ken. Lodewijk bracht vier redenen bij om de ontbinding 
te vragen : ten i'''® omdat Joannazijne bloedverwant was 
in verboden graad, en er volgens hem geene klaarblij- 
kende ontslaging gegeven geweest was ; ten 2""® omdat 
er tusschen beiden geestelijk maagschap bestond mits 
Joanna de dochter was van zijnen dooppeter, en dat 
geene dispensatie die dit beletsel had weg genomen ; 
ten 3'''' omdat er dwang geweesj: was bij de eerste toe- 
stemming in zijn huwelijk; ten 4'^'' omdat de Hchamelijke 
mismaaktheid der koningin als eene waarlijke onbe- 
kwaamheid moest aanzien worden. 

De koningin verklaarde onder eed dat er voor de twee 
eerste beletselen de noodige dispensatiën waren beko- 
men geweest ; dat indien er in het begm dwang bestaan 
had, deze in aile geval niet zoodanig, nog zoo duurzaam 
geweest was dat hij Lodewijks vrijheid aanhoudend 
beletten kon ; en, eindclijk, dat men haar redelijker wijze 
niet als onmachtig beschou -ven mocht. 

Daar beide partijcn hunne gezefj;den staande hieldcn, 
moest men getuigen hoorcn, en een persooidijk onder- 
zoek instellen. Veertig getuigen werden bijgebracht; maar 
de koningin wilde de vcrnedering van 't onderzoek niet 
doorstaan, en zij besloot liever aile geding te staken, 
en zich te houden aan hetgcen de konmg desaangaandc 
onder eed bevestigen zoii. 

Langs zijnen kant blcel de koning ook bij zijne gezeg- 
den ; hij hield staan dat de noodige dispensatiëen ont- 
braken, dat hijgedwongen geweest was Joanna in huwelijk 
te nemen, en dat deze inderdaad niet huwbaar was. 

A'oor het punt dcr dispensatiëen waren er doorslaandc 
getuigenissen ten voordecle des konings aangebracht ; 
maar de stukken die tôt proef dienen moesten, waren 
verloren geraakt, en niemand wist nog wat er eigenlijk 
van was. 

De koningin kon niet nalaten van onder de gezegden 
der verschillige getuigen cenige tegensprekingen, on- 
nauwkeurigheden, en zelis valscheden te doen opmerken. 
Zij had 32 punten aangestipt, w"elke de koning op eed 
moest beantwoorden. Lodewijk deed het; maar wat er 



q6 Jan van standonck 



nu van de rechtzinnigheid zijncr bevestiging moge wezen, 
men mag houden staan dat hij hert en memorie moest 
veloren hebben om onder eed te loochenen dat joanna 
voor hem, door hare smeekingen en tranen, in 1491. de 
poorten hadden doen openen van de gevangenis waarin 
hij sedert drij jaren geboeid lag. 

Na 400 jaren valt het ons moeilijk deze zaak grondig 
te onderzoeken en wij moeten de beoordeeling er van aan 
God zeiven oveilaten. 

Op 17 december 1498 werd dan openbaarlijk verklaard 
dat het huwelijk dat tusschen Lodewijk en Joanna ge- 
durende 22 jaren bestaan had, nietig was, en van geener 
weerde. ^ 

Ondanks de beslissing door den H. Stoel genomen, 
bleef van Standonck en eenige anderen, bij hunne ge- 
dachte dat Lodewijks huwelijk niet had mogenvernietigd 
worden ; en zij aanzagen om zoo te zeggen den koning aLs 
eenen overspeler, toen deze korts daarna met Anna Van 
Bretagne, weduwe van Karel \^III, een nieuw huwelijk 
aanging. Van Standonck had onderanderen op den koning 
toepassing gedaan der berisping die cens de Heilige 
Voorlooper aan Herodes toestuurde : Hetisitniettocgelaten 
de vrouw mes brocders te hebben. Dit w'as zeker benevens de 
waarheid, want Karel \^III was niet de broeder maar 
alleen de schoonbroeder van Lodewijk, en in aile geval 
w^as hij overleden. Edoch, dusdanig was van Standonk's 
karakter, altijd tôt strengheid genegen, en wel somtijds 
boven mate, hierin zooals in de regeltucht zijner eerste 
stichting. Het is dan niet te verwonderen dat hij wegens 
die aanhoudende tegenkanting en berisping van 's ko- 
nings gedrag, uit Frankrijk verbannen werd. 

Hij kwam natuurlijk op vaderlandschen bodem schuil- 
plaats zoeken. Hendrik de Berghes, bisschop van Ka- 
merijk, ontving den godvruchtigen banneling, en van 
Standonck bracht door zij ne predicatiën, veel goeds te 
wege in geheel het bisdom. Hij stichtte 00k vier huizen 
voor arme scholieren : te Kamerijk, te Valencyn, te 
Leuven en te Mechelen. 

Na omtrent twee jaren, werd van Standonck naar 
Parijs terug geroepen. Lodewyck XH schreef den i3 



tN ZIJN KOLLEGIË TE MECHE LËN Q7 



mei i5o3 aan hct Parlement, om te laten weten dat hij 
clen banbrief had ingetrokken. De eeibiedweerdige man 
keerde dan terug naar het Montaigu kollegie, waar hij 
reeds te voren zoo lange jaren verbleven had. Hij over- 
leed er den 7 februari i5o4, en werd volgens uitersten 
wil voor den ingang der kapel begraven. Op den zark, 
die zijn vStoffelijk overschot dekte, las men deze woorden, 
die hij zelve voor zijn grafschrift had vastgesteld : Pau- 
pcris mcmcntotc Standouis. Wccst den armcn van Standonck 
gc'dnclifi^^'. 

II 
Van Standonck's kollegie te Mechelen 

Wanneer juist de onderhandelingen tusschen van Stan- 
donck en het Magistraat der stad Mechelen begonnen, 
is moeilijk te bepalen. Dit moet, zoo wij denken, in het 
begin van het jaar i5oo gebeurd zijn. Wellicht was de 
zaak aangelegd geworden door den pastoor van O. L. V. 
over de Dijle, Gillis van den Bossche, dien wij reeds te 
voren als van Standonck's gcvolmachtigden zien optreden 
in de akte dezes geboortewetliging. Immers, reeds in de 
maand april, werd hem van stadswege -den wijn aange- 
boden ten Schepenhuize, toen er over het nieuw gesticht 
gehandeld werd (i). Eerst op het einde der volgende 
maand mei, is van Standonck hier in persoon tegenwoor- 
dig, als blijkt uit de Stadsrekening (2). Den 11 juni van 
't zelfde jaar, gaf hem het Magistraat van Mechelen voile 
bewiiliging voor het instellen zijner Armen-school. In 
die verordening, die men als fundatie akte aanzien mag, 
wordt gezegd, dat de stad, op van Standonck's verzoek, 
een huis heeft gekocht in hetwelk de stichter, volgens 



(1) 9 april 1:00. Item vi gelten wyns gepresenleert tôt prochiaen van 
Onze \'rouwen, voer de Bonefanten van meestcr Janne van Standonck, 
gehaelt in Spaegnien; te iiij stuivcrs de gelle,ut supra, vi schellingen. Re.i;. 
li" II 66, fol. IJ2 V". 

(2) i5oo, 3o mai. Item ij stoopen wyns gepresenteert meester Janne van 
Standonck, xxx mav, gehaelt in den Blanchaert, ut supra, iij, schellingen 
(op de sydc : in den Blanchaert xiii juh'.) Ihid.foL jj3. 

7 



g8 JAN VAN STAtiDOKCK 



zijn goeddunken, arme jonge kinderen zal aannemen en 
opvoeden tôt Gods glorie, tôt eere der H. Kerk en tôt de 
zaligheid des volks ; dat hij de leerlingen ook zal mogen 
wegzenden, en geheel het bestier der school schikken en 
regelen naar beliefte en om het beste, zonder iemand's 
wederzeggen (zie Bewijsstukken, n"2, bladz. 104). 

Hoe lang van Standonck in Mechelen bleef, is niet te 
achterhalen. Gedurende den tijd van zijn ballingschap 
was hij zoo wat hier en daar, om zijne stichten in orde 
te brengen, te prediken en de hervorming van sommige 
kloostergemeenten te bevorderen. In i5o2 treffen wij hem 
v^ederom in zijne geboortestad : eerst in juni, en eene 
tweede maal in september, zoo stad's rekeningen ons 
getuigen (i). 

Denkelijk is van Standonck nadien in zijne geboorte 
stad niet meer wedergekeerd. Den 17 april i5o3, werd 
hij naar Parijs terug geroepen, en hij overleed er tien 
maanden later, den 7 februari 1504. 

Hij had hier te Mechelen als vadcr of ministcr van het 
nieuwe sticht aangesteld Joannes van den Sande, met 
wien het Magistraat, in i5o4, eene overeenkomst aan- 
ging waaruit de volgende bijzondere punten dienen aan- 
gemerkt te worden : Indien het huis door de stad gegeven 
niet meer zou voldoende zijn voor het getal der leerlin- 
gen, zal men het mogen verkoopen, en met het geld er 
van voortkomende, erfelijke renten stellen ten profijte 
der behoeftigen. De stad zal ook hare wekelijksche gift 
vermcerderen. De zeven Heilige Geest tafels der pa- 
rochien zullen jaarlijks zeven veertelen rogge schenken 
aan de school. Er zullen maar twaalf arme scholieren 
aangenomen worden, en deze moeten geboren zijn in 
eene der zeven parochien van Mechelen ; en buiten deze 
twaalf armen, mogen er geene kostgangers ontvangen 
worden. De meesters zullen de vlaamsche taal moeten 



(i) i5o2, 18 jimy. Item vi gelten wyns gepresenteert meester Janne van 
Standonck, ende die gehaelt es, ut supra, (0/ de zyde : in Spagniën vi schel. 
ix den. Reg. liôSfol. 16S v^". 

i5o2, 9 sept. Item v gelten wyns gepresenteert meester Janne van 
Standonck, ende die gehaelt es in den Draeck, ut supra, v schel. viii den. 
Ihid.foî. i6ç v^o. 



EN ZIJN KOLLEGIE TE MECHELEK QQ 



kcnnen om de kindeien beter kunnen te onderwijzen en 
latijn te leeren. Einde'ijk zal meester van den Zande de 
Proviseurs van het Scherpenheuvels koUegie te Parijs 
verzoeken dat zij aan het Magistraat van Mechelen zou- 
den willen de verzekering geven dat de scholieren van 
Mechelen, die men bekwaam zou oordeelen om te Parijs 
hunne studien te vervorderen, aldaar zeker plaats zouden 
vinden, en aan aile andere leerlingen zouden verkozen 
worden (zie Bewijsstukken, n'J 3, bladz. io5). 

Het van Standonck's gesticht was gelegen in de Koei- 
straat, omtrent over de Lechel straat, later Schoolstraat 
genaamd. Men noemde het gemeenlijk Fraicrshiiis, en 
de scholieren werden Fraterkens en ook soms Bonefanten 
geheeten. 

De eerste benaming komt ongetwijfeld voort van het 
kleedsel dat de studenten droegen. Het bestond immers 
uit eenen tabbaart of kloosterhabijt met kap. En in dus- 
danige kleedij moesten de scholieren nagenoeg het voor- 
komen hebben van kloosterbroeders oi /mires . Wat de 
naam van Bonefanten betreft, het is eenieder klaarblijkend 
dat hij voortkomt van het fransche Bons-Enfants, zoo men 
de scholieren te Parijs heette. 

De benamingen van Fraters-huis, voor de woning, en 
Fraterkens, voor de leerlingen, hebben wellicht sommige 
schrijvers doen denken dat het van Standonck's gesticht 
te Mechelen bestierd was door de Broeders van het geniecn 
leven die in de Nederlanden verschillige scholen hadden. 

Zoo zegt Miraeus in zijn werk : Origo fratrum seu 

CLERICORUM VITAE COMMUNIS, LIB. I, CAP. 2J , dat die 

broeders een huis te Mechelen hadden. — Stellig bedoelt 
hij het huis van Standonck, want hij eindigt met te zeg- 
gen dat dit huis der Fraters in Seminairie veranderd is. 

HeLYOT HISTOIRE DES ORDRES MONASTIQUES ET RELI- 
GIEUX, II bladz. 343, il' zij ne levenschets van Geeraert 
de Groot, noemt ook een huis te Mechelen door die 
broeders bestierd. 

Van den Eynde, in zijn werk: Mechelen opgeheldert 
IN zijNE kerken, kloosters, etc, H, bladz. III, gaat nog 
verder, zeggende dat het huis der broeders te Mechelen 
door Geeraert de Groot zelve zou gesticht geweest zijn 
in 1379. Maar het eerste klooster dat die man in 1379, te 



100 JAN VAN STANDONCK 



Deventer had opgericht, was een vrouwengesticht, en het 
is eerst na zijn dood, in 1384 voorgevallen, dat zijn 
opvolger, Floris Radewyns, de Broedergemeenten tôt 
stand bracht. 

Wij hebben nu nog de Historia episcopatus i'i.tra- 
jFXTENSis, waar in gezegd wordt dat het klooster der 
Broeders te Mechelen tegen de Dijle lag en dat deze 
hetzelve verlieten in i585. De missing is 00k tastbaar. 
De schrijvcr bedoelt hier zekcilijk het huis van Stan- 
donck, maar hij plaatst deszelfs opscliorsing, tien jarcn 
te vroeg, mits deze maar in iSgS voorgevallen is, als liet 
Seminarie werd ingericht. 

Onnoodig is het voorzeker aile die onnauvkeurigheden 
en tegenstrijdigheden verder te besprcken en te vederleg- 
gen. Bemerken wij slechts dat van Standonck zelvc niet 
had behoeven naar Gouda te trekken indien cr hier eene 
school van Broeders geweest was. 

De eerste Vadcr of rector van het Fratershuis was dan 
Jan van den Sande, door den stichter zelve aangesteld. 
Hij bleef er omtrent acht jaren. Onder zijnen opvolger, 
meester Eligius (de familienaam is onbekend) gaf het 
Kapittel toelating om aan de straat een kloksken te 
mogen hangen. 

In 1578 werd er eene nieuwe kapel gebouwd. De suf- 
fragaan Gislenus de \^roede, wijdde dezelve ter eere van 
den H. Aartsengel Michaël die van in het begin als 
patroon van het gesticht verkozen geweest was, en heden 
nog als beschermheilige van het Seminarie gevierd wordt. 

Deze kapel, in i58o, door de geuzen onteerd, werd 
eerst den 4 november i58g herwijd door Jan Lesley, 
bisschop van Ross in lerland, om het geloof uit zijn land 
verbannen, en intusschentijd te Leuven woonachtig. 

In April iSgS, wordt het Fratershuis vergroot door het 
aankoopen van eene ruime erve die tôt aan de Melane 
paalde (zie hewijsstukken, n" 4, bladz. 107). • 

Op het einde van het zelfde jaar laat het Magistraat 
het van Standonck's gesticht op zeker voorwaarden over 
aan den aartsbisschop Matthias van den Hove (Hovius) 
om tôt Seminarie geschikt te worden (zie Bewijsstukken, 
n" 5, bladz. 109). 



EN ZIJN KOLLEGIE TE MECHELEN lOI 



REKTORS VAN HET VAN STANDONK'S 
KOLLEGIE 

Joannes van den San de werd door den stichter zelve 
aangesteld in i5oo, maar men weet niet hoe lang hij 
zijn ambt bekleedde. 

Eligius (Vranckx?), was rektor in i5o8. 

Michaël Meys. 

Martinus Jacobs, in 1622 . 

Arnoldus de Fossa (Acrdt Van dcr Gracht), in i53i. 

Adrianus Romphea (Adriaan Swecrds), werd rektor den 
4 april i532. 

Martinus Duncanus (Mcrtcn Vcrdonck), van Kempen, be- 
stierde het huis gedurende vier jaren, en ging daarna 
als rektor naar het van Standonck's kollegie te Leuven. 

Antonius Comitis (Antoon De Grccf), volgde op den voor- 
gaande den 6 meert i538, en overleed den 26 januari 
1540. 

Petrus Dordkacenus, of Danielis (Pictcr Dancds), van 
Dordrecht, bestierde het huis gedurende meer dan 40 
jaren. 

Martinus Haeck, geboortig van (J. L. \ . Hal, werd rek- 
tor den I obtober i588, en stond zijn ambt afin i5g3. 
Piij bekwam een bénéficie van Zellaer in St-Rombauts, 
en overleed den 23 mei 1623. 

Michaël Schamelaert, geboortig van Mechelen, werd 
Rektor in de plaats van den voorgaanden. Hij was 
Licentraat in de Godsgcleerdheid en, sedert i587, had 
liij een bénéficie van Zellaer in St-Rombauts, waar hij 
ook het ambt van ceremonie-meester bekleedde. Onder 
zijn rektoraat werd het van Standonk's koUegie in Se- 
minarie veranderd in iSgS. 



Willem van Caster. 



102 JAN VAN STANDONCK 



BEWIJSSTUKKEN 



Hei Magistrait van Mechden vcrk/aart (fat Jaii van Standouck natttiwhjkc eu 
îvettige zoon is van Cornelis, en Elisabeth van Ysschot (i). 

(29 September 1498) 

Ultima Certificatio. 

Universis présentes literas inspectuiis et audituris, Magistri communi 
tatis, Scabini et Consiiles opidi Machlinensis Salutem in Domino. 

Insinuatione domini et magistri Egidii de Busco presbyteri, curati eccle- 
sie perrochialis béate Marie eiusdem opidi, procuratoris seu negociorum 
gestoris preclari viri magistri Johannis de Standonck sacre y)agine doc- 
toris eximii, ac alumni Tiniversitatis parisiensis, nuper ad nostrum per- 
venit auditum nonnuUos Deiim pre ondis. lit est verisimile, non habentes, 
palam dixisse ac in pleno iudicio, multis communiter astanlibus, divul- 
gasso diclum mngistnim Johnnnem do Standonck fuisse ac esse ex non 
iustis nupliis, aiit alias, illégitime natum: in ipsius magistri Johannis gra- 
vem ignominiam et famé lesionem non modicam. Quamobrem retjuisivit 
a nobis idem dominus et magister Egidius, ])rocurator, nomine j-irocii- 
ratorio, ut veritati testimonium perhibentes, literas nostras testimoniales 
sciencic et cognicionis, (juam vel (]nas de patris vel matris eiusdem ma- 
gistri Johannis de Standonck ac eius legitimo (2) origine habebamus et 
habemus, eidem concedere dignaremur et vellemus. 



()) In dcn oorsproiikelijken opstcl van itit getuigschrift, op het Stadsarchief bewaard, 
zijn sommige woorden uitgeschrabt, somniige bijgeschrcven. De eerste hebben wij tus- 
schen haken ( ) gczel, de laatste in italidc lef.eis. 

(2) Lees hgitimii. 



EN ZIJN KOLLEGIE TE MECHELEN Io3 



Nos igitur scientes et attendentes equuin esse et racioni consonum, 
testimonium reddere veritati, notiim facimus per présentes quod nos, licet 
sufficienler certi, tam sciencia quam commiini fama , de légitima prefati 
magistri Johannis de Standonck nativitate, ad certius tamen testimonium 
et maiorem veritatis cognicionem reddendum, more in talibus consueto, 
ad requestam pretacti domini procuratoris convocari fecimus quamplures 
utriusque sexus testes videlicet : dominum Johannem Sarens presbytenim 
etatem sexaginta trium, Johannem Zegers etatem sexaginta septem, Mar- 
tinum de Eykenvoorde etatem septuaginta, Gerardiim vander Spreet eta- 
tem septuaginta duorum, N3-casinm de Lange etatem sexaginta octo, Hen- 
ricum de Bennebeke etatem septuaginta quinque, Anthonium van der 
Byest, etatem quinquaginta duorum, Andream Cleren etatem septuaginta 
sex, Johannem Wytte etatem cpiiaquaginta duorum, Johannem Boom eta- 
tem sexaginta trium, Henricum Man etatem septuaginta duorum, Egidium 
Martens etatem sexaginta duorum, domicellam Elizabeth de Yrylinchoven 
etatem octuaginta, domicellam Ceciliam vander Slappen. etatem sexaginta, 
domicellam Elizabeth Doms, etatem quinquaginta octo, domicellam Ka- 
therinam Andries viduam quondam Rumoldi van/ier Berct, etatem sexa- 
ginta, Katherinam Skemmers viduam quondam Johannis van den Dale, 
etatem (juinquaginta novem, Elizabeth van den Dycke, etatem septua- 
ginta, Beatricem Mast, etatem sexaginta unius, Elizabeth Lambrechts, 
etatem sexaginta septem, et Katherinam de Beverem, etatem quinqua- 
ginta novem annorum vel circiter habentes, nostros conburgenses, omnes 
illo. tempore commorantes in locis convicinis habitacionis parentum pre- 
tacti magistri Johannis, honestas, })robas ac fide dignas personas, plenio- 
rem scienciam seu certitudinem rei et noticiam eorumdem parentum ip- 
sius magistri Johannis habentes. 

Quorum quidem testium super légitima nativitate eiusdem magistri 
Johannis solempniler iuratorum deposicionibus, etsi ut supra taclum est 
suiftcienter certi, sufhciencius tamen edocti et cerciorati, comperimus eum- 
dem magistrum Johannem de Standonck fuisse ac esse indubitatum filium 
naturalem et legitimum quondam Cornelii de Standonck et Elizabeth de 
Ysschot sue légitime uxoris, ex legitimo matrimonio, in facie ecclesie 
perrochialis sancte Katherine, predicti opidi solempnizato, procreatum. 
Quos (similiter) efiam comperimus dum agerent in humanis (fuisse hones- 
tissime) d^i Intinilis coudia'rin's qitotul sixuli vanitatem, fuisse tamen honeste con- 
versacionis, commendabilis vite, et homines (magne) singidçiris devocionis, 
et qui in diehus suis, ut sf^eratîii'. f^lacucnint Domino, prout hoc ex actibus eo- 
rum, (inter vicinos et) usqne in fiiian continuatis inter jfiniiiinos et omnes eorum 
noticiam habentes, clarius (constare) potuit diiudicari. Cuius quidem matri- 
monii solempnizacioni personaliter astitit et interfuit prenominatus Jo- 
hannes Boom eorum vicinus. una cum certis aliis vicinis ad hoc invitatus 
et rogatus. Et prefata Katherina Skemmers, vidua, scivit et (audivit) vidit 
illo tune pretactam quondam Elizabeth de (Standon) Ysschot, matrem pre- 
dicti magistri Johannis, ut et tamquam sponsam prelibati quondam Cor- 
nelii de Standonck, ]iatris (p-.idem eiusdem magistri Johannis, inceden- 
tem in a))paratu nuptiali ut moris e.:t et (euntem versus) tyanseunicm dictam 
perrochialem ecclesiam sancte Katherine pro solempnisacione matrimonii 
huiusmodi cckhranda. Nec non et dicta domicella Elizabeth de Vrylinc- 



104 J'^>^ "^'AN STANDONCK 



hoven personaliter etiam astitit et intevfuit postmodum, rogata, ubi pre- 
nominatus magister Johannes de Standonck, pretacto matrimonio con- 
stante, ex acjiia et Spiritu sancto in fonte baplismali scpedirtc perrochialis 
ecclesie sancte Katherine extitit renatus; quia eumdem magistrum Johan- 
nem de sacro fonte huiusmodi, una cum quondani Rumoldo Gioote nostro 
eciam burgensi (et aliis), levavit. Et similiter memorata Kalherina de Be- 
veien interfiiit baptismo dicti magistri Johannis, vocata; (etiamj prderca 
scivit, (plia vidit, crotulum sive pulsato;em hostii (i) domus habitacionis 
predictorura ciuondam Cornelii et Elizabeth coniugum (post predicti ma- 
gistri Johannis Y>diXX.\xïn) postqitam idem magister Johannes ex prelibata qiiondam 
Elisabeth maire sua cariiali extiierat natv.s, (lemjiore puerperii sue matris) 
durante termina puerperii, circumvohitum linteo mundo, in bignum sue légi- 
time nativitatis ; ad differenciam illegitimorum (circa quos talis) post quo- 
rum naiivitatem solempnitas huiusmodi iuxta (modum) loci consueiudinem ser- 
vari non potest neque permUtitur. Quorum cpiidem omiiium et singulorum 
in prelibato opido Machlinensi, presertim in vicinio sepedictorum coniu- 
gum, extat publica vox et fama notoria. 

In quorum omnium et singulorum testimonium, sigillum ad Causas 
prefati opidi Machlinensis presentibus literis duximus appendendum. Et 
easdem per fidelem nostrum secretarium, magistrum Johannem Barbier, 
signo suo manuali consueto signari fecimus. Datis et confectis penultima 
die mensis Septembris, anno Domini millesimo quadringentesimo nonage- 
simo octavo, 

(Stadsarchief. Lossc stukken, Doos u" i, stuk u" 2.) 



II 



Consent van 7 Magistraat der stad Mechelen, i:egeven aan mecstcr Jan van Standonck 
voor 7 instellen zyner A rmen-schooJ. 

(II Juny 15001 

Also onlancx geleden, ten neerstiger versueke ende duegdelvke begheer- 
ten van den oerweerdigen heor, mersler Janne van Standonck doctuere in 
der (lodheyt, by mynenheeren commongemeesteren ende scepenen van 
Mechelen, in harer raedtcamere te samen vergadert wesende, den selven 
eerweerdigen heere geconsenteert, gegunt ende gewillecoirt is geueest 
dat hy, vry en onbelet yemande, in 'thuys dat van der stadt wegen, ter 
ceren Gods ende tôt zynder liefden ende versueke, gecocht ende betaelt is 
geweest, sal moigen setten ende doen alsulken goeden armen jonge kin- 
deren also hem dat goetdunken ende gelieven sal; om die dair inné ge- 
houden ende opgevoedt te Avordene 1er gloriën des almachtigen Gods, der 
heiliger kercke toccomendor oorcn, des gcmeijns volcx salicheyt, ende der 



(i) Lees ostii. 



EN ZIJN KOLLEGII^ TE MECHELEN Io5 



policiën der stadt van Mechelen, by Gods hulpen nutscapen ende ver- 
meerderingen, op alsucken regulen ende insettingen also hem dat sal 
duncken, dionen ende behooren. Ende dat hy dair af van nu voirtane, oft 
deghene die hy dairtoe, na zyndeT geHefte ende wille, stellen ende ordi- 
neren sal, hebben ende behoiiden sal bewindt, régiment ende administratie ; 
ende deselve kinderen oft eenige van dien vuyt ende inné te stellene naer 
gelegenlheyt van der saken ende der meyninge voirgenoemt; dair toe te 
ziene, die te visiterene ende die te beschickene ende voirt generalic ende 
specialic dair inné te moigen doene aile 't gène dat hem dair toe goed- 
duncken sal, sonder wederseggen van ijemande. 

So es noch cens van nieuws ten dage ende jare ondergenoempt, by den 
selven mynen heeren commoingemeestere ende scepenen van Mechelen, 
als boven vergadert wesende, den voorseiden eerweerdigen heere, tôt 
synen neerstigen ende dueghdelyke versueke gegunt, geconsenteert ende 
gewillecoirt aile t' gène dat boven gescreven staet; hem dair af gevende 
last ende volcomen macht, also verre het hen aengaen mach, om dair inné 
te doene ende voirt te kerene aile 't gène dat synder eerwcerdichej^t ter 
eere Gods dairtoe goedduncken ende gelieven sal. 

Waeraf hy van den selven mynen heeren, voir den toecomenden tyt, hen 
begheerde acte gemaect ende geëxpediërt te wordene. Die hem geconsen- 
teert es geweest, op ten elfsten dach in junio in 't jair 0ns Heeren du3-sent 
vyf hondert. 

(Oydon. polit. Reg., A., fol 170, F^^;. 



ni 

Briefvan den ovevsic van 't kollegu van Montaigu te Parijs aan het Magistraat van 
Mechelen nopens het ontvangen dey studenten dczer Stad. 

(4 Septembre 1509) 

IHESUS 

En si bonne équité régir et conduire vostre civile police que du ault 
et souverain Juge auquel avez de toutes administrations estroictement a 
rendre raison puissiez obtenir part en la couronne de justice que le 
benoist sainct Paoul attendoit pour certain a cause du loyal service 
quil faisoit au dict souverain nostre juge et retributeur. 

Très honorez saiges et vertueux seigneurs. Jai receu deux paires de lettres 
qu'il vous a pieu mescripre depuis nagueres ; par la première desquelles 
respondez aux remonstrances que je vous a3'oye faictes faire par messire 
Jehan du Sablon pour le bien et durée, comme il me sembloit, de la maison 
de voz douze pouvres, qui est véritablement pour ung petite trésor, une 
chose que doibvez chérir et aymer pour le bien de vostre ville et des envi- 
rons, comme chose moult agréable à Dieu le créateur, et qui peult estre grant 



Io6 JAN VAN .STANDONCK 



aj'de à maintenir prospérité spirituele et temporelle en vostre dicte police. 
Mais comme il apparoit jiar ce que avez escript, navez pas estimé les 
choses qui mavoient meu, suffisantes pour vouloir entendre à disposer de 
la dicte maison ainsi qui! me sembloit, et encores semble, astre expédient 
pour la stabilité et durée dicelle. Et mesmement considéré la distance 
dicelle maison et de la nostre de Paris en laquelle se trouveront bien a tard 
maistres et directeurs (jui vostre langue con<:;noissances ou habitudes ayent, 
à vous messieurs nu aultres du (juartier, à moyen de quoy peussent prouffi- 
ter à la dicte maison comme feroit ung superintendant du pays, et cogneu 
pose mesures que nostre dicte maison de Paris fust suffisamment rentée et 
pourveue, pour nourrir et entretenir le nombre des pouvres lequel institua 
nostre père de bonne recordation, vostre bon amy maistre Jehan Standonk, 
ce que nest pour présentement. Dieu soit loué, car nous navons esté dignes 
(jue Dieu le créateur le nous prestast pour testre et consommer les pou- 
vres maisons que avoit commencé à ordir. Ce que lacilement eust faict au 
moyen de ses saincts mérites et vertus qui luy avoient donné le groz crédit 
ou royaulme de France, et en vos régions. Si me semble il maintenant (jue 
s'il fust jusques ycy demeuré, qu'il jugeroit avec nous (]uil est nécessité 
})our la maintenue de vostre dicti maison des pouvres, et des aultres estans 
es dites régions, y pourveoir de maistres superintendans de la langue et de 
cognoissance, et ainsi semble il de celle de Louvain a mon très honoré 
seigneur et maitre, monseigneur maistre Adrian du Tret, auquel pour ceste 
cause, comme a celluy que estime désirer le bien et persévérance de la dite 
maison de Louvain, et qui moult y peut, envoyons procuration expresse 
pour }• commectre et en disposer ainsi quil verra estre expédiant; car ainsi 
me semble, comme j'ai dit, estre nécessaire. Car en tous ces six ans qui 
sont ja presque passez depuis le trespas de mon dict feu père, quelque désir 
(jue j'eusse d'aller de par delà et de volontiers sil meust été possible y prouf- 
fiter, na parmis Dieu le créateur pource que nay esté et ne suis digne de 
}iourmouvoir si grand bien, et de présentement nya espérance que cela 
puisse faire. Car plus de quatre ans sont passez cjue je nay eu santé. Et de 
ceste heure à un an entier que nay peu aller ne a i)ied ne a cheval une lieue 
de chemin; et depuis Pasques ne bouge de la chambre. De quoy, comme 
de toutes choses, louée soit la divine Providence ([ui dispose des créatures 
à leur )irnuffict, si nest leur faulte. 

Très honorez seigneurs, et en Dieu le créateur chéritablement aymez, ne 
vueillez croire que je fuye ou vueille reculer à ayder a vostre dicte maison 
de pouvres; et Dieu le créateur qui veoit au fond des cueurs cognnist la 
bonne volunté ((uil luy a pieu men donner, et que cest que beaucoup de 
foiz de jour je luy en demande et recjuiers en mes pouvres et inutiles mai- 
sons. Mais fault <iue entendez (jue ))our la malice du monde, et que aux 
seigneurs et prèlatz ne chault guères des choses pitéables, il est bien difficile 
de ériger nouvelles fondations, mesmement en royaulme de France ouquel 
on ne peull admortir héritages ou revenuz. Et nostre bon seigneur Dieu 
congnoist les procès, affaires et solicitudes quil fault que ayons pour cuj'der, 
par nos petiz, parachever ce que mon bon dict père trèspassé avoit encom- 
mencé. Et vous dy bien que toute nostre communauté de ])ouvres de Paris 
pQur laquelle entretenir fault tous les ans plus de deux mil francs, sans les 
fraiz extraordinaires, et qui nen a pas de tous revenu huit cens livres, 



EN ZIJN KOLLEGIE TE MECHELEN ïoy 



osté le fniict du collège qui n'est ([ue casuel. Il ny na pas des dicts huit cens 
livres de rente quatre blancs admortiz. Je espère toutefoiz que cependant 
que en nostre maison Dieu sera servy, et que discipline et excercice en 
meurs et doctrines sera vigoureusement maintenu, que la dicte commu- 
naulté de pouvres se pourra entretenir et nourrir a lonneur de Dieu. 

Très honnorez seigneurs, par voz secondes lettres mavez envoyé deux 
pouvres que j'ai voluntiers receuz, combien que le cas qui est en lobliga- 
tion que je vous ay faite, cest quant quelques places vacqueront en nostre 
dicte communaulté ne fust ne ne seroit enpiété, car tousioursy en a plus de 
quarente oultre le nombre institué par mon dict feu ))ère. Auxquels vos 
deux pouvres on fera chèritablement ce que avez escript; et feraj-, si Dieu 
plaist, tant cpie jen auraj' la charge, a ceulx que parcy après env(jirez, mais 
(ju'ils soient capables; et si aultre empeschement ne survient. Et je vous 
supplie très humblement (pie entendez a establir vostre dicte maison de 
pouvres en manière que tousiours vos dicts pouvres y ayent consolation; et 
seroye dadvis, comme jai dict, que eussiez conseil entre vous, et (jue vous 
vous informassez, de ce que sera pour la maison de Louvain, mon dict 
seigneur, monseigneur le doyen. Car sur cela pourriez délibérer si ce seroit 
le bien de la vostre de ainsi en faire, afin que celluy ou ceulx qui seroient 
commis à diriger la dicte maison spirituelement, et avec vous temporele- 
ment, messeigneurs, eussiez regard à obliger les escolliers que nous en- 
voyez, de retourner servir en la direction de la dite maison, quant mestier, 
en seroit, après ce quilz auroient esté instruictz et aprins pour ce faire. Car 
je croy que quant vous y aurez pensé, et bien tout poisé, que vous jugerez 
que ainsi le vous fauldra faire. Pource que davoir aultre aide de nostre 
cousté que de recepvoir et nourrir voz escolliers, je ny veoj' une seule 
espérance. 

Mes très honnorez et saiges seigneurs, je pris a nostre tout bon Dieu 
(juil vous doint ce que dessus. Escript en nostre maison de Montagu à 
Paris, ce (juatriesme jour de septembre, lan mil cinq cens et neuf. 

Vostre humble frère, serviteur et orateur, Noël Beda, indigne maistre 
général du collège de Montagu. 

OPSCHRIFT : Mes très honnorez et saiges seigneurs, messeigneurs les 
Commaistres Eschevins et Conseil de la ville de Malines. 

(]'oli;c'iis het oorspronkelijk Imiuhchrift. op 7 stadsarchicf 
heivaarcL LhITTRES MISSH'ES. N^' CCCCLXX\\ 
Doos N'' 92. j 



IV 



Amikoop van lut liuis staaude in de Kocisiraat, ttissclien V huis dcr Fratcrkeus en 
de Mclauc. 

(3 April 1595) 

J. Cra.\i;xuonck en P. Huvsmans. Meester Philips van der Rye, als 
totten ghenen naer beschreven onwederroepel3'ck gemachticht van jouf- 



loS JAN VAN SÏANDONCK 



frouwen Philippote ende Catherine van der Noot, dochter wylen heercn 
Ingelbcrls van der Noot, des ridders. daer moeder aff was vrouwe Mar- 
garite van den Daele; ende van jouckhecr Anthonis van der Noot, als man 
ende momboir der selver juffromv Philippote, by brieven van procuration 
speciaele, in date den xii]*"" februar^- lestleden gepasseert tôt Brussele 
vGor den notaris meester Guilliame Rykewaert ende zekere getiiygen, 
daeraff ons volcomelyck gebleken is, heeft bekent dat hy in dyer (jualiteyt 
wel ende wettelyck vercocht heeft aen heeren ende meester Laurens 
Nagelmaeker, pénitencier, canonick ende plebaen der metropolit-j.ne kerckc 
van Sinte-Rombout alhier, Mertten Roelants, trésorier, ende Pauwels van 
Kerst3-nen, pensionaris deser stede, als Proviseurs, over ende tôt behoeff 
van 't Collegie van Standonck, oft Fraters, alhier, een gi'oot steynen huys 
metter plaetsen, achterhuyse, hove, stallinge, gronde et pcrtinenciën, ge- 
mej'nelyck genoempt het huj-s vanden Daele, gestaen ende gelegen in de 
Cosstraete alhier, by de trecktange brugghe : de rivière ter eendere, ende 
't voor genoemde Collegie van Standonck erve ter andere z3-de. A Domino 
Mechliiiiensi Warandam op twee cappiiynen achtien myten heeren chys, 
daer iaerel3-ck ende erffelyck vu^-tg^e.ide, zonder meer. Ende desen coop 
is geschiet ovennidts de sommen van negen hondert zeventich gnidens, 
cens gereet, boven eene rente van v^-fentzeventig gulden erffelyck die de 
voorschreve jouffrouwen Philippote ende Catherine van der Noot op de 
voornoemde hxiysinge zullen blyven heffenen voor de boete. 

(Gocdcnisboek X" 6o3, fol. 102. v^"). 



IiDEM. De voorschreve heeren Proviseurs hebben ter causen van den 
coope van den voorschreven huj-se gegeven ende beweren den voorschre- 
ven van der R\'e, over ende tôt behoeff van joncker Anthonis van der 
Noot ende jouffrouwe Philippote van der Noot zvn hu^'svrouwe, mede 
ten behoeve van jouffrouwe Catharine van der Noot derselver juffrouwen 
Philippote zustere, beyde dochters wylen Ingelberts van der Noot, daer 
moeder af was de voernoemde vrouwe Margarite van den Daele, vyfent- 
zeventich Carolus guldens Jaerlycker ende erffelycker rente, elcken gulden 
van dicn tôt veertich groote vlems gelts gerekent, te hefïene altyt te halfï 
meerte; waeraff dcorste jaer van bctalinge vallen ende verschvnen zal te 
halff meerte A° X\''^ zessentnegentich. op ende aen 't voernoemd groot 
huys metter jilaetsen, hove, stallinge, gronde et pertinenciën, gemevnelyck 
genoempt liet huys vanden Daele, gestaen ende gelegen in de Coestraete 
als voore. A Domino Mechlinicnsi Warandam op twee cappuynen ende xviij 
deniers Lovens, heeren chys, daer jaerelyck ende erfïelyck voor vuytgaende. 
Ende is expresse conditie dat de voorschreve van der Noot, oft andere 
hujusmodi, actie naermaels hebbende, by faulte van betalinge der voor- 
schreve ierste Ixxv gulden erffelyck, dezelve betalinge zuUen mogen ver- 
volgen rechtelyck by gewoonlycken belejde ende vuytwinninge, zonder 
by pantneminge te moeten })rocedcren, nyeltegenstaende 't voornoemd 
huys geostelycheyt com])eleerde, ende by dien van 't voorschreven Col- 
legie bewoond werde. 

(Ut supra). 



EN ZIJN KOLLKGIE TE MECHELEN lOQ 



\' 



ResoJidic van Jwi map;istraai van Mcchelcu door de ivclkc hd Fraio'shuis op zelicre 
voorh'aaydeu iiegnnt K^ordf aan dcn aarl^hisschop, ovi voor seminarie te diencn (i). 

(7 November 1595) 

7 Nov. iSgS. Is gheresolveert ende gheraempt dese naer bescreven acte : 
Ghehoort 't rapport van commissarissen van weth, van der propositie 
ende versoeck s'hedaen by myncn boo.qweerdighen heer, heere Matthias 
Hovius, gheconfirmeert (2) aertsbiscoj) deser stadt Merhelen, aengaende 
d'oprichting' van seker seroinarium, met incorporatie van het Fraterhiu-s 
alhier ende d'incomen van diën, om aldaar zekere jonghe studenten ghe- 
leert ende gheinstrueert te worden in de principaele poincten raekende 
ons hej'lirh Christen catholicq gheloove gheseyt cathechisticin, ende dat 
200 verre dat die de heylighe kerke zouden moghen dienen voor Pasteurs, 
sonder cost oft last voor de Stadt, met applicaet onde toevueghinghe van 
sommighe goederen daertoe b}- zyne hoochweerdicheit ghecvschend ende 
eens deels abeede zekerlyck toegheseyt, op conditie dat de selve syne 
hoogweerdigheit ende zj-ne naecomeHnghe in digniteyt zouden hebben daer 
by het geheel bewin ende superintendentie ; stellende daerover sulcke 
proviseurs ende regieerders als z^-nder vocrschreven hoochvveerdicheden 
goetduncken zoude. Dat ojxk die voorscreve studenten ende schoHeren 
zouden vry syn van aile acc3'sen ende inpositiën, als andere geestelj'cke 
persoonen. Met verstande nochtans dat ti^'cc ghcdeputecrdcn van der Weth zou- 
den altvts moghen hooren de rekeninghe van voorschreven coUegie. Ten andere, dat 
die Stadt becostighen ende doen maken zoude zekere huysinghe op den 
Pas. oft by Pasbrugghe, in Brabant, oft by de Fonteine brugghe binnen 
dese voorschreven stadt, opt 't plaetsken aldaer onghecassyt, dat ghehau- 
den wort te wesen Brabant, ten fine in deselve hus'singhe te houden ghe- 
dinghe ende exercitie van justicie van den gheestelycken hove des voor- 
schreven bisdoms. Dat daartoe den officiers van den selven gheestel^'cken 
hove als Assesseurs, Promoteurs, Greffier, Advocaten, Procureurs ende 
Appariteurs zouden gheaccordeert worden vrydom van accj'sen ende im- 
posten van bier ende wyn als jeghenwoonlycke ghenieteu oft namaels min 
oft meer ghenieten zullen de supposten van den Grooten Raide. Hier op, 
ende andere circonstancicn desen saecken aangaende, rypelyck in voile 
coUegie vander Policye-camer ghelet synde, hebben mynheeren vander 
weth voorschreven, zoo veer als in hun is, sonder preiudicie van 't recht 
der particulieren hebbende vuyt crachte van fundatie oft andersins uit 
voorschreven Fraterhuys eenige gheestelicheit van coUatie van plaetsen 



(ij W'at in den oorspronkelijken text onderlijnJ is, hebben wij in italieke letters doen 
zetten. 

{2) Matthias van den Hove, of Hovius, bisschop genoemd den 20 September 1595, 
werd maar gewijd den 18 Februari 1596. 



IIO JAN VAN STANDONCK 



oft prouvene, gheconsenteert endegheaccordeert, consenteeren ende accor- 
deeren b^- desen in de propositie ende • versoeck hier boven gheiueit. 
behaudens datde jonghes die in 't voorschreven seminarium comen ziiUen, 
ghehanden worden te frequenteren die Grootschole, tôt dat zy be(]uaem 
zullen zyn van tôt het voorschreven swaerder studie van philosophie oft 
godhej't haer te begheven ; wel verstaande oyck dat de voorschra'e siippoosicu 
ende flfjicieren van voorschreven gheestelycken hove, t^henietende den voorschreven vry- 
dom, iiiet en zullen veruwghen te logeren in henrlieden huysen eenighe sollicitanten van 
'a'ct qualitevt die zouden moghen zyn : ten ware eenen vrient voor eenen nacht 
oft twee, sonder ghelt oft ghelycke vergheldinghe daer af te nemen; oft 
oyck comniensalen te hauden, ten ware de selve vrij 'a'aren zoo wel als die voor- 
schreve suppoosten, oft alsulcke die zy zouden hauden om te leeren den 
styl van den voorschreven hove. Actum op den vij''" Novembris i5g5. 

(Resoluiieboeh, «" ^4. fol. 6S v^^). 





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Itegem & 



ses Seigneurs 



PRÉFACE 




E présent travail constitue une partie intégrante 
d'une série de monographies portant le titre 
général : les Seigneuries du pays de Malines. 

Les localités suivantes ont déjà été traitées : 
Putte, Schrieck et Grootloo (i), Duffel et Gheel (2), Niel, 
Berlaer, Keerber.^» n, W'avre-Notre-Dame, Norderwijck 
et Schelle (3). 

Nous comptons publier, ensuite, l'histoire de Rijme- 
nam, de Bonheyden, de Beersel (-op-den-Bosch), d'Aert- 
selaer, de Contich, etc., etc., et, enhn, dans une étude 
spéciale, nous nous proposons de retracer les annales de 
ce qui fut le pays de Mcilines, seigneurie - — il convient de 
le rappeler, — qu'il ne faut confondre ni avec la seigneurie 
de Malines, ni avec la province de ce nom. 



(Il En un volume. 
>2) En un volume. 

(3) L'histoire de Schelle a été écrite avec la collaboration de M. J.-B. 
Stockmans, archiviste der Bogerhotit. 



114 



LES SEIGNEURIES 



Aucune des communes comprises dans le pays qui 
nous sert de champ d'exploration, n'avait tenté, avant 
nous, la plume d'un historien, et les notes que l'on trouve 
à leur sujet, disséminées dans quelques ouvrages, sont 
des plus incomplètes et, en partie, inexactes. 

Les actes authentiques ont été notre principale source. 

Nous les avons recherchés partout où il y avait quel- 
que chance de trouver des éléments pour nos études. Ils 
nous ont été fournis, principalement, — est-il besoin 
de le dire? — par les Archives générales du royaume 
et les dépôts des communes en cause. Celles-là, étant 
riches en données sur les familles seigneuriales, ceux- 
ci sont, en général, hélas! pauvres en documents rela- 
tifs aux faits dont les localités furent le théâtre. Et ces 
documents... rari nantcs : un compte par-ci, un livre 
aux résolutions par- là... ne remontent guère au-delà du 
XVI P siècle. 

De là, abondance de matière au point de vue de l'his- 
toire seigneuriale, pénurité de détails sur l'histoire com- 
munale proprement dite (i). 

Si donc il est possible de reconstituer, complet, le 
passé de la seigneurie, d'une part, il faut, d'autre part, se 
contenter de narrer, par bribes, les événements locaux, 
d'annoter et d'aligner — en (quelque sorte comme simple 
chroniqueur, — les renseignements qui concernent le vil- 
lage même. 

Tout incomplètes qu'elles sont, par la force même des 
choses, ces monographies locales n'en présentent pas 



(i) \'oici les principales de nos sources : 

Les registres de la cour féodale de Brabant (B.j: 

les aveux et dénomhremeiits rem'i?, à cette coiirpar les feuda1aires(A.& D.); 

les actes provenant des procès plaidées devant la mi'me cour (P. B.'; 

les archives de la cour féodale de Malines (M.); 

les archives de l'abbaye de Roosendael, à Waelliem (R.); 

les archives de la comnianderie de Pitzenbourg, à Malines (P.); 

la collection des Manuscrits et Cartulaires (M. & C). 
Tous ces fonds sont déposés aux Archives générales du royaume, à 
Bruxelles. 
Les manuscrits de la Bibliothc(]ue rovale de cette ville fB. R.>. 
En citant ces sources, nous les indiquerons par les abréviations placées 
ci-dessus entre parenthèses, 



DU PAYS DE MALINES n:? 



moins, à notre humble avis, des matériaux importants 
pour l'histoire régionale, et même générale : les fastes 
de ces modestes communes rurales, pleins de surprises 
pour le penseur, fourmillent de faits intéressants que 
l'on chercherait en vain dans les archives politiques ; ils 
contiennent, parfois, des détails inconnus sur les opéra- 
tions militaires, la marche des belligérants, et deviennent, 
ainsi, des appoints sérieux pour l'histoire des guerres 
qui se sont déroulées dans le pays et dont on n'avait 
qu'une connaissance sommaire, n'allant guère au-delà 
des grandes batailles, des sièges fameux qui ont fait 
époque dans l'histoire universelle. 

Toute nouvelle monographie locale accroît nécessaire- 
ment la somme des notions que l'on avait sur les com- 
munes voisines de celle qui en fait l'objet et sur la région 
qui les embrasse. 

De telles monographies se complètent donc les unes 
les autres. Chacune d'entre elles contribue à élucider des 
faits ignorés ou restés incertains. L'ensemble de ces écrits 
— qui, pris séparément, n'offrent, peut-être, qu'une im- 
portance relative — permettra à l'historien de l'avenir de 
retracer l'histoire complète et rigoureusement exacte du 
pays entier. 

C'est à ce point de vue que nous avons entrepris notre 
travail sur les seigneuries du pays de Malines, dont nous 
avons l'honneur de livrer au public la neuvième partie, 
la notice sur le joli village d'Itegem. 

Un mot encore. 

Que l'on ne nous reproche pas de surabonder en détails 
sur les familles seigneuriales. 

Aucun pays — peut-on dire sans risquer d'être taxé 
d'exagération — ne possède une littérature généalogique 
plus frelatée que celle de la Belgique ou, mieux dit, des 
anciens Pays-Bas, Marchant dans les traces des néfastes 
de Launay et, obéissant, en partie, aux mêmes mobiles 
qu'eux, les Le Carpentier, les Butkens, les Ferwerda, 
les Goethals, les Poplimont, et tutti quanti, y ont fait im- 
primer un tel nombre de volumes où le vrai est, plus ou 
moins habilement, marié au faux, que les renseigne- 
ments authentiques que nous offrons — étayés d'indica- 
tions de sources — ne laisseront pas que d'être bien reçus 



Il6 LES SEIGNEURIES 



de tous ceux qui ont à cœur de voir purifiée l'histoire 
généalogique. 

Nous ne flattons personne. 

Nous ne disons que la vérité. 

Entendue ainsi, la généalogie, de pair avec l'héral- 
dique, est appelée à rendre de réels services à l'histoire. 

Itegem au X' siècle 

Itegem est une des plus anciennes localités du pays. 

c( Secundo lapide ab oppido Lirano, versus Herental- 
dum, situm est dominium Iteghem, quod Netha major 
interfluit. Pristini eius Domini nullam ibidem habita- 
tionem habuere, sed plerumque commorabantur in cas- 
tello Hameyde, non procul inde dissito, in dextra ripa 
praedicti fluvii, » dit le Baron Jacques ee Roy, dans sa 
Notitia Marchionatus S. R. J. (i). 

Située dans la province d'Anvers, arrondissement de 
Malines, canton de Heyst-op-den-Berg, elle formait, 
autrefois, une seigneurie mouvant du pays de Malines, 
nommé aussi le pays de Clèves ou d'Arkel. Elle était 
limitée à l'est par la seigneurie de Herenthals, au sud 
par Heyst-op-den-Berg, à l'ouest par Berlaer et au nord 
par la banlieue (bijvang) de Lierre. 

Par diplôme du 14''"*^ jour avant les calendes de février 
976, l'empereur Othon II confirma à l'abbaye de Saint- 
Bavon, à Gancl, ses possessions dans le pagns bragbatinsis 
(Brabant) et la réintégra dans celles qui lui avaient été 
enlevées dans les pagi de la Hesbaie, de Rijen et de la 
Toxandrie. Les biens situés dans la Toxandrie sont : 
NoRTiiREUuic et Idingehem, ou Itegem (2), cum ccclcsiis et 
omnibus adiaccntiis (3). 



(i) Dorénavant nous indiquerons cet ouvrage par l'abréviation Mardi. 

(2) C'est à tort que quelques auteurs, par suite d'une mauvaise lecture 
(Edingehem) ont pris cette localité pour Edeghem, village qui n'était alorg 
connu que sous le nom de Buyseghem et dont l'église n'a jamais appartenu 
à Saint-Bavon, mais à l'évêclié de Cambrai. 

(3) SiîKRURic, CarMaire de Saint-Bavon, n» g. Miraeus, Opéra diplomatka, I, 
344. Kluit, Historia critica comit. Holland. et Zecland., II, pars I, pp. 45-48. 



DU PAYS DE MALINES II7 



Deux ans avant, en 974, le même monarque avait 
déjà restitué à ladite abbaye certaines propriétés dont 
elle s'était vue privée injustement, pendant quelque 
temps (aliquandiii iniustc percptis), notamment : in pago 
Tessandrie, NoRTHREUUic, cuni ccclesia et omnibus ap- 
pcndcnciis, et in pago bragbatinse Sethleca (Zellick).., in 
PAGO Rien Buocholt, eqiic ciim ecclesia et reliquis appcn- 
denciis (i). 

Au sens de l'auteur de la Notice sur les limites de l'ancien 
diocèse de Liège, etc. (2), et d'un articulet dans les Ana- 
lectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique (V., 
460-461), c'est par erreur que les deux diplômes impé- 
riaux dont il est question, placent Itegem et Norderwijck 
dans la Toxandrie. Comme argument en faveur de sa 
thèse, il invoque une charte de 997 par laquelle Ansfrid, 
évèque d'Utrecht, donne aux églises de Notre-Dame et 
de Saint-Martin, à Utrecht, quelques biens, entre autres, 
Westerloo, Ouden (Oedo), Bouwel (Bolo), Meerbeek (Mi- 
rcnbecke), Honbccke, Burontc, tous situés dans le comté de 
Rijen (infra coniitatem Ryen) (3). Or, fait-il observer très 
judicieusement, toutes ces localités se trouvent plus rap- 
prochées de la Toxandrie que Norderwijck, et il est même 
impossible de passer de Norderwijck en Toxandrie, sans 
passer par ces localités. Quant à Itegem, ajoute le même 
écrivain, cet endroit se trouve de trois lieues plus éloigné 
de la Toxandrie que Westerloo, et, d'Itegem, on ne peut 
non plus avoir de communication avec ce pagus, qu'en 
traversant des localités du pagus de Rijen. 

Après avoir cité un diplôme du roi Henri II d'Alle- 
magne, de 1008, diplôme par lequel la lorét de Wavre 
(Waverwald), près d'Heyst-op-den-Berg, de Badfride (pro- 
bablement Befteren) et de Malines, entre les deux Nèthes 
et la Dyle, est indiquée dans le comté d'Anvers, qui cor- 
respondait au pays de Rijen (in comitatu vero Gozilonis, 



(i) Shrri're, op. cit., n" 7; Miraeus, op. cit., I, 49. Les originaux des deux 
diplùmes de 974 et 976 se trouvent aux Archives de l'Etat, à Gand. 

(2) Ch. Bertels, pseudonyme de feu l'abbé C. -B. De Ridder; voyez 
Revue d'histoire et d'archéologie, Bruxelles, iSSg, I, 3i3-3i4. 

(3) Voyez Guill. Heda, Histovia episcopornm ultrajectensium, édition de 1612, 
p. 268. 



Il8 LES SEIGNEURIES 



comitis, qui Aniwcrp dicUiir) (i), il s'arrête devant cette 
alternative : ou bien le pays de Rijen n'était qu'une sub- 
division de la Toxandrie, ou bien la charte de l'empereur 
Othon n'est pas littéralement exacte, quant à la situation 
de Norderwijk et d'Itegem. Le fait que le diplôme de 
974 distingue parfaitement la Toxandrie du pagiis de 
Rijen, lui fait rejeter la première de ces deux hypothèses 
et se prononcer pour la seconde. L'avis de cet écrivain 
est donc celui-ci : in pago Tcssandrie doit être compris 
comme s'il y avait à proximité ou aux environs de la Toxan- 
drie. 

Dans son travail sur les pagi de la Belgique et leurs sub- 
divisions pendant le moyen-âge (2), M. Ch. Piot dit que les 
pagi médiocres de Rijen et de Strijen formaient, avec le 
pagus moyen de la Toxandrie, le grand pagus de la 
Toxandrie et que c'est à tort que quelques auteurs considèrent 
comme entièrement indépendant et ne relevant d'aucune autre 
division territoriale, le pagus de Rijen, ou comté d'Anvers. Les 
villages de Norderwijck, Itegem et Schelle, continue ce 
savant, quoique situés au milieu du pagus de Rijen, sont 
néanmoins indiqués, par des actes de 873 (3), 974 et 976, 
dans le grand pagus de la Toxandrie. « C'est la preuve la 
plus évidente que celui de Rijen formait une subdivision 
territoriale de la Toxandrie. Il devait en être ainsi : les 
territoires de ces deux pagi faisaient partie de l'Eburonie 
et ensuite de la Civitas Tungrorum... Il n'y a donc pas de 



11) L'auteur de la notice dont nous parlons, voit dans ce diplôme de iou8, 
une donation de tout le Wavenuald. C'est une erreur. Le roi Henri II, grâce 
à l'intercession de l'évêque Héribert, de Cologne, donne, à Trêves, à Bal- 
deric, évêqiie de Liège, et à un comte, appelé aussi Ralderic (Butkens le 
croit être Balderic, comte de Brabant, Louvain, Toxandrie, etc.), non pas le 
Waverwald, mais la juridiction sur la chasse (hauimm uostntui bcstiarnin) dans 
cette forêt. 

(2) Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers, publiés par 
l'Académie rojale, t. XXXIX. 

(3) Le document, de 873 (et non 837, comme le disent quelques auteurs ; 
voyez, entre autres, Miuaeus, op. cit., 1, p. 19-22) ne mentionne des trois 
localités en cause, que Schelle = Sccllehurd. C'est le testament du comte 
Evrard et de sa femme Gisïa, qui laissent à leur quatrième fils, Rodiilphus, 
entre autres biens, quod in Scdkbitrd habere vidcmur... et omncs res nostras quae 
couiaccnt in co.mitatu Tass.\ndrio (comp. Alph. Wavters, Tabh chmwh\^. 
des chartes et dipicmes imprimés, I, ]3. 285), 



DU PAYS DE MALINES IIQ 



contradiction entre les actes de 974 et 976, lorsque le ré- 
dacteur semble vouloir distinguer la Toxandrie du pays 
de Rijen ». M. Piot ajoute qu'après la lecture des susdits 
trois documents, il faut bien admettre que le pagus de 
Rijen faisait partie de la Toxandrie. 

Cette opinion n'est pas partagée par d'autres savants. 
On a tort, écrit M. Vanderkindere (i), de conclure qu'il 
y avait, à l'époque mérovingienne et carolingienne, de 
grands pagi auxquels étaient subordonnés de petits pagi 
et même, comme le veut M. Piot, à un degré intermé- 
diaire, des pagi mcdiocres. « Le seul pagus officiel est celui 
qui est administre par le comte. Seulement, au VHP siècle, 
des subdivisions s'opérèrent, et l'on trouva alors sur 
l'emplacement d'un ancien pagus plusieurs petits cantons 
dont l'un a souvent conservé le nom du canton primitif. 
C'est ce qui donne lieu aux mentions d'un pagus major 
et d'un pagus minor de désignation identique. » Mais 
dans ce cas, ajoute M. Vanderkindere, et son avis est 
partagé par M. Longnon et des géographes allemands 
(2), le pagus major n'est plus une circonscription adminis- 
trative. 

Dans la nomenclature qu'il dresse des pagi, cités dans 
les documents de l'époque mérovingienne, M. Vander- 
kindere ne mentionne pas le pays de Rijen; il ne le 
nomme pas davantage dans l'énumération des pagi qui 
sont venus s'ajouter à la première liste, à la fin du \^IIP 
siècle et dans la première moitié du IX^ siècle. 

Il convient, toutefois, de faire remarquer que Miraeus 
et d'autres ont publié deux documents, du commencement 
du VHP siècle, qui parlent déjà du pays de Rijen ou 
pagus renensium. Par l'un de ces actes, incomplet et non 
daté, Rohingus — qualifié par Miraeus, dans son ana- 
lyse, de Antverpiensium Pr inceps — et sa femme Bebeline, 
donnent à l'évèque Willibrord l'église construite dans 
le château d'Anvers, par l'évèque Amand, et d'autres 
biens. Cette pièce est précédée, dans les Opéra diplo- 



(i) L. \^VXDERKINDERE, lutroducUon A l'histoire des institutions de la Belgique 
au moyen-dge, etc. (1890) ; J.-Th. de Raadt, Nordcnvijck en zijnc heeren. 

(2) LoKGXON, Atlas historique, texte et Etudes sur les pagi de la Gaule., cf. v. 
A mira. Redit, p. io5. 



I20 LES SEIGNEURIES 



matica, par un autre acte de donation, des mêmes époux, 
également en faveur de Saint Willibrord et daté anno 
VI. régnante Theodorico Rege, c. à. d. de 725 ou 726. 

Cette charte ne parle pas du pagiis de Rijen. 

Le second des deux actes auquel nous avons fait allu- 
sion comme mentionnant ce pagus, c'est le testament de 
Saint Willibrord, datant également de la sixième année 
du règne du roi Théodoric. Ce testament rappelle ainsi 
les donations dont il vient d'être question : Rohingiis 
mihi condonavit vel iradidit Ecclesiam aliqiiam, quac est 
constnicta in Antvcrpo castcllo, super flitvio Scalde, in pago 
Renensium, cmn apcndenciis suis, villas denominatas lus 
nominibus, Bacicaldc (Bouchout), W innclincheime (Wijne- 
ghem) et Furgalare {i) et in ipso Castello Antverpo tcrtiam 
partent de illo telloneo. 

Ces documents viennent-ils renverser les conclusions 
de M. Vanderkindere? Aucunement, car, en vérité, l'au- 
thenticité de ces actes de donation et de ce testament est 
fort suspecte. Tel a été, à toute évidence, l'avis du savant 
professeur, puisque, tout en les connaissant — car M. Pioï 
les cite, sans, toutefois, révoquer en doute leur authenti- 
cité — il n'a pas cru devoir les mettre en ligne de compte 
pour l'établissement de la liste des pagi de l'époque mé- 
rovingienne, fidèle, en cela, à son système de ne se baser 
que sur des documents d'une authenticité bien établie. 

Il y a lieu d'ajouter que le plus ancien document qui 
mentionne le pagus de Rijen et dont l'authenticité puisse 
être admise, date de l'an 868. 

Itegem et Norderwijck faisaient partie de ce nouveau 
pagus. Si, néanmoins, les actes de 974 et 976 les indiquent 
dans la Toxandric — le premier même en semblant dis- 
tinguer la Toxandrie du pagus de Rijen — c'est (.\ue proba- 
blement les chartes relatives à des donations antérieures 
de ces localités contenaient la même désignation géo- 
graphique. Pour éviter toute équivoque sur la situation 
précise et l'identité des localités, on aura tenu à repro- 



(i) MiKAEUs suppose que ce nom désigne Voglielaer, agev propye Aniveypiam 
notus, versis Tityuimim, mais, dans l'acte de donation de Rohingus, le même 
hisioTien écrit Pyepusdare (Opéra diplomatica, I, lo, ii, 12). Notre savant con- 
frère, M. Edg. de Marneffe, nous fait remarquer qu'il s'agit de Vorsselaer. 



DU PAYS DE MALINES 121 



duire les termes exacts des actes primitifs, coutume qui, 
d'ailleurs, s'est maintenue à travers le moyen âge, jus- 
qu'aux temps modernes. 

Résumons-nous. Itegem et Norderwijck étaient situés 
dans le pagiis maior de la Toxandrie. Plus tard, ils furent 
attribués a.u pagiis de Rijen, mentionné pour la première 
fois en 868, et celui-ci est un pagiis indépendant, admi- 
nistré par un cornes spécial; il est un canton provenant 
du morcellement de l'ancien pagits maior de la Toxan- 
drie, dont le nom continua à être donné à une partie de 
son territoire, le pagiis minor de la Toxandrie. 

Nous pensons que, lors de la subdivision des anciens 
grands pagi, les noms de ces derniers ont été conservés 
à ceux des nouveaux cantons dont les territoires compre- 
naient la résidence habituelle du cornes ou graaf. 

Les pagi ou comtés étaient subdivisés en vicairies, ad- 
ministrées par des officiers dépendants du comte et qui 
exerçaient leur juridiction sur plusieurs villages, vici en 
latin, vies en wallon, wijken en flamand. Norderwijck est 
donc, fort probablement, le viens du nord, le village situé 
à l'extrémité septentrionale d'une circonscription admi- 
nistrative. 

La seigneurie d'Itegem 

Si, pour le IX*^ et le X^ siècle, les renseignements sur 
Itegem sont loin d'abonder, son histoire, aux deux siècles 
suivants, est complètement entourée de ténèbres. A défaut 
de documents sérieux, nous ne nous attarderons pas à 
émettre des conjectures sur le sort du village, durant cette 
période (i), ni à répéter ce que l'on sait sur l'histoire de 
la région. 

Pour le XII P' siècle, quelques rares pièces nous per- 
mettent d'entrevoir les vicissitudes par lesquelles la loca- 
lité passa à cette époque. Itegem appartenait alors à une 
branche cadette des dvnastes de la maison des Berthout, 
seigneurs de Grimberghe et de Malines, dont la puissance 



fi) Pour l'histoire ancienne de Malines et de ses environs, on pea4: con- 
sulter J. David, Geschiedenis van de staden de neerUj'kheid vent Mechehn. 



122 



LES SEIGNEURIES 



fut telle qu'ils avaient tenu en échec, pendant de nom- 
breuses années, le duc de Brabant lui-même, avec son 
armée. \'aincus, enfin, en iiSg, les Berthout s'étaient ré- 
conciliés avec le souverain et, d'ennemis, étaient devenus 
les plus fidèles alliés de ce prince et de ses successeurs, 
et, à leur tour, ceux-ci, leur témoignèrent la plus haute 
estime et les distinguèrent en toutes circonstances. Grâce 
à l'appui des ducs, les Berthout étendirent considérable- 
ment leurs domaines aux environs de Malines, seigneurie 
du chef de laquelle ils étaient tenus de reconnaître la su- 
zeraineté des évêques de Liège. En dépit de cet état de 
dépendance, plus apparente que réelle, ils parvinrent à 
se rendre maîtres de plus d'une propriété de ces derniers 
et à réunir en leur possession la plupart des localités 
voisines de Malines. Propriétaires du Wavei'K'ald, im- 
mense forêt qui formait la démarcation entre les diocèses 
de Liège et de Cambrai, ils augmentèrent leur influence 
par la création de plusieurs nouveaux villages. 



^^ 




FIG. I (l). 



fi) Fac-similé des armes du seif^neur de Malines, d'après l'Armoriai du 
roi d'armes Gkliœ (XIV'' siècle). Ce seigneur, contemporain de Gêlre, est 
Florent Berthout. mort en i33i. Ses armes sont : d'or, à trois pals de gueules, 
casque couronné d'or; cimier : un écran, échancré, de l'écu, chacune des 
pointes ornée d'un plumail de sable; lambrequins : d'azur (1). 




PI. II. (i) — I. d'Immeiseel. II. d'Oyenbniy^e. III. de Sompeke. R'.TolIins. 
V. de Lannoy. ^'I. van Dale. ^'II. de Grevenbroerk. \'JU. de Berlo. 
IX. de Montmorenry. X. Bollarte. XI. Frederickx. XII. van Re\neL;om. 



(i) Nous devons le dessin de cette planche à notre aimable collègue, 
M. Louis Paris, bibliothécaire de la Société d'Archéologie de Bruxelles. 
Qu'il en reçoive nos meilleurs remerciements. 
Les armoiries sont exécutées daiis le stvle du XlVf siècle. 



« 
DU PAYS DE MALINES 125 



De ces nombreuses terres, les chefs de la maison don- 
nèrent quelques-unes en apanage à leurs cadets, et ceux- 
ci leur en devaient foi et hommage. C'est ainsi qu'Egide 
Berthout, dit à la Barbe, eut pour sa part Keerbergen, 
Berlaer et, en partie, Duffel et Gheel, qu'il transmit à 
ses descendants. Son petit-fils, Jean, un des héros de la 
sanglante journée de Woeringen (il était fils de Louis, 
seigneur desdits lieux, et de Sophie de Gavre, dame de 
Grammines), est le premier de sa famille que les 
actes authentiques nous font connaître comme seigneur 
d'Itegem. 

Ayant retracé sa vie ailleurs (i), nous nous dispense- 
rons d'en parler plus longuement ici. Rappelons seule- 
ment qu'il fut aussi seigneur de Watre-Notre-Dame et 
qu'il se maria deux fois : d'abord, à Marie de Mortagne, 
fille d'Arnould, chevalier, seigneur de ce lieu et châtelain 
de Tournai, puis à Marie de Zubborch (Subborg, Seborg, 
etc.), qui figure comme sa veuve dans différents actes, 
jusqu'en i343. 

Au mois d'avril 1279, Jean Berthout, se qualifiant de 
seigneur de Grammines, et sa femme, Marie (de Mor- 
tagne), vendirent au couvent de Rosendael, à Waelhem, 
certains biens in parochia de Ytengheem, à savoir seize 
bonniers de terre, situés sur la Nethe, vers Malines, et 
dont une partie consistait en une métairie (domistadimn), 
avec ses appendances, où les époux avaient autrefois leur 
habitation (2), l'autre partie en diverses terres de culture, 
prairies et bois. Ils cédèrent, ensuite, au même monas- 
tère, leurs biens dits ten Broeke, avec une ferme, sis sur la 
rive opposée de la Nèthe, versus loeiim qui Bcrnum com- 
muniter appelât iir (3). 



(ij \'oii" nos notices sur Berlaer, Keerbergen, Wavre-Notre-Dame, Duf- 
fel et Gheel. 

(2) ... ciiiits terre qnedam pars coiisisiit in domistadio iUo. in qito inansio nosira 
stare consucvcrat... Au milieu du XVIH'' siècle, Bernum, hameau de He3'St, 
dépendait spirituellement d'Itegem. 

(3) Analj'se faite, par feu M. l'abbé C.-B. De Ridder, d'un document con- 
servé aux Archives générales du royaume, dans le fonds de l'abbaye de 
Roosendael, carton I, et insérée dans un petit mémoire de deux feuillets sur 
le village d'Itegem. Ce mémoire nous a été communiqué très obligeamment 
par M. l'abbé Truyts, natif d'Itegem, qui, de même que M. Aug. Heylen, 



120 LES SEIGNEURIES 



Il est à remarquer que cette vente est conclue au nom 
de Jean Berthout et de sa femme. Faut-il inférer de ce 
fait que la terre d'Itegem ait été apportée à ce personnage 
par cette dernière? Nous ne le pensons pas; nous sommes 
plutôt tenté de croire qu'il l'avait assurée à celle-ci à titre 
de douaire, ce qui expliquerait parfaitement l'intervention 
de cette dame dans l'acte dont on vient de lire l'analyse. 

A en croire une notice sur l'abbaye de Roosendael, la 
septième abbesse de ce monastère, Mabilia de Berlaer, qui 
est dite fille de Jean Berthout et de sa seconde femme, 
Marie de Sebourg, et qui aurait été installée, sans solen- 
nité, le g septembre i334, serait morte, accidentellement, 
pendant une visite dans ses propriétés à Itegem. La voi- 
ture dans laquelle elle se trouvait ayant versé, l'abbesse 
aurait été précipitée sur le chemin et n'aurait survécu que 
trois jours à sa chute (i). 



Jean Berthout, qui vivait encore en i3o3, donna à son 
fils aine, du même nom, procréé avec Marie de Mor- 
tagne, probablement en dot à son premier mariage, les 
seigneuries d'Itegem et de Neckerspoel et lui laissa les 
terres de Wavre-Notre-Dame, de Hameiden, à Gestel, 
etc., après l'avoir associé, de son vivant déjà, à l'adminis- 
tration de ses domaines. 

En 1297, le samedi après la Trinité, Jean II céda à 
l'abbaye de Roosendael, moyennant un cens annuel et 
sous réserve de la haute justice, tous les droits et la juri- 
diction sur les biens que ce couvent tenait de lui en fief à 



nous à fourni, en plus, un certain nombre de renseignenients sur son lieu 
natal. Qu'il en reçoive l'expression de notre reconnaissance. Nous remer- 
cions éfralement MM. le curé Van Reeth, Paul Notelteirs, fonctionnaire 
au Ministère de la Justice, et le D-- Theys, bourgmestre de Boisschot, du 
précieux concours qu'ils ont bien voulu nous prêter pour le présent travail, 
parla communication de pièces relatives à Itegem. 

(i)BiiIMiii du Ce}-de archéologique, Uticyairc el artistique de Maliiies. t. II, 1S91. 
p. 249-270. Uahhayedu Val des Roses (Roosendael). 

D'après le livre du curé L. Janssens, sur ce monastère, Mabilia en aurait 
été la sixième abbesse et serait morte, en 1339, par suite d'un accident de 
voiture. 



DU PAYS DE MALINES 



127 



Itegem, et divers autres droits. L'acte relatif à cette ces- 
sion fut approuvé par le père du donateur, le chevalier 
Jean Berthout, dit de Berlaer, et le frère de celui-ci, 
Louis Berthout, seigneur de Keerbergen, etc., qui, au 
témoignage de Jean van Heelu, avait été créé chevalier, 
par le duc Jean L'', le jour de la bataille de Woeringen. 
Ce document étant inédit, nous en donnons ici une 
copie : 

Nos. Joauiics Beriliaut, piimogenitus domini Joannis Berthaiit, militis, dicti 
de Berlaer, notum facimus universis présentes litteras inspecturis, quod 
nos, de consensu nostro, dedimus et damus ac remittimus abbatisse et 
conventui ordinis CN'sterciensis Vallis rosarum omne ius et onine dominium, 
quod habebamus et habere poteramus, in omnibus bonis que dicta abba- 
tissa a nobis tenet et possidet hereditarie a nobis in villa et in parochia de 
Yctenghecm, ubicunque consistunt et in quo loco sita sunt et quo nomine 
censeantur, videlicet in terris, pascuis, silvis, pratis, piscariis omnibus, 
sicut dicta abbatissa hucusque a nobis hereditarie tenuit, possidet et posse- 
dit. Damus etiam dicte abbatisse et conventui potestatem plenariam cum 
mansionariis suis heredandi, exheredandi (]uandocunque et quotienscunque 
sibi visum fuerit expedire et omnia iura ex hiis provenientia levandi et 
recipiendi et omnia faciendi, (jue nos facere solebamus vel facere potera- 
mus, de iure et consuetudine approbata; promisimus, promittimus et re- 
co.'^noscimus ([uod de bonis dicte abbatisse et conventus nichil amplius 
jietere ] ossumus, nec de suis mansionariis, qui sunt et qui erunt pro tem- 
pore, de bonis que tenent a dicta abbatissa et conventu, nisi censum 
nostrum annualem solummodo et nostras iusticias altas, nec petere possu- 
mus nec requirere de dictis bonis omnibus, mansionariis, factis et faciendis, 
de bonis antedictis, tallias, coorweidas, exactiones ali(iuas quas petere 
solebamus vel recipere de consuetudine in omnibus et singulis hucusque 
habitis et possessis; promittentes dictam abbatissam et conventum in dictis 
bonis omnibus tenere pacifice et quiète et ab omnibus iniuriis tueri et 
contra quoscunque defendere ac warandire. Et ad hec omnia et singula 
suprascripta facienda, nos nostrosque successores firmiter obligamus. Si 
vero, quod absit, nos vel nostri successores contra predicta aliquid attemp- 
taremus vel facere vellemus, de omnibus conventionibus antedictis, in 
toto vel in parte aliqua, rogamus dominum nostrum superiorem, (juicunque 
protempore fuerit, quod nos compellat, constrini^at, i)er nos et bona nostra, 
ad satisfactionem et ad observationem omnium jiremissorum, ita quod 
dicta abbatissa et conventus, mansionarii(]ue sui de dictis bonis gaudere 
poterint, pacifice et quiète. Renunciamus etiam omnibus cavillationibus, 
omni iure canonico et civili, omnibus exceiitionibus doli, mali, barris et 
bodie, ac illo iuri cjuo cavctur, (juod generalis renuntiatio non polest valere 
alicui nec débet, ac omnibus aliis exceptionibus et singulis que nobis pos- 
sent prodesse ad infringendum predicta omnia, in toto vel in parte, et dictis 
abbatisse et conventui ac suis mansionariis possent obesse; renunciamus 
quoque omnibus indulgentiis, datis et dandis, ac privilegiis crucis sumpte vel 
sumende, ac nos nobismetipsis perpetuum silentium interponimus. Et ut 



128 



LES SEGNEURIES 



omnia supiascripta et supradicta in présent! littera robur oblineant firnii- 
tatis et a nobis et a nostris successoribus inviolabiliter observentur, pie- 
sentes litteras munimine sigilli nostri conoboravimus et piopter maiorem 
stabilitatem et secuiitatem rogamus predilectiun dominum et patrem nostrum, 
doviinum Johannem Boilunif predictum, iiosfnnii dikctum patnttim, dominum 
Ludovicum Berthaut. iit. in consensum et assensum omnium premissorum, 
sigilla sua hiis presenlibus una cum nostro sigillo apponant. Et nos, 
Joannes Berthaut, miles, et nos, Ludovicus Berthaut, ad preces et requestam 
ipsius Johauuis, filii nostri et nepotis. quia omnibus hiis interfuimus et re- 
cognoscimus rite et rationabiliter esse facta, consensum nostrum pariter 
et assensum hiis omnibus pactis adhibemus et promittimus, (piantum in 
nobis est, vel esse poterit, inviolabihter observare, et nos sigilla nostra 
una cum sigillo dicti Johannis hiis presentibus in testimonium omnium pre- 
missorum et munimen fecimus apponi. Datiun anno domini M" CC* nona- 
gesimo septimo, sabbato post Trinitatem (i). 

Jean II Berthout reçut la terre de Keerbergen, proba- 
blement à la mort de son oncle Louis. Nous n'avons, toute- 
fois, pas la preuve que celui-ci ait survécu à son frère Jean 
P''. Le duc Jean III lui transporta le château et la sei- 





FIC. 3 (2) 



(i) Original sur parchemin, dans le carton I, du fonds de l'abbaye do 
Roosendael; les sceaux sont tombés (Archives générales du roj-aume). 
(2) Les Héverlé portaient : d'or au sautoir de gueules ; cimier : une tête 



ÎDU PAYS DÉ MALINES 12^ 



gneurie de Helmond, avec ses dépendances, ainsi que 
des rentes et des cens, dans cette ville et dans plusieurs 
localités voisines, en échange de certains revenus à Lierre 
et dans ses environs. 

Sa femme, Marguerite, dame d'Héverlé, possesion à 
laquelle était rattachée la charge héréditaire de cham- 
bellan du duché de Brabant, rendit Jean Berthout père 
de deux filles. Il mourut avant i338, ou, peut-être, en 
cette année. 

Son frère, Louis, lui succéda dans les terres de Hel- 
mond, de Keerbergen et de ter Hameiden. 

Itegem est cité parmi les villages appartenant au pays 
de Malines, dans le contrat de mariage, daté de Rure- 
monde, des sonnendagcs na dcriienden dagh, i3io, de Sophie 
Berthout, fille unique de Florent Berthout, seigneur de 
Malines, avec Renaud II, comte, et, depuis le 19 octobre 
i33g, duc de Gueldre. 

Cette dame, étant venue à mourir avant son père, Ma- 



et col de chèvre d'argent, languée de gueules, barbée et accornée d'or, 
issant d'une sorte de tube évasé; lamhxe'\\\m's. d'heiiniiie. La fig. 2 représente 
le sceau, appendu à une charte de i385, de Jean, s'' d'Héverlé, chambellan 
héréditaire de Brabant (de 'Rwn'x, Sceaux armoviés des Pays-Bas, maniiscr.). Au 
dire du continuateur des Trophées, de Butkens (1724), et d'A. Wauters, La 
Belg. anc. et mod., ad voccin Opîinter, Jean fut tué, en i386, à Grave. Son frère 
Henri lui succéda. La fig. 3 donne, en fac-similé, son blason, d'après l'Ar- 
moriai de son contemporain, le rbi d'armes Gelre. Il est à remarquer que 
le sautoir y est chargé d'un écusson : d'argent à trois pals de gueules, qui 
est Berthout de Berlaer, mais qui n'a pas été rendu sur notre cliché. Celui- 
ci nous a été prêté, avec sept autres, par M. Victor Boutox, à Paris, l'édi- 
teur et commentateur bien connu du précieux manuscrit de Gelre. Ils 
devront servir à une nouv^elle édition de cet Armoriai, et l'auteur a eu 
l'extrême obligeance de nous en donner la primeur, ce dont nous le remer- 
cions ici bien vivement. Dans ses publications, M. Boutox colorie, à la 
main, les armes des personnages de Gelre et y complète certains détails 
omis sur les clichés. C'est ce qui explique l'absence, sur la fig. 3, de l'écusson 
des Berthout. 

Quoique scellant des armes d'Héverlé, Jean et Henri n'étaient pas de 
véritables Héverlé. Ils étaient fils de Walter de Ponte, ou van der Bruggen, 
et de Marie de Berlaer qui, elle, avait pour parents Jean Berthout de Ber- 
laer, s"" de Neckerspoel, et Marguerite, dame héritière d'Héverlé (voir 
notre monographie de Keerbergen). 

Chose curieuse! sur le sceau de Jean, s"" de Héverlé (fig. 2), le cimier est 
accosté de deux îl> dont la signification nous échappe. 

9 



l3o LES SEIGNEURIES 



lines, avec le pays de Malines, passa à sa fille aînée, Mar- 
guerite, qui, enfant, fut fiancée, en i333, à Gérard, fils de 
Guillaume V, comte de Juliers. Ce mariage resta à l'état 
de projet et, vers 1344, la princesse prit le voile. Le pays 
de Malines, dont la ville de Malines ne faisait, toutefois, 
plus paitie depuis i333, échut à sa sœur, Mathilde, qui 
épousa, successivement, Godefroid de Heinsberg, sei- 
gneur de Miilen et de Maeseyck, puis Jean, comte de 
Clèves (f en i368) et, enfin, Jean de Châtillon, qui de- 
vint, depuis, comte de Blois (i). 

Quant à Itegem, depuis la charte de 1297, nous ne 
trouvons plus de documents qui nous renseigne sur ses 
propriétaires. Jean II Berthout aliéna-t-il cette seigneurie, 
ou la transmit-il à son, ou à ses héritiers? Nous l'ignorons. 
Toujours est-il qu'un retrait du fief fut fait par le suzerain, 
car Mathilde de Gueldre en était la propriétaire dans la 
seconde moitié du XIY" siècle. 



Vers cette époque, Jean, seigneur de Bouchout, possé- 
dait dans le pays de Malines de grandes propriétés. Par 
son alliance avec Jeanne de Hellebeke, dame de Loen- 
hout et d'Ophem, il avait augmenté considérablement 
ses biens. Enfin, en i362, il acquit de Jean, seigneur de 
Pietershem, la châtellenie ou vicomte de Bruxelles. 

Jean de Bouchout était, alors, un des plus puissants 
seigneurs du Brabant. Il avait pour parents Egide, sei- 
gneur de Bouchout, et Béatrice Berthout, dite de Berlaer 
(2), et pour grand-père paternel Daniel de Crainhem, 
seigneur de Bouchout, drossard du Brabant. Il mourut le 
3 juillet 1391. Son corps fut inhumé à Grimberghe. 

Sa sœur, Marguerite, épousa Guillaume de Duven- 
voorde, chevalier, fils naturel de Guillaume, seigneur 
d'Oesterhout, Bautersem, etc., fondateur du couvent des 
Riches-Claires, à Bruxelles. 



(i) Comp. notre notice sur Pittfe, Schricck et Grooiho et leurs seigneurs, notam- 
ment les Addenda et Corrigeiida ajoutés à ce travail. 
(2) Voir J.-Th. de Raadt, Keerbergen et ses seigneurs. 



DU PAYS DE MALINES 



l3l 




FÎG. 4 (l). 




riG. 5. 



Par acte passé à Malines, en i345, Willelmiis de Dii- 
venvoirde, junior, dominiis de Donghene, miles, dota ce 
monastère des cens et autres revenus (redihis et censiis) 
qu'il possédait à Wavre-Notre-Dame, Putte, Beersel-op- 
den-Bosch y I et eghem, Rijmenam et Zellaer et dont il s'était 
rendu acquéreur envers Jean de Bouchout, seigneur de 
Loenhout (2). 

Il avait été légitimé, le 11 août 1329, par l'empereur 
Louis de Bavière (3). Par lettres patentes, données à 
Anvers, à la Saint-Pierre, en hiver, i33g, Guillaume, 
comte de Hainaut et de Hollande, en considération des 



(i) Les fig. 4 et 5 représentent le sceau, appendu à une charte de i385, 
par Jean, s'' de Bouchout, vicomte de Bruxelles (de Raadt, Sceaux armoriés 
des Pays-Bas; manuscr.), et le fac-similé de son blason, d'après l'Armoriai 
de son contemporain Gelre : d'argent à la croix de gueules; cimier : un 
homme de carnation, issant de flammes, au naturel, vêtu de l'écu, bran- 
dissant une baaderole, également de l'écu; lambrequins : d'argent. 

(2) MiRAEUs et FoppENS, Opéra diplomaiica, I, p. 45o. 

(3) Vax Mieris, Groot Charterboek der Graven van HoUand, II, p. 486. 



l32 



LES SEIGNEURIES 




FIG. 6 (l 



services rendus à son père et à lui, par Guillaume, sei- 
gneur d'Oesterhout, leur fidèle chambell^-n (onzcn trouwen 
caiiurliiic}, accorda que, dans le cas où son dévoué servi- 
teur viendrait à mourir sans laisser de postérité légitime, 
res fiefs, situés à Capelleii, à Nieuwekerk sur l'IJssel et à 
Dordrecht, passassent à son fils naturel précité, Guil- 
laume de Duvenvoorde (2). 

Guillaume de Duvenvoorde, le père, eut pour femme 
Hedvige, fille de Sweder, seigneur de Manen (3). En 



(i) La fig. G donne le fac-similé, d'aprèi GiiLRr;, des armes d'un Lncnis 
van DoL'chout, parent de Jean, s'' de Bouchout, précité. Il brisait les armes de 
sa maison, d'argent à la croix de gueules, d'un bâton, en barre, de sinople, 
brochant, chargé, en chef, d'un losange d'or; cimier : un chapeau de tour- 
noi d'argent, retroussé de gueules, orné d'un vol d'argent et sommé d'un 
loup, en arrêt, de sable, lampassé de gueules; lambreciuins d'argent. Nous 
n'avons pu établir la parenté de ce personnage avec le seigneur de Bouc- 
hout. 

(2) Va.\ Mikris, op. cit., II, p. 6i5. 

(3) Pour plus de détails, voir Bl riaîxs, Troph-c's du Bvahaid. éd. 172^, II, 
pp. 82 et 268, et A. W.\uTiiRS, Histoire des environs ~de Bruxcles, ad vocem 
Bouchout, II, pp. 383, et suiv. On peut trouver des renseignements sur les 



DU PAYS DE MALIN ES l33 



i336, il se servit d'un sceau rond (de 3o '"m cle diam.), 
portant, dans un encadrement en losange, un écu penché, 
à trois croissants, au filet en bande, brochant, le dit écu 
timbré d'un heaume cime (!) et supporté par deux griffons; 
légende : S. Milelmi : &c : 2)mienvocrt)e : ^ilit' (i). 

Il fut enterré à Bruxelles, dans le couvent fondé par 
lui, sous une pierre portant cette épitaphe : Hic jacct 
Wilhclmus de Duvenvoirdc, Dominus de Oosterhout, qui obiit 
anno D"' i3S3 in die B. Clarac qui crat 12 Augusti (2). 

Cette tombe fut démolie par les inconoclastes. 

Jean de Bouchout et sa s'j^uv Marguerite étant morts 
sans laisser d'enfants, Bouchout et la chàtellenie de 
Bruxelles passèrent à la descendance de leur oncle, Jean, 
seigneur d'Humbeek. 



Par acte du 10 mars i3So-t38i, Machtildis, Dei gratia 
Duassa Gclriac, Cum Hissa de Biais et Zutphen, Domina terrac 
Mechliniensis, fait connaitre avoir vendu à Charles d'/m- 
mersele, seigneur de Hameide (3), et à sa femme, Margue- 
rite de Meldert, villani nostram de leteghem, avec toutes 
ses appendances, et que l'acheteur lui avait prêté le 
serment de fidélité en présence des feudataires Jean d'Im- 
merseel, chevalier, fils de Godefroi, Rombaut Bauwe, 
Henri van Mechelen, etc. La duchesse de Gueldre ter- 
mine ce document en priant la duchesse de Brabant, sa 
cousine et suzeraine (cognatam nostram, a qua dictum 



Cvainhem, dans Waltman vax Spii.bi-icck, Hd Herci.thabch kloos/er O.-L.-V. 
Besloieiiliof. 

(i) G.Dkmav, Lis siwiitx (u' la FLiudrc. 

(2) Grand Théàirc Sacré, t. II. p. 2S4. 

(3) On trouve aussi Hcmcyde, icr Ilemcyden, ter Hamaide. Ramay. etc. Le 
nom actuel est Ramayen. En i:o3, cette terre appartenait à Jean II Bert- 
hout, dit de Berlaer, seigneur de Neckerspoel, etc. En 1329, le duc Jean III 
de Brabant la vendit, avec la seigneurie de Keerbergcn, à Louis de Berlaer, 
seigneur de Helmond, frère de Jean II précité. Il appert de l'acte de trans- 
port que Hameide avait été confis(]uc à Waleran de Dittersbske, pour cause 
de félonie. Le j i nov. 1343, Thierry de Berlaer (fils de Louis et de Jeanne 
de Bentheim; figure dans un acte comme seigneur de Hameide (voyez 
J.-Th. DE R.\.\DT, Kcerbcvgcn et ses seigneurs). 



l34 LES SEIGNEURIES 



pagum de Ictegcm et terrain nostram Mechliniensem in feudum 
tenemus), de bien vouloir ratifier cette aliénation (i). 

Charles d'Immerseel, à qui Mathilde devait de fortes 
sommes, fut mis en possession du pays de Malines, par 
une sentence des échevins de Bruxelles, du 12 juillet de 
la même année, mais il ne conserva que peu de temps 
cette belle propriété, car, déjà le 16 octobre suivant, il la 
vendit à Jean van den Calsteren. 

La duchesse Mathilde, étant passée de vie à trépas en 
i382, sa succession échut à sa nièce Jeanne de Juliers, 
fille du duc Guillaume et de Marie de Gueldre, et femme 
de Jean, seigneur d'Arkel, qui, à titre de mari et d'acqué- 
reur, releva le pays de Malines en 1384. Le 2 décembre de 
la même année, Jean van den Calsteren renonça, en sa 
faveur, à tous ses droits sur cette terre. De son côté, 
Arkel s'engagea à rendre indemnes Immerseel, Rombaut 
Baen, Othon van der Poerten et van den Calsteren lui- 
même (2). 

Le castel de ter Hameyden avait constitué un bien allo- 
dial, jusqu'en i38o. Par acte du 3o décembre de cette 
année, le duc Wenceslas et sa femme, Jeanne, font con- 
naître que le chevalier Charles ôUmmerssele leur a inféodé 
cet alleu (3), et déclarent avoir annexé à son nouveau 
fief (4) la haute seigneurie de Gestel (près de Berlaer), à 
l'exclusion de la partie ayant appartenu à feu dame 
Gertrude de Ghestele. 

A quelque temps de là, la duchesse de Brabant in- 
vestit Immerseel de la haute juridiction de tout le village 
de Gestel (5), en stipulant qu'elle formerait à l'avenir un 



(i) Cette charte est imprimée dans Miraeis, Notifia ecckaiarnm BeJgii, p. 686; 
Opéra diphmaiica, et dans J. le Roy, Notifia Mardi. S. R. /., p. 355. 

(2) Dans la notice sur la seigneurie du pays de Malines (voir la préface), 
nous comptons donner de plus amples détails sur les jjersonnes c^ue nous 
venons de mentionner et sur les faits que nous venons d'esquisser. En 
attendant, nous renvoj-ons le lecteur à l'introduction historique de l'Inven- 
taire des archives de la Cour féodale de Malines, par le savant archiviste général 
du royaume, M. Charles Piot. 

i^) ...datvoiren syn eyf;endom was... endedaer aff ans man van leen worden is. 

(4) ...in beternissen desselfs leens. 

(5) ...alsoo verre als dat voors. dorp van ons off anders yenianf in leen rtierende syn 
mogke, om de voors. heerlicheyt ende gerichte iniffen hicyse ter Hameyde in eeuen gansen 
leen te houden. 



DU PAYS DE MALINES l35 



plein fief avec le château de ter Hameyden. La princesse 
énonce, comme motifs de cette nouvelle grâce, les services 
qui lui ont été rendus et à rendre encore par son fidèle 
conseiller, sire Charles, et l'inféodation dudit franc-alleu. 
La charte est datée de Bruxelles, 5 décembre 1384 (i). 

Immerseel semble avoir cédé la moitié de la justice 
d'Itegem à Henri d'Oyenbrugge, seigneur de Coolhem 
et d'Orsmaeî, qui se qualifiait également de seigneur 
d'Itegem. Celui-ci eut pour femme, dit-on, Marguerite 
van der Elst, fille du chevalier Gérard et d'Elisabeth 
van.den Wijngaerde. Il était, lui-même, fils du chevalier 
Baudouin d'Oyenbrugge, seigneur de Coolhem, et de 
Béatrice de Rotselaer. Sa mort arriva en 1392 (2). 

Cette division de la juridiction d'Itegem en deux par- 
ties fut cause que, depuis, — même quand les deux parties 
furent réunies sous un seul seigneur, — cette seigneurie 
constitua toujours deux fiefs. 

Charles d'Immerseel scellait des armes de la maison de 
Lierre, dont il descendait : d'argent à trois fieurs de lis, 
au pied coupé, de sable (voir PL II, fig. I). 

Avec son frère, Godefroid, il commanda les troupes 
lierroises qui combattirent à Bastweiler, sous le duc 
Wenceslas (22 août 1371) (3). Le 12 janvier i385-6, il 
apposa son sceau à la charte dite hct vcrbond van Brabant 
(4). Trois ans après, Charcl de Ymerselle, seigneur de Le 
Ilameyde, fut témoin, à Bruxelles, à l'acte par lequel la 
duchesse Jeanne reconnaît devoir à incssire (Henri) Sceif- 
fard de Merode, seigneur de Heyniersbach (Hemmersbach), 



(i) On peut lire ces deux documents dans Jacquks le Roy, Notifia Marchio- 
nains S. R. /.. p. afo, voir aussi Cour féodale de Brahant, re^. n" 25, f" 169. 

(2) Voir Aus^- Vax dhn Hymu-:, Tableau chronoloi;iquc des ècoufêtes, etc., de 
M a Hues. 

Henricns de Oyuhi'ugi^'e et Arnoïdus, fraier eius, figurent comme témoins dans 
la charte du 24 mars 1418 (n. st.), par la^iuelle l'abbé Hascelon de Grim- 
berghe et Gérard (Berthout), seigneur de ce lieu, font un échange de biens. 
Ce document est très intéressant pour l'histoire des Berthout : il établit que 
leur curia, à Grimberghe, s'étendait ab atrio Grimbergensi usqne ad rivum qui 
dictur Strombehe, c.-à-d. à l'endroit où se trouve le centre du village, entre 
l'église et son cimetière et le ruisseau {Anakctes de diplomatique, par A. Wau- 
TERS, p. 45). 

(3) Comp. Ant. Bergman'n, Geschiedems der stad Liev. 

(4) Simon Van Leeuwen, Batavia IllustrTta, p. 1088 • 



l36 LES SEIGNEURIES 



et à dame Marguerite de Mérode, dame de Groiisselt (lisez 
Gronsfeld), sa sœur (veuve de Jean II de Gronsfeld, 
assassiné à Aix-la-Chapelle, le 25 août i386), i57i3 florins 
du Rhin, que ceux-ci avaient avancés à la souveraine pour 
sa dernière guerre contre les ducs de Juliers et de Gueldre 
(19 décembre i388) (i). 

Par achat, Immerseel devint margrave d'Anvers. De 
sa femme précitée, qui était une fille de Jean de Meldert, 
il ne semble pas avoir laissé de progéniture. Le 23 
juillet 1396, il fonda, à Lierre, en l'église St-Gommaire, 
la chapellenie, dite Capcllania S. Crucis de Immersele, dont 
il réserva la collation à sa famille. Sa femme en institua, 
le même jour, une autre, dénommée Capcllania cantuariac 
B. Mariae Virginis de Coolhem, dont la collation appar- 
tenait, dès le commencement du X\'P siècle, à la famille 
de Mérode (2). 

Charles mourut peu de temps après cette fondation, 
car le i3 octobre 1396, la duchesse de Brabant donna à 
sa sœur, la duchesse Marie de Gueldre, l'usufruit de la 
garenne de Moll, die ivilen her Karle van Ymersele, doen hy 
leefde, te houden plach (3). 

Il était fils de Jean de Lierre, dit d'Immerseel, seigneur 
de ce lieu (4), de Wommelgem, propriétaire d'un manoir 
à Lierre (praetorium vulgo dictum 7 hof van Liere) (5) et du 



(i) Œuvres de Froissari, publiées far le Baron Ker\ yn de Lettenhoxe, 
XIII, 347. 

(2) Pour plus de détails, voyez. Ern. Mast, GeschiedkiiucUii liersch dai^herichi, 
196-197. 

(3) BrabaiifscJie Yeesten, édition Willems, codex diplomaticiis. II. 

(4) Le manoir d'Immerseel, ou ^('thofvau Ymmcrsele». luetfen vynhove, d'une 
étendue d'environ Sg bonniers, formait un seul fief avec le village de 
Wommel<;em (Woevielgeni, etc.), situé entre les villages de Deurne, Ranst, 
A'remde et Borsbeek (B., reg. n" 25, f° 243). Wommelgem, vêtus et praeclarum 
dominium, fut donné en fief, en janvier 1287-1288, par le duc Jean \", dit le 
Victorieux, au chevalier ]es.nde Lyra, fils d'Eniould (Butk., Troph., Preuves. 
IV, 109; O. D., II, 775; March., 478). In hoc dominio situm est castellum Immer- 
sele (fiwd saeculo superiori vasiatum fuit, hodieque in ruinis jacet, dit J. le Rov 
(March., 2o5). Voyez une reproduction de ces ruines dans l'ouvrage du 
même auteur, intitulé : Casiella et practoria nohilimn Brahantiae. 

(5) Ce manoir, appelé indifféremment 7 hof van Lier ou 't hof van Immerseel, 
était situé dans la ville de Lierre, en face de l'église, entre la chapelle 
de Saint-Pierre et la Xèthe, et touchait aux fortifications. Il y était attaché 



DU PAYS DE MALIN ES 



i37 



château de Meysse (i), près de Bruxelles, et de Catherine 
;■ de Leefdael, dame de ter Elst, à Duffel. 

Ce Jehan d'Immcrzeelc figure, le 3 décembre i339. 




I-IG. 7. 




FIG. 8 (2j. 



quatre dîmes : te a'cfciie de ,::roflte thieitde. die AUiersche (ou Oud-Lievsche), die 
Schobhaertsche eiide de Lachenssche thienden te Lyre, metter lieerlicheyt van den swaen- 
derien ende mansschapen mitteit chynsen van BoucJiout ende Lyre (March., p. 499). 

(i) Voyez une monoo;raphie succincte de ce château dans Alpii.Waittkrs, 
Histoire des environs de Bruxelles. 

(2) La fig. 7 donne le fac-similé du sceau, appendu à des chartes de i326 
et i33i, de Rogerus de Levedale, castellamts hruxellensis, chevalier (de Raadt, 
Sceaux armoriés des Pays-Bas, manuscr.), et la fig. 8, une reproduction exacte 
des armes du seigneur de Leefdael. probablement le même Roger, d'après 
l'Armoriai du roi d'armes Gelre. Ces armes sont : d'or à trois roses de 
gueules, boutonnées d'azur; au franc-quartier de gueules, chargé d'une aigle 
d'argent, becquée et membrée d'azur; cimier : deux demi-pattes de cheval, 
d'argent, aux sabots de sable, ferrés d'argent; lambrequins : de sable. 

On l'aura remarqué, dans les blasons des seigneurs de Malines (fig. i) 
et d'Héverlé (fig. 3), les lambrequins sont d'un émail absolument étranger 
aux émaux de l'écu et du cimier. Dans les armoiries du seigneur de Leefdael, 
ils sont d'un émail qui est celui d'une infime partie du cimier. 

Pareilles constatations pourraient se faire pour bien d'autres blasons du 
moyen âge. Elles prouvent que les héraldistes modernes ont tort d'exiger 
l'observation rigoureuse des émaux de l'écu pour les lambrequins. 



l38 LES SEIGNEURIES 



comme témoin, au traité du duc Henri de Brabant avec 
le comte de Flandre (i). Il assista, en i345, avec Gérard 
de Duffel, seigneur de Rethy, à la donation de Guillaume 
de Duvenvoorde en faveur des Riches-Claires, à Bruxelles 
(voyez ci-dessus). 

Pendant les luttes sanglantes entre le Brabant et la 
Flandre qui marquèrent le milieu du XIV^ siècle, Louis 
de Maie réussit à se faire rendre hommage par un certain 
nombre de gentilshommes brabançons. Jean d'Immerseel 
fut parmi eux; mais bientôt il s'en repentit et écrivit 
au comte la lettre hautaine que voici, datée Vricndaghs 
na octave van dertien daghe i3S6 : Hccrc van Vlacndercn, Want 
ic Jhan va m Imcrseile van u ontvaen hebbe een leen, min en 
gocden anc riiercnde, so zend ic u dat zclve Icen over in aile der 
voughen dat ic van u ontfinc, en meyne endc beghecre dacrmede 
jeghcn n bewaert te sine (2). 

Nous lui connaissons cinq enfants, savoir, outre Charles, 
dont il a été question plus haut et qui semble avoir été 
l'ainé : 

I" Godefroid, dont nous allons nous occuper au cha- 
pitre suivant ; 

2" Jean, chevalier, seigneur de Meysse. Lorsque, par 
des lettres, données à Bruges, le 27 août i356, le comte 
de Flandre enjoignit aux vassaux du duché de Brabant de 
lui prêter le serment de fidélité, Jean figura sur la liste 
de ceux-ci, ainsi que son père : Hcer Jan van Ymmersele, 
Heer Jan, syn sone (3). Il revendiqua de Jean van den 
Voorde le fief d'Ixelles que celui-ci avait acheté, comme 
on le verra plus loin, de son frère Godefroid d'Immerseel, 
et le vendit ensuite, en i37g, à Marguerite, fille de Gilles 
's Drivers, de Leefdael (4). Il était marié, d'après les 
Trophées, à Elisabeth, dame d'Ouden, fille du chevalier 
Jean, et semble avoir laissé un bâtard, Henri, qui eut pour 
femme Yseux, fille naturelle de Constant de Berchem (5). 



d) Froissaut, édition Kervyn, t. X\'III, p. iu5. 

(2) Brabanlsche Yeesteu, t. II, p. 5io. 

(3) Ibidem, t. II. 

v'4) E. B., t. III, p. 295. 

(5) Les Berchem possédèrent, au XI V<^ siècle, un manoir à Wommelf^em. 
Voyez, dans les Analedes pour seyvir à l'histoiye ecclésiastique, de la Belgique (XIV, 
445), un article Intitulé : Documents relatifs à la paroisse de Wommelgkem. 



r 



DU PAYS DE MALINES l3g 



Le 20 janvier 1 384-5, Heinryc van Inimersele naturlic sone 
hcrcn Jans van Immcrsele, ridders, wilen was ende jojfroiiwe 
Isande van Berchghem, Costyns dochter van Bcrcghem naturlec 
dochter was, des Heinrycs wittich wyf, reconnurent être rem- 
boursés par l'abbaye de Roosendael, à Waelhem, de 400 
montons que celle-ci devait au défunt Constant de Ber- 
chem. Cette quittance fut passée devant Jean Putot et 
Baudouin Raet, échevins de Lierre (i). 

a^Walter; 

4"^ Aleyde, femme de Gisbert de Doerne, dit de Sompeke, 
d'après un manoir situé à Lippeloo, sous la seigneurie de 
Wommelgem (2). 



Godefroid d'Immerseel, chevalier, seigneur de ce lieu, 
de Wommelgem (3), de Ter-Elst, acquit un manoir avec 
cinq bonniers de terre et une juridiction, entre la Gcot- 
strate et le chemin dit Gruythoff, à Ixelles, et, de concert 
avec sa femme, Marie de Crainhem, le donna en location 
à Jean van den Voorde, de Bodeghem (5 juillet i353), 
qui, plus tard, en devint le feudataire (4). De la duchesse 
Jeanne, qui le qualifie onscn getroiiwen man Godevaert van 
Yniersele, il obtint des lettres, données à Bruxelles, le 25 
mars i357, l'autorisant à vendre à l'abbé de Tongerloo 
le bien de Ter-Elst, à Duffel, daer die voerseyde abt syn 
man af is (5). 

Il fut fait prisonnier à la bataille de Bastweiler, en 
1371 (6). L'année suivante, il scella, à Cortenberg, avec 
ses frères, Jean et Charles, une charte du duc Wences- 
las (7). 

Il eut trois femmes : a) Marie de Crainhem, fille de 
Léon, seigneur de Wemmel, Grobbendonck, Ouden, 



(i) R., carton I. 

(2) Le Rov, Notitia Mavchkniatns S. R. J., p. 207. 

(3) B., reg. n° 25, f» 43. 

(4) E. B., t. III, p. 295. 

(5) Brabantschc Yecsten, t. II, p. SSg. 

(6) BuTKEXs, Trophées, édition 1724. 

(7) MiRAEUs, Noi. Eccl. Belg., p. 682. 



140 



LES SEIGNEURIES 



mort en France, où il séjournait comme ambassadeur du 
duc Jean III (vers i33g),et petite-fille d'Arnould, seigneur 
de Crainhem, Grobbendonck, etc., tué, en i3o2, à la 
bataille de Courtrai (1); b) Béatrice de Duffel, fille de 
Gérard Berthout, dit de Duffel, seigneur de Rethy (2), 
et c) Amelberge Wijts. 

De ces trois alliances, nous connaissons treize enfants : 

De la première : 

I. Jean, chevalier, seigneur d'Immersecl, Wommcl- 
gem (3), ter Hameyden (4), Couwenstcyn, sous Lillo, 
propriétaire du manoir de Lierre (5), margrave du pays 
de Rijen (6), gouverneur du Limbourg. Il assista à l'in- 
vestiture de son oncle Charles de la seigneurie d'Ilegem 
et fut nommé écoutète de INIalincs, par lettres de Philippe 
le Hardi, données à Arras, le 5 juillet 139g (7). Il prêta 
serment le 14 du mois suivant. îvCs comptes de la ville 
de Malines renseignent, à la date du 18 août, une dépense 
de huit florins, pour le vin offert à lier c Jane van Ynicrsiic, 
onse niiK'c schouth (8). 

Immerseel vendit Couwenstcyn à Gisbert de Coninck. 
Le 21 juillet 1402, il scella la charte par laquelle la du- 
chesse Jeanne exemptait les habitants de Diest de ton- 
lieux (g). 

Jehan, seigneur d'Immerselle, chevalier, avait prêté à la 
duchesse Jeanne 335g fraîics, et la princesse lui avait pro- 
mis de le laisser en ses fonctions de margrave du pays 



(i) Comp. E. B., t. III, p. 234. 

(2) On ])eut trouv^er des renseignements snr relie branche des Berthout 
dans notre travail sur les seigneuries de Duffel et de Gheel. D'après les 
Trophées (II, 143), Béatrice aurait été une fille de Rasse de Duffel, seigneur 
en Putte, et d'Elisabeth van den Broecke. 

(3) B., reg. n" 25, f" 43; il y est nommé Jicci' Jan van Yniiiierssde. zocn -u\vlcn 
hcren Godevaeiis, heren Jansz. 

(4) Ibidem, f" 169. 

(5) Le Roy, op. cit., p. 499. 

(6) Le chevalier Jean d'immerseel fut margrave de Rijen, du 7 mai i387 
jusqu'au 11 janvier i3g5-g6, du 11 juin ijgy à i3g9 et de 1403 à 1405. Les reg. 
C. 12900 et 12974 renferment les cornistes (ju'il rendit en cette qualité. 

(7) Cette pièce se trouve aux Archives de la ville de Malines. 

(8) A. VAN DEN Eynde, Tablsau chroi!oloL;iqiic cks ûoidJîes de Malines. 

(9) Brabantsche Yeesten, t. II. 



r>U PAYS DE MALINES 14! 



de Rijen, jusqu'au remboursement complet des sommes. 
Depuis, il fit à sa souveraine une nouvelle avance de 
I igi francs et reçut, de ce chef, une rente de huit setiers de 
blé qui fut hypothéquée sur les moulins de Lierre. Pour 
l'indemniser de ses versements, Antoine de Bourgogne, 
duc de Limbourg et gouverneur de Brabant, nomma 
Jehan châtelain perpétuel du château et de la forteresse 
de Turnhout, avec une pension annuelle de 25o francs 
sur les revenus de Turnhout ou d'Herenthals. Il lui ac- 
corda, en outre, cent cinquante lapins, par an, le chauf- 
fage gratuit et les corvées nécessaires pour la fourniture 
du bois à brûler. Immerseel était obligé de tenir à ses 
frais, au château, deux concierges et un jardinier, d'en- 
tretenir en bon état les h/rys et fcncstragcs et de livrer du 
foin au duc de Limbourg, pendant ses séjours dans cette 
résidence, où le prince s'était réservé le droit de mettre 
une garnison. Par acte du 8 janvier 1404-5, Imimerseel 
confirma cette convention et renonça au margraviat de 
Rijen. Ce document nous apprend que le châtelain pré- 
cédent avait été Henri de Ranst,et qu'après la mort d'Im- 
merseel, sa femme, Aleyde, devait jouir d'une rente via- 
gèie de 100 francs par an (i). 

Nous rencontrons Jean d'Immerseel, en qualité de 
témoin, dans une charte du 11 mars de la même année, 
par laquelle la duchesse Jeanne autorise Jean, seigneur 
de Rotselaer, â charger ses biens de plusieurs rentes au 
profit de quelques couvents, h cette occasion, il prend le 
titre de maitre d'hôtel de la souveraine (2). Le 20 juillet 
1406, il fut nommé maïeur de Tirlemont (3). Les Archives 
générales du royaume possèdent les comptes, rendus par 
lui, en cette qualité, du 9 septembre de cette année jus- 
qu'au 7 mars 1408-g. 

Quelques habitants de Bruxelles ayant, en 1405, pro- 
voqué une émeute à Lierre, une guerre entre les deux 
villes semblait inévitable. A cette nouvelle, Jean accourut 
à Lierre et déclara aux bourgeois sa volonté de combattre 
et de mourir avec eux. De part et d'autre, on se prépara 



(i) C, reo-. n^^ i3i. f" 9 v". 

(2) A. et D., n" 6415. Cette charte est donnée à Bruxelles. 

(3) C, registre aux commissions. 



142 I-ES SEIGNEURIES 



pour la lutte. Les Lierrois firent des achats considérables 
d'armes et de munitions. Mais on réussit à réconcilier 
les adversaires avant l'ouverture des hostilités (i). 

Messire Jean d'Ymmersele assista aux cérémonies fu- 
nèbres qui eurent lieu après la mort du duc Antoine de 
Brabant, tué, le 25 octobre 1415, à la bataille d'Azincourt. 
Le corps de ce prince arriva à Bruxelles le 2 du mois 
suivant et fut inhumé le lendemain à Tervueren (2). 

A en croire les Trophées, Jean se maria deux fois; sa 
première femme fut Aleyde de Cock, veuve de Gérard de 
Cuyck; la seconde Marie de Muysen. 

Du premier lit, il eut une fille : 

Catherine, dame d'Immerseel et de Wommelgem, qui 
épousa Wynand de Rode, seigneur de Wynandsrode (3), 
au pays de Fauquemont (4). 

IL Arnould d'Immerseel devint chevalier, seigneur 
d'Immerseel et de Wommelgem, par achat de sa nièce 
Catherine précitée (5). Il possédait aussi les manoirs 
de ter Hameyden et de Lierre (6). Il était à la tête des 
troupes lierroises, envoyées en 1397, par le duchesse 
Jeanne, pour défendre Bois-le-Duc contre le duc Guil- 
laume de Gueldre (7). Dans une charte de 1414, le che- 
valier Arnould de Crayenhc7n, seigneur de Grobbendonck, 
et sa femme Jeanne de Stcvnvoirt, le nomment leur neveu 
(nepos) (8). La ville d'Anvers le compte parmi ses premiers 
magistrats. Il remplit les fonctions de bourgmestre du 
dehors, dans les années 1413 et 1419, et de bourgmestre 
du dedans, en 1417 (9). 



(1) Comp. Ant. Bergmanx, op. cit. 

(2) Itinéraire (l'A ntoine, duc de Brabant, du i"' mai 140^ au 25 octobre 141 5. Col- 
lection des voyages des souverains des Pays-Bas, publiée par MM. Gachard et 
Piot; Navorscher, 1888, pp. 14-16. 

(3) On peut consulter à son sujet Faune, Geschichte der coelnischen, jiiUclischen, 
etc., Gescitlechter. (La plus grande circonspection s'impose à l'égard de cet 
auteur). 

(4) B., reg. n« 25, f'^ 243. 
(5), B., reg. n" 25, f" 243. 

(6) Mardi., p. 499. 

(7) Ant. Bkkgmann, op. cit. 

(8) B. R., reg. n° 21757; Arnould de Crainhem scelle d'une croix et d'une 
merlette au premier canton. 

(9) Antw. Archicvenhlad, t. XI\', p. 196. 



DU PAYS DE MALINES I43 



Le i5 novembre 141 5, Arnoldiis, Doniinus de Immersele 
et Hamaiden, appendit son scel au traité intervenu entre 
le Brabant et le Limburg (i). Il mourut en 1434. 

Il eut deux femmes savoir : 

a) Elisabeth de Kets (marié en 1414?), qui reçut de son 
beau-frère, Jean d'Immerseel, la seigneurie de ter Ha- 
meyden, qu'elle céda, devant les échevins de Louvain, à 
son gendre Jean de Witthem (2); b) Catherine de Som- 
peke; de concert avec celle-ci, d'edele heere heer Anwult van 
Ymmerseele, crysman, heere van de heerlyckheydt van Wom- 
melgem, fonda, par des actes, donnés le 10 novembre 1431, 
respectivement à Anvers et au château de Wommelgem, 
une chapelienie dans l'église de cette seigneurie (3). 

Il eut un bâtard, nommé Arnould. En 1448, sonen 
daghe t'eingae^ide meerte, Aert van Ymmerzeele, natiierlic sone 
heren Aert 's van Ymmerzeele, ridders, comme usufruitier, et 
ses enfants légitimes, Jean et Catherine, et le mari de cette 
dernière, Jean van Blaersvelt, comme nu-propriétaires, 
transportèrent, devant l'écoutète d'Itegem, au couvent de 
Roosendael et aux villages d'Itegem et d'Herenthout, leur 
droit de faire moudre, en été, au moulin à eau tôt Hillen- 
briigge, à Ilegem (4). 

De ces deux mariages, nous connaissons à i\rnould 
d'Immerseel trois enfants, savoir : 

Du premier : 

I" Catherine, dame de ter Hameyden et propriétaire 
d'une rente hypothéquée sur le bien d'Hulingrode, à 
Wommelgem (5). Elle épousa Jean de Witthem, seigneur 



(i) MiRAF.rs, Not. Eccl. Be^ii, p. 688. 

(2) B., reg. n** 25, f" 169; Mardi., p. 25g. 

(3) Analccies pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. XIV, p. 47c. 

(4) R., carton II. 

(5) Hulingrode. Huliiicrode, Hyliucrode (ii83), Giilikenrode ; la maison de cam- 
pagne construite à la place de l'ancien château, appartenait en 1868, à la 
famille de T' Serclaes (Anal p. serv. à l'hist. eccl. XIV, 3S;). Le 22 mai 1576, 
damoiseau Charles d'Assa, iils du damoiseau Michel et de Reine Turchi, 
releva, par achat des damoiseaux Ferdinand et Adrien Dassa (sic!) le fief 
d'HuUingrode, d'une étendue de 23 bonniers (B., reg. n° 36i, f° 894). Le 
6 février 1677, damoiseau Nicolas Rockox, dit Heetvelde, fut investi, par 
suite de la mort de sa mère, Adrienne d' Heetvelde, du hof te Hulingrode 



144 L^^ SEIGNEURIIÎS 



de Bautersem, Butsele et autres lieux, ambassadeur 
du duc Philippe de Saint-Pol et qui convola en se- 
condes noces avec Catherine d'Ordinghen, dame d'Hul- 
denberg. Il était fils de Henri, seigneur de Bautersem 
et de Gestel, près d'Oesterhout, et de Marguerite de 
Meldert (i). De sa belle-mère, Elisabeth de Kets, il 
reçut le manoir de ter Hameyden, qu'à son tour il 
céda, le 7 décembre 1445, à son beau-frère Arnould 
d'Immerseel (2). 

Du second : 

2" Arnould, qui était déjà mort le 11 février i45o-5i. 
En 1447, il étudiait à Paris (3). Il devint seigneur d'Im- 
merseel, de Wommelgem et du château de Lierre, dont 
il fut investi, en 1434, étant encore en bas âge (4). Ainsi 
qu'on vient de le voir, il reçut ter Hameyden en 1445. Il 
possédait aussi le château de Me^^sse. 

En sa qualité de tuteur, Henri d'Immerseel présenta, 
le 2g mai 1440, à la Cour féodale de Brabant, la spécifi- 
cation des fiefs du jeune Arnould. Ces fiefs étaient : le 
village de Wommelgem, avec la métairie dite Tuyllickrodc, 
d'une étendue de vingt-quatre bonniers ; un tiers de la 
grande dime de Wommelgem et une cour censale, avec 
douze arrière-fiefs, entre autres la ferme de te Schoten, 
dont Jean de Lierre était, alors, le feudataire. Ils se 
trouvaient grevés de plusieurs rentes ; nous en relevons : 
une de deux livres de vieux gros, que messire Godefroid 
d'Immerseel, de l'aveu de son fils Jean, avait donnée à 
Arnould d'Immerseel: une redevance annuelle de huit 



(24 bonniers), y compris la part (lui avait appartenu, autrefois, à Barbe 
Rockox, veuve de damoiseau Ferdinand Dassa, le vieux, et à demoiseaux 
Ferdinand et Adrien Dassa, fils de celui-ci. Après avoir été divisé en 
plusieurs parties, le bien d'Hulingrode fut reconstitué en un seul fief, 
par un acte du collège des finances, du 12 mai 1623 (B., reg. n° 377, 
i" 424)- 

(i) Ct)mp. Ai.ru. Wat;ters, La Belgique ancienne et moderne, ad vocem 
Bautersem. 

(2) B., reg. n" 11, f° 258. Ltî Roy, op. cit., \\ 259. 

(3) E. B. 

U) B., reg. n" 25, f" 243, et Le Roy, op. cit., p. 499. 



ibU PAYS DE MALÎNES 146 



setiers de seigle que Daniel d'Immerseel avait, autrefois, 
éclissée de la dîme de Wommelgem ; une autre redevance 
annuelle de lo setiers de seigle et de 5 couronnes de 
France, dont François d'Immerseel avait doté son bâtard 
du même nom (i). 

3° Elisabeth, née à Lierre, en 1433. Par suite de la mort 
de son frère Arnould, elle releva, le 11 février 1450-1, 
Immerseel, Wommelgem, Meysse, ter Hameyden, la 
ferme de Schote-Bevert et le château de Lierre (2). Son 
cousin Henri fut son homme servant (besetmaii). Elle eut 
pour époux Godefroid Vilain (3), chevalier, seigneur de 
Borcht, Swijndrecht, Huysse, Sempe, etc., fils de Jean, 
chevalier, seigneur des mêmes lieux, et de Gudule Raes, 
dame de Pamele (fille de Godefroid, chancelier de Bra- 
bant, et de Mabilia Vijt, qui avait pour père Nicolas, 
chevalier, seigneur de Pamele). Le 17 mars 1466-7, Eli- 
sabeth et son mari transportèrent à Jean d'Immerseel (4), 
fils de Jean — qui était un bâtard du chevalier Arnould 
— le bien d'Hulingrode (5). 



(i) B., reg. n° 8, f" i55. 

(2) B., reg. n° 341, f" 67. 

(3) Le 8 avril 1461, Christophe \'ilain, seigneur à'Huiseu. Borcht et Swijn- 
drecht, Godefroid Vilain, seigneur de Wommelghem et àWmeyden, Jean de 
Montmorencj-, seigneur de Nevele, au nom de sa femme Gudule Vilain, et 
le chevalier Adrien de Cruninghen, vicomte de Zélande, au nom de ses 
enfants, procréés avec Marguerite \'ilain, tous héritiers de Messire Vilain et 
de Gudule Raes, fondèrent à Beveren, au pa^s de Waes, l'hôpital et le cou- 
vent de Saint-Guillaume (O. D., t. II, p. 2o3). 

(4) Après la mort de ce Jean d'I., son fils Hector releva Hulingrode 
(12 mai 1474), et celui-ci le céda, de concert avec Servais d'Immerseel, le 
19 octobre 1494, à Jean de Bailleul (van Belle) et à sa femme Christine 
d'Immerseel. Ceux-ci furent investis le 3o mai 1495 (B. 25 246; A. et D., 2529). 

(5) B., reg. n"" 343 et 25, f" 246. Les époux possédaient une Cour féodale, 
ou censale, s'étendant sous Beverle, Nijlen et Kessel, et ayant nom Beken- 
hoven; ils la donnaient à fief à Marguerite de Sompeke, femme de Roland 
Roeloffs (A. et D., n" 1548). En 1472, Elisabeth vendit au magistrat d'Anvers 
un moulin à eau, situé sur le Schijn, à peu de distance du château d'Im- 
merseel. La ville y fit construire une écluse, destinée à déverser dans le 
nouveau canal d'Anvers à Herenthals les eaux du Schijn, grossies de celles 
de deux ruisseaux, nommés de Breede Beek et de Wesekche Beck (Aug. Thijs, 
Historique des rues et des places publiques d'Anvers). Une Elisabeth d'Immerseel, 
vivant vers le milieu du XV'^ siècle, eut de Jean de Bourgogne, évêque 
de Cambrai, une fille naturelle, nommée aussi Elisabeth (B., n° 121, f° 276 

et suiv.). 

10 



146 LH^ SEIGNEURIES 



En 1475, Elisabeth et son époux donnèrent à l'église 
St-Gomraaire une verrière, peinte par Rombaut Kelder- 
mans et représentant St-Gommaire, St-Rombaut et leurs 
propres portraits. L'artiste reçut pour son œuvre 12 florins. 
Cette verrière fut restaurée, en i863, par Capronier (i). 

Godefroid Vilain mourut le 28 février 1482-83. Il fut 
enterré au béguinage, à Malines. 

En avril de l'année suivante, sa veuve fit don aux pau- 
vres de Lierre, pour le salut de l'àme de son frère x^rnould 
et de son (grand-)oncle, messire Charles d'Immerseel, de 
dîmes à Lierre et de son manoir dans cette ville; ces 
biens furent relevés, le 26 septembre, par Jean de Brecht, 
pour la mense du Saint-Esprit (2). 

Elle survécut à son époux jusqu'au i5 août i5io; elle 
mourut à un âge très avancé et fut inhumée à Malines, 
dans le couvent des Pauvres-Claires, fondé par elle et où 
elle avait pris le voile, en i5o6. 

Par testament, passé le 17 juillet 1481, devant le no- 
taire Pierre de Manso, elle avait fondé, avec son mari, 
en souvenir de Notre Seigneur agonisant au Jardin des 
Olives, l'Hospice des Olivctcn, dans cette ville, où l'on 
érigea des monuments avec des inscriptions à la mémoire 
des donateurs (3). 

La famille d'Immerseel avait vu avec déplaisir passer 
entre les mains de roturiers le château de Lierre qui 
avait été son apanage depuis des siècles. Aussi, après 
la mort d'Elisabeth, protesta-t-elle contre la donation 
qu'elle en avait faite. La sentence fut de nature à sa- 
tisfaire l'amour-propre des demandeurs. Elle ordonna 
la vente de la propriété et le remploi des fonds en rentes 
au profit des donataires. Ce fut Antoine de Lalaing, 
comte de Hoogstraeten, qui se rendit acquéreur du ma- 
noir (26 octobre iSig), et, depuis, celui-ci fut nommé 
7 Hof van Hoogstraeten. Les de Lalaing le conservèrent 
jusqu'au XVI IL siècle (4). 



(i) \'o3-ez Ant. Bkrgmaxx et, surtout, Erxi:st Mast, op. cit. 
{2) B., n" 125, f" 201 ; Mardi., p. 499. 

(3) Provincie, stad ende district van Mechekn, I. Comp. G. \\\N Castf-R, His- 
toire des rues de Malines, etc., p. 2o5. 

(4) Après la mort d'Antoine, Eléonore de Montmorency, comtesse-douai- 



t)U PAYS i)E MALIKÉS I47 



III. Elisabeth. Elle épousa le chevalier Walter de 
Sompeke. 

IV. Marie, aliis Marguerite. Elle devint la femme de 
Gérard de Coeckelberghe (1410), chevalier, écuyer du 
duc Antoine de Brabant, et «qui se dépouilla entièrement 
de ses biens pour le service de son maître auquel il était 
attaché avec tout le zèle possible ». Il reçut en fief, de ce 
prince, un droit de péage à Rumpst. Ses parents étaient 
Jean de Coeckelberghe, seigneur de Schreyberghe, sous 
Leefdael, et Catherine de Pottere. Il mourut amman de 
Bruxelles, sans laisser d'enfants (i). 

V. Daniel. 

VI. N. N., qui s'allia à Jean de Pape. 

De Godefroid et de Béatrice de Duffel : 

VII. Henri, dont il sera question plus loin. 

VIII. Catherine, qui épousa Henri van Mechelen, fils 
de Florent et de Catherine de Redinghen. 

IX. Walter, propriétaire du manoir de Meysse (1401) et 
d'un fief à Strombeek; il eut un fils naturel, Guillaume, 
qui devint père de Walter d'Immerseel (Butkens, Tro- 
phées, éd. 1724). 

X. Agnès, qui est dite avoir épousé, successivement, 
Pierre de Wechelen et Guillaume de Sompeke. 

XI. Béatrice (2) et XII. Marguerite, toutes deux reli- 
gieuses au couvent de Roosendael, à Waelhem. 

De Godefroid et d'Amelberge Wijts : 

XIII. Henri; il semble être ce Henricvan Ymcrsele, qui 
fut, en 1440, tuteur d'Arnould, fils du chevalier Arnould 
d'Immerseel (voir plus haut). 



rière d'Hooj^straeten, fit relever, pour le fils du défunt, Guillaume, le châ- 
teau d'Immerseel, à Lierre, le 25 avril iSjS (B., reg. n" 36i, f° 467). Cet im- 
meuble était situé entre la chapelle de Saint-Pierre et liet Belletjestraetje. Le 
vieux castel est démoli depuis longtemps (comp. Ant. Bergmann, op. cit., 
e; C.-J. AvoNDTROODT, Hoogstradeu, Brabandsck Mttseiim), 

(i) Annales de V Académie d'archéologique de Belgique, t. L P- 292. 

(2) Une Béatrice d'Immerseel est citée, en i5oo, comme prieure du cou- 



148 LES SEIGNEURIES 



Henri d'Immerseel, fils du second mariage de Gode- 
froid, devint chevalier, propriétaire du château de Meysse 
et, par la mort de son oncle Charles, seigneur de la 
moitié d'Itegem. 

En 1398, /' ingaendc oegxt, Hcr Hcinric van Ymcrchde, 
m\ns hcrcn hcr Godevarts zon van Ymerchcle, céda, devant 
les échevins de Duffel, un cens de huit et demi écus 
(schildc) d'x\nvers, sur deux bonniers de prairies, au Vcr- 
namcn-brocc, redevance qu'il avait achetée de (son parent 
maternel) Jonchcrc Jannc van Dufflc, myns hcrcn Hcnricx 
zone van Dufflc, die nicn hict van Schoctcn (i). 

De son temps, Henri d'Oyenbrugge (2), chevalier, 
seigneur de Coolhem et d'Orsmael, communcmestre de 
Malines, en 1414 (7 le 26 décembre 1432, fils d'Henri et 
de Marguerite van dcr Elst précités), possédait la seconde 
moitié d'Itegem. Ce seigneur s'allia, successivement, à 
Jeanne de Meldert, fille de Guillaume, seigneur de Mel- 
dert, et de Lctia Zwaef, et à Béatrice van der Aa (fille 
de Gossuin, chevalier, et d'Elisabeth d'Hofstade), qui 
était veuve de Guillaume, seigneur de Duras, et de 
Charles d'Immerseel (3). 

Henri d'Immerseel épousa, à en croire les généalogies, 
d'abord, une de Bellegem (4), fille d'Egide et de Cathe- 
rine van Bogaerde, et, ensuite, Marguerite de Wesele, 



vent des treize filles pauvres, au grand béguinage, à Malines. Ce couvent 
devait aussi son existence aux libéralités d'Elisabeth d'Immerseel, douai- 
rière Vilain (B., reg. n" 348, f" i23). 
(i) R., carton n" i. 

(2) Les d'Oyenbrugge portaient, primitivement : fascé d'or et de sinople 
(voir pi. II, fig. II); plus tard, ils chargeaient leur écu d'un franc-quartier 
de Duras : de sable semé de fleurs de lis d'or. Henri de Colein scella le iS 
novembre 1415, le traité entre le Brabant et le Limbourg (Mhî.veus, Not. 
Eccl. Belg., 688). Le 21 mai 1422, Henri de Coelhem. fils du chevalier Henri et 
de Jeanne de Meldert, fut investi, par suite de la mort de sa mère, de biens 
àSteen et àOrsmael et de vingt bonniers de terre entre Orsmael et Dormael. 
(B.,reg. n" 396, f-^yi). 

(3) AuG. VAN DEN EvNDE, Tableau chronologique des écoutètes de Malines. 

(4) de Beringhen? Voir l'épitaphe de Henri d'Immerseel, plus loin. 



DU PAYS DE MALINES 14g 



dite de Sompeke (voir PI. II, fig. III), qui convola en 
secondes noces avec Walter Bauw. 

Immerseel mourut le lo janvier 1420-21. Il fut enterré, 
à Malines, en l'église Sainte-Catherine, sous une pierre, 
ornée de ses armes : les trois fleurs de lis au pied coupé, 
chargé en cœur d'un écusson paie (sic! Berthout-Duffel, 
famille à laquelle appartenait sa mère). On y lisait cette 
épitaphe ; 

1l3ici- Icct H3. Hxiiidc van 
ÎL^mcrôclc l•i^^. bec. in iUbcis en. tôt Jteiibccm 

ôtcrft int jacr Siiij*^ en. J*J\ ï&acb 

(Boîteuacrt va îJmeracle bec. tôt IHHomcIçîbeeni 

36tC*t vcer cic siclc... 

...van JGernuibe Me stcvf int jncr /ilbÛCÛ 

en. X^lâMiM (i). 

D'après un manuscrit du chanoine Hellin (2), il aurait 
existé, à Malines, au couvent des carmes déchaussés, une 
pierre, décorée des armes d'Immerseel (avec Berthout 
en cœur) et de Sompeke — sommées d'un seul casque, 
au cimier de cette première maison — et portant cette 
inscription : 

Cç gtst meôsirc 1l3cnrv (?c 3mmcreeclc, cbevalicr sgr. 
en partv?c De Stcçicm et Î3e /nbevô qui trépassa l'an 
/nbCCCC.fi* et sa femme Dame /Iftargueritc fille De mes* 
site Seban De ^ompcclîc qui trépassa... 

A Henri d'Immerseel, nous connaissons cinq enfants, 
mais nous ignorons de quelle mère ils sont nés (3). \"oici 
leur noms : 

I" Arnould ; il releva, en 1426, par achat de Nicolas 



(i) B. R., C. G., leg. n" i5ii, II'' partie, 1" 4. D'après E. Maïthiku, Xotice 
sur un Manuscrit intituli Descente de la maison iVEnghien (p. i3), une Jeanne de 
Lierre aurait épousé Josse de Berin.nliien, qui est, peut-être, ce personnage 
mentionné dans Tépitaphe ci-dessus. 

(2) B. R., C. G., n" 1669. 

(3) Une Elisabeth van Ymmersele, fille naturelle de sire Henri, fut auto- 
/ risée à tester, le 3 février 1466, 



l5o LES SEIGNEURIES 



de Kersmaker, fils de Godefroid, à Louvain, une habi- 
tation avec appendances, à Lierre, un cens, à charge de 
six ou sept maisons, sises en face de cette habitation (et 
rapportant par an 149 vieux gros et deux poules), et six 
journaux de terre, dans la même ville (i). Il reçut Wom- 
melgem, ter Hame^^den et une partie des biens d'Itegem. 
Sa mort eut lieu en 1450. Il fut enterré au couvent des 
carmes chaussés à Malines. Sa tombe, ornée de ses 
armes, portait cette épitaphe : 

Hoict Ic^t bc^ravcn Sert van %icvc, Me nicn bcct van 
5mmcrsccle, bcct van Mommclflcm van &cr Bmcçen 
en in ategem, eterft /iftCCCC.X (2). 

2° Henri, dont il sera question plus loin; 

3*^ Guillaume ou Walter (à moins que ce ne soient deux 
personnages distincts); 

40 Jean, qui fut investi, le 4 mai 1422, comme héritier 
de son père, d'une rente de 14 setiers de seigle sur les 
biens de Jean van Gageldonc, à Zundert, et d'une autre 
rente de 5 setiers sur la dîme de cette localité. Il mourut 
avant le 26 février 1426-7, jour où son frère Henri releva 
ces deux fiefs (3). 

5° Catherine, femme du chevalier Arnould de Berchem 
(fils de Jean et de Jeanne d'Herbais), propriétaire du 
château de Bosschesteyn, à Broechem (4), et qui épousa, 
ensuite, Alice de Zevenbergen. 



Henri d'Immerseel, fils de Henri, hérita de la moitié 
de la seigneurie d'Itegem, et en acheta l'autre moitié de 
Henri d'Oyenbrugge, dit de Colcm (Coclhcm); il releva 
celle-ci le 29 juillet 1453. Pour la dégrever d'une hypo- 
thèque de 800 pecters, il accorda au vendeur un délai de 



(1) B., reg. n" 396, f" 141 v". 

(2) B. R. ; C. G., n° 1669. 

(3) B., reg. n" 396, f"-^ 5o et 141. 

(4) Voir notre notice sur ce château. 



DU PAYS DE MALIN ES l5l 



trois années, commençant à la Noël 1453 (i). Henri de 
Coolhem avait possédé sa part à l'indivision avec ses 
frères, Josse et Jean, depuis la mort de leur père, Henri. 
La vente fut ratifiée par les deux autres frères. En ga- 
rantie de l'accomplissement des conditions stipulées, 
josse, l'aîné, engagea à Henri d'Immerseel sa seigneurie 
cl'Orsmael. Cet engagement fut confirmé par Philippe le 
Bon, par acte du i3 août suivant. A cette époque, Itegem 
relevait du chevalier Guillaume, seigneur d'Egmont et 
du pays de Malines, et qui, en sa qualité de frère du 
duc de Gueldre, prend dans ses actes le qualificatif de 
brocdcr tôt Gclrc.{2). 

Environ un an et demi après, Henri d'Immerseel ré- 
trocéda à Henri d'Oyenbrugge, die mai hcct van Colan, 
la part de ia Seigneurie d'Itegem, alsoe hy die t' andcren 
tyden ticgcn den voir s. Hcnric van Colcin wettelic gecocht cnde 
gecregen haddc, et celui-ci en fut de nouveau investi, le 
3 janvier 1455-56. A cette occasion, Immerseel donna 
décharge à Josse de Colem, frère de l'acquéreur, de tous 
les engagements que celui-ci avait pris envers lui. 

Le 28 mai 1458, Henri de Coolhem transporta, devant 
la Cour féodale de Malines, au chevalier Frédéric de 
Mengresrcwt, seigneur de Cruybeke (Waes), sa moitié 
de la seigneurie d'Itegem, avec haute, moyenne et basse 
juridiction, chynsen, rentcn, kiteren, pontpenningcn, mants- 
capcn, wateren, visscheryen, vogelryen, waranden, opcommigen , 
vervallen cnde allai andcren sirien toebehoirten. Le contrat 
de cette vente semble avoir été passé le 12 du même 
mois, car, d'après une inscription sur le registre féodal, 
Mcnigcrsrcwt accorda au vendeur un délai de quatre ans, 



(i) M, n" I, 2*^' partie, f" 5. Le iS avril 1407, Henri d'Oyenbrugge, dit de 
Codhcm. seigneur d'Itegem, dote l'abbaye de St-Bernard, à Hemixem, d'une 
prairie {Çharies de Si-Bernard, liasse n" 1106). En 1460-1461, nous voyons ces 
frères Josse et Henri de Coolhem, en compagnie de Philippe Kerman et 
d'autres, attraits devant l'écoutéte de Malines pour s'être méporiés, nuitam- 
ment, eu plusieurs impaisihilitcs et ouUrageuses manières. Peu de temps après, les 
mêmes et d'autres enlevèrent une damoiseUe, pour lors deniourant sur le heghinage 
de Mqjines. et durent paj-er de ce chef une forte amende (Compte de l'écou- 
téte; Ch. des Comptes, 15664). 

(2) B., reg. n» 121, f" 254. 



l52 



LES SEIGNEURIES 



à commencer au 12 mai, pour dégrever le fief d'une hy- 
pothèque de 1100 pceters (i). 

L'acheteur appartenait à une famille illustre. Son père, 
Thierry de Mengersrewt, chevalier, figure comme pane- 
tier de Philippe le Bon, en 1431, comme membre du 
conseil de Brabant, en 1433, et comme écuyer du duc 





riG. 10 (3). 



FIG. 9 (2). 



(i) M., reg. n° i, f"* 3o et 56. 

(2) Le blason des Mengersrewt — au meuble étrange : un licou, d'argent, 
au sens de M. V. Bouton, sur champ de gueules; ne serait-ce pas plutôt une 
volée, munie de ses deux palonniers? — figure trois fois dans le Wapenhoeck 
de Gelre, du XIV« siècle, mais ces trois peintures ne sont pas l'œuvre du 
roi d'armes Gklrfî;; comme tant d'autres armoiries, contenuei dans ce codex 
héraldique, elles ont été ajoutées après coup. Le même blason, avec un 
cimier différent, se trouve dans le Vieux Siehmacher. La famille y est dite 
bavaroise. Le continuateur de Gklre cite Thierry et Frédéric von M. dans 
la suite du burgrave de Nuremberg. 

Il leur donne pour cimier : un bâton d'argent, sommé d'un })lumail de 
sable, entre deux cornes de taureau du même, chacune sommée d'un plu- 
mail d'argent; lambrequins de gueules. Le troisième blason de cette fa- 
mille, contenu dans ledit manuscrit, et (ju'aucun nom n'accompagne, est 
cime d'un croissant, coupé de gueules et de sable, sommé, au milieu, d'un 
plumail de gueules, sur un bâton d'argent, et, à chacune des deux pointes, 
d'un plumail d'argent; lambrequins : de gueules (fig. 9). 

(3) La fig. 10 constitue un fac-similé du bouclier du seigneur de Rotselaer, 
ancêtre de Jacciueline. Les Rotselaer, sénéchaux héréditaires du duché, 
blasonnaient : d'argent à trois fleurs dç lis, au pied coupé, de gueules. 



DU PAYS DE MALINES l53 



en 1428 et 1437 (i). Lui-même était conseiller et cham- 
bellan de Philippe le Bon et marié à Jacqueline de 
Rotselaer, dame de Wissekercke, veuve de Guy de 
Bourgogne, seigneur de Cruybeke. Plus tard, cette dame 
contracta une troisième alliance. Elle eut pour parents 
Antoine de Rotselaer, seigneur de Roost, Stade, Wisse- 
kercke, et Louise de Moerkercke (2). 

Après la mort de son époux, vrouwc Jaqueminc van Rot- 
selair, wediic wylen heren Fredericx van Menigersrewt, riddcrs, 
hère van Cruybeke ende van Yetegem, doen hy leefde, déclara, 
devant les hommes de fief du pays de Malines, hoe die 
voirs, wylen hère Frederick, haer man, een wyle tyts geleden 
gestorven ware, hair latende bevrucht ende groot met kinde, 
alsoe sy aen Gode hoept, et sollicita d'être investie, pour 
elle-même et pour l'enfant, dat sy hoepte by der graiicn Goids 
te dragen, de la moitié de la seigneurie, avec haute, 
moyenne et basse juridiction, telle que son défunt mari 
l'avait tenue en fief du seigneur d'Egmont. La cour fit 
droit à cette demande, le ig décembre 1468 (3). 

Plus tard, ce fief retourna à Henri d'Immerseel, ainsi 
qu'on le verra plus loin par un acte de 1473. 

Jacqueline de Rotselaer donna la vie à un fils (4), qui 
fut nommé Josse et devint seigneur deWissekercke, grand- 



(ij Thierry de Mcingersrciiai, magistcr curie du duc, fut chargé, en 1428, 
d'une mission, par Philippe de Saint-Pol (Edm. de Dynter, Chronique des 
ducs de Brahant). 

(2) C. et M., reg. n" 881, A. Nous trouvons des Mengersreut, appelés 
aussi Mengersruyt, Mingelfruit, etc., les quartiers suivants : Mengersruyt, 
Holloff, Rotselaer, Moerkerke, Wijmerselle, Briaerde, \'eise, Veise (B. R., 
C. G-.n"* 1537, f" 68; comp. ibidem, n° 222). 

(3) M. I, 62 \-<\ 

(4) Elle avait déjà eu un autre- fils, également appelé Josse, qui fut investi, 
le 19 avril 1466, d'une rente sur la baronnie de Rotselaer. rente dont la mère 
devait avoir l'usufruit. L'acte le nomme fils mineur du chevalier Frédéric 
de Mej'nigersru3?t et de Jacqueline de Rotselaer I (B. i23, p. 262). 11 est 
évident que ce Josse-ci ne vivait plus en 1468, car, sinon, c'est pour lui et 
non pas pour un enfant à naître que la mère aurait réclamé l'investiture. 
Le 19 juillet i52i, Arnould de Berchem vend, pour Jean, Isabelle, Jeanne 
et Laurent de Mengersruyt. à Gérard Bombelli, marchand, une maison, 
avec remise, etc., à Anvers, que leur père, le chevalier Josse de Men- 
gersruyt, avait reçue, le 8 août i5o6, de maitre Antoine Ysebrant (Archives 
d'Anvers). 



1^4 



LES SEIGNEURIES 



bailli et haut-échevin du pays de Waes (i). Le ii janvier 
i5o8-9, il releva, par suite de la mort d'Antoine de Rotse- 
laer, un bois près de Lierre et des bruyères à Contich, 
qu'il céda, en i5i6, à Jeanne Groz, dame de Maigny, 
veuve du fameux chancelier Thomas de Plaines (]ui, sur 
sa tombe, à Malines, est qualifié de tuteur de Charles- 
Quint (2). 

^ Henri d'Immerseel épousa, en 1444, Helvige de Ber- 
chem (3), fille de Jean, seigneur d'Oostmalle, et de Théo- 
dora de Cock de Brueckom, Breuckoni ou Bruickem, 
dame de ce lieu, par relief de 1420, et de Maesaecker. 

Le 3 septembre 1458, il fit, par achat des frères Guil- 
laume, chevalier, Walter et Antoine de Lierre, le relief 
d'une seigneurie à Vorsselaer (4). Le 8 avril 1467, il re- 
nouvela le serment de fidélité du chef de ses dîmes de 
Zundert, au pays de Breda (5). 

Dans la collection des Aveux ci dénombrements de la Cour 
féodale de Brabant se trouve (sub n^' 198) la spécifica- 
tion des fiefs que Henri d'Immerseel, seigneur en Meysse 
et d'Itegem, possédait à Beersse : Dit syn alsiilcken leeîw 
als de manneji van Beerse te leene hoiiden ende over gevcn in 
gescrifte den Edelen gcboirtegen eerbaren nysen Henricken van 
Ymmerscle, Itère in Mcys ende van Yetegheni, hiieren lieven 
getruwen lecnhcre. Il y a en tout 23 fiefs. Ce document 
porte la souscription : Deum time et mandata eiiis observa. 
Initium sapientiac timor Domini. Il résulte de cette pièce 
curieuse qu'à cette époque on avait requis de tous les 
feudataires la présentation d'une liste exacte de leurs 
fiefs, afin de procurer au duc, par l'imposition de nou- 
veaux droits féodaux ou le retrait de certains fiefs, des 
fonds pour une expédition en France. 

Dans le registre des fiefs du pays de Malines, qui tut 
établi en 1473, par les soins de Jean van \'oorspoel, 
nous lisons ce qui suit : 



.(i) C. et M., loco cit. 

(2) B. 25, fol. 76 V''. 

(3) Ses frères, Guillaume, Jean et Constant de Berchem, firent un partage 
devant les échevins d'Anvers, en 1440. 

(4) B. 341, fol. 211. 

(5) B. 343, fol. 7. 



DU PAYS DE MALIN ES l55 



(( Hcnric van Ymmerselc hoiit te Iccnc die heerlycheyt ineticn 
dorpcn van Yetegheem, met hoogen ende Icegen, met beempden, 
eusele, watcre, metter visscherye, vogelrie ende allen anderen 
synen toebehoorten, in chynsen, chueren, reynten, pachten, 
pontghelden ende allen anderen vervallen, jaerlycx ghetaxcert 
synde boven den covinier ter somme van xviij ponden, viij stiii- 
vers, iiij deniers grooten. Item Lysbeth Verstraten (ou van 
der Straten), wettige huysvroiiwe ivilen Jan van Immcrsele, 
(i) es jaerlycs heffende op deze voerscreven goeden Ivftocht, 
reynte vj Ib. x st. grooten (2). 

x\vaient, alors, des arrière-fiefs ressortissant à la Cour 
féodale d'Itegem : Pierre Fijen, le prêtre Martin van 
Lancom, Jean Claus, Elisabeth Zeghers, Hector Reyns, 
Elisabeth Smeedts, Gilles van den Dycke et Godefroid 
de Meyere (3). 

Il appert de l'acte relatif à l'investiture de Philippe, 
arrière petit-fils de Henri d'Immerseel, que, du temps de 
ce dernier, la moitié d'Itegem retourna de nouveau à 
Henri de Coolhem. 

Henri d'Immerseel mourut peu de temps après la con- 
fection de cette pièce. Il eut de sa femme au moins 
quatre enfants : 

i'^ Jean, qui suivra après ses frères et sa sœur; 

2'^ Henri, qui releva, le 22 mai 1474, par suite de la 
mort de son père, pour lui-même et ses cohéritiers, le 
fief dit 7 hof van Doerne, à Lierre, au sujet duquel Josse 
de Doerne prêta le serment de fidélité (4). Il reçut les 
biens de Nuwenhowe, sous Degerzele, et d'Hagenbroeck, 
sous Bouchout. Par lettres-patentes, données à Bois-le- 



(i) Ce Jean était un bâtard d'un autre Jean d'Immerseel. Par achat de 
Henri d'Oyenbriigge, alias de Colem, fils du chevalier Henri, il avait relevé, 
le ig mars 1455-6, pour lui-même et sa femme Elisabeth van der Straten, la 
rente viagère susmentionnée, qui fut hj'pothéquée sur la part que Coolhem 
avait dans les seigneuries d'Itegem et de Berlaer (M., n" i, f° i3 v°). Un 
bâtard, Jan van Ymmersele, plaityn maker, devint bourgeois de Lierre en 1480 
(compte de l'écoutète Jacques van der Borch ; C. n" 2962). Un autre Jean van 
Immerseel prêta, le 23 mars i583, serment comme receveur de la ville de 
Lierre (E. Mast, op. cit., p. 74). 

(2) M., n° 45, f°66. / 

(3) Ibidem. 

(4) B., n° 344, f° 82. 



l56 LES SEIGNEURIES 



Duc, le 3 févr. 1479-80, l'archiduc Maximilien, duc de 
Bourgogne, de Lotharingie et de Brabant, nomma onsc 
lieve ende getruwc vassalcn Hcnrick van Ymmersele, écoutète 
de Lierre, en remplacement de Jacques van der Borch. 
Cette nomination fut motivée par les services rendus par 
le titulaire, ses frères, Jean et Charles, et d'autres membres 
de sa famille, à Charles le Téméraire, à sa fille Marie et 
à son époux, Maximilien, lui-même. Le duc enjoignit à 
Henri de prêter serment entre les mains du chancelier, 
Geldolphe van der Noot, et de déposer un cautionne- 
ment à la Chambre des comptes (i). 

Henri semble être mort en iSoy ou en i5o8. 

3° Charles, qui figure comme propriétaire de Me3'sse, 
dans une pièce de 1474. Il devint drossard de Brabant et 
fut armé chevalier. En qualité d'héritier de son père, il 
reçut, le 22 mai 1474, les deux dîmes de Zundert (2). Le 
g mai i5o4, Charles d'Immerseel, chevalier, Walter 
d'Immerseel, receveur d'Anvers, et Philippe Tollinck 
posèrent un acte comme tuteurs des enfants de Jean 
d'Immerseel, vicomte d'Alost (3). 

Charles eut deux femmes; la première en fut Jeanne 
van der List, mariée par contrat du 5 février 1490-1 (fille 
d'Arnould, échevin d'Anvers, et de Catherine van de 
Werve, et petite-fille du chevalier Jean van der List et 
de Catherine van der Noot) ; elle fut investie, le 6 sep- 
tembre 1492, de l'aveu du chevalier Charles d'Immerseel, 
son mari, et comme héritière de son père, xA.rnould, des 
biens dits van der List ou ter List (4), situés au quartier 
d'Anvers et mesurant dix-sept bonniers (5). Cette dame 



(i) C, reg. inP i35, i° 93, et C, reg. 12963. Dans ce dernier volume, on 
trouve les comptes, rendus par Henri d'Immerseel, en sa qualité d'écoutète 
de Lierre, de 1480 à iSoy. 

(2) B., reg. n» 344, f" 82. 

(3) Renseignement dû à M. le baron C. de Borrekens, à Anvers. 

(4) B., reg. n" 346, f° 202. 

(.5) B., reg. n" 25, f° i3. Le premier feudataire du manoir de ter List, c'est 
Walter van der List. Il eut pour successeur son fils Jean. Après la mort de 
celui-ci, son fils, du même nom, releva la terre le 7 août 1444. A ce dernier, 
succéda son fils Arnould (relief du 24 octobre 1468), père de Jeanne précitée. 
La famille van der List porte : écartelé d'or et de gueules. Le bien de tey 
List était situé sur le territoire d'Anvers, entre les portes Saint-Georges et 



bu PAYS DE MALINES iSy 



mourut avant le 3i mai 1494, car, ce jour, sa parente, 
Elisabeth van cler List, veuve d'Olivier de Pape, fit le 
relief de ce fief; elle le céda, le i3 janvier 1496-97, au 
chevalier Charles d'Immerseel (i). 

Celui-ci contracta une seconde alliance avec Henriette 
de Ranst, fille d'Henri, chevalier, seigneur de Ranst, 
Edegem, Mortsel, Cantecrode, Boxtel, Kessel, etc., et 
d'Henriette de Haeften (fille de Waleran, seigneur de 
Haeften, Herwynen et Gameren, et d'Henriette de Va- 
rick) et petite- fille d'Henri de Ranst et d'Isabelle de 
Meerhem, dame de Boxtel et de Kessel (2). 

Le 19 septembre i5oi, Henriette de Ranst fut investie, 
de conceit avec son mari et tuteur, Charles d'Immerseel, 
chevalier, par cession de son père, des seigneuries d'Ede- 
gem, de Mortsel et du château de Cantecrode, biens 
qu'Henri avait hérités de son cousin Jaen de Ranst. Ce 
transport eut lieu sous la condition expresse que, si Hen- 
riette venait à mourir sans laisser d'enfants, les fiefs 
retourneraient à ses parents, ou à sa sœur Adrienne, 
femme de Jean de Hornes, seigneur de Baucigny, ou 
bien aux héritiers de cette dame (3). 



de Kipduip. presciue avi pied des iem})aits. Dans sou Bulletin de la pyopyiêlé, 
M. Ai'G. Thvs consacre une notice succincte à ce fief (ii janvier 1891). 

(i) B., reg. n" 347, f*"* 16 et 168. Cette cession était le résultat d'un partage 
opéré le 28 juin 1496, entre Charles d'Immerseel, alors sous-drossard de 
Brabant, et la veuve de Pape. Celle-ci reçut, entres autres, een vergulden 
croes, ver!japenf nietter icapeneii van MaldeM'eein ende van dcr Noot, ses silveren scalen, 
elck van ces oncen, etc. Charles eut le restant du mobilier, le château de Ter- 
List, avec fermes, terres, prairies et bois, colombier, et la maison 7 hoffier 
List, longue rue Neuve, à Anvers. 

Cette dernière propriété fut vendue, le 18 février i528 (n. st.), par Guil- 
laume, les enfants de Jean et de Charles d'I., conjointement avec Jacques 
d'Herbais, écuyer-tranchant de Charles-Quint et fils de Pierre et d'Henriette 
d'I., et les enfants de Rasse van de Werve. 

Ti'ois ans après, cet immeuble fut approprié pour la Bourse de Commerce 
(Aug. Thys, Bulletin de la propriété). 

(2) Arthur, Charles, Adam et Inf^cle van Ymniersele. enfants naturels du feu 
chevalier Charles, furent autorisés à tester de leurs biens, par lettres-pa- 
tentes du 6 juin i5ii (C, reg. n° i63, f" 242). 

(3) B. n" 348, f° i83. Le 7 août 1456, Henriette de Haeften releva Kessel, par 
cession d'Henri de Ranst (B.341. p. 176J. Celui-ci fut investi, le 6 mars 1459-60, 
comme héritier de sa mère Elisabeth de Meerhem, des villages de Boxtel 
et de Lijempde, que cette dame avait reçus, en 1439, par suite de la mort de 



l58 LES SEIGNEURIES 



Charles d'Immerseel trépassa avant le 25 septembre 
i5o5, jour où sa veuve fit renouveler le serment de fidé- 
lité du chef de ses fiefs (i). Elle se remaria deux lois; 
d'abord, à Jean de Grimberghe, dit d'Assche, qui mourut 
le i3 octo])re i5ii, et. en dernier lieu, au chevalier Jean 
de Berchem. 

Elle lui survécut jusqu'au 2 décembre i526 et fut en- 
terrée, à Anvers, au couvent du Val- Sainte-Anne, sous 
cette épitaphe : 

t>icx ruôt vrouwc Ijcnrichc van "Kanst ^ocbtcr tôt J6oi:= 
tel, vrouwc van CantichroDc /libortôclc en. van HOegem 
Bterf Bo. 1526 t>c 2 5ccebr, en joncker 5an van ©dmber* 
flben alias van "Bôscbc baer twecDe man sterf ao. I5tl 
î>cn 13 Octobrig. J£n. "toeer 5an van aScrcbem 1Ri£)t»er baer 
&crîie man (2). 

^" Thierrette, qui, par son alliance avec Jean, seigneur 
de Haeften et de Herwijnen, frère d'Henriette précitée, 
devint la tante de son frère Charles. Le 22 mai 1474, 
Josse de Doerne releva pour elle la seigneurie à \^orsse- 
laer et à Beersse, avec des terres, des prairies, des rentes, 
des cens, des hommages et des tenanciers, telle que son 
père l'avait achetée de la famille de Lierre. Elle céda ce 
fief, le 10 juillet i5i3, à sa fille Catherine de Haeften, 
femme de Paul de Nassau (3). 



Jean de Meerhem (B., 25, f" lyôj. Les époux furent enterrés dans l'église de 
Boxtel, sous une plaque en cuivre, ornée de leurs portraits et de leurs quar- 
tiers et portant cette épitaphe : lut jaar i4()y dtn 12'' daii mey soo lieeft Hcudrik 
van Ransi. Ridder. hetr te Boxe! (!), Kessel, Baiiiierheer en vroita't Heudriiia van 
Haften, mijn !:;ezeUin dezen sark doen kf^/^en : hid voov de zicl (Dietsche Warande, i'^ 
sér., Kasieelen en Ahdijen gekf;en in het arrondissement 's Hertogenhoscli ; rapport 
présenté en septembre 1810, au maire de Bois-le-Duc, par messire Jean-Henri 
van der Does, alors membre du conseil municipal de cette ville). Adrienne 
de Ranst, susmentionnée, femme de Jean de Hornes, fut investie de 
Boxtel et de Kessel, après la mort de son père, Henri, le 12 août i5o5 (B. 
348, f" 289). 
(i) B. 348, f" 291. 

(2) I. F., VI', p. i3o. Le chevalier Jean de Berchem, écoutète de Sant- 
hoven, puis de Turnhout, chambellan de Charles-Ouint, propriétaire du 
château de Bosschesteyn, à Broechem, survécut à sa femme et convola, 
j)lus tard, avec Elisabeth van Mechelen (voir notre notice intitulée le manoir 
de Bogschesteyn, à Broechem). 

(3) B., n°25, f°372. 



DU PAYS DE MALINES lOQ 



Jean d'Immerseel, fils aîné d'Henri et d'Helvige de 
Berchem, joua un rôle important. Il devint chevalier, 
avant 1474, seigneur d'Immerseel, Wommelgem, ter 
Hameyden, Itegem, en partie, et racheta d'Henri de 
Coolhem la part que celui-ci possédait de ce village (i). 
Il fut conseiller et chambellan de Philippe-le-Beau et de 
l'archiduc Maximilien (2), et se distingua par sa bravoure 
sur le champ de bataille. Dans les lettres-patentes de 
147g, nommant Henri d'Immerseel écoutète de Lierre, 
l'archiduc qualifie Jean : onze lieve cnde getriiwe ridder, 
raid cnde kanierlinck, lier Jan van Ymmcrselc. Parmi les 
services rendus au pays par la famille, ce prince men- 
tionne particulièrement la conduite courageuse dont 
Jean avait lait preuve, lors de la défense de St-Ghislain, 
en qualité de capitaine de cette ville (3). 

En 1470, Immerseel conduisit les troupes lierroises en 
France contre Louis XL Pour cette expédition, la ville 
lui avait offert un cheval dont le prix avait été de 16 
florins. 

Il semble avoir assisté à la prise du château de Nesle 
et participé à d'autres campagnes de Charles le Témé- 
raire (4). 

Par son mariage avec Jossine ToUins, dame de Bau- 
dries (Bauldry) et d'Eechaute (voir PI. II, fig. IV), Jean 
reçut la vicomte ou châtellenie d'Alost, que la famille de 
sa femme avait possédée pendant environ un siècle. Cette 
dame était fille de Jean Tollins, vicomte d'Alost, seigneur 
de Popperode, Impe et Hofstade, etc. (5), et d'Elisabeth 
Sloefs (Sloofs ou Sloeve). 



(i) Voyez l'acte de relief de son petit-fils Philippe, de 1548,. 

(2) Comp. C. et M. n» 881, B. 

(3) Besundcy die voevs. hcer Jan in 7 hfscnddcn eitde vcvwayeu van onser stadt van 
Sinte GJiilaiiis, hem capitaine svnde van de selver siad. Le 22 mai 1474, il releva, 
comme héritier de son père, une prairie à Kessel et un cens de 14 setiers de 
seigle sur Gagelbeek et Zundert (B. 344; fol. 82I. 

(4) AxT. Bergmaxn, op. cit. C 

(5) Ce Jean Tollins (ToUin, Tollinx, Tollinckx, etc.) avait une fille na- 
turelle, Elisabeth, religieuse à l'abbaye de ten Rozen. — Le vicomte d'Alost 



l60 LES SEIGNEURIES 



Jean d'Immerseel obtint la charge d'écoutète ou mar- 
grave d'Anvers (i). Le 5 juin 1482, il assista, à Anvers, 
au mariage de Jean de Rotselaer et de Clémence de 
Bouchout. Dix ans plus tard, on le rencontre comme 
tuteur des enfants mineurs du feu chevalier Jean de 
Berchem. 

Le 26 février 1485 (n. st.), il écrit au magistrat de Ma- 
lines que les Flamands avaient tenté une descente à 
Bornhem et dans les environs et qu'ils s'étaient déci- 
dés à renouveler leur première tentative et à s'emparer 
du château de Bornhem, dépourvu de défenseurs. En 
conséquence, il prie le magistrat d'obliger ceux des habi- 
tants de cet endroit qui s'étaient retirés à Malines, à re- 
.tourner chez eux ou à se faire remplacer pour la défense 
dudit château (2). 

Le 3i mai 1494, il fit pour Elisabeth van der List, 
veuve d'Olivier de Pape, le relief du manoir de ter List 
(3). En sa qualité de margrave d'x\nvers, il fut investi, le 
28 août 1499, pour Englebert, comte de Nassau et de 
Manen, seigneur de Breda, en vertu d'un contrat inter- 
venu entre celui-ci et le duc Guillaume de Juliers et de 
Berg, du château et de la ville de Sichem, du tonlieu et 
du péage de Diest, de la vicomte d'Anvers, de la moitié 
des villages de Meerhout, de \'orst, du village de Hoelede 
et de terres à Wolmcrsom (4). 

En commun avec un de ses frères, Jean possédait une 
rente de i5 livres de Flandre sur la seigneurie de Nor- 
derwijck, du temps où le chevalier Walter de Lierre en 



l)Oitaitla bannière de la ville; il possédait 1/3 du péage vers Gand et une 
grande partie des péages et tonlieux d'Alost, la ferme de Hamme, une rente 
de 21 deniers parisis sur des terres à Haaltert,'une ])art dans un moulin à 
Alost et la moutague d'Alost (berg van Aelst), où s'élevait, autrefois, un château- 
fort. Les bateaux de pèche qui passaient sur la Dendre, entre le moulin 
précité et la commune de Herdersem, devaient payer au vicomte une rede- 
vance hebdomadaire de 4 deniers parisis (dk Potïer et Broeckakrt, Ge- 
sehiedeiiis dey stad Aelst). 

(i) Il fut écoutète du 2 septembre 1494 au 4 novembre 1499 et du i5 août 
i5oo au 18 février i5o4-5. Les Archives générales du royaume conservent tous 
les comptes ciu'il rendit en cette qualité (C, reg, n° 12904). 

(2) Original aux archives de Malines. Inventaire t. IV, p. i3. 

(3) B. n° 347, f" 16. 

(4) B., n" 127, f" 126, et n" 348, f* 68. 



DU PAYS DE MALIN ES l6l 



était le feudataire (i). Il fut bourgmestre du dehors de la 
ville d'Anvers en 1484, 86, 8g et 93 (2). 

Son superbe hôtel à Anvers, dans la longue rue Neuve, 
a donné le nom à la me Margrave. Il l'avait fait bâtir, 
vers 1496, d'après les dessins de Dominique de Waghe- 
makere. « C'était alors une des plus somptueuses habitations de 
la ville, une véritable résidence seigneuriale. Il n'en existe plus 
aujourdliui qu'une partie, faisant dépendance de la maison w» 
3i, appartenant à la famille Dhanis'>^ (3). A l'occasion du 
mariage de Philippe le Beau avec Jeanne de Gastille, 
dite la Folle (1497), Immerseel fit construire dans sa 
maison l'admirable chapelle, connue sous le nom de 
Chapelle de Bourgogne (4), 

Il mourut le 18 février i5o3-4; sa femme l'avait pré- 
cédé dans la tombe le 20 décembre de cette année. Les 
époux furent enterrés, à Anvers, dans la cathédrale, sous 
une belle pierre, avec cette épitaphe : 

Ibicr Icgct beçjraven Ibcr 3an van Xiicre Me mcn bict 
van Smmctsellc ■Riî)&cr Ibccie van L'ctcçîbcm asorcbgravc 
* van îlclôt in c<iinï)cr tijt marcçiuavc van Bntwerpcn cnC>c 
vrcuwe 3c6iinc îlollini? jiinc wcîti^ibc gc*^ellinne 36orcb= 
(iravinnc van Bclst vrouwc va. ipoppcro^c jij stierf anno 
ïv' en ^x\c, \i C'atitc ^ccenibrie tij sticrf anno xv^' en Xinc 
^cn ïviii cr. fcbruarij. 

Dans la partie supérieure de la pierre, on voyait les 
armes d'Immerseel, aux trois fleurs de lis, au pied coupé; 
cimier : deux pieds de cheval, les fers en haut, chacun 
chargé d'un écusson aux armes de la famille. — Dans 
les coins étaient placés les quatre blasons suivants : 

Immerseel (comme ci-dessus); Berchem (d'argent à 
trois pals de gueules); Tollins : de sable à la face d'ar- 
gent, surmontée de trois merlettes du même; en cœur un 
écusson d'azur au lion d'or, ledit écusson à la bordure 



(i) M., n" 45, f'77. 

(2) Ant'a.'. Archicvenhlad, XI\', p. 77. 

(3) AuG. Thys, histoyiqiw des yiics ci places publiques d'Anvers; 1873 à Anvers. 

(4) \'oyez la monographie de cette chapelle par le Baron Jolly; \'ienne, 
i858. 

II 



l62 LKS SEIGNEURIES 



componée d'argent et de gueules; Sloeve : d'or à la 
bande de gueules, semée de croisettes d'argent (i). 

Les époux eurent 7 enfants, savoir : 

i» Jean, dont nous parlerons plus tard. 

2° Henriette (f en i523), qui épousa Pierre d'Herbais, 
chevalier, seigneur d'Herbais, de Golart et de Duyst, 
maire héréditaire de Pépingen, fils de Pierre, chevalier, 
seigneur d'Herbais et de Duyst, maire de Pépingen, 
gentilhomme de la chambre de l'archiduc Maximilien, 
et de Catherine van Huffelen (fille de Jean et de Catherine 
Bauw), et petit-fils de Simon, chevalier, seigneur d'Her- 
bais, Morkhoven, etc., et de Catherine de Hertoghe (2). 

3" Adrienne, dame du château de Meysse, qui se maria 
deux fois. Son premier mari fut le chevalier Arnould van 
de Werve. Il déclara, le 18 février i53() i, tenir en fief 
du duché, pour sa femme et ses deux enfants, deux dîmes 
à Zundert (l'une au lieu dit Weert, l'autre au lieu dit 
Achtmale), valant 32 setiers de seigle, dîmes que sa 
femme avait héritées de son frère Charles, mais dont la 
veuve de celui-ci, Marguerite S chcyff s, avait l'usufruit (3). 
Arnould van de Werve fut bourgmestre d'Anvers. Après 
sa mort, Adrienne contracta une seconde alliance avec le 
chevalier Nicolas van der Meeren. Le 7 octobre 1542, ces 
époux cédèrent définitivement au chevalier de Spangen 
tous leurs droits sur les biens de ter List, que celui-ci 
avait achetés d'Adrienne et consorts, et lui garantirent 
de le rendre indemne si le margrave Guillaume van de 
Werve et sa femme Marguerite Scheyff opéraient le 
retrait lignager de ce fief (4). 

4*' Elisabeth, chanoinesse à Maubeuge. 

5° Guillaume, qui devint seigneur de Baudries et eut 
pour femme Marie Draeck, veuve de Louis de Borssele. 



(ij J. F. I, 10; Mardi. 356; C. G., n" i5ii,p. m ; C. & M., n" S81. B., p. 429. 

(2) \'oyez le comte Pavi. pr Ciiastizl de la Howardriks, Nof. géncal. 
iouruaisicniies. 

(3) B., 3o, 1" 174. 

(4) Actes scabinaux, à Anvers, reg. suh Wescnhcck d Grapheus, n" 2, f" 343, 
Le 25 septembre i53?, Adrienne d'Immerseel, vetive du chevalier Arnould 
van de Werve, fit un accord avec le damoiseau Guillaume et Marie van de 
Werve. enfant du premier (?) mariage de son époux avec Jeanne Colibrants 
(ibidem, reg. suh Ryt et Halle, f" 266). 



DU PAYS DE MALINHS l63 



On la dit filie du chevalier Guillaume Draeck, docteur 
en droit, seigneur de Merxem, bourgmestre d'Anvers (en 
1488, -j- en i525) et d'Anne de Borssele (i). Guillaume 
d'Immerseel brisa ses armes d'un lambel. 

Il fut bourgmestre d'Anvers en iSog. Il habitait la 
vaste propriété où fut créé, en 1547, le marché du Ven- 
dredi. De la succession de son oncle, Henri, il reçut le 
bien de Nuwenhove, avec la seigneurie et ses dépen- 
dances (2), et une prairie à Kessel. Il transporta cette 
dernière, le 20 janvier iSoS-g, à Jean van den Steene, 
chanoine à Saint-Gommaire, à Lierre (3). Nuwenhove fut 
vendu, devant les échevins d'Anvers, à Jean Mois, en 
dépit de l'ordonnance du i3 novembre 1446, qui presci- 
vait que la vente de fiefs devait se faire devant la cour 
féodale. Par suite du partage des biens paternels, devant 
le même magistrat, il releva, le 5 avril i5i4-5, une rente 
de 100 florins du Rhin sur la seigneurie de Rijckevorsel 
(4), rente qu'il céda, le 14 janvier suivant, à Madeleine de 
Culembourg (5). Le 25 mai i526, il fît, pour sa femme, 
Marie Draccx, par le trépas du père de celle-ci, viessirc 
Giiillaunie, le relief de i '12 du tonlieu et du poids public 
de la ville d'Anvers (6). Le i5 juin de l'année i533, il 
fut investi, par achat de feu Arnould van de Werve, de 
la part que celui-ci avait eue dans les biens d'Hovorst, 
dont le chevalier Gérard van de Werve possédait une 
autre part (7). Deux jours après, il céda à Guillaume van 
de Werve, une terre de 36 bonniers, située sur les terri- 
toires de Santhoven et de Voirschote. Il avait acheté cette 
terre, le i février i533 (n. st.), du père de celui-ci, le 
chevalier Arnould, mais Guillaume en avait fait le retrait 



(1) D'après d'autres, Marie aurait été fille d'un premier mariage de Guil- 
laume, avec Adrienne Colensone. 

(2) B., n« 35o, fo 241. 
{^} B,, n° 349, {° 120. 

(4) B., n° 35o, f ' 109. 

(5) B., n" 25, £«242. 

(6) B., n" 332, f« 39. 

(7) B., 353, f" 240. Les van de Werve et Draeck comptent pafmi les plus 
antiques familles d'Anvers, '^yniiclmus de Werf et Wilhdmus Draeck, éche- 
vins de cette ville, figurent dans un acte de mars i233 (n. st.) (Carful. de Vah- 
haye de Saint-MkhcL II, f'' 2o5). 



164 LES SEIGNEURIES 



jignager, devant ,1e magistrat d'Anvers, le 20 février 
i533(i). 

Marie Draeck mourut avant le 25 octobre i536. Ce 
jour, son fils Jean fut investi du fief qu'elle avait reçu en 
1526(2). 

Elle laissa trois enfants : 

a) Jean, chevalier, seigneur de Baudries, margrave du 
pays de Rijen (1554-1574). Il s'allia à Anne, fille natu- 
relle du marquis de Bergen-op-Zoom, dont il n'eut pas 
de postérité. Il lit un procès à André et Pierre de Haze, 
héritiers de Jean Mois, en revendication de Nuwenhove, 
procès qui pendait en i56i (3). Le 27 février i56i, il posa 
avec Godefroid Sterck, et les deux bourgmestres, la pre- 
mière pierre de l'hôtel-de-ville d'Anvers (4). « // passait 
pour fort apathique en ce qui concerne la poursuite des hérétiques, 
et Granvelle croyait que ses liaisojis avec le marquis de Berghes 
contribuaient peut-être à le maintenir dans ses dispositums d'es- 
prit. En 1S64, le Roi aurait voulu qu'on déposât d'Imnicrseel. 
La duchesse était dans les mêmes sentinwnts, mais, comme la 
déposition ne pouvait se faire que par voie de justice, il pensait 
qu'il fallait tâcher de l' amener à donner lui-même sa démision. 
Un peu plus tard, la duchesse écrivit au Roi, qu'il montrait 
meilleur zèle » (5). 

b) Guillaume, époux d'Hélène Ruygrok van de Werve. 

c) Marie, dame de Baudries, depuis i529 femme du 
chevalier Corneille de Spangen, seigneur de Spangen, 
Berckel, Nagtegael, ter List, etc., bailli de Rotterdam, 
conseiller à La Haye, bourgmestre et gouverneur d'An- 
vers. Ces époux testèrent, dans cette ville, le 24 octobre 



(i) B., n" 353, f" 356. 

(2) Ib., f" 181. 

(3) P. B., n" 723-855. 

(4) Chrojùqnc de Brahaid d de Flandre, jnibliées par Cn. Piot, 187g, ]i. 140. 

(5) Cii. PioT, Corresp. du cardinal de d'anvellc, I, 508. Ce Jean d'Inimerseel 
possédait une jîart dans les cens et revenus de la seigneurie de 's Graven- 
wezel, i^art qui formait un fief siiécial, nommé ImmerseeJs chyns. Il vendit ce 
fief le 18 février i563, mojennant io5 livres de gros, monnaie de Flandre, à 
messire Gérard Gramaye, qui le céda à Anne Tucher, veuve du cheva- 
lier Robert Haller. Les héritiers de celle-ci, messires Lazare et Jacques 
Haller d'Hallersteyn, le transportèrent, le 10 octobre 1620, devant les éche- 
vins d'Anvers, à Gabriel Steydlin, licencié en droit (B., 148, f" 2o5). 



DU PAYS DE MALINES l65 



1546. Marie mourut le ig du mois suivant; son époux la 
suivit dans la tombe le 31 mai iSSg. Il finit ses jours au 
château de Ter List. Ses parents furent Philippe de 
Spangen et Anne de Glymes-Berghes. D'après le tom- 
beau de Corneille de Spangen, les quartiers de Marie 
étaient : 

Immerscel, Tollinckx, Berchcm, Slocve; Dracck, van de 
Wervc, Borssc'lc, RaLphorst (i). 

Si l'ordonnance des quartiers maternels est bonne, la 
mère de Marie Draeck aurait été van de Werve, et non 
pas Borssele. 

ô*^ Charles d'Immerseel, qui reçut le château de Me3's- 
se et épousa Marguerite Scheyfve, fille de Pierre, appré- 
teur de drap, en 1494, et, ensuite, receveur communaFà 
Anvers, et de sa 3""" femme Marie van der Mervvede (2). 
Elle vendit, de concert avec sa nièce Marguerite van de 
Werve, les biens de Meysse à Jean van der Ee, seigneur 
de Woluwe-Saint-Etienne, et à sa femme Anna de Bouc- 
hout (rel. du 3o juin i556). Après la mort de Charles, sa 
veuve contracta une seconde alliance avec Guillaume van 
de Werve, écoutète-margrave d'Anvers et seigneur de 
\^remdyck, qui devint aussi seigneur d'Immerseel. Cette 
terre resta dans la famille van de Werve. Marie-Anne, 
fille d'un autre Guillaume van de W^erve (petit-fils du 
précédent) et d'Anne van de W^erve, dame de Giessenou- 
dekercke, apporta Immerseel à son époux Augustin van 
de Werve. Leur fils aine, Raymond-Hyacinthe, capitaine 
d'une compagnie de 3oo hommes, le transmit à son fils 
Guillaume-Raymond (procréé avec Florence van Meche- 
len), en faveur de qui le roi Charles II d'Espagne érigea 
Immerseel en vicomte, le 3i décembre 1686. Il eut deux 
femmes : i^ Barbe-Marie van der Linden, 2" Marie- 
Isabelle Boot, fille de Charles-François, seigneur de 
Sombeeck et Velthem, etc. Celle-ci, vicomtesse-douairière 
d'Immerseel, testa, le 17 janvier 1718, devant le notaire 
Jean-Baptiste Aerts, à Bruxelles, qui, après la mort de 
cette dame, inventoria, le g juin de la même année, les 
papiers et les valeurs mobilières de la défunte, et ce 



(i) DE Cantillon, Délices du Brabant, III, i25. 
(2) AuG. Thys, Bnlhiin de h Propriété, 1887, p. 



l66 LES SElGNEi:KIi:S 



à la réquisition de messire Charles -François Boot, 
seigneur de \"elthem, Ophem, Sombeeck, etc., et de 
Marie-Gaspardine van der Gote, douairière de Florent- 
François Boot, seigneur de Sombeeck, etc., en qualité de 
tutrice de ses enfants (i). 

Charles d'Immerseel eut deux filles naturelles : Pé- 
tronille (Peiync) et Henriette (Hcndrinc), {\m furent légi- 
timées, à Bruxelles, le 24 mai iSSg (2). 

70 Marguerite, religieuse à Amsterdam. 

Voici les 8 quartiers de. ces enfants : 

Immerseel, Berchem, de Wesele, dit Sompekc, de 
Cock; Tollins, Sloeve, Vilain, Liedekerke. 

Le tableau de la page suivante en donnera la clef. 



Jean d'Immerseel, l'ainé des 7 enfants qui précèdent, 
devint chevalier, seigneur d'Immerseel, Wommelgem, 
Itegcm, Meysse, ter Hameyden, vicomte d'Alost, proprié- 
taire du palais d'Immerseel, à Anvers. 

Par lettres, données à Lille, le 22 février 1504 (n. st.), 
Philippe le Beau le nomma margrave d'Anvers, à la 
place de son père, mort quelques jours avant. A cette 
époque, Jean était encore écu3'er (schildcnap) (3). 

Il fut aussi conseiller et chambellan de Charles-Quint, 
qui le nommait cher et féal cousin. 

L'investiture d'Itegem eut lieu le 24 octobre i5o4 : 

^'an Jannen van Ymmerseele, mercgreve van Antwerpen, die ontfaen 
heeft opten xxiiij darh octobris voirscreven (1504), voir stadhoudere ende 
mannen van leene, te wetene Gheert van der Weerve (!) ende Gieh's van 
Berchem, het dorp ende heerlicheyt van Yetc,i:hem mit allen hueren toebe- 
hoirten, als hem verstorven is by der doot van her Janne van Ymmersele, 
synen vader, eiide dat voer f-aw voile Iceuau dair voer ontfaen xx ryders, qui 
valent in niunten dese rekeninge vij i' x sch. grooten (4). 



(i) Minute aux Arch. générales du Royaume. 

(2) C, 164, f"* 77 et 116. 

(3) Jean fut éroutète ]jendant jjIus de seize ans. Les Archives générales 
du royaume possèdent les comptes rendus par lui, en cette ciualitc, du 19 
lévrier i5o5 fn. st.), justiu'à la XojI i5-u (C.. reg. u" I-904). 

(4) C, reg. n" 17S37. 



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i68 l'iis si:iGNEURii:s 



Le 9 mai i5o8, Jean releva : i" de la succession de son 
père une rente de loo fl. sur la seigneurie de Rijckevorsel, 
rente achetée par celui-ci de Gaspard, seigneur de Cu- 
lembourg (i); 2" des biens de son oncle Henri, les terres 
de Nuwenhove et d'Hagenbroeck, celle-ci avec les deux 
fermes y attachées (environs 32 bonniers), terre, qu'après 
le partage, son frère Guillaume releva le 2 1 février i5i6-7 
(2) ; 3° en qualité d'héritier de son oncle Charles, la part 
de celui-ci dons les dîmes de Zundert et le manoir de 
Doerne, à Lierre (3). En i525, il est mentionné comme 
propriétaire de la cour de tenanciers (lacthof) de Cauwen- 
dalc, à Zomergem. L'année suivante, il donna en location 
sa ferme de Poppenrode, moyennant 25 livres de gros, 
\ stccnen de lin, 100 livres de beurre, à / blank la livre, etc. 
(4). Le 1 5 janvier i Sog-io, il céda, par l'organe de Philippe 
Tollin et de Jean de Spliter, devant le magistrat d'Alost, 
au métier des tisserands, la chapelle de Saint-Jean-Bap- 
tiste, en l'église Saint-Martin de cette ville. Il se ré.serva, 
entre autres, pour lui et ses hoirs, le droit de se faire 
enterrer dans cette chapelle et d'y faire placer leurs 
armes (5). 

Par suite de la mort de sa parenté Elisabeth d'Immer- 
seel, veuve Vilain, Jean fut investi, le ig mars i5io-i. de 
Wommelgem, d'Immerseel, de ter Hameyden, du bien 
de ten Schoete-Bevcrt et d'une dîme y attachée (6). 

Il épousa, en i5o8, Marie de Lannoy, fille de Pierre, 
seigneur de Fresnoy, chevalier, conseiller et chambellan, 
et de Jossine de Glimes, fille de Philippe, seigneur de 
Grimberghe, et d'Anne d'Hamal, et portant : d'argent à 
trois lions de sinople, armés et lampassés de gueules, cou- 
ronnés d'or; brisé, en cœur, d'un croissant de gueules (7). 
Il lui assigna pour douaire l'usufruit de ses biens, dont 



(i) B., 25, f" 242. 

(2) B., 25, f" 53. 

(3) B., 349, f" 80. 

(4) Dk Pottkr et Bkokc k\i:rt, op. rit., II, i6. :.5i. 

(5) Cette intéressante pièce a été publiée en entier par MM. Dk Pottkr et 
Broi-xkakrt. 

(6) B., 349, f" 260. 

(7) B. R., 19205, f" 29. \'oir PI. 11, fiy. W 



DU PAYS DE MALINES lÔQ 

• 7 ■ 

elle fit faire le relief, en la même année, par son père, 
Pierre de Lannoy (i). 

Une longue maladie ayant rendu Immerseel incapable 
de vaquer à son office d'écoutète d'Anvers et margrave 
du pays de Rijen, le souverain lui donna, le 28 sep- 
tembre i520, pour successeur le chevalier Nicolas de 
Lierre (2). 

Marie de jLanno}' était déjà veuve le 2 janvier i527, 
jour où elle vendit, avec ses enfants, l'hôtel d'Immerseel 
à Anvers, à Georges Muytinck et à Gilbert van Schoon- 
beke, le père de l'illustre ingénieur (3). Le i" juillet 
suivant, Pierre van Wesenbeke releva, en vertu d'une 
procuration passée, devant les échevins de Bréda, le 
26 juin, pour Marie de Lanno}^ en qualité d'usufruitière, 
et pour les fils de celle-ci, François et Charles, nu-pro- 
priétaires, Wommelgem, avec le château d'Immerseel, 
de ter Hamevden et le manoir de Doerne, à Lierre (4). 
Le i" septembre i528, il fit le relief d'Itegem : 

^'an Meester Peter van Wesenbeke, die als gemachticht vanden steif- 
huyse wjden heren Jan's van Ymmerseele, opten yersten dach van Septem- 
ber anno xv'xxviij, als besetman ende tôt behoef van Joncheren Fi'anclwis, 
als sterfman, ende Kacrlcn van Ymmcrssde. desselfs wylen heren Jan's kin- 
deren, aen den voirs. stadthoudere ende mannen van leene. te welene 
Jaspar ende Gielis van den Dorpe, ontfaen heeft de heerlicheyt van den 
dorpe van Yeteghem, met hooge middeleende lege, chysen, knerenil^ruec- 
ken, pontpenningen, vogelrye, visscherye ende warande van conynen, ende 
allen anderen hneren toebehorten, also mcn die tôt k:'cc voile leenen hou- 
dende es. Ontfaen voir beyde de heergeweden xx ryders. die maken. 

V. Th. X sch. 

Van denselven Meester Peter, die als besetman ende tôt behoef van 
vrouwen Mariai van Lannoy, wedue des voirs. w^dcn heren Jan's, ten 
jare ende voir de selve mannen, ontfaen heeft huere tocht inde voirs. 



(i) Ce relief ne comprenait que les iiefs mouvants du duché de Brabant, 
non pas Itegem, qui ressortissait aloi's à la cour féodale de Malines (B., 
349, f° 81). 

{2] Celui-ci fut nommé à la idace de onsc licve ,i;etroitive schiltknapt\ Jan, licere 
van Ym:rsdc, hourchfiravc van Acht, onsc schouthd van Anhverpcii ende marc,i;yavc 
ons lants van Ryen,.... overmits syne cranckheyt ende dehilitacie van synen pei-soen, 
procederende mit diversse lan^e zieden ende accidencien. daermede liy lan.i^en iyf lequel, 
ende getravcilleert ,iieiceesi ende noch is... (C, reg. n" 12905). 

f3) A. Tmjs, op. cit. 

(41 B., 352, {'• i3i. 



lyo LES SEIGNEURIES 



heerlichevt van Yeteghem, ontfaen voir "t heergewede x ryders, vide- 
licet. iij Th. XV sch. (i). 

En la même année, Marie de Lannoy afferma une 
terre de 14 bonniers à Zomergem, dépendance de Cau- 
wendale, moyernant 16 livres de gros (2). 

Le i3 juin i53i, Marie van Lannoy, wcttif^c gcscllinne 
wylen hcrcn Jans van Ymmcrsccl, ridders, vrouicc van Ymmer- 
zcle, Icteghcm, Amcydcn, W ommclghcni , borchgravinnc van 
Aelst, etc., en qualité d'usufruitière, et son fils, François, 
nu-propriétaire, déclarèrent tenir à titre de fief du duché 
de Brabant les biens suivants : 

I. Les château, village et seigneurie de W'ommelgem, 
le bien de tcn Schote-Bevert, une dime à Schocte et à Bevert, 
mettcn hoeve van Ymmerzele cnde den winhovc {Sg bonniers), 
avec des cens et des arrière-fiefs. Les feudataires de ces 
derniers étaient : i"^' Jean de Lierre, du chef du manoir 
de tcn Schotcn, à Santhoven; 2^' Catherine van Wingaer- 
den, veuve de messire }an van de Werve, tenant le bien 
de ter Bevaert, à Oeleghem; 3° Corneille Pot, pour une 
ferme de 26 bonniers à Wommelgem; 4" ledit Jean de 
Lierre, du chef d'un cens de 6 vieux écus (schilde), 
6 chapons et de 4 livres de cire et de ccnen hooghcn aert, 
situé devant le manoir de Lippeloo ; 5" Jean Raedt, 
tenant un demi-bonnier de prairie dans la banlieue 
(byvanck) de Lierre; 6° Gaspard \'erbeke, une maison 
avec jardin, à Wommelgem, fief grevé d'une redevance 
de deux rasières de seigle à la mense du Saint-Esprit de 
ce village. 

II. Le bien de ter Hamevden, avec sa basse-cour (nedcr- 
hof), mesurant environ 27 bonniers, avec la seigneurie et 
les appendances, savoir le château avec ses jardins et 
des terres, d'une étendue d'environ 22 1/4 bonniers. L'acte 
établit d'une façon précise la situation de cette propriété : 
elle était limitée, au sud par Berlaer, à l'est par Itegem, 
à l'ouest par Gestel et au nord par la banlieue de Lierre. 
Elle comprenait encore une parcelle de terre, dite 7 Mo- 



'1) C, 1783s. 

(1) Dk PuTThK et Bk()I.( KAKRT. II. 55: 



DU PAYS DE MALINES 171 



Icnvcld, de 2 bonniers. et d'autres terres de moindre 
importance (i). 

Le 3 octobre i53i, Marie de Lannoy fut investie, en 
présence de son tuteur ad hoc, messire Antoine van der 
Baren, seigneur de Moskcron, d'une rente achetée de 
Henri, comte de Nassau, et constituée à elle par le fils 
de ce dernier, René de Nassau, prince d'Orange, respec- 
tivement par le tuteur de celui-ci, Henri de Witthem, 
seigneur de Beersel. Cette rente, d'une importance de 
200 florins du Rhin, était hypothéquée sur les baronnies 
de Bréda et de Grimberghe (2). 

Marie de Lannoy mourut avant le 6 juin 1549 (3). 

Nous lui connaissons sept enfants (4), savoir : 

i"-' Guillaume, qui était apparemment déjà mort en 
i528. 

2° François, investi, le i septembre i528, d'Itegem, 
par indivis avec son frère Charles. Il releva, le 10 juillet 
iSoy, de concert avec ce dernier, Wommelgem, Immer- 
seel et ter Hame3^den (5). Son union avec Marguerite de 
Mengersrewt, chanoinesse à Maubeuge, fille de Josse, 
seigneur de Cruybeke, et de Marguerite de Winnezeele 
(ou Wijmerseele), dame de Baesele, semble être restée 
stérile. Toujours est-il qu'aucun enfant ne lui survécut. 
Sa veuve se remaria à Ferry de Noy elles (6). 

3'^ Charles, qui mourut, sans lignée, avant le i5 mai 
1548. Il avait été investi d'Itegem avec son frère François 
et releva, le 3i octobre i533, par suite de la mort de 
celui-ci, la totalité de cette seigneurie : 

Xaxv Joncker Charles van Ymmersele, heren Jan's zone, die opten lesten 
dage van uctobic anno xv'' xxxiij aen den voirs. stadthoudere cnde mannen 



(i) B., 3o, fo i33. 

(2) B., 353, f" 4. 

(3) B., 357, f" 44. 

f'4) Les enfants de Jean et de Marie de Lannoj' possédaient un quart du 
Hofvan dcr List, sis dans la lanf^e Nyeustrate, à Anvers. Un autre (luart en 
appartenait au chevalier Guillaume d'Immerseel, le troisième aux enfants 
de Charles d'I., et le dernier (juart aux enfants d'Erasme van de Werve. 
Cet immeuble, sur leciuel fut érigée plus tard la Bourse, fut vendu le 18 
février 1527-8 à Jean de Berchem, fils de Guillaume, et à trois autres. 

(5j B., 25, f"^ 169 et 243. 

(G) B. R., n" 21757, f" 24. 



172 LES SEIGNEURIES 



van leene, te weten Rombout Boeyenhals onde Jean Keiman, ontfacu 
heeft na dode Joncker Franchois, z\-ns broeders, tôt ticcc voile leenen, de 
heeiiycheyt van Yeteghem, hoo.:>'he, middel ende leghe, met aile hare toe- 
behoorten, al na wtwysen des leenboecks daeraf synde. onlfacn voer de 
heergeweden vlj //< x sch. (i) 

Le 25 juin de la même année, il avait reçu, par suite 
de la mort de son frère François : Wommelgem, Immer- 
seel, ter Hame^-den, le manoir de Doerne, à Lierre, et 
et les biens de Schoctc et de Bcvcrt (2). Il greva ces biens, 
le 24 décembre i53g, en faveur du chevalier Louis de 
Schora, docteur en droit, membre du conseil d'Etat, etc., 
et de la femme de celui-ci, Anne van der Noot, d'une 
rente de 100 florins Carolus (3). Il fut aussi vicomte 
d'Alost et figura fréquemment parmi les hommes de fief 
du Brabant (4). Les Archives générales du Rovaume 
contiennent une déclaration de Frédéric -îw» Cnxct, con- 
statant qu'il tenait de Charles d'Immerseel, cciiycr, vicojnfc 
d'Alost, t'Hof dcn Ziiancncstc, à Baerdeghem (5), 

Le livre féodal, établi en i538, par Jean de Diest, 
lieutenant de la cour de Malines, nous apprend que la 
seigneurie d'Itegem, appartenant à Charles, rapportait 
annuellement 200 couronnes, et que celui-ci possédait à 
Berlaer un manoir (riddcrlykc hoevc), avec bcdrvve van 
inanissen, van mcver endc ladcn, de. 

4" Philippe, dont il sera question plus tard. 

5*^ Claudine, chanoinesse à Mons. 

6" Philippote, chanoinesse à Nivelles. 

70 Philiberte, qui épousa Thierry de Grevenbrocck, 
seigneur de Loon-op-Zand, fils de Robert (investi, le 17 
avril t5oi, par la mort de son père Adrien de 2 3 du vil- 
lage et seigneurie de Mierlo) (6), et de Marie de Haes- 
tricht, dame de Loon-op-Zand. 

Thierry avait été investi de cette seigneurie le 2 avril 
1 535-6, en qualité d'héritier de sa mère (B., 20, f' 235). 



(i) C, n" 1783s. 
(2) B., 353, f ' 242. 
f3) B„ 355, f" 16. 
(4) B., 356, f" 590, 

15) A. et D., n''4493. 

16) B., 348, f" i58. 



DU PAYS DE MALINES iy3 



Après sa^ mort, Philiberte la releva, le 4 novembre 
1573 (i). (Voyez plus loin). 



Philippe d'Immcrseel, précité, devint seigneur de 
Wommelgem, Immerscel, ter Hameyden, Me^'ssc, Ite- 
gem, vicomte d'Alost, etc. Il releva Itegem le 28 dé- 
cembre 1548 : 

Van Joncker Phili})s van Ymmerssele, die opten xxviij dacli van decem- 
bri anno xv'xLviij aen den voirs. stadthoudere ende mannen van leene, te 
wetene van Meesters Jan Vercammen, Jacob van Caestere ende Jan van 
Beeringen, nae doode van Jonckher Caerlen van Immerssele, zynen brue- 
der, ontfaen heeft tôt iicee voile leenen die hooghc heeiiicheit van den 
dorpe van Yeteghem, met hooghe ende leeghe, met heerlycke chj^sen, 
keuren ende breuken, etc., ende allen anderen vervallen daer onder sorte- 
vende, welcke heerlicheit van Yteghem hier voiityts gespleten es geweest, 
vuyt dien eene helft van den voirs. heerliclieit plach toe te behoirene hee- 
ren Henricke van Coclcin, Riddere, ende des voirs. Jonckher Philips van 
Ymmerssele grootvadere, ende d' ander helft vercreghen heeft gehadt by 
coope tegen den voirs. heere Henricke van CocJhein (!) gedaen, ergo mitter 
splylinge van dien blyft dese hcerlichevt twee voUen (!) ende alsoe ontfaen 
dobbele hccrgewede vij Ti. v sch. (2) 

Le i5 mai précédent, Philippe avait été investi, par 
la mort de son frère Charles, du manoir de Doerne, à 
Lierre, de Wommelgem, d'Immerseel et de ter Hameyden 
(3). Le 6 juin 1649, il reçut, comme héritier de sa mère, 
la rente sur BrédaetGrimberghe et la céda, le même jour, 
à maitre Pierre \'ereycken, premier secrétaire et audien- 
cier de l'empereur (4). 



Ci) B., 36i, f" 226. Marie de Haestricht et son mari avaient relevé Loon- 
op-Zand, le 21 décembre 1492. La sœur de cette dame, Thierrette, en avait 
été investie précédemment par la mort de son père, Thierr}^ van Haestricht, 
et ce dernier en avait fait le relief, le 26 août 1473, comme héritier de son 
frère Paul (B., 20, f" 235). En iSio, cette seigneurie appartenait à Constan- 
tin-Alexandre, prince de Salm-Anholt, duc d'Hoogstraeten. — En 1269, le' 
duc Jean T'' transféra à Guillaume, sire de Hornes, chevalier, à titre gratuit, 
la villa de Looi:, ou Venloon (Butkicns, I, p. io3). 

(2j C, 1783s; :.I., n" 46, f' 40 et n" 48, {" 86. 

(3) B., 356, f° 590. 

(4) B., 357, f^ 44. 



174 ^'^^ SEIGNEURIES 



Il s'allia, à Bruxelles, le 21 juillet i545 (i), à Marie van 
(ou van den) Dale, dame de Wilre (Wilder), à Campen- 
hout (voir PL II, fig. XI), fille du chevalier Englebert, 
seigneur de la baronnie de Lecfdael (que Jean, seigneur- 
banneret de Merode, lui avait cédée le i3 octobre 1540), 
de la cour censale de Wilder et de Coelhem, membre 
du grand conseil de Malines (par lettres-patentes du 17 
janvier i5i2-3), et, ensuite, chancelier de Brabant (y le 21 
décbr. i556, âgé de 60 ans, enterré à Bruxelles, dans 
l'église Sainte-Gudule, avec huit quartiers), et de Marie 
Ruffault (-J- en i532), fille du chevalier Jean, seigneur de 
\'ieufville, Mouvaux, Lambersart, conseiller et trésorier 
général du conseil des finances, et de Marie Carlin, fille 
de messire Pierre, à Arras. 

Son père, Englebert van Dale, épousa, en 2^* noces, en 
1534, Françoise le Sauvage (-|- le 28 janvier i572-3, enter- 
rée à Bruxelles, dans l'église Sainte-Cjudule), fille de Jean 
seigneur de Sterrebeek, etc., membre du conseil de 
Flandre et d'Antoinette d'Oignies (2). 

Le monument funéraire d'Englebert fut orné de ces 
8 écussons, qui représentent les quatre quartiers respec- 
tifs de ce personnage et de sa seconde femme précitée : 

VAN DEN DaELE, KeTS, VAN DEN BrOECK, WiJNGAERDEN ; 

Sauvage, Boi:logne, Ognies, Herines (3). 

De son grand -père, Jean Ruffault, Marie van Dale 
hérita la seigneurie, dite 7 hof te Schiplackcn (rel. du 
3 avril i545). Elle reçut, le 3 avril 1 556-7, le fief dit 7 hof 
tcn Docrne, avec une cour féodale et une cour censale. 

Par acte, passé à Bruxelles, devant les hommes de fief 



(ij Le mariage fut béni par un prêtre de réalise Sainte-Gudule, in cancc- 
hria Brahantie. Le marié est qualifié honestus domiceUus Phili/'piis van Immer- 
zeele, Anti^'erpiensis (Archives de l'église). 

(2) Pour les van Dale, on peut consulter Aug. vax.dex Eyndi;, Tableau 
clironol. des êcoutètes de Malines, 70, 77, 86. — Pierre v. D., échevin de Malines, 
brisa d'une croisette au haut de la bande. Gérard v. D. fut enterré avec ces 
quartiers : van den Dak-, van Hofstade, Sbunden, Leck; Kets, Borsele 
(Bausel)? Schoof, Schoonejans, (v. dhx Eynde, op cit.. et Prov., stad ende disir. 
van Mechelen L 112) Ruffault -[lorie : d'or à trois coejs de sables à la tète de 
bouc de gueules, et membres de même. — Un Hcnricus de Vallc, échevin de 
Malines, en 1276, scella de trois croissants (P). 

(3) Bi-TKENS, Tr. 



DU PAYS DE MALINES lyS 



du duc de Brabant, le 5 janvier 1547-8, Jean de Renesse 
fit transporter (en vertu d'une procuration, donnée, de- 
vant le magistrat de Bréda, le ig décembre 1546) à 
Philippe d'Immerseel, pour la femme de celui-ci, Marie 
van dcn Dale, une rente de i5o florins Carolus, partie 
d'une rente que René de Chàlon, prince d'Orange, comte 
de NavSsau, seigneur de Bréda, etc. (1), avait constituée 
à Renesse, sur sa terre de Bréda. 

Philippe mourut avant le 8 avril i55i-2,jour où sa veuve 
fut investie de cette rente (2). Le 22 juin i552, la cour 
féodale de Malines sanctionna son droit d'usufruit sur la 
seigneurie d'Itegem (voyez plus loin). 

Par son testament, Philippe d'Immerseel ordonna que 
les dettes de son frère Charles, dettes qu'en qualité d'hé- 
ritier universel il avait dû prendre à sa charge, fussent 
promptement amorties. A cette fin, on vendit publique- 
ment le manoir de Doerne, à Lierre, comme étant de 
mince rapport [dair luttcl projfyts af qiiacmc), et qui se 
trouvait dans un état assez délabré. Thierry Sommel 
s'en rendit acquéreur. Le i3 juillet i552, Marie van dm 
Dale, en qualité de tutrice de son fils Englebert et accom- 
pagnée de son père, Englebert van den Daele, chevalier, 
chancelier de Brabant, seigneur de Leefdael et de Wilder, 
lui céda cette propriété, devant la cour féodale de Bra- 
bant (3). Le i5 juin i557, elle transporta à sa belle-mère, 
Françoise le Sauvage, une rente de 200 florins du Rhin 
sur la baronnie de Gaesbeek, etc., rente que Jacqueline 
de Boloinge, veuve du chevalier Jean le Sauvage, chan- 
celier de Bourgogne, avait acquise autrefois, ainsi qu'une 
rente sur Bréda et Grimberghe (4). Le 7 décembre i557, 
elle releva la baronnie de Leefdael et la céda, le même 
jour, à Henri, seigneur de Merode, Petershem, Wester- 
loo, Perwez, etc. Sa belle-mère avait renoncé, préalable- 
ment, à l'usufruit qui lui avait été assuré de cette terre 
(5). Le 10 janvier 1567-8, Marie van den Dale remboursa à 



(i) Le duc de Brabant, au nom de qui la charte est donnée, le qualifie 
onze lieve getnncen mvc hev René de Chah»:, etc. (B., n" i35, f° 445 et n" 356, f" 553) 

(2) B., 357, f" 353. 

(3) B., 357, f" 264. 

(4) B., 358, f° 53. 

(5) B., n" 358, f" 239. 



176 LES SEIGNEURIES 



Philippote van der Noot, veuve de Nicolas de Busleyden, 
membre du conseil de Brabant, le capital de la rente 
constituée, autrefois, par son beau-frère Charles d'Im- 
merseel à la famille de Schora (i). 

Marie van Dale posséda à Malines une maison (2) qui 
passa, plus tard, à sa fille Marie. Celle-ci reçut aussi 
Popperode et Wilder. Elle semble avoir été dame d'hon- 
neur de la reine de France, Marie de Medicis, et se 
maria, successivement, trois fois. Son premier époux fut 
Othon d'Arkel, seigneur d'Heukelom, Leyenborg, etc. 
(fils de Waleran, chevalier, seigneur desdfts lieux de 
Waardenburg, Amerzode, etc., et de Catherine, fille 
bâtarde de Charles de Gueldre) qui mourut, en iSôy, 
accidentellement. Il fit, à Henvijnen, en Betuwe, une 
chute d'une voiture et tomba si malheureusement que sa 
rapière lui entra par l'oreille (3). 

Les archives de la ville de Malines possèdent une 
pièce intéressante. Intitulée : Invcntaris van de nicitblen, 
gocden, bcvonden tcn huyzc van vroiiwc Maria van den Dalc, 
■li'cduice wylen Hecrcn Philippiis, Hccre van Ymmcrscllc, toc- 
hchoirt hcbbcndc wvlcn Heercn Otto van Arkcl, H arc tôt 
Iluccklcm, Lcyenborch, etc., gcmaect tcn ernstigcn versoecke 
van de Edclc Joujfrouwe Maria van Ymmcrscllc, dessclfs 
Hecrcn Otto van Arkcl achtergcblevcn n'cdiiu'c, opten xxvij 
octobris xif zcvcn cntzcstich, présent Joncheere Baptista Keirc- 
man cnde Hecr Augustvn Wevns, schepencn, ende my Charles 
Stacs, secret aris deser stede van Meehelen. Parmi les 56 
livres imprimés ou manuscrits mentionnés dans ledit 
inventaire, on remarque les particularités suivantes : 
I" De Cronicke van Arckcle ; 2^ Divcrsche geschreven stam- 
boekcn: 3" Eencn latynschen Jranchynen brieff van den Heere 



il) B., n" 359, f» 92. 

(2) Cette maison paraît être identique à celle nommée 7 hof van Immcyseelc. 
sise dans la rue de la Blanchisserie, et qui devint, en i5g3, la propriété des 
Chartreux illistoirc des rues de Malines et de leurs montunents. par l'abbé G. \".\x 
Castkr). 

(3) \"oyez Simon vax Li;i;r\VKx, Batavia Illnsiraia, 85i. — Otto ah Arkelet 
son frère Charles (qui épousa Claudine Hannaert, fille de Charles, barf)n de 
Liedekerkc, seigneur de Niel, etc.; voir notre notice sur la seigneurie de 
Niel)_ furent immatriculés à l'université de Louvain. en mars iSSy-S (matric. 
aux Arch. génér. du royaume). 



DU PAYS DE MALINES 177 



van Arckel, gegcven in 't jacr iJoS, doniinica ante Assensio- 
nem, bezegelt met eejmt nythangenden zegele in groenen wasse 
acngaende de hcerlxkheyt van Hiicckclcm. 

Sa fille unique, Marie d'Arkel, dame d'Heukelom, 
Waardenburg, etc., étant morte, en iSgS, à Arras, les 
biens de la famille passèrent à Elisabeth, sœur d'Othon. 

En secondes noces, Marie d'Immerseel convola avec 
François, ou Jacques, de Licques, seigneur de Cresson- 
nière (Artois). Après la mort de celui-ci, elle contracta 
une troisième alliance avec Adrien de Noyelles, seigneur 
de Maries, gouverneur d'x^rras. 

Englebert d'Immerseel, fils unique de Philippe et de 
Marie van Dale, reçut toutes les seigneuries de ses pa- 
rents et la vicomte d'Alost. Il releva Wommelgem, 
Immerseel et ter Hameyden, le 8 avril i552 (n. st.) et 
Itegem le 22 juin suivant : 

« Joncker Ingelbert van Ymmerseele, sone wylen heren Philips, ridder, 
heeft ontfaen na doode zyns heren vaders tôt tu^ee voile leenen het dorp en- 
de heeilycheyt van Yeteghem met hooge cnde lege ende aile andeie iivnen 
toebehoorten, met Janne van Biabant als besetman, hehouddyk vroince Marie 
van dcn Dale, des voirs. Jonckers Ingelbert moedere, in aile huer recht... 
xxij juny xv"^ lij » (i). 

Comme héritier de sa mère, il releva, le 7 août 1574, 
't hoften Doerne, la seigneurie de Wilder et t hof te Schip- 
lackcn. Il transporta ce dernier fief, le g avril i5gi, à 
Pierre de Ranst, maître de la chambre des comptes. 

Englebert se maria deux fois. En premières noces, il 
épousa, en 1570, Jossine de Grevenbroeck, dame de Bok- 
hoven et d'Olmen. A cette occasion, sa mère renonça en 
sa faveur à l'usufruit d'Immerseel et de Wommelgem (2). 

Le 26 février 1571-2, il releva pour sa femme la sei- 
gneurie de Bokhoven, dont le tuteur de cette dame, son 
grand-père, Thierry de Grevenbroeck, avait rendu foi et 



(i) M., n" 2, f" 9. 
(2) B. n°36i, foyi. 

12 



lyS LES SEIGNEURIES 



hommage le 2 août i56i (i). Elle était fille de Florent 
et de Cornélie d'Harff, dame de Bokhoven (2), et portait : 
d'Afkel (qui est : d'argent à deux fasces bretessées et con- 
tre-bretessées de gueules) brisé d'une bordure componée 
d'or et de sable. (PI. II, fig. VII). 

Par cette alliance, la maison d'Immerseel acquit des 
droits sur la seigneurie de Loon-op-Zand, qui ne tarda 
pas à lui échoir. 

Au sujet du château de Bokhoven, on trouve des ren- 
seignements très intéressants dans le rapport susmen- 
tionné que J.-H. van der Does adressa, en 1810, au 
maire de Bois-le-Duc. Ce personnage infère de l'examen 
des ruines, qui en subsistaient de son temps, que l'an- 
cien château était de haute antiquité et avait servi de 
place forte. Il rapporte qu'on l'a fait sauter en 1672, et 
que, seules, les dépendances et la porte en ont été pré- 
servées de la destruction. Ces parties avaient été, depuis, 
transformées en habitation pour le comte. (En effet, ainsi 
qu'on le verra plus loin, la seigneurie de Bokhoven avait 
été érigée en comté, en 1640.) — Dans les années de 
1794 et 1795, les gueurres et les inondations avaient 
fortement endommagé le castel, et la pioche du démolis- 
seur avait continué l'œuvre de destruction. Du temps 
de van der Does, il n'existait plus, du manoir, que l'an- 
cienne porte, et, au premier étage, une petite salle qui 
servait de lieu de réunion aux officiers du comte, deux 
tourelles et les fossés. Le tout se trouvait entouré d'une 
muraille. 



(i) Stanislas Bormaxs, Les seigneuries féodales du Pays de Liège, comp. l'acte 
de relief relatif à la seigneurie d'OImen, acte qui établit que Jossine de 
Grevenbroeck était fille du damoiseau Florent et de Cornélie de Hervé, dame 
d'OImen, et petite-fille du damoiseau Thierry de Grevenbroeck (B., n° 358, 
f" 336). 

(2) Avant Jossine, Anne d'Harff, veuve de Guillaume de Rossem, cheva- 
lier, seigneur de Suelen, et Thierry van den Boetzelaer, drossard de Clèves, 
époux d'Alice d'Harff, avaient relevé Bokhoven, comme héritiers de leur 
oncle, Jean van der Aa (S. Bormans, op. cit.). Les Grevenbroeck, qui por- 
tent le nom d'un château prés d'Hamont, sont dits être une branche bâ- 
tarde des d'Arkel (De Maasgouw, I, 124; Heraldieke Bibliotheek, 1876, 267, et, 
surtout, la collection de Spaen, au Ministère de la Justice, à La Haye, le 
ms., intitulé, Geneahgien, IX). Le nom de la mère de Jossine a donné du fil 



DU PAYS DE MALINKS 17g 



Le manuscrit n^ i5i2 de la Bibliothèque royale (C. 
G.) contient, à la page 73, avec le millésime i573, ces 
armoiries, qui représentent les quartiers d'Englebert I" 
et de sa première femme : 

Immersele, Lannoy van den Daele, Ruffault; 

Grevenbroec, Immerseel, van Horst (i. e. Harjf)^ van 
Sintzich. 

L'écu va7i den Daele est ici écartelé de sable au lion 
d'argent; van Sintzich : écartelé : aux i" et 4®, d'or à trois 
merlettes de gueules ; aux 2*^ et 3^ de gueules à la croix 
d'argent. Le baron de Spaen (i) donne l'écartelure en 
sens inverse. Ces quartiers reposent sur la filiation établie 
aux pages 180 et 181. 

Le 4 novembre i573, Englebert releva pour sa femme, 
de la succession du grand-père paternel de celle-ci, des 
terres à Druinen (2). Le i juillet suivant, il fut investi, 
de la succession de sa mère, Marie van den Dale, de la 
rente de i5o fl. sur Bréda (3). 

Après la mort de Jossine, il convola en secondes noces 
avec Marie de Berlo (y le 26 mars 1601), d'une antique 
maison, originaire de la terre allodiaie de Berloz, au 
pays de Liège (PI, II, fig. VIII). Les quartiers de cette 
dame étaient : 

Berlo, Cortenbach, Duras, Schoofs; Merode, Cors- 
warem, Bau, Boulant. 

Le tableau, qui suit trois pages plus loin, fournit la 
filiation représentée par ces quartiers. 

Le 18 mai i5g5, messire Englebert d'Immerzeele, che- 
valier, vicomte d'Alost, seigneur de Wommelgem, d'Ite- 
gem, etc., releva pour sa femme, Marie de Berlo, par 
suite de la mort de la sœur de celle-ci, Elisabeth, une 
rente de 200 fl., hypothéquée sur le manoir d'Opstalle 
(sous Rijmenam), appartenant alors aux héritiers d'Alex- 



à retordre aux généalogistes. Ils en ont fait : Herftt, Herst, Horst, Hers, 
etc. C'est Harf on Harf qu'il faut lire. Cette famille porte : coupé de 
gueules et d'argent, le champ supérieur chargé d'un lambel d'argent ou 
d'azur. On trouve aussi un chef, au lieu du coupé. Les Harif portent le nom 
d'une terre près de Bergheim {Anii. de l'Acaci. d'Archéol. de Belg., XY\\ 407). 
(i) Ms Genealogien xi. 

(2) B., n° 36i, fo 226. 

(3) Ibid., f« 258. 



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andre Oudart (i). Le 26 du même mois, il releva une 
autre rente de 3oo fl. Carolus sur la terre de Pologne (2). 
Après le décès de Marie, son frère, Jean de Berlo, comte 
d'Hozémont, seigneur de Pologne, vicomte héréditaire 
de Looz, etc., fit le relief de la moitié de la rente sur 
Opstalle, le 2 janvier 1604, mais la transporta, le même 
jour, à son beau-frère Immerseel. Le mandataire de ce 
dernier (avec procuration passée devant le magistrat de 
Bois-le-Duc, le 12 novbr. i6o3), déclara, ensuite, au 
nom du edclcn hccrc, heere Engelbert van Immcrsele, Borch- 
grave van Aclst, heer van Ramcyen, [ter Hanicydeii) Bouchovc, 
cnz., que maître Nicolas Oudart, docteur en droit et 
officiai de l'archevêché de Malines, et messire Hugues le 
Cocq, seigneur de Lyons, tuteurs des enfants de feu mes- 
sire Charles Oudart, seigneur de Rijmenam, lui ont rem- 
boursé le capital de cette rente (3). 

Le second mariage d'Englebert semble être resté sté- 
rile. Du premier, il eut, outre un fils, dont il sera ques- 
tion plus loin, une fille, Philiberte ou Philippote, qui 
épousa, d'abord (4), Waleran, seigneur de Haeften et 
de Herwiinen, et, ensuite, Thierry de Bronkhost-Baten- 
burg, libre seigneur d'Anholt, fils de Jacques et de 
Gertrude de Mirlaer, fille héréditaire de Thierry, sei- 
gneur de Milendonk, Drachenfels, Meiderich, Wolken- 
burg, Kônigswinter, vicomte de l'archevêché de Cologne, 
et de Théodora de Bronkhorst (5). 



Thierry d' Immerseel, fils unique d'Englebert II, naquit 
à Anvers et y fut baptisé, en l'église Notre-Dame, le 6 



(1) M. n" 3, 2"= partie,^ f" 77. 

(2) B., n° 365, f° 383. 

(3) M., 3, £"61. 

(4) D'après Fahne, Codiiische. etc.. GcscMccJder (ad vocem Haeften), ce pre- 
mier mariage aurait été conclu en 1594. Waleran aurait été investi de Haef- 
ten le 17 avril 1577 et serait mort, en 1608, sans laisser de postérité, après 
avoir institué sa sœur, Théodora, pour héritière de ses biens Tous deux 
auraient été enfants de Jean de Haeften et d'Anne de Spangen, fille de Cor- 
neille et de Marie d' Immerseel (voyez plus hautj. 

(5) Fahne, Salm-Rciffcyschcid. 



184 LES SEIGNEURIES 



novembre 1572. Sa naissance semble avoir coûté la vie 
à sa mère. Toujours est-il que cette clame mourut avant 
le 10 mars i573. Ce jour, son époux releva pour son fils, 
pour suite du décès de Jossine de Grevenbroeck, dame 
libre de Bokhoven et dame foncière (grontvroiiK'c) d'Ol- 
men, 't godvan Olmen, avec des terres arables, prairies, 
bois, rentes, cens, seigneuries d'hommages et de tenan- 
ciers, le droit d'adhériter et de déshériter et toutes les 
autres ap- et dépendances, ainsi que des terres à Drui- 
nen (i). 

Thierry céda la seigneurie d'Olmen, le 18 décembre 
iSgô, à Nicolas Damant, chevalier, seigneur de Boon- 
dael, Ottignies, etc., conseiller d'Etat, chancelier de 
Brabant (2). 

Le 20 décembre 1574, i^ ^^^ investi de la terre de Bok- 
hoven (3). 

A son mariage avec Marie de Renesse, dame d'Ha- 
veluy (en Hainaut), sœur de René, comte de Warfusée, 
son père semble l'avoir doté du château d'Immerseel, 
avec la juridiction de Wommelgem. Cette union fut con- 
clue avant le 5 août i6o3, car, ce jour, Thierry prenait 
le titre de seigneur de Vcnloon, Wommelgem, Haveliiy, 
etc., en faisant, comme héritier de Philiberte d'Immer- 
seel, grand' mère paternelle de sa mère, le relief de la 
seigneurie de Loon-op-Zand, nommée aussi Venloon (4). 

^^oici la description de cet important fief : 

Dat dorp van \'enloen, met hooghe, middel ende neder heerlicheyden, 
mit manschapen, waranden, voghelrien, visscherien, houtscat, heymaet, 
statghelt, fourfaicten, mitten slote tôt Venloen, mit moeren, wildernissen, 
gemeynten,îmolenen, thienden, ch^-nsen, assisen ende gniytgelde, mitter 
hoeven in Udenhout, 't spongelt van den tornen op te vaert, mit twee hoe- 
ven neven t' voirs. slot geleghen. Een hoeve op 't Craenven. eene hoeve op 
te vaert ende eenemyftich buenderen moers onder Donghen gelegen, mit 



(i) B., reg. n" 36i, f'^ 246. 

(2) B., reg. 371, fo 424. Damant testa, le 14 mai 1614, devant le notaire 
Philippe le Flameng. En septembre 1616, son gendre, Henri de Varick, 
margrave d'Anvers, etc., releva Olmen pour sa femme, Anne Damant (B., 
reg. n° 371, f° 424 ; comp. notre notice intitulée : Episodes inidits de la chronique 
hriixelloise. 

(3) Stax. Bormans, op. cit. 

(4) B., reg. n° 367, f" 574. 



DU PAYS DE MALINES 



l85 



allen anderen toebehoiiten, welcke heeiiicheyt is geleg^en tusschen dit 
bosch van Udenliout ende grondeloosen meercken ende den dyck die 
leeght achler Waihvj'ck ende Baerd\\\yck totter straten toe, die legt tus- 
schen Tilborch ende \'enloen (i). 




FIG. II (2\ 

Le baron Jacques le Roy donne, dans quelques-uns 
de ses ouvrages, une gravure, du château de Loon-op- 
Zand. On y voit figurer dans les coins supérieurs, les 
armes d'Immerseel et de Mortmorency (plein). 

Loon-op-Zand est situé à environ quatre lieues de 
Bois-le-Duc. Le 24 juin iSSy, les troupes hollandaises 
en attaquèrent le château et s'en rendirent maîtres après 
un siège acharné et un bombardement par cinq bouches 



(i) B., reg. n° 20, f° 235. 

(2) Fac-similé du blason d'un sire Jean de Renesse, au XIV^ siècle, 
d'après l'Armoriai de son contemiporain, le roi d'armes Gelre : de gueules 
au léopard lionne d'or, armé d'argent et d'azur, lampassé d'azur, denté 
d'argent, et un semé de billettes d'or: casque couronné de gueules; cimier : 
une tête et col de taureau d'argent, languée et accornée de gueules ; lam- 
brequins : d'argent. 

Notre héraut d'armes introduit dans l'écu l'émail du cimier, en repré- 
sentant "le léopard lionne denté d'argent et armé d'argent et d'asur, ce qui est 
très original. 



:è6 LES SEIGNEURIES 



de feu. Mais deux mois après, le comte de Mansfeld 
réussit à reprendre ce château. Au XVI IP siècle, le 
manoir, menaçant ruines, fut démoli, à l'exception de la 
tour. Plus tard, cette tour fut utilisée pour la construc- 
tion d'une nouvelle demeure seigneuriale. Celle-ci était 
habitée, en 1810, par le conseiller d'Etat Verheyen, grand 
croix de l'ordre de l'Union (i). 

Thierry d'Immerseel mourut du vivant de son père, 
avant le 4 septembre 1610. Il ne fut pas seigneur d'Itegem, 
Le 12 février 1619, Englebert E"^ releva, en qualité de 
tuteur des enfants de son fils, la seigneurie de Bokhoven, 
pour son petit-fils Englebert II (2). 

Marie de Renesse eut l'usufruit des biens principaux 
de son époux. Le 4 septembre t6io, elle fit relever par 
son châtelain Jérôme Benedictus, ses droits sur Loon- 
op-Zand (3), et la nu-propriété de la moitié van aile die 
diepe moeren, lanthoofden ende moerdellen gelegen in de voors. 
heerlyckhcidt van Loon op 't Zandt (4). 

Cette dame décéda à Utrecht, en août 1622. Sa dé- 
pouille mortelle fut enterrée le ig, au son des cloches de 
de la cathédrale. 

Dans les comptes de cette église, relatifs aux recettes du 
chef de la sonnerie des cloches, on lit : XIX Aug (1622) 
in ob. nob. et generosae Dnae. Mariae de Renesse, vidiiae de 
Loon, Vomelgen, Haveluy, Anieyde, liberae doniinae de Bock- 
oven, vice-comitis . de Aelst, etc. (5). Ses quartiers étaient : 

Renesse, Nassau, Hamal, Schoendonck; Rubempré, 
Orley, Bousies, Baden. 

Le tableau de la page suivante fera connaître la filia- 
tion représentée par ces armoiries. 

Nous connaissons à Thierry et à Marie de Renesse 
cinq enfants, savoir : 

I" Englebert, à qui nous allons consacrer le chapitre 
suivant. 

2" Marie, qui devint femme de son oncle Thierry de 



(i) Rapport précité de van der Does. 

(2) S. BORMANS. op. cit. 

(3) B., 110369, fo iioo, 

(4) B., n° 20, f° 235. 

(5) De Navovschcr, XXXVI, p. 573. 



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LES SEIGNEURIES 



Bronkhorst-Batenburg, libre seigneur d'Anholt (veuf de 
Philiberte d'Immerseel). De sa fille, Marie-Anne, et de 
Léopold-Philippe-Charles, comte Sauvage et du Rhin, 
naquit, entre autres : Marie-Christine, comtesse Sauvage 
et du Rhin, princesse de Salm et du S. E. R., née en 
i655, qui dans son testament, du 27 juin 1744, prend 
aussi les titres de comtesse d'Immerseel et de BokJioven (i). 
Elle mourut en la même année. 

3*^ Anne (-Philiberte); elle fut investie, le 4 septembre 
16 10, en vertu du testament de son père, de la ferme 
d'Udenhout, d'un cens, dit chyns van Reylaer, à Tilborg, 
d'un cens de 5 muids et de 8 tonnes (vaten) de seigle, le 
tout étant une éclisse de la seigneurie de Loon-op-Zand 
(2). Sept ans après, elle releva un cens, de 5 12 muids de 
seigle, sur une terre à Goirle (3). 

Elle épousa, par contrat passé au château deRumbeke, 
le 4 avril 1626, Charles de Bryas, chevalier, comte de 
Bryas-Nédonchel, marquis de Molinghem, baron de Mo- 
riamé, seigneur de Bryas, Bristel et beaucoup d'autres 
lieux, premier pair de Liège, commandant d'un corps 
d'armée au service d'Espagne, du conseil de guerre, gou- 
verneur de Mariembourg. Ces époux testèrent, conjointe- 
ment, à Mariembourg, le 6 février i635. Anne-Philiberte 
d'Immerseel mourut en 1637, son mari, à Moriamé, 
en i655. 

Englebert d'Immerseel, comte de Bokhoven,et Claude 
de Milendonck, baron de Pesche, furent les tuteurs de 
leurs enfants (4). \'oici, d'après le comte de Saint-Genois 
(5), les huit quartiers de ceux-ci : 

Brias, Nédonchel, Bressonière, Biez de Fontaine, Im- 
merseel, Renesse, Gravenbroucq, Rubempré (6). 



(i) Ce testament a été publié dans les Annales de l' Académie d'Arcliéol. de 
Beli;i(/i(C, t. XV, p. 104. 

(2) B., reg. n" 20. f° 235. 

(3) Ibidem, reg. n" 372, f" 63 v". 

(4) Voir M. Laine, Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France 
(Paris, 1844), T. IX, advocem Bryas, pp. 23 à 25; on y peut trouver beaucoup 
de détails biographiciues sur Charles de Bryas. 

(5) Monuments anciens, I, p. 148. 

(6) Le 9 février i636, le fils aine, Charles de Bryas, releva, comme héritier 
de sa mère, la censé d'Udenhout (B., reg. n" 374, f" 32). 



Dl' PAYS DE MALINES iSq 



4^' Marie-Philiberte. 

5<^ Frédéric, qui devint, en vertu du testament de son 
grand-père, seigneur d'Itegem et de ter Hameyden. Le 
relief de ce dernier fief eut lieu le ig février 1628. Frédé- 
ric fut, sous le nom de Laurent-de-Jesu-Marie, carme 
déchaussé, au couvent de Charenton, près de Paris. Par 
son testament, passé à Paris, le i3 août i63o, devant les 
notaires Boucq et de Troyes, il institua son frère Eng- 
lebert II, héritier de ses deux seigneuries (i). 



Englebert II d'Immerseel reçut Itegem, en vertu du 
testament de son frère Frédéric, carme déchaussé. Bien 
que les généalogies mentionnent ce dernier comme l'ainé, 
nous le tenons pour le cadet des deux frères. Un acte 
du 6 août 1624, investissant Frédéric de la seigneurie 
d'Itegem et d'un manoir à Berlaer, établit qu'il était, 
alors, âgé de 14 ans (2). Or, son père étant cité comme 
mort dans un document de septembre 1610, Frédéric 
devait être le plus jeune de ses enfants (3). Nous n'avons 
pas découvert l'acte de relief d'Englebert II, relatif à 
Itegem. C'est par inadvertance, probablement, que l'en- 
registrement de cette pièce n'a pas eu lieu. Dans les 
dénombrements de la Cour féodale de INIalines, on a rayé 
le nom de Frédéric et remplacé entre les lignes, par 
celui de son frère (4). Englebert II fut investi de ter 
Hameyden le 11 avril i63i (B. 373, f" 856). C'est vers la 
même époque qu'il doit avoir reçu Iteghem, — A la mort 
de son père, on avait déjà porté en son nom la seigneurie 
de Loon-op-Zand (5), et, peu de temps après (12 avril 
161 2), son grand-père lui avait cédé, devant le magistrat 



(i) B., l-e^^-. 373, fo S56. 

(2j C'est à tort que cet acte nomme Frédéric /?& d'Englebert; il en était 
le petU-fih. 

(3) M, reg. n« 5, f« i5a. 

(4) M, n° 48, f° 86. 

(5) B. n°369, f° iioo. 



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LES SEIGNEURIES 



d'Anvers, le château d'Immerseel et le village de Wom- 
melgem (i). Quant à Bokhoven, nous avons vu que 
Englebert I'"" en avait fait le relief pour son petit-fils en 
1619. A la mort de son grand-père, Englebert II avait 
reçu les autres biens de sa maison, parmi lesquels la 
vicomte d'Alost. Mais, malheureusement, ce patrimoine 
était grevé de fortes dettes. Déjà le 6 août i63o, le comte 
de Warfusée, tuteur d'Englebert, avait été autorisé à 
emprunter 45000 fl. et à donner, à concurrence de cette 
somme, une hypothèque sur Immerseel et les biens que 
son pupille possédait àWolverthem (2). Le g, respective- 
ment le 10 mai i63i, messire Englebert d'Immerseel, vicomte 
d'Alost, libre seigneur de Bokhoven, seigneur de Loon, Wom- 
melgem, Haveliiy, Ramcycn, Itegem, Immerseel, etc., fit con- 
stituer à Jacques Roelants, chevalier, maître des re- 
quêtes du grand conseil de Malines, et à Jacques de 
Caluart, greffier du même conseil, pour un capital de 
16000 fl., à 6 I 4 *^ o, une rente annuelle de 1000 fl. Elle 
fut hypothéquée sur les biens suivants : le château de ter 
Hameyden, avec les appendances (3); Itegem avec sa 
juridiction; un cens, appelé Heychyns, consistant en une 
redevance de deux rasières d'avoine, dû par chaque mé- 
nage ayant un ou plusieurs chevaux, et d'une rasière, par 
chaque ménage ne possédant pas de chevaux; deux livres 
censaux, comprenant des cens, l'un à Iteghem, l'autre à 
Berlaer; une cour féodale, avec environ 80 arrière-fiefs; 
le droit de lever à Itegem le vingtième denier sur les 
marchands ambulants (by i^andel coop), un moulin à vent 
dans la bruyère d'Itegem ; un péage sur la Nèthe, ap- 
pelé le péage d'Hillebrugge — il se levait sur les che- 
vaux, le bétail, les oies, etc. — ainsi que tous les autres 
privilèges de la seigneurie d'Itegem, tels que pêcheries, 
oiselleries, amendes, etc. (4). 

Englebert II constitua une autre rente de 1000 fl. à 
x\drien d'Immerseel, chanoine à Notre-Dame à Tournai, 



(i) Mardi. 
{2) E. B. 

(3) B., n» 373, f» 858. 

(4) M., n" 6, fo 88, v°. 



DU PAYS DE MALINES IQI 



qui lui avait également avancé 16000 fl. (i). Ces deux 
rentes ne subsistèrent pas longtemps. Le 16 septembre 
i632, Roelants et Caluart, alors tous deux conseillers et 
maîtres des requêtes au grand conseil, firent savoir, 
devant la cour féodale de Malines, que Englebert d'Im- 
merseel leur avait fait rembourser leurs fonds. Cet acte 
établit que ce dernier était alors revêtu de la dignité de 
chevalier (2). Le i3 avril, respectivement le 7 mars i635, 
le chanoine d'Immerseel donna une déclaration analogue 
(3). Pour dégrever ses biens, Englebert avait dû aliéner 
le château de ter Hameyden, qui avait été l'apanage de 
sa maison, pendant plus de deux siècles et demi. Les 
acquéreurs furent messire Baudouin le Cocq, seigneur de 
Wulvergem, etc., et sa femme Françoise van Laethem 
(relief du 7 mai i635) (4). 



(i) Ibid., f" 91. Cet Adrien d'Immerseel était fils d'un Jean d'Immerseel, 
mort à Anvers en 1612, IIX (!) kalcvdas Martii, et d'Agnès Fasse. La pierre 
funéraire de ces époux était ornée de leurs deux quartiers respectifs, 
savoir : 

Immerseele, Fasse; de Smidt, van Cruningen. L'écu des Immerseel était 
brisé, en cœur, d'un croissant de gueules (J. F. VI', 19g). Ce Jean était fils 
de François d'Immerseel et d'Anne, fille de Vincent de Smidt. De quelle 
façon cette branche descendait-elle des seigneurs d'Immerseel? Nous ne 
sommes pas à même de répondre à la ciuestion, mais nous croyons que le 
rattachement remonte, au moins, au i5'' siècle. C'est aux archives de la 
ville d'Anvers à donner la solution «le ce problème. Quoiqu'on en ait dit, 
nous ne saurions admettre a priori que cette branche soit issue de la souche 
principale par bâtardise. 

Du temps d' Englebert II, un frère du susdit Adrien, Guillaume d'Immer- 
seel, gentilhomme de la maison royale, conseiller et receveur général des 
domaines au quartier d'Anvers, s'adressa au roi Philippe de Castille et ex- 
posa qu'il était descendant d'une famille d'ancienne noblesse, dont le chef 
actuel était Englebert, vicomte d'Alost, baron de Bokhoven, et qui portait 
depuis plus de Soo ans (sic !) : d'argent à trois fleurs de lis de sable, et pour 
cimier : deux demies jambes de sable, les fers d'argent, les clous de sable, chacune 
chargée d'un écusson aux armes de l'écu. Il sollicita du roi, pour lui- 
même, et ses frères, le chanoine Adrien, Chrysostome, Vincent, et leurs 
descendants, la permission de faire supporter leurs armes par deux gros 
chiens on lévriers d'argent, Jacquec de sable et garnis d'or, comme s'use à la chasse des 
sangliers. Le roi fit droit à cette requête et octroya aux frères, en outre, une 
couronne d'or â la place du bourrelet; 22 sept. 1629 (C. G., Portef. 623 ; cop.). 

(2) M. 6, f" i56, B. 374, f" 16. 

(3) M. 7, 100 v°. 

(4) March., p. 259. Le 19 avril i636, B. le Cocq fit payer par son frère, 



192 



LES SEIGNEURIES 



Pour récompenser les bons services rendus par Engle- 
bert II d'Immerseel, pendant les guerres contre la Suède 
et la France, l'empereur Ferdinand III érigea en comté 
sa seigneurie de Bokhoven, par lettres patentes du 12 
ou 17 février 1640 (i). 

Un des principaux arrière-fiefs, relevant du seigneur 
d'Itegem, était un chyns- cnde keurboeck, betreckende hinncn 
dcn dorpc endc hecrlyckhcid van Yttcgcm. Par achat de 
Martin d'Astrel, seigneur de Beauquesne, messire Nico- 
las Rubens, seigneur de Rameyen, en fut investi le 14 
septembre 1643. 

Le prix de vente était de 5oo florins Carolus (2). 

Englebert II eut pour femme Hélène de Montmorency 



messire Ferdinand le Cocq, seigneur de I^a Motte, Bniynaert, etc., à Cor- 
neille Eywerven, io652 fl. 2 1/2 sols, capital et arrérages d'une rente de 5io 
fl. du Rhin (B. 374, f° 36). Baudouin le Cocq vendit ter Hameyden (Rama3'en, 
Ramay), en 1643, à Nicolas Rubens (fils du grand peintre) et à sa femme 
Constance Helman (rel. 28 mai 1643). Par la mort de Nicolas, son fils, mes- 
sire Albert-Marie, en fit le relief le 1:6 octobre 1670 {Mardi., 259). Le 3o juil- 
let 1672, ce dernier feudataire étant i)assé de vie à trépas, les enfants de 
feu Nicolas Rubens relevèrent Ramayen par indivis, en faisant inscrire 
pour homme-mortuaire du fief Philippe Rubens (B. n° 377, f" 292). Pour 
l'histoire postérieure de ter Hameyden, on peut consulter notre notice sur 
la seigneurie de Berlaer. 

(i) J. LE RoY, Erection de toutes les terres, 25; Butkens, I, SuppL, 365. Le 
3o juillet 1648, le j)asteur de Bokhoven attesta que cette seigneurie ressor- 
tissait à la cour féodale de Liège (S. Bormaxs, op. cit). 

(2) Dans la seconde moitié du XVII= siècle, Jean-François de T' Serclaes, 
s'' de Norderwijck, se qualifiait aussi, parfois, mais à tort, de seigneur 
d'Itegem. Il y possédait : eeiien chyns- endc leenhoeck van den heerlycken laethove 
van Nodderuyck, resorterende onder den dorpe van Itei^hem, viet het redit van siellen 
van meyer, greffier, ende laethen, miisgaeders de pontpenningen, chynsen, goedenissen 
cnde relieven der leenen, genaemt het laethofvan Noddermyck, bestaende in JS items. 

Il vendit ce fief, le n juillet 1679, devant le notaire \'rancx, à Lierre, à 
Agathe Breedhoeck (relief du 21 octobre 1679). 

Plus tard, le bien appartenait à François Kersselaers. Par suite de la 
mort de celui-ci, il fut relevé, le 21 mars 1772, pour ses filles dont l'aînée, 
Jeanne-Dimphne, fut inscrite comme femme mortuaire. Attribué au partage à 
sa sœur Marie-Catherine, qui était morte, sur ces entrefaites, la fille de 
celle-ci, Thérèse-Bernardine Mutsaerts, femme de François-Jean van Eeck- 
hoven, pharmacien à Lierre, en fut investie le 4 avril 1772. Celle-ci était 
alors, âgée de 36 ans (Cour féodale de Matines, passim). 



DU PAYS DE MALIN ES IqS 



(PI. II, fig. IX), qui mourut le i3 juillet 1648 (i). Il lui 
survécut jusqu'au 26 septembre i652. Les époux furent 
inhumés dans l'église de Bokhoven, sous une superl^e 
tombe, en marbre blanc, rouge et noir, sculptée par Artus 
Quellijn. Cette tombe est, encore de nos jours, un des plus 
beaux ornements de ce temple. D'après la Notitia Mar- 
chionatus S. R. /., elle porte l'inscription que voici : 

D. O. M. Et perpetuae Memoriae Monumentum lUuslrissimi Domini 
Engelberti d'Inimerselle. Comitis de Bockhove et S. R. I., \'icecomitis 
Alostani. Toparchae de Immerselle, Wommelgem, Itegem, Loon, Have- 
luy, Eeckhoiit, etc., qui obiit xxvi. Sep. MDC.LII. 

Et lUuslrissimae Dominae Helenae de Montmorency fil. natu maximae 
Illustrissimi Joannis de Montmorency, Principis de Robecq, Comitissae 
de Bockhove et S. R. I. Mcecomitissae Alostanae, etc., quae obiit XIII. 
Juliianno MDC. XLVIII. 

Les archives que nous avons pu consulter, nous ont 
fait connaître sept enfants de ces époux, savoir : 

i"^ Théodore, qui reçut plusieurs biens en i653, et mou- 
rut le 23 mai 1654. On voyait à l'église de Bokhoven son 
obit^ portant les quartiers : Immerselle, Renesse, 
Montmorency, Lens. 

2° Thomas-Ignace, dont nous parlerons plus loin. 

3" Isabelle-Marie, qui devint la femme de Jean de 
Wassenacr, libre seigneur de Warmont, Hazerswoude, 
Druinen, Gansoyen, etc., veuf d'Isabelle-Marie d'Haes- 
tricht, dame héritière, de Druinen et Gansoyen. Il était 
fils de Jacques, seigneur de Warmont, et de Jacqueline 
de Matenesse, fille de Nicolas, seigneur d'Hazerswoude. 

Les quartiers de Jean de Wassenaer se posent ainsi : 

Duvenvoorde-Wassenaer, Vaikenaer, Egmont, Botber- 
gen ; Matenesse, Lockhorst, Bronkhorst. 

4" Marie -Philiberte- de -Saint- Joseph, carmélite dé- 
chaussée, à Lille. 

5" Jeanne-Ursule, chanoinesse à Maubeuge, en 1648, 



(i) Elle fonda un anniversaire dans l'église d'Itegem. Le 19 octobre i653, le 
receveur du village paie, de ce chef, 100 fi. à l'église. A son tour, Englebert 
d'Immerseel fonda, le 29 août i652 (probablement par son testament), dans 
l'église d'Itegem, une chapellenie à laquelle il assigna plusieurs biens situés 
dans ce village. Ils furent confistiués sous le régime français et, en 1S24, 
revendiqués par le curé (Maimale, à la cure d'Itegem). 



194 ^^'^ SEIGNEURIES 



qui épousa, avec dispense du 2 août 167 1, Antoine-Ignace, 
comte de T'Serclaes de Tilly, sénéchal héréditaire du 
comté de Namur. 

6" Balthasar-Eugènc, immatriculé à l'université de 
I.ouvain, le i5 novembre 1661, comme « perillustris 
Dominus Eugenius d'Ymmersel et S. R. I. comes de 
Bouckhoven » (i). 

7*^ Maître Ignace, jésuite. 

Les quartiers de ces enfants sont : Immcrseel, Rcncsse, 
Grcvenbrocck, Rubcmpré, Dalc, Nassau, Ilarf, Orlcy, Mont- 
morency, Lcns, Saint-Omcr, Noycllcs, Vilain, Habart, Yvc, 
Lille. ' 

Le tableau de la page ig5 donne la filiation représentée 
par les huit quartiers maternels. 



Englebeit II étant décédé, son fils Thomas fit relever 
■ — en vertu du testament de ses parents, du 18 juin 
1648 (2) — le 12 février i652, la seigneurie d'Itegem, 
avec ces ap- et dépendances. Maitre Jean Wijelems, pen- 
sionnaire d'Alost, administrateur des biens laiosés par le 
défunt vicomte d'Alost, se constitua son homme-servant 
(besetman) (3). 

Le comté de Bokhoven et la vicomte d'Alost échurent, 
d'abord, à l'ainé, Théodore, qui releva aussi, le i'"' dé- 
cembre i653, le château d'Immerseel avec le village de 
Wommelgem et les appendances, les biens de Schote- 
Bevert, etc. (4). Théodore étant mort peu après, son frère 
puiné, Thomas, fut investi, le 21 août 1654, d'Immerseel, 
de Wommelgem, etc. (5), le 8 août i657, et le 22 février 
i658, du comté de Bokhoven (6). 



(i) Matricule de cette université, aux Archives générales du royaume. 

(2) Ce testament, sous forme mystique, avait été endossé, le même jour, 
par les échevins de Loon, et ouvert, devant le secrétaire du même village, 
le 25 août suivant. 

(3) M., reg. n" 10, £« 134 v". 

(4) B., reg. n° 375, f° 126. 

(5) Ibidem, f" 14g v". 

(6) Sta.n. Borm.\n.s, op. cit. 



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LES SEIGNEURIES 



En vertu d'une dispense du i" août 1660, Thomas- 
Ignace s'allia à Madeleine- Fançoise de T'Serclaes de 
Tilly, chanoinesse de Nivelles, fille de Jcan-Werner, 
comte de T'Serclaes, de Tilly et du S. Ë. R., baron 




FiG. 12. 

de Marbais, seigneur de Templour, Balàtre, Bossières, 
HoUers, Golzinnes, Boves, Viefville, des deux Isnes, de 
Montigny-sur-Sambre, Heeswijk, Dinter, Berlicum, etc., 
et de Marie-Françoise de Montmorency, dame de Bou- 
chelem, Maniféry, etc. (sœur d'Hélène précitée), et 
petite-fille du comte Jacques de T'Serclaes, etc., et de 
Dorothée, comtesse d'Ost-Frise. Ce comte Jacques était 
un frère du célèbre général de la guerre de Trente 
ans (i). 



(i) Le blason des T'Serclaes, que nous donnons ci-dessus, est la repro- 
duction, réduite, d'une gravure de Jacques Harrewijn, graveur à Bruxelles, 
au XVII« siècle. Il représente, en écartelure, les armes des Montmorencj', 



DU PAYS DE MALINES 197 



Le contrat de mariage fut signé au château de Tilly, le 
II septembre 1660, par devant le notaire Em. du Ry. 
Le futur époux apporte au mariage : le château et le 
comté de Bokhoven, avec ses bois, et environ i5i marc- 
qiies de prairie ; le château et la seigneurie de Loon-op- 
Zand, avec un moulin, des droits d'écluse et cinq censés, 
situées dans ce village ; la seigneurie d'Haveluy, avec 
haute et basse justice; la vicomte d'Alost, estant fiejf de 
Flandre, avec le moulin à eau, motte et prairie, scituez dans 
ladite ville, avec tout tes les jurisdictions et préminences ; les 
seigneuries d'Immerseel et de Wommelgem ; la censé de 
Somergem, près d'Alost, avec 5o bonniers de forêt (i); le 
droit censal sous Boom, avec 140 bonniers de bois, nommés 
le bois de Stevl; 5i bonniers de marécage (viours), 
sous Dongen (baronnie de Bréda), relevant du prince 
d'Orange; une rente de 2000 fi. (rachetable par 40,000 fl.), 
à charge d'Eugène de Montmorency, prince de Robecque; 
une part dans un capital d'environ 3o,ooo fl., hypothéqué 
sur Heeze et Leende et provenant de la succession de 
René de Renesse, comte de Warfusée ; la seigneurie 
d'Itegem, avec le moulin et les biens d'Hillebrugge ; la 
censé de Calcnberge, avec des bois et des bruyères, et un 
moulin à vent à Nijlen. 

L'apport de la future consiste en une rente de 2000 fl., 
monnaie d'Emden, à charge du prince d'Ost-Frise, rente 
dont l'époux aura l'usufruit dans le cas où sa femme 
viendrait à mourir avant lui, sans laisser de postérité. 
Dans cette éventualité, cette rente écherra, après la mort 
du mari, au frère de la fiancée, le comte Maximilien de 



Ost-Frise, Lalaing et Autriche, avec, sur le tout, l'écu des T'Serclaes, dont le 
lion est chargé, sur l'épaule, d'un écusson, aux emblèmes des Bigard. Doro- 
thée d'Ost-Frise était, en effet, la fille du comte Maximilien d'Ost-Frise, 
chevalier de la Toison d'or, et de Barbe de Lalaing, et petite-fille du comte 
Jean d'Ostfrise, également chevalier de la Toison d'or, et de Dorothée 
d'Autriche. Celle-ci était une fille légitimée de l'empereur Maximilien P''. 

Notre aimable collègue, M. le comte de GheUinck d'Elseghem, à qui 
nous avions demandé des renseignements sur les armoiries de cette branche 
des T'Serclaes, auxquels il est allié lui-même, a bien voulu nous offrir cette 
intéressante gravure. 

(i) D'après le testament des époux, cette forêt était dénommée le bois 
d'Immerseel. 



ig8 LES SEIGNEURIES 



T'Serclaes, ou à un autre enfant des parents de celle-ci, 
suivant leur testament. 

Pour douaire, Thomas- Ignace d'Immersecl assure à 
sa future, une rente annuelle de 6000 fl., qu'il y ait des 
enfants on non, et un capital de 10,000 fl., pour sa chambre 
cstoujfce, que luy appartiendront franchement . 

Il lui assigne, ensuite, pour résidence de veuve, son 
château de Bokhoven, avec jouissance de la basse-cour et 
des jardins. Après le décès de son époux, elle pourra 
demeurer, avec tous ses gens, pendant six semaines, 
dans la mortuaire, aux dépens des héritiers, et sera libre 
de reprendre sa rente, ses habits, linges, bagues et joyaulx... 
et une carosse attelléc de six chevaulx (i). 

Les jeunes époux passèrent leur lune de miel au châ- 
teau de Loon-op-Zand. 

En date du 25 octobre de la même année (1660), leur 
contrat fut enregistré à la Cour féodale de Brabant (2). 

Peu de temps avant son mariage, Thomas avait pris 
des arrangements avec ses frères et sœurs, au sujet de la 
succession de ses parents, et leur avait constitué, par in- 
divis, une rente fidéicommissaire de 7200 fl., qui fut hy- 
pothéquée sur le comté de Bokhoven, la vicomte d'Alost, 
ses seigneuries et d'autres biens. Le 18 août, messire 
Balthasar-Eugène d'Immerseel fut inscrit comme homme 
mortuaire (sterfman) de cette rente (3). 

Thomas- Ignace eut un procès avec Thomas-Waleran, 
baron d'Arkel, seigneur d'Amerzode et Well, au sujet de 
la pèche dans la Meuse. Le 6 juin 1670, son adversaire 
reçut une confirmation de son droit de pécher dans ce 
fleuve, le long de ses propres seigneuries précitées, de 
Hedel, â Nederhemert, et le long de Bokhoven. Le 20 du 
même mois, Immerseel fut condamné pour avoir établi 
des bâtardeaux sur le territoire de Bokhoven et s'être 
approprié des alluvions à Amerzode. Le jugement portait 
qu'il aurait â démolir les digues créées par lui dans cette 
dernière localité (4). 



(i) B., reg. n° i5o, f" 146. 

(2) Ibidem, reg. n« 375, f« 323; comp. Stax. Bormans, op. cit. 

(3) M., n« II, fo 186. 

(4) Wcgens hd uitstckcn van krihhcn in de Maas, van liet vasidand van Boekhoven 



DU PAYS DE MALINES IQQ 



Le 12 avril 1672, le hoochgcborcn cnde doorluchtighe hccrc, 
hecrc Thomas d'Immcr selle, comte de Bokhoven et du S. 
E. R., etc., etc., vendit, mo3^ennant 58ooo fl., payables 
le jour de la mise en possession, à Jean Gansacker, les 
biens suivants : la seigneurie et le village d'Itegem, avec 
toutes leurs ap- et dépendances, livres censaux et féo- 
daux, le droit de pontpenningen; un livre censal strcckendc 
op diepanden ondcr de heerlychcyt Ballaer (Berlaer) ; le mou- 
lin à vent à Itegem, la ferme et les remises (i) à Hille- 
brugge, avec des terres et le péage, le tout formant deux 
amples fiefs du pays de Malines; une ferme, dite Calcn- 
hcrchhocve, mesurant environ 24 bonniers, avec le moulin 
de Calenberch, et environ 70 bonniers de bruyère, dite de 
Coelschc- ou Kctschc-Hcve, et des bois sous Bevel et Nijlen. 
Ces derniers quatre biens relevaient du comté d'Hoog- 
straten (2). 

Le 2 mars 1672, noble et illustre ^c/o'/zt'/zr Thomas-Ignace, 
comte d'Immerselle, de Bokhoven et du S. E. R. et son 
beau-frère, Antoine-Ignace, comte deT'Serclaes, de Tilly 
et du S. E. R. (3), prirent, en présence de Marie-Fran- 
çoise de Montmorency, comtesse-douairière de Tillv, un 
arrangement au sujet de rentes, provenant de la succes- 
sion de leur mère et belle-mère respective et de la succes- 
sion de Balthasar-Eugène d'Immerseel. Celui-ci avait 
testé à Saint-Omer, le 23 août 166g. Le 23 avril, Jeanne- 
Ursule d'Immerseel, née comtesse de Bokhoven, comtesse 
de Tilly, ratifia cet arrangement, devant le maïeur de 
Marbais, et renonça, ensuite, à sa part dans la rente hy- 
pothéquée sur Iteghem. Le 2 du mois suivant, le recteur 
du collège des Jésuites de Malines et maître Ignace 
d'Immerseel, S. J., reconnurent, devant le notaire de 
MUers, avoir reçu de Thomas-Ignace, comte de Bokho- 
ven, la somme de loooo il., part légitime dudit Ignace, 
et consentirent à la purge de la rente sur Itegem. Moyen- 



tegen de onde inlage, in hd afbrckcn van hd schoor en dé schoordyken van Amersodc 
(Navorschcr, XXVIII, 336). 
(i) Hiiysivghe cnde vuyispamùughe. 

(2) M., n° i3, f« 334. 

(3) Il était fils de Jean-Werner de T'Serclaes et de Marie-Françoise de 
Montmorency, précités. 



200 LES SEIGNEURIES 



nant le paiement d'une somme de 6000 fl., Sœur Marie- 
Philiberte de-Saint-Joseph, nommée, autrefois, Marie- 
Philiberte d'Immerseel, accompa.o^née de la prieure, de 
la sous-prieure et d'une simple religieuse du couvent des 
carmélites déchaussées, de Lille, donne une déclaration 
analogue, devant le notaire Desmadril de cette ville. 
Enfin, le 8 mai, Isabelle-Marie d'Immerseel, née com- 
tesse de Cokhoven, renonça, de l'aveu de son époux, 
Hooch edelgcborcn Hcere, Heer Jehan van Wassenaer, Vrij- 
hcere van W arnwndt , Hazerswoitde, Druynen, Gansoycn, etc., 
par acte passé devant le bailli de la seigneurie libre de 
Warmont, à sa part dans l'hypothèque sur Itegem, sous 
réserve de ses droits. En conséquence, Denis Kempenaers 
• fit casser cette hypothèque, le 25 juin, de sorte que le 
nouveau maître d'Itegem possédait cette seigneurie libre 
de toutes charges (i). 

Thomas-Ignace et Madeleine de T'Serclaes firent leur 
testament devant le notaire Jean-Baptiste Desmaretz, à 
Bruxelles, le 21 juin 1672. Les testateurs expriment le 
désir d'être enterrés dans l'église de Bokhoven, dans la 
tombe du père et du frère aine du comte. Ils lèguent à 
leur fils, Ferdinand-Albert : Bokhoven, Loon-op-Zand, 
Immerseel, Wommelgem, Haveluy, la vicomte d'Alost, 
la censé de Somergem, avec le bois, dit d'Immerseel, qui 
y est attaché, les bois près de Boom (ne représentant 
plus, alors, qu'environ 96 bonniers), les marécages de 
Dongen ; une rente de 1000 florins, due par le prince 
de Robecque, et une autre rente, de même import, que 
celui-ci devra leur servir à partir du décès de sa mère; 
la rente de 2000 fl. apportée au mariage par la testatrice; 
la censé d'Heuringhen, achetée par Thomas, dans l'année 
suivant celle de son mariage; la censé d'Udenhout, que 
le défunt comte Théodore avait achetée après la mort de 
son père; la part des testateurs dans la succession du 
comte Alexandre de Warfusée et, enfin, tous biens et 
rentes qu'ils pourraient acquérir par la suite. Les trois 
filles, Isabelle, Jeanne et Marie, auront, chacune, une 
rente annuelle de 800 fl. que leur frère devra leur servir. 



(i) M., rcg. n° i3, f° 340. 



DU PAYS DE MALINES 20I 



Ces rentes retourneront à celui-ci dans le cas où les ren- 
tières viendront à mourir sans lignée. Il sera, toutefois, 
loisible, à chacune des trois sœurs, de disposer d'une 
somme de 5ooo fl. sur le capital de sa rente. — Le 
document que nous analysons nous apprend que la 
comtesse de Bokhoven se trouve dans une position inté- 
ressante. En cas que Dieu luyfaise la grâce d'accoucher, et que 
ce soit un fils, celui-ci aura, pour sa part, la seigneurie 
d'Eechaute, en Flandre, et une rente de 1200 florins. Si 
l'enfant à naître est une fille, elle aura une rente de 
800 fl., dans les mêmes conditions que les trois sœuis 
précitées. Le seigneurie d'Eechaute sera sujette à fidéi- 
commis, au profit du comte Ferdinand-Albert, Dans le 
cas où ce dernier passerait de vie à trépas, sans laisser 
de postérité mâle, les biens à lui légués écherront à un 
^de ses frères, par ordre de primogéniture. En tout état 
de cause, l'héritier aura à payer à chacune des filles 
légitimes de son ou de ses frères une rente de 800 fl. 
Toutes ces rentes ressortiront au fidéicommis; elles 
retourneront, le cas échéant, à l'héritier de la maison. A 
l'extinction de la branche masculine, les biens seront 
attribués à l'aînée des filles des testateurs, sous la con- 
dition expresse qu'en cas de mariage l'époux et les des- 
cendants prendraient le nom et les armes d'Immerseel, 
à peine d' estre descheue de ceste substitution. L'héritière fidéi- 
commissaire sera tenue de verser, à chacune de ses sœurs, 
un capital de i5ooo fl. A la mort de la dernière repré- 
sentante des testateurs, le plus proche parent, qui vou- 
drai accomplir lesdites conditions, recueillira les biens de 
la famille. 

Les fils, les filles, ou leurs descendants, qui entreraient 
en religion, devront se contenter d'un capital de 5ooo fl. 
Le comte de* Bokhoven exprime le désir que sa femme 
se charge de la garde-noble des enfants, avec le concours 
de l'avocat Pafifenrode. Elle aura, en cas d'acceptation, 
l'usufruit des biens, jusqu'à la majorité du fils aîné, et 
la jouissance des rentes, jusqu'à la majorité des filles ou 
jusqu'à leur mariage. Si elle refuse d'accepter la tutelle, 
elle aura pour douaire une rente de 6000 fl. et un ca- 
pital de 10,000 fl., pour chambre estojfée, conformément 
aux stipulations du contrat de mariage. Pour la cas où 



202 LES SEIGNEURIES 



elle aurait eu l'usufruit de la succession, pendant trois 
années, le capital de loooo fi. serait supprimé. Si la 
comtesse venait à contracter une nouvelle alliance, le 
Seigneur Baron de Waruwnt (Wassenaer) devrait prendre 
la tutelle des enfants. — Les époux signent : T. D'Yni- 
merselle comte de Boiichove, et M . /. tserclaes de tilly 
comtesse de Bouchovc. 



Le comte Thomas-Ignace mourut avant le 22 juillet 
1677. Ce jour, son fils aine, Ferdinand- A Ihert Hyacintue, 
qui devint comte de Bokhoven, vicomte d'Alost, etc., 
releva le château d'Immerseel avec la seigneurie de 
Wommelgem et les autres biens y attachés (B., reg. n" 
377, f*^^" 438). Le 5 du mois suivant, Madeleine-Françoise 
t' Sereines de Tilly, etc., etc., fut investie de Bokhoven (i). 
Son fils précité mourut, sans descendance mâle, à la fleur 
de l'âge. Le g août 1696, son frère Charles lui succéda 
dans la possession d'Immerseel (2), etc., et recueillit, 
vers la même époque, les autres domaines de son aîné. 
Eugène, un autre frère, se distingua dans la carrière 
militaire. Il devint maréchal-de-camp, général comman- 
dant et gouverneur de Cadix (y en 1716) et s'allia à Marie- 
Thérèse Coloma, marquise de Canales, fille unique 
d'Emmanuel et de Maximilienne-Dorothée T'Serclaes. 
Ces époux ne laissèrent pas d'erfants. 

Les quartiers des trois frères étaient : 

Immerseel, Montmorency, Renesse, Lens, Greven- 
broeck, Saint-Omer, Rubempré, Noyelles; T'Serclaes, 
Montmorency, Ost-Frise, Lens, Schierstaedt, Saint- 
Omer, I>alaing, Noyelles. 

Les énormes biens des maisons d'Immerseel et de 
T'Serclaes excitèrent la convoitise des agnats, et les 
procès ne tardèrent pas à surgir, après la mort de Made- 
leine-Françoise. Anne- Louis-Alexandre de Montmorency, 
prince de Robecque, premier baron chrétien de France, 



(i) St. Bokman's, op. cit. Cette dame mourut le i''' mai 16S4. Sou obit fut 
suspendu dans l'église de Bokhoven. 
(2) B., n" 379, f° 290. 



DU PAYS DE MALINES 2o3 



marquis de Morbecque, comte d'Estaire, etc., chevalier 
de la Toison d'or, lieutenant-général au service du roi de 
France, se disant héritier, sous bénéfice d'inventaire, de 
Françoise de T'Serclaes, princesse de Tilly, femme de 
Thomas d'Immerseel, revendiqua, de Charles-Emmanuel- 
Joseph, prince de Gavre, marquis d'Ayseau, chambellan 
de l'empereur, grand échanson héréditaire de Flandre, 
tuteur d'Eugène de Lierre d'Immerseel, comte de Bokho- 
ven, etc., la principauté de Tilly et la seigneurie d'Hol- 
1ers. De concert avec Anonyme de Montmorency, mar- 
quis de Morbecque et de Rêves, le prince de Robecque fit 
un procès à Jean-Baptiste-Joseph Minet, seigneur de 
Louverval, conseiller au bailliage souverain de Namur, 
cessionnaire des droits de Marie-Josèphe Ruiz de Castro 
sur les biens des T'Serclaes. Il s'agissait des terres de 
Tilly, HoUers, Marbais, Rêves, Luttéal, etc., laissés 
par le comte Charles d'Immerseel et de Bokhoven. Cette 
affaire peut se ranger parmi les causes célèbres du XVI IP 
siècle (i). Après la mort de Charles d'Immerseel, comte 
de Bokhoven, l'antique berceau de sa race (ayant, alors, 
comme il y a 35o ans auparavant, une étendue de 5g bon- 
niers, y compris le vignoble (wynhove) ; 55 bonniers en 
étaient situés entre le Conbeke et le Rollcbcke; les autres 
4 bonniers avaient nom de Molenbroeck) (2), avec le village 



(i) Procès plaides devant la coicvféod. de Br., n"* 897-2899 et 905-2952. 

(2) Le 14 mai lySi, Immerseel et le village de Wommelgem furent rele- 
vés, en vertu du testament d'Albertine de Dongelberghe, marquise de 
Rêves, par Louis-Anne-Alexandre de Montmorency, prince de Robecque, 
Grand d'Espagne de i" classe, colonel du régiment Limousin (B., n"386, f° 
285), qui, de concert avec Anonyme de Montmorency, précité, engagea, le 
20 mai 1758, pour un capital de 5ooo il., la baronnie de Liittéal à Antoine 
Stallaert, chirurgien du corps de S. A. R. le duc Charles de Lorraine, gou- 
verneur des Pays-Bas autrichiens' (Ibid., n" 387, f° 342). 

Le 17 mai 1765, le prince C.-E.-J. de Gavre, marquis d'Ayseau, comte de 
Peer, s"^' à' Immerseel et de Wommelgem, engage ces deux dernières possessions 
à messire Charles-Joseph Roose, sergeant-major de la ville d'Anvers et à 
Isabelle-Lucie Emtinck, béguine (Ibid., n° 389, f" 36). Le 12 août 1767, il 
transporta 5 bonniers de bois et de prairies, à Wommelgem, à Jacques 
Cornelissen, avocat, à Anvers. L'acte y relatif qualitie le prince, entre 
autres, maréchal de la cour de S. A. R. le duc de Lorraine et de Bar 
(Ibid., n° 389, f» 104). 

En 1788, damoiseau Simon-Joseph-Charles de Neuf, seigneur de Hooghe- 
lande etd'Aissche, figure comme seigneur de Wommelgem (Ibid., n° 394, f°i8). 



204 LES SEIGNEURIES 



de Wommelgem, fut relevé, le 17 janvier 1742, par 
Charles-Emmanuel-joseph, prince de Gavrc, marquis 
d'Ayseau, comte du S. E. R., de Peer, Fresin, Beaurieu, 
Gomignies et Castel-Nuovo, vicomte du Quesno}^, baron 
et seigneur du Monceau, d'Ugies, Aversein, Buissonville, 
Frouville et Vérenne, chambellan de Sa Majesté, pjouver- 
neur, capitaine-général et souverain-bailli de Namur, 
porte-étendard héréditaire de Flandre (i). 

Le 4 septembre 1734, Anonyme de Montmorency, mar- 
quis de Morbecque, Rêves, etc. , colonel du régiment Ile-de- 
France, se déclara vassal du duché de Brabant, du chef 
de la seigneurie et baronnie de Luttéal, sous Rêves. Il 
possédait cette terre en vertu du testament de ses parents, 
Anne-Auguste de Montmorency, prince de Robecque, et 
d'x^lbertine-Jeanne-josêphe dil miner sccl, comtesse de Bocho- 
ven, née de Donghelberghe, marquise de Rêves (2). 



Les Immerseel — on l'a vu, — ont joué un rôle im- 
portant dans l'histoire du Brabant et de la Flandre. 

Il est établi, d'une façon certaine, que cette belle 
famille forme une branche de l'antique maison de Lierre, 
dont le nom est un des plus brillants du Brabant. Bien 
que le souvenir de cette descendance semble être tou- 
jours resté vivace, à partir du XIV" siècle, les Immerseel 
ne prennent plus, dans leurs chartes, le nom de leurs 
ancêtres. En effet, de leurs nombreux documents qui 
nous ont passé sous les yeux, pas un ne rappelle le nom 
de Lierre. Seules, les pierres tombales d'Arnould, sei- 
gneur de Wommelgem, mort en 1450, et de Jean, vicomte 
d'Alost, mort en i5o3-4, en font mention (3). Ce n'est qu'au 



(i) B., n" 385, f" 245. 

(2) Ce testament fut passé, le 4 sept. 1743, devant les bailli et cchevins 
du Pont d'Estaires, chàtellenie de Warneton, en Flandre (B., n° 388, i° 22). 

(3) Nous ne mettons pas en ligne de compte une inscription commémo- 
rative qui existait, autrefois, au couvent des Pauvres-Claires, à Maliiies, et 
rappelait la fondation de ce monastère par Godefroid vau Vilain (sic !) et sa 
femme Elisabeth van Liere, vroiuoe van Ymmersecl cnde Wornincli^cm, etc., enter- 
rée le i5 août i52o (!). Cette inscription a été, sans aucun doute, placée 
après coup. 



DU PAYS DE MALINES 



207 



XVI IP siècle, époque de vanité par excellence, où, à la 
place des simples et beaux boucliers des aïeux, on se 
composa des écus qui sont' de véritables cartes géogra- 
phiques, et où les noms et les titres s'accumulèrent 
comme par enchantement, que le nom de Lierre repa- 
rait, — non pour redevenir le nom principal de la 
famille, mais pour allonger la liste des titres... 



Jean Gansacker, le nouveau seigneur d'Itegem, ap- 
partenait à une famille anversoise. Il était fils d'un autre 
Jean et de Sara van de Walle, fille d'Abraham et de 
Marie de Calonne. Il fut baptisé le 14 avril 162g, et 
épousa, dans l'église Saint-Jacques, le 17 février 1664, 
Chrétienne Aelst, ou vati i\lst, née en 1642, fille de 
Chrétien et d'Elisabeth Wouters. Il mourut dans sa ville 
natale, le 6 février 1677, après avoir testé, devant le 
notaire Lodewijcx, le 18 du mois précédent. Il fut en- 
terré dans l'église Saint-Jacques. Sa veuve convola en 
secondes noces, avec Pierre de Thosse, colonel au ser- 
vice d'Espagne et gouverneur du fort Philippe. Elle testa, 
devant le notaire de Vos, le 16 mai 1687. 

Les armes de la famille Gansacker sont : de sable au 
léopard lionne et au semé de fleurs de lis, le tout d'or; 
cimier : une fleur de lis de l'écu. 



En vertu du testament de son frère, Jacques Gansac- 
ker fit relever Itegem, le 18 septembre 1677, par Jean- 
Baptiste Verhaeghen (i). 

Surintendant et dijkgrave général du roi pour la 
Flandre et le Brabant, Jacques avait été investi, le 2g 
août 1671, par achat de Jacques, baron de Suys, sei- 
gneur de Lare, etc., de la haute, moyenne et basse 
juridiction du village de Schelle, sur la rive droite de 
l'Escaut, village où il possédait déjà antérieurement le 



(i) M., n» 14, fo 83 v° 



2o8 LHS SEIGNEURIES 



manoir de Ter-\'eken (voir pi. I\^, entièrement recon- 
struit par ses soins (i). Les hypothèques, dont la seigneu- 
rie de Schelle avait été grevée, par les anciens proprié- 
taires, furent promptement remboursées par le nouveau 
maitre. La purge eut lieu devant la cour féodale de Ma- 
lines, le 7 avril 1674 (2). 

Jacques avait vu le jour à Anvers, en i63i,et y avait été 
baptisé, à l'église de Notre-Dame-Sud, le 23 avril. Après 
la mort de sa première femme, Marguerite Vincke, il 
contracta une seconde alliance avec Marie-Marthe Bol- 
laert, ou Bollarte (PI. II, fig. X), fille de Jean (3), riche 
négociant d'Anvers et qui fut aussi grand-aumônier de 
cette ville. Le 22 janvier 164g, Bollarte acheta du fisc la 
haute, moyenne et basse juridiction de Neder- et Over- 
Heembeek (relief du 5 mai). Le roi Philippe de Castille 
lui dépêcha des lettres de noblesse, datées du i" octobre 
i65g. Au témoignage de ce document, le nouveau gentil- 
homme était né d'honnêtes parents et comptait parmi les 
principaux négociants de la ville. Il avait avancé au roi 
des sommes considérables. Pendant la campagne de 1641, 
Bollarte entretint à ses frais dix mercenaires. En 1646, 
il fit des sacrifices d'argent pour l'équipement de 2800 
volontaires anversois et, neuf ans après, il donna une 
nouvelle somme pour l'armée. En l'église Saint-Jacques 
d'Anvers, il fonda une chapellenie, avec des messes per- 
pétuelles, et un canonicat (4). Ses armes étaient : de 
gueules à la fasce d'argent, accompagnée en chef d'une 
main gantée d'argent, brandissant une épée, entre deux 
lions affrontés d'or, tenant chacun un besant d'argent. 
La mère de Marie-Marthe Bollarte était Susanne de 
San-Estevan, mariée le 11 août 1637, fille de Jean 
(5), receveur des Penas du roi en la chancellerie de 



(i) M., n"* i3, {° 309. On peut voir des reproductions des manoirs de Lare 
et de Ter-Veken dans les beaux ouvrages de J. le Roy (XotUia Marchionatus, 
Casiella et Praetoria, etc., etc.) 

(2) M., n° i3, f° 455. 

(3) Fils de Jacques. 

(4) C, n° 147, f" 9. 

(5) Jean de San-Estevan et sa femme, Suzanne Speckhouwer, relevèrent, 
le 28 juin 1627, une rente féodale, qu'ils avaient achetée du damoiseau La- 
zare Halder (Haller) (B., 373, f° 667). 



DU PAYS DE MALI NES 



log 



Valladolid, et de Suzanne Speckhouwer (fille de Chris- 
tophe et d'Elisabeth de Brecht), et petite-fille de Gabriel, 
pagador général des finances aux Pays-Bas. Par testament 
du 5 novembre 1667, Jean Bollarte institua sa femme 
pour son héritière universelle, à condition de donner à 
chacun de ses trois enfants célibataires, 5oooo fl., somme 
qu'avait reçue également chacun des enfants mariés (i). 
Il mourut peu de temps après. 

Le I" juin 1676, damoiseau Jean-Jacques Bollaert, 
Jacques Gansacker, seigneur de Schelle,sa femme Marie- 
Marthe Bollaert, Suzanne-Catherine Bollaert, veuve de 
Gérard van Uffels, receveur général au quartier de 
Malines, Anne-Marie Bollaert, veuve du conseiller et 
commis van Uffels, et le damoiseau François Gonzales de 
Saldaigne s'engagèrent, mutuellement, devant les éche- 
vins d'Anvers, tous leurs biens, en garantie d'un capital 
de 54000 fl. Caroliis. L'acte y relatif fut enregistré, à la 
cour souveraine de Brabant, le 2g décembre 1681. Du 
chef de Jean-Jacques Bollaert, on affecta alors à la garan- 
tie la seigneurie d'Over-Hembeek (2). 

Jacques Gansacker, seigneur de Schelle, Itegem, etc. 
fut gratifié, par le roi Charles de Castille, de lettres de 
noblesse, en date du 7 février 1678. Le 22 janvier de 
l'année, suivante, il reçut une augmentation d'armoiries; 
une couronne, au lieu de bourrelet, des supports, orne- 
ments indispensables au blason d'un gentilhomme, d'a- 
près le goût faussé de l'époque. 

Le document de T678 nous fait connaître des détails 
biographiques intéressants. Le fait que cette pièce ne 
nomme Jacques seigneur que de Schelle et de Ter Veken, 
et non pas aussi d'Itegem, prouve que notre personnage 
avait sollicité le titre de noblesse avant le mois de février 
1677, c'est-à-dire avant la mort de son frère. 

Lorsque, en 1666, les Français envahirent inopiné- 
ment les Pays-Bas, Gansacker av^ança au fisc les fonds 
pour lever un régiment d'infanterie de dix-sept com- 
pagnies et entretint, en outre, six mercenaires à ses 



(i) E. B. 

(2) B., reg-., n'^ 378, f" 59. 



H 



2IO 



LES SKIGNFATRIES 




l'U;. ij (i). 

propres frais. Il n'avait pas encore été indemnisé de ses 
débours en 1678. Dans les années 1670 et 1671, il fit au 
gouvernement de nouvelles avances, sur lesquelles il lui 
revenait, lors de l'expédition des lettres de noblesse, un 
solde de 67799 écus (2). Le seigneur d'Itegem était donc 
un des plus grands financiers de la métropole commer- 
ciale. 

Il possédait de nombreux châteaux, tels (jue : de Hooghc 
Poort (villa), à Hemixem, Tcn Essche (castcllum), à Schellc 
(voir PI. III) et Tcr-Borc/il {3) (avec seigneurie), à Iteghem, 
(voir PI. I). 

Il testa, avec sa seconde femme, le 23 octobre 1696. 
Cette dernière fit un codicille en octobre 1724. 

Après la mort de Jacques, survenue le 26 octobre 1696, 
sa veuve fit relever Schellc le i5, et Itegem le 23 décembre 



(i) Fac-similé, d'après la Notifia Marchionatus S. R. /.. du sceau des 
crhevins de Schelle, du temps de Jacques Gansacker. Le dessinateur du 
baron le Roy — pensons -nous — a mis quelque fantaisie en copiant Fécu 
de ce personnage. L'original n'était probablement pas muni d'une bordure, 
et le léopard lionne se trouvait tout bonnement entouré d'un semé de fleurs 
de lis. 

(2) C, n" 148, f-^ 14 V". 

(3) Des gravures de ces châteaux se trouvent dans les ouvrages de J. le 
Roy. Elles sont ornées des armes de Gansacker et de BoUarte, ces der- 
nières parties de San-Estevan. Dans son ouvrage intitulé CasteUa et Prado- 
ria, le même auteur donne aussi une gravure du château de Pid. à 's Gra- 
venwczel. Les armes des Gansacker (jui y figurent, démontrent que celui-ci 
a également appartenu à cette famille. 



DU PAYS DE MALINES 2l3 



suivant. Georges van den Driessche prêta le serment de 
fidélité pour elle (i). 

Les époux furent enterrés à Anvers, dans l'église Saint- 
Jacques, sous une pierre aux armes de Gansacker et de 
Bollaerte (parti de San-Estevan), sommées d'un casque 
couronné, au cimier du mari, ^^oici leur épitaphe : 

D. O. M. 

MONUMENTUM NoBILIS VIRI JaCOBI GaNSACKKK DoMIXI DE ScHELLE ET ItEGEM 
DiCKGRAVII Gp;NERALIS BrAIîANTIAE et FLANnRIAE0BIIT26 0(T* A" lCg6 UXOKIS 

Mariae-Makthak Bolarte obut 3o g^"^ 1724 et suorum. 

R. I. P. (2). 



Par suite de la mort de Marie-Marthe BoUarte, da- 
moiseau Charles-Rodolphe-Michel d'Erp, seigneur de 
Mingelfruyt (3), (près de Contich), releva, le 23 dé- 
cembre 1724, Itegem pour le fils de cette dame, damoi- 
seau Jacques-Ferdinand (jansacker, et, le 8 du mois 
suivant, Schelle pour damoiseau Jacques-Joseph, frère de 
celui-ci (4). 

Jacques-Joseph eut pour femme Isabelle-Jacqueline- 
Gonzales de Saldaigne (fille de François-Corneille et de 
Marie-Thérèse Bollarte). Nous ne leur connaissons qu'une 
fille, Marie-Isabelle-Jacqueline, qui épousa, le 2 novembre 
1739, ledit seigneur de Mingelfruyt. Plus tard, celui-ci 
contracta une seconde alliance. 

Le nouveau seigneur d'Itegem, Jacques-Ferdinand 
Gansacker, avait été baptisé, à Anvers, dans l'église 
Saint-Georges, le 12 mai 167g. Il s'était marié, le 12 juin 
1722, à Marie-Thérèse Fredericx, native d'xA.nvers, bap- 
tisée à l'église Notre-Dame-Nord, le 20 mars 1692. Elle 
avait pour parents Jacques-Joseph Fredericx (fils de Henri 



(i) M., n" 17. , 

(2) Insci". funéraires de la province d'Anvers, II, i38. 
(5) Elle doit son nom à la famille de Mengersrewt, Mengersruyt, etc. 
(voir pp. i5i à 154). 
(4) M., n" 25, f" 169 et 172. 



214 LliS SEIGNEURIES 



et de Christine de San-Estevan) et Marie van der Scharen, 
fille de Joseph, receveur d'Anvers, et d'Isabelle van 
der Goes. 

La famille Fredericx est originaire de Haarlem, qu'elle 
avait quitté pour cause de religion. Etablie à Anvers, 
elle s'allia à plusieurs familles marquantes et y rem- 
plit des fonctions publiques. Plusieurs de ses membres 
instituèrent des fondations pieuses. C'était là plus qu'il 
n'en fallait pour pouvoir aspirer à la faveur d'un titre de 
noblesse. Au surplus, la famille se réclamait de la con- 
sidération nobiliaire dont avaient joui ses ancêtres. La 
preuve de cette assertion semble, toutefois, n'avoir pas 
été fournie. On allégua que les archives de la famille 
avaient été détruites ou égarées, lors du pillage de la ville 
de Haarlem. Par lettres du 24 mars 1662, Gerbrand 
Fredericx fut honoré du titre nobiliaire (i), et plus tard, 
(11 septembre 1679), Jacques Fredericx, licencié en droit, 
fils d'Henri et de Christine de San-Estevan (cette der- 
nière appartenant, au dire du diplôme, à une famille 
d'ancienne noblesse de Valladolid), reçut pareille dis- 
tinction (2). 

Fredericx porte : d'argent au lion de sable, armé 
lampassé et couronné d'or, l'épaule chargée d'une étoile 
de même (PI. II, fig. XI). 

Jacques-Ferdinand Gansacker et sa femme testèrent, 
à LJerlaer, devant le notaire Pierre van Wesenbeeck, le 
10 mai 1723. \'euve, celle-ci fit un nouveau testament, à 
Lierre, devant le notaire Berckmans, le 8 novembre 1734. 

Le mari mourut à Iteghem, le 11 janvier 1729; il fut 
enterré, à Anvers, dans l'église Saint-Jacques. Sa femme 
le suivit dans la tombe, le 20 novembre 1734. 



La seigneurie d'Itegem, avec ses appendances, échut au 
fils aîné de ce mariage, damoiseau Joseph-Jacques-Fer- 
dinand II Gansacker, âgé alors de cinq ans. Damoiseau 



(i) C. 145; 221 V". 

(2) B. R., C. G., Poitef. n" 618. 



DU PAYS DE MALIN ES 2l5 



François-Charles Fredericx, oncle (i) de l'enfant, se con- 
stitua homme servant du fief (2). 

Jacques-Ferdinand II mourut jeune, âgé d'environ 18 
ans. \'oici ses huit quartiers : 

Gansacker, BoUarte, van de Walle, San-Estevan; Fre- 
dericx, van der Scharen, San-Estevan, van der Goes. 



Le 6 octobre 1742, Dominique- Joseph van Dvck releva 
Itegem pour damoiseau Joseph- jacques-Gerbrand Gans- 
acker, frère du défunt (3). 

Le nouveau maitre d'Itegem, (}ue les actes nomment 
généralement Jacques-Joseph-Gerbrand, était né à Itegem 
et y avait été baptisé le 10 octobre 1726. Il s'allia, à 
Bruxelles, dans l'église Notre-Dame du Finisterre, le 23 
juillet 1757, à Marie-Thérèse-Jeanne-Josèphe van Reyne- 
gom (PI. II, fig. XII) (4), d'une famille originaire de 
Hollande, gratifiée, en 1668, du titre de chevalier, 
incorporée, à Bruxelles, au lignage de Roodenbeke et 
portant : d'azur à trois fleurs de lis, au pied coupé, d'or. 
Cette dame avait les 8 quartiers que voici : 

van Reynegom, Maillaert, Mechelman, de Letter; van 
^'oorspoel, du Bois, Graet, de \'riese. 

Ces quartiers correspondent au tableau généalogique 
de la page 216. 



Une seule fille survécut à ces époux : 
Isabelle-Thérèse- Jeanne Gansacker, née le i5 janvier 



(i)Il était carmé déchaussé. 
(3) M., reg. n° 25, f" 607. 

(3) M., 27, f" 221. Le 23 décembre 1763, Corneille\'ermeiren,maïeui" d'Itegem, 
paya, du chef de ce relief, pour supplément des droits, 34 fl. 2 sols (M., n°3i, 
f" 49j. Après la mort de van Dyck, François-Joseph, baron de Zinzerling, 
renouvela le serment de fidélité, le 26 avril 17SS (M. n" 38). 

(4) Elle avait entre autres, un frère Norbert-Philippe-Maximilien Josei)h 
van Rcijnegom de Cocnshouvg c^ui releva, le 12 décembre 1771, après la mort 
de son frère Théodore-Georges-Jacques-Joseph, les seigneurie.s de Herent- 
hout, Herlaer et Buzet (B.. n° 391, i" 74). 




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DU PAYS DE MALINES 217 



1761, qui épousa, d'abord, Lambert-Joseph-Ghislain van 
Reynegom, seigneur d'Impel, échevin de Bruxelles, né, 
dans cette ville, le 21 février 1744, ^^ décédé le i" août 1784 
(enterré à Molenbeek-Saint-Jean), fils de jean-André- 
joseph-Ghislain, baron van Reynegom, seigneur d'Heet- 
velde, et de Marie-Caroline-Isabelle-Gasparine-Joséphine 
Charliers, dame d'Impel. 

Isabelle-Thérèse-Jeanne Gansacker hérita de la sei- 
gneurie d'Itegem. Elle la fit relever, le 3o novembre 1793, 
par Jean-Antoine van Ravels, secrétaire d'Itegem (i). 

Plus tard, elle convoja en secondes noces, avec jean- 
Joseph-Ghislain-Maximilien van Reynegom, né le 17 
janvier 1770 (fils de Ferdinand-jean-Baptiste-Ghislain, 
seigneur de Stakenborg, et de Thérèse-Jeanne-Josèphe- 
Ghislaine de \'illegas de Clercamp). 

Ce personnage fut le dernier seigneur d'Itegem. Il en 
ajoutait le nom à son nom patronymique. Sa mort eut 
lieu, à Bruxelles, le 16 janvier 1812. 

Les barons van Reynegom somment leur écu d'une 
couronne baronale et le font supporter par deux léopards 
lionnes d'or, tenant chacun une bannière, celle de dextre 
aux armes de van Reynegom, celle de senestre à celles de 
Mechelman : écartelé, aux i" et 4'' de gueules au lévrier 
d'argent; aux 2*-' et 3% d'or à trois fers de moulin d'azur. 

J.-Th. de Raadt. 

(A suivre). 




(i) M. 37 ; 704. 



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ETUDES SUR L'ORIGINE 



DU 



Nom de Malincs 



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. — Progrès des études toponymiques 

i:s études toponymiques offrent pour notre pays 
encore bien des mystères et bien des incertitudes. 
Cependant on peut s'attendre bientôt à un sen- 
sible progrès, à la suite de trois publications, qui 
ne tarderont pas à voir le jour et auxquelles, dès à pré- 
sent, nous souhaitons la bienvenue. 

Nous visons tout d'abord le mémoire couronné par 
l'x^cadémie royale et dû à la plume savante de M. Kurth, 
professeur à l'Université de Liège — sur la ligne de démar- 
cation à travers les âges des populations flamandes et wallonnes ; 
puis le rapport de M. Coopman — sur les travaux de la 
commission officielle pour la révision de Vorthographe des noms 
de lieux, rapport auquel le secrétaire de cette commission 
a su donner une importance scientifique, quoi(}ue dans 
l'intention du gouvernement, sa tache fut purement admi- 
nistrative; enfin le volume XIII des Inscriptiones latinae 
de M. Zangemeister, publié pour compte de l'Académie 



220 ETUDliS SUR L ORIGINE 



de Berlin et contenant tous les textes épigraphiques des 
trois Gaules (Belgique, Celti(]ue et Aquitaine), œuvre 
colossale et précieuse entre toutes, pour l'époque la plus 
ancienne. 

Les origines locales présentent, surtout pour la Bel- 
gique flamande, des difficultés considérables, parce que 
bien souvent on ne sait pas au juste si on se trouve 
devant un nom de lieu originairement romain ou germa- 
nique, et s'il faut interpréter le mot par le gallo-romain 
ou par l'ancien thyois. 

Cette difficulté grandit par l'embarras que l'on éprouve 
déjà pour décider s'il faut retrouver dans le thème étudié 
un nom de personne, celui du fondateur, du premier 
propriétaire ou bien une désignation empruntée à la 
situation du lieu, à l'hydrographie, à la végétation, etc. 

Il y a un quart de siècle, des essais ont été tentés pour 
remplacer les explications toutes fantaisistes d'autrefois 
par des interprétations méthodiques procédant de vues 
d'ensemble. On peut dire (ju'il se forma alors deux écoles. 
D'un côté, Chotin, qui avait généralement la tendance à 
chercher une solution dans les situations locales, d'autre 
part l'ernaerts, qui ne voyait partout que des noms 
d'hommes, c'est ce qu'il fait aussi pour Malines. Voyez 
ses Etudes étymoh^iqucs (Annales de l'Acad. d'archéol. 
d'Anvers, 1882, t. XL). Ceux-ci ont dû en réalité jouer un 
grand rôle dans l'onomastique, surtout à l'époque gallo- 
romaine et à l'époque franque; mais Bernaerts, qui est 
mort avant d'avoir pu achever son œuvre, n'avait pas 
recueilli les connaissances voulues en épigraphie ro- 
maine et il a commis de nombreux anachronismes, en 
cherchant à éclaircir des désignations topographiques 
de l'époque gallo-romaine par des noms d'hommes ger- 
maniques du haut moven-àge. 

Pour taire œuvre méritoire et durable sur le terrain 
toponymique, il importe de bien connaître les variantes 
(juc peut présenter l'orthographe d'un nom de lieu dans 
les sources anciennes, et, d'autre part, de savoir comment 
le nom est prononcé dans la bouche du peuple ; il importe 
aussi de ne pas confondre les noms latins primitifs avec 
les relatinisations du moyen-àge et de toujours bien pou- 



T)V Nom de MALlNËâ ^2Î 



voir distinguer le radical du mot des suffixes qui sont 
venus s'y greffer. 

Nous avons eu dernièrement l'occasion d'attirer l'atten- 
tion des membres du Cercle Archéologique de Malines, 
sur les fundi gallo-romains, peu nombreux il est vrai, 
dans la province d'Anvers, disons même peu perceptibles, 
mais qui abondent dans certaines régions de la Belgique 
wallonne. 

Depuis, M. DE Marneffe vient de publier, dans les 
mémoires de la Société, un travail spécial sur le nom de 
Malines et les différentes orthographes qu'il a présentées 
à travers les siècles. Dans notre conférence du 28 avril, 
nous ne nous étions pas occupé du nom de Malines, 
parce que nous n'avons jamais considéré Malines comme 
devant ses commencements à l'une de ces riches villas du 
I" au 3" siècle de notre ère, dont on retrouve si souvent 
des vestiges dans le Hainaut et la province de Namur; 
nous réparerons aujourd'hui cette lacune. 

§ 2. — Les désignations toponymiques de Malines 
depuis 870 jusqu'à nos jours 

M. DE Marneffe a rendu service à la science, en recueil- 
lant d'une façon critique et diplomatique les différentes 
leçons orthographiques de Malines et en indiquant 
chaque fois soigneusement la langue dans laquelle est 
rédigé l'acte. Son œuvre d'archiviste est irréprochable, 
l'auteur ayant vérifié par lui-même toutes les citations 
qu'il donne et ne se contentant pas, comme d'autres, à 
renvoyer à Miraeus, souvent inexact. Nous désirerions 
seulement, pour les chartes latines antérieures au XII P 
siècle, de voir mettre entre parenthèses la préposition qui 
précède le nom. Cela peut parfois avoir son importance 
quand le nom de lieu est clans un latin barbare. 

On trouvait déjà réunies, au sujet de Malines, les formes 
suivantes dans Kreglinger (Bulletin de la coimnission de 
statistique, Bruxelles, 1847, pp. 222-225) : 

870. Malinas l'sicj. Miraeus, I, p. 3i. Partage de Charles-le-Chauve et de 
Loviis-le-Germanique. 
Pkrtz a depuis rectifié cette lecture de Mirakus par MaaUtias, 



'^21 ÉTUDES SUR l'oRIGIMK 



910. Maslinas. Miraeus. II, p. 8o5. Donation de Charles-le-Simple. 
980. Maslines. Miraeus, I, p. 5o. Donation de l'empereur Otton II. 
1006. Malinas. Miraeus, III, p. 11. Donation de l'empereur Henri II. 
1008. Maclinas (sic). Miraeus, I, p. 52. Charte de l'empereur Henri II. 
1127. Malina. Miraeus, IV, p. 5i2. Donation de Guillaume de Normandie, 

comte de Flandre. 
1134. Machlinia. Miraeus, II, p. 964. Donation du chapitre de Cambray. 
ii55. Maslines. Miraeus, II, p. 826. Charte de l'empereur Frédéric I Bar- 

berousse. 
iii3. Marlinas. Cartulaire des chartes de Flandres, n° 9. Accord entre 

révè(jue de Liège et le sire de Mftlines, de la maison de Berthout. 
1281. Maghlinia. Cartulaire de l'abbaye St-Michel, 5i v*'". Testament d'un 

ecclésiastique. 
1284. Maline. Diercxsens, I, p. 3x6. Charte du duc Jean I. 
i3oi. Macheline. Clericus I, n" 90. Convention du duc Jean II avec 

le sire de Malines de la maison Berthout. 
i3S3. Malines. Cartulaire de l'abbaye de St-Michel, n° 90. Acte français de 

Wauthier Berthout. 

M. DE Marneffe, en reproduisant une partie de ces 
mentions (celles qu'il a pu vérifier), en a redressé deux et, 
tout d'abord, la première : Maàliiias, remontant à 870 et 
que Miraeus avait transformée arbitrairement en Malinas. 

A ces thèmes, extraits des diplômes, s'ajoutent encore 
(juclques leçons d'anciens auteurs données par Bormans, 
Vcrslag ovcr de taalk.-prysvraag. Gcnt, 1841, p. 38g. 

Nous passerons ici en revue les différentes formes 
fournies par M. de Marneffe, pour en tirer les conclu- 
sions philologiques que cette étude nous suggère. 

Ma(§)alinas (forme la plus ancienne, supposée 
gallo-romaine) 

Maalinas est la forme sous laquelle le nom se présente 
la première fois, dans l'acte par lequel Charles-le-Chauve 
et Louis-le-Germanique se partagèrent, en 870, les états 
deLothaire II {Pertz, M onumenta Germaniae hisL; scripto- 
res, t. I, p. 489). 

Cette forme présuppose nécessairement une leçon anté- 
rieure, Magalinas. 

Gkandgagnage {Mémoire sur les anciens noms de lieux 
dans la Belgique orientale, p. 72) la considère comme ro- 
mane, c'est-à-dire comme étant déjà en latin altéré. C'est 
donc la grammaire romane qu'il faut consulter ici. 



DU NOM DE MALINES 223 



La rencontre de deux a ne peut s'expliquer que par la 
chute d'une consonne médiane (Brachet, Grammaire his- 
torique de la langue française, 24^' édition, pp. iSy-iSS). La 
chute de la gutturale s'opère pour le c dans plicdre (plier), 
jocâre (jouer), vocâlis (voyelle), délicat us (délié), precdre 
(prier); pour le g dans negnre (nier), gigantcm (géant), 
augûstus (août). On constate aussi la chute d'une dentale 
le d dans : crudclis (cruel), deîiudatus (dénué). 

Dans la légende de St-Brandan (publiée par Fran- 
cisque Michel, Paris, 1878), il est dit aux premiers vers : 

Donna Aalix la reine 

por les armes Henri lu rei. 



Il s'agit d'Alix de Brabant, fille du duc Godefroid I, et 
épouse de Henri I, roi d'Angleterre. Le poème fut écrit 
vers ii3o. 

Aalix figure là comme forme secondaire de : Adalais, 
Adelaïs (Adèle). 

En germanique, une consonne médiane disparaît sans 
que l'accent doive tomber sur la voyelle, qui la suit : 
sldgcn fait slacn, aujourd'hui slaan; mais la règle de la 
place de l'accent est invariable pour la romanisation du 
latin. 

Le fait que l'accent tonique tombe sur le second a de 
Maâlinas prouve par là môme (]u'il ne saurait porter sur 
l'i de // avant la romanisation parfaite, c.-à-d. avant qu'on 
ne se trouve en présence du français moderne. Dans cette 
dernière langue, l'accent tonique tombe sur la dernière 
syllabe ou sur la pénultième, si la dernière offre un e 
muet. 

Méchelen (forme germanique) 

La forme germanique du mot déplace l'accent tonique 
sur la première syllabe du mot ; les deux autres syllabes 
sont naturellement brèves; si en vers flamands la y syl- 
labe du mot a un demi-ton et peut dès lors servir de 
longue, c'est par une règle propre à la versification ; cette 
longueur, toute relative, tient uniquement à la place que 
la syllabe occupe dans le mot. C'est ainsi que Van Duyse, 



224 ETT'DES SUR LORIGINli 



qui connaissait la métrique plus que tout autre, donne 
le demi-ton nécessaire à des syllabes consistant en un 
simple e muet. Il écrira donc, dans son Orlando di Lasso, 
(en commençant le vers), au sujet de la harpe de David : 

de kommersussendé 



On voit dès lors qu'on ne peut tirer aucun argument 
de ce demi-ton de Mcchclcn, figurant dans un vers, 
comme serait le suivant : 

van MJcIu'h'ii hij kuàm. iiaar Mcclwlcn hij kécrdo 

Dans Mcchclcn, la 3^ syllabe est brève comme la 2^ et, 
ce qui le prouve, c'est l'existence, au moyen-âge, des deux 
formes Mcchcln et Mcchlcn; l'e de la seconde syllabe 
s'élide parfois, mais il en est de même de celui de la 
troisième. Ceci est tellement vrai qu'au ^W siècle il y 
avait une forme Machcl en haut-allemand (J.-B. Gramaye, 
Historia iirbis Mcchlinicnsis, Brux., 1607). On voit par là 
qu'il serait complètement inexplicable, que dans un mot 
composé supposé Maga-linas (ou Machi-lina, selon M. 
DE Marneffe), une syllabe « lin », qui comprendrait le 
sens principal du mot (toujours selon les Recherches)^ 
puisse se réduire à In, et même à 1; car, notons le bien, 
pour l'auteur, le mot, est d'origine germanique et n'a pu 
par conséquent subir un retranchement inconscient comme 
le subissent parfois en germanique des mots empruntés 
à d'autres langues. 

^'oici les différentes formes de la leçon flamande que 
M. DE Marneffe a pu recueillir; nous les divisons ici en 
trois groupes : 

/er groupe (à trois s^dlabes pour le radical suffixe com- 
pris) : Machclin-e (1284); Mechclin-e (i358)', Mcchclcn {140g 
jusqu'à nos jours); Macghelin-e 1296-1301, (l'allongement 
de l'a par e). 

Machilin-ya. (1220), relatinisation, où la syllabe lin 
est il est vrai accentuée, mais uniquement par le principe 



DU NOM DE MALINES 225 



qu'en latin l'accent tonique ne peut jamais tomber au- 
delà de l'antépénultième. 

2^ groupe (à deux syllabes pour le radical suffixe com- 
pris), élision de la voyelle de la 3" syllabe : Megeln-e 
(1284); Macheln-e (1297, i3oi); Mecheln-e (i2go, 1298, 
i3o3, i356), Mecheln-e (i3o3). 

S" groupe (à deux syllabes pour le radical suffixe com- 
pris) élision de la voyelle de )a 2"= syllabe. Machlyn, 
Machlin (dans le même acte i3i8); Mechlen (i320, i333, 
i356). Machlin-a. (121 3) relatinisation. 

Nous considérons comme spécialement remarquable 
la forme Machgelinc (1284); elle semblerait prouver que 
le ch n'est qu'un succédané d'un g primitif, qui fait ici sa 
réapparition; c'est un argument pour l'antériorité de 
Magalinas à Mechelen, du thème gallo-romain au thème 
germanique. 

Maslines (romanisation du germanique) 

Masclin-es (1019); M aslin- as (gio, 1006, 1070), Maslin- 
68(980, ii5i, 1164) (toutes ces formes se rencontrent 
dans des textes latins antérieurs à l'emploi dans les actes, 
de la langue vulgaire). 

Formes romanes secondaires 

A) (rhotacisme) Marlynes (1173); Marlin-es (i2i3), 
1233, 1264, 1288, i336.' (Ces quatre dernières chartes 
ne sont plus en latin). Le rhotacisme ou changement de 
s en r est ici, comme l'a du reste fait remarquer l'auteur 
des Recherches, le même que celui constaté dans vaslet, se 
transformant en varlct. 

B) M. DE Marneffe admet, avec la généralité des au- 
teurs, que Maslines a formé Matines, comme Nemaustis a 
donné Nîmes. 

Nous ferons remarquer que si on se trouve ici en pré- 
sence d'un cas de suppression de l's devant une liquide, 
il faudrait écrire Màlines et non Malines; mais nous 

i5 



226 ÉTUDES SUK l'oRIGINE 

verrons que ce dernier thème trouve sa justification dans 
une romanisation directe, ne passant pas par le germa- 
nique. 

Maalines (romanisation directe) 

Les deux a du latin se confondent en roman en un seul 
a long, a C'est pour marquer un allongement que l'a a été 
redoublé ou additionné d'un e » M. de Marneffe l'a con- 
staté avant nous ; mais cet allongement dérive ici direc- 
tement du thème latin, tout au moins quand il se 
manifeste par aa ; car la forme avec ae peut être attribuée 
à une influence flamande (nous avons vu plus haut Mac- 
ghelin-e (1296, i3oi). 

Maalin-e dans -la chronique de Philippe Mouvskes, au 
XI IP siècle, en français, Maalin-es (i356), en français. 

Maclin-es (1273, 1297, et autre XIW siècle), toujours 
en français. 

Malin-es ii3i (en latin); puis en français : (1281, 1287, 
1298, i3o7, i332, 1334, i358, 1433, 1475, 1489). 

§ 3. — Des terminaisons employées dans les plus 
anciennes leçons du nom de Malines 

De même que M. de Marneffe, nous croyons qu'on doit 
isoler la question des terminaisons. Nous reproduisons 
ici à ce sujet une observation que nous avons déjà faite 
dans notre Grammaire gauloise (p. 21). 

Un savant bien connu, M. d'ARBOis de Jubainville, a 
publié, en 1872, une remarquable étude sur la déclinaison 
latine en Gaule, à l'époque mérovingienne. En examinant 
ce travail basé sur les diplômes et les écrits des VP' et 
VIP siècles, on parvient à classer en trois catégories bien 
nettement distinctes les barbarismes qui y foisonnent pour 
les déclinaisons. On voit : 1° les formes gauloises qui y 
reparaissent; 2^' la suppression des cas obliques, achemi- 
nement vers le roman du moyen-àge (qui ne connaît que 
le cas sujet et le cas régime); 3^' il y a une confusion que 
rien ne justifie et qui est la conséquence de l'ignorance des 
vainqueurs germains voulant parler latin sans l'avoir 



t>V NOM DE MALIKÊS ^2-^ 



appris et faisant un horrible mélange des cas et des 
distinctions grammaticales. 

M. DE Marneffe suppose que certaines terminaisons 
franques et anglo-saxonnes ont passé dans le latin barbare 
de cette époque et ont même laissé des vestiges plus 
tard. Cette thèse mériterait un très sérieux examen, mais 
son étude nous éloignerait ici trop de notre but et de 
notre sujet. Disons toutefois que les paroles de M. d'AR- 
Bois DE JuBAiNviLLE : « Une confusion que rien ne justifie » 
ne nous donnent pas nos apaisements, et, qu'au contraire, 
tout en philologie a sa cause rationnelle. La confusion 
peut donc avoir été double : mélange de formes latines 
entre elles; mélanges de formes latines et de formes 
germaniques. M. de Marneffe peut avoir raison sur ce 
point important. 

^4. — Quelques considérations sur les origines 

diverses des noms de lieux. — 

Du rôle des suffixes : acinu, annm ou imnn, et ctimi, 

dans leur formation 

Nous avons rendu au travail de M. de Marneffe toute 
justice pour la partie qui regarde à proprement parler, le 
domaine des Archives; nous avons constaté quelques 
excursions heureuses sur le champ de la philologie, on 
nous permettra dès lors de ne pas tout louer indistinc- 
tement. 

A partir du br.s de la page i3, nous ferons donc toutes 
nos réserves. Lorsque Tauieur dit « Le radical du nom 
de Malines doit, d'apiès ce que l'on a vu plus haut, 
être Machi-lina », nous devons déclarer ici que nulle 
part M. de Marneffe, dans les pages précédentes de son 
travail, ne justifie qu'il faudrait couper : Maalinas, ou la 
leçon supposée, Machilina par le milieu, en y trouvant 
deux mots de deux syllabes. Nous arrêtons l'auteur à ses 
prémisses pour cette question d'interprétation du nom, et 
dès lors nous pouvons nous abstenir d'examiner la thèse 
en elle-même, thèse qui en tout cas nous parait trop 
savante, puisque pour la justifier, on a besoin d'un dic- 
tionnaire polyglotte, et qu'on ne sait pas prouver l'exis- 



228 ÉTUDES Sl^R T.'ORIGINF, 



tence réelle, dans une langue jadis parlée à Malines, des 
mots qui doivent servir à l'interprétation. 

Nous croyons à notre tour (et nos lecteurs auront vu 
plus haut pourquoi) que la leçon primitive indiquée 
par le Maalinas de 870 est Maf^alin-SiS. Dès lors (puis- 
qu'on laisse la terminaison hors de cause), le thème à 
discuter est Magalht-. Or ce radical, soit qu'on le coupe 
après ma-, après mag- ou après magal, nous semble ren- 
fermer en dehors de la racine, tout au moins un suffixe 
latin : -in-iim, que l'on retrouve dans Taur-zwum (Turin), 
i\rp-2;mm (ville des \^olskes), etc. Des savants de grand 
mérite, en Italie, l'illustre Flecchia, en France, MM. 
Quicherat et d'Arbois de Jubainville, en Allemagne, 
MM. Esser et Alfred Holder, en Belgique, MM. Van der 
Kinderen, Kùrth, Zanardelli, etc., admettent le rôle im- 
portant du suffixe dans la toponymie; c'est ce rôle que 
M. DE Marneffe semble méconnaître. 

Il n'emploie même pas, sous ce rapport, la terminologie 
aujourd'hui généralement admise, préférant celle de quel- 
ques grammaires grecques, puisque pour lui l'ode est un 
suffixe dans Machcnrodc et non pas le second membre 
d'un mot composé ou asyntactique. Il peut paraître mé- 
ticuleux de relever ce point, mais la philologie n'est pas 
une science si attrayante pour le grand nombre qu'on 
puisse négliger de se mettre d'accord sur la valeur des 
termes. En omettant de ce faire, on placerait le lecteur 
non-spécialiste dans l'impossibilité de suivre la discus- 
sion. Disons-le donc une fois pour toutes, nous entendons 
Yid^ï suffixe, la partie d'un mot, qui ne forme par elle-même 
un mot ni une racine de mot, mais qui vient se placer 
avant la terminaison pour modifier le sens du thème, 
tout en conservant l'idée principale. Exemple : rosa, 
ro^etum, ro^arium, yosaretum, (une roseraie, en gallo-ro- 
main); miles, viilitia, uiilitaris', rex, regïus, regalis. 

La langue latine est riche en suffixes et en fait grand 
emploi; elle est, sous ce rapport, d'une logique admirable. 
Le suffixe joue encore un grand rôle dans les langues 
romanes, dans les langues néo-celtiques et aussi dans les 
langues germaniques, quoique ces dernières fassent, tout 
comme le grec, un plus grand usage du mot composé, 
dont c'est le cas pour les désignations en -hem, -sele, etc. 



DU NOM DE MALINES 229 



Après cette digression nécessaire pour éviter tout mal- 
entendu, nous dirons qu'avant l'époque franque, le mot 
à suffixe est la règle parmi les désignations toponymiques, 
que les désignations asyntactiques, que l'on retrouve du 
temps des Romains, remontent le plus généralement à 
l'époque gauloise. Sous les Romains, quand on n'est pas 
en présence d'un mot à suffixe, on doit s'attendre à re- 
trouver dans les noms de lieux, deux mots, le second 
au génitif : Tcmplmn Jovis (Templeuve), Faniim Martis 
(Famars), 

Dans un partie de notre pays, surtout dans la province 
du Hainaut, on retrouve dans les noms de lieux beau- 
coup de domaines de riches propriétaires de l'époque 
romaine. Ces domaines sur lesquels était bâti générale- 
ment une villa, gardaient le nom du possesseur primitif 
tout en passant en d'autres mains. 

d'Arbois de Jubainville, dans son étude sur l'histoire 
de la propriété en France, Revue celtique, 1887-88, cite quel- 
ques fundi gallo-romains dans la Belgique actuelle, la 
plupart formés avec le suffixe acum, quelques-uns avec 
le suffixe anum. C'est, comme nous l'avons déjà dit, la 
province du Hainaut qui présente le contingent le plus 
considérable. 

Antonius : Antoing; Amucius : Amougies; Blandius : 
Blangy; Fannius : Faign}- Flavius : Flavion (Namur); 
Florins : Florennes (Namur); Gemellius : Gembloux (Na- 
mur); Geminius : Gemenich (Limbourg); Gimmée (Namur); 
Harmonius : Harmignies ; Licinius : Lessines; Lupimus : 
Loupoigne (Brabant); Fouvegnée (Fiège); Mallius : Mail- 
lien (Namur); M/cmz/s ; Micheroux; Montanius ou Mon- 
tinius : Montigny; Montenaken (Fimbourg), etc., etc. 
Nivellius : Nivelles (Brabacit); Rulius : Roly (Brabant); 
Sepuluis : Cipli ; Silius : Silly ; Severius : Sivry. 

Auxquels nous ajouterons encore : Acilius ou Ascilius : 
Asquillies; Ambillius : Ambh^ (Namur); Bellicius : Bliquy 
(autrefois Belchi); Cossilius : Gosselies; Frontius : Fronty 
(Namur); Marcius : Marchiennes; Maevius : Mesvin ; 
Papinius : Papignies ; Tatinius : Taintignies; Vertoruis : 
A'ertrijk (Brabant); Bertry (Fuxembourg), Bertrée (Fiège). 

M. le professeur Kurth, qui livre en ce moment à l'im- 
pression son superbe ouvrage couronné par l'Académie, 



23o ÉTUDES SUR l'oRIGINE 



sur les variations à travers les âges, de limites entre 
flamands et wallons, nous écrivait, à la date du lo mai 
dernier, au sujet des fundi gallo-romains : 

« Il n'est pas nécessaire, je pense, que je vous expose lonj;uement mes 
» idées sur cette matière, puisque i"ai pu me convaincre, par les conversa- 
» tions que j'eus avec vous il )' a quel(]ues années, qu'elles correspondaient 
» à peu près à tout point aux vôtres. Elles peuvent se résumer en cpielciues 
» propositions que voici : 

» /" Les noms de lieux, datant de l'épocpie gallo-romaine, sont très nom- 
)) breux, et se trouvent répandus dans toute la Gaule-Belgique, jusqu'au 
)) Rhin. Les listes qui en ont été dressées par n' Arhois,. pour la France, et 
» par EssrcR, pour la Prusse cis-rhénane, sont tout-à-fait concluantes; celles 
» que je publierai pour la Belgique, le grand duché de Luxembourg et les 
» parties méridionales des Paj-s-Bas, complètent la démonstration. 

» 2" L'immense majorité de ces noms est composé d'un suffixe acum, (pii 
» est celtique et désigne une propriété ou résidence, et d'un radical (pii est 
» d'ordinaire un ^eniilice (mmen ou cognomeii) latin. La plupart des noms de 
» personnes, qui nous sont fournis ainsi par l'analyse des noms de lieux, 
» désignent des indigènes, aj'ant adopté la civilisation romaine et jusqu'à 
» un nom romain, comme nous voyons par les monuments historiques, cjue 
» cela se fit en effet dés le premier siècle de notre ère. Les résultats de cette 
» analyse sont tellement certains que la plupart des vocables dégagés par 
» le procédé toponomi(iue se trouvent dans les tables onomastiques du 
» Corpus luscriptionam. et nous pouvons hardiment considérer tous ceux qui 
» n'y figurent pas comme constituant un utile supplément de celles-ci. 

» 3" De ces constatations, que l'on doit considérer comme acquises à la 
» science, il se déduit des conséquences importantes au point de vue de 
» l'histoire générale. La profoudeur de la roiitauisaiioii de notre pays, le progrés 
» de la propriété privée, et en général les vastes proportions du mouvement 
» économique déterminés par la conquête romaine en ressortent avec une 
» grande netteté. » (i) 



(i) M. SciiUKR.MANS (Bulletin des commissions royales d\iyt e' d'archcolo'^ie, X, 
Brux., 1871) partant de l'idée que les déesses Mahlinehae sont des divinités 
topiques et constatant que dans les environs de Cologne il n'y a aucune 
localité dont le nom puisse être rapproché de cette appellation, dit « les 
» savants allemands, en désespoir de cause, ont jeté les yeux sur les nom- 
» breux Machelen, Mechelen (en latin Machlinia, en français Malines, Marliuue), 
j) que contient notre pays, noms dont l'analogie avec Mahlinehae est en 
» effet des plus caractérisées, et comme pour leur donner raison, les anciens 
» documents présentent même indifféremment les formes Malilcu et Maghlen 
» pour une même commune (charte d'Othon de Thuringe, rapportée dans 
» vm di])16me de l'an 1062 et dans un autre de 1282. Ch. de Bdkmax, loc. 
>) citato, pp. 12 et 19), tandis qu'une autre charte de 1170 porte formellement 
» le nom de Mallinehem^ pour Maldeghem, [au témoignage de M. Alph. 
» W.\uTERs] (Revue trimestrielle, janvier 1867, IP sér., XIH, p. 39). » 



DU NOM DE MALINES 23l 



Si la profondeur de la romanisation de notre pays a pro- 
duit, même dans la partie flamande, un certain nombre 
de désignations toponymiques empruntées à des noms 
d'hommes, d'autres, en nombre tout aussi considérable, 
ont dû résulter de l'état ou de l'affectation des lieux ou 
des constructions qui y étaient élevées ; et nous croyons 
pouvoir relever dans la Belgique flamande, outre les lo- 
calités qui empruntent leur nom à un camp romain, 
Caster, Castren, etc., encore les suivantes : 

Rumpst (Anvers). Romanorum statio. (Station de la flotte 
de la 2*^ Germanie) (où l'on a trouvé une tuile romaine 
se rapportant à une station de cette flotte.) 

Thielt (Flandre Occ.) Tiletum, endroit où croissent des 
tilleuls. 

Helmet (Brabant). Ulmetum, endroit où croissent des 
aulnes. 



M. Schuermans ajoute encore : 

« Il existe plusieurs Machdcn, Mcchckn, Marliimc dans la Flandre, la ])ro- 
» vince d'Anvers et le Limbourg : Mechelen-sur-Mcuse s'appelle Mahlen, dans 
» une charte du 21 septembre 1062 » [Ccmpic-yeiidu des séances de la commission 
royale d'histoire, IIP série, IX, p. 8) et Ma^elneis, dans une charte du 3i mars 
ii5g. MecJielei! près Wittem se dit Michèle dans une charte de l'an i2i5, 
(Eknst, Histoire du Limbouri;, VI, p. 184) et Mechekn dans une charte de 1264 
(ibid., p. 264). Quaed Mechekn (français Maslinne) est nommé Mechleu dans une 
charte de 1219 (Mantelius, Historia Lossensis, p. 176). Un autre Mechekn est 
appelé Machlinia dans une charte de 1396 (Chev. di-: Borman, Compte-rendu, 
cité, IIP série, IX, p. 78), etc. 

Nous devons dire un mot d'une étjmologie proposée déjà au XVIP 
siècle. Whndklinus dans ses Lef^cs Salicae. Antverpiae, 1649, dit : Maciialum 
(titul. XXj : si quis spicarium aut macholum cum annona incenderet, gloss : 
Macholum : horreum sine tecto. Machau Inde per To.xandriam tôt locaquibus 
nomen istud impositum est : Mechelen. etc. 

Dltange reproduit au mot Machalk, Machalum, le sens de horreum sine 
tecto nostris scilicet campanis : « machau »: mais l'auteur du Glossaire 
ajoute : Machale vero mihi idem videtur,quod moles acervus. cumulus, gallice 
meule; et il cite des chartes où machc présente en français du moyen-âge le 
le sens de meule et d'autres où l'on trouve maquet^en latin machotum) comme 
diminutif du même mot. 

Nous n'acceptons pas l'explication de Wkndelinus, parce qu'il ne nous 
parait guère probable (}ue des localités aient emprunté leur nom à une 
msule de blé. 11 n'est, en France, aucune localité portant la désignation de 
mâche, machau ou maquet. 



232 ÉTUDES SUR L ORIGINE 



Rooborst (Filandre Or.) Roboretum, endroit où croissent 

des rouvres (espèce de chêne). 
Tichclt (frontière hollandaise, près de la prov. d'Anvers). 

Tegulae ou Teguletum, endroit où l'on fabrique des 

tuiles (on y a retrouvé l'autel de la déesse topique 

SandraudijEja). 
Moll (Anvers). Mola, moulin; Molac locus (d'accord avec 

M. Reydams, l'historien de Moll). 
Harcn, Hercnt (Brabant). Arenae, arenetum ; endroit où 

l'on trouve des sables. 

Pour ces désignations de lieux qui ne sont pas em- 
pruntées à des noms d'hommes, on remarquera le rôle 
important de suffixe substantif de localisation : etitm. 

§ 5. — Examen de Tétymologie de Malines 

par « magalia > (maisons 
rustiques); autel des matronae Mahlinehiae 

Magalia signifie des maisons rustiques, les construc- 
tions peu luxueuses d'une ville naissante. 

C'est ainsi que l'on trouve dans l'Enéide de Virgile 
(livre I, vers 142 1), au sujet de Carthage : 

Miiatur molem Aeneas ma,i^alia (iiiondani 

Et Servius, le commentateur du poète, dit : « Magalia, 
Est autem antistichon pro magaria. Magar enim lingua 
punica « villa » significat. Opéra Virgiliana eu m decem 
commentariis a Servio, etc. Lugduni, i52g, p. LX). » 

Mais ce n'est pas seulement à Carthage qu'on applique 
le mot de magalia. Le voici employé à propos d'Autun, 
dans la vie de S. Cassien (Fontaninus, de antiquitatibits 
Hortae, coloniae Etruscorum, Romae. 1723). 

Ut vero sacris tetegit magalia plantis 
ardiia Francigenum, quae dicitur urbs Eduoium. 

On trouve encore ce mot avec le même sens dans la 



DU NOM DE MALINES 233 



vie de Ste-Ide (voyez la collection des BoUandistes, 
septembre, t. II, p. 266). 

Une expression considérée comme synonyme de ma- 
galia, est celle de mapalia; on la rencontre dans les Géor- 
giques de Virgile (livre III, vers 340). 

Et raris habitata ïimpalia tectis 

Le même mot se rencontre dans Salluste : 
« Ex oppidis et mapalibiis profecti régis obvii proce- 
debant § 46, 5 de son lugurtha. » 

Cet auteur en donne même la définition : « aedificia 
» Numidarum agrestium, quae mapalia illi vocant, ob- 
» longa, incurvis lateribus tecta, quasi navium carenae 
» sunt § 18, 8. » 

Le mot figurait aussi dans le Poenus, une des comédies 
de Plante, où il s'applique aux constructions d'un fau- 
bourg de Carthage. 

Caton, dans son livre IV^ des origines, dit : « mapalia, 
casae punicae appellantur. » 

Festus définit : mapalia vocantur ubi habitant, ea 
quasi cohortes rotundae sunt (Festus, édition Mal., p. 146, 
p. 1473). 

Enfin le même mot se rencontre au singulier dans la 
forme non-adjective de mapaliim : 

« Coït e sparso concita mapali- agrestum manus. )> 
(Valerius Flaccus, livre II, vers 460.) 

Que la racine mag ou map est d'origine Carthaginoise, 
nous l'admettons très volontiers, mais le mot magalia nous 
semble, tout aussi bien que le mot mapalia, contenir un 
suffixe parfaitement latin -alia. 

Dans le dictionnaire latin de Freund (traduit par Theil), 
il est dit, à la rubrique magalia : autre leçon : magaria, 
c'est, comme nous l'avons vu, un écho de Servius. 

Or, DucANGE nous traduit magcria par « pracdiiim rus- 
ticiim. » Du moment que mag-aria doit être mis en rap- 
port avec mag-alia, et que la racine mag se dégage, on 
peut se demander si ce n'est pas le magiis ou magiim 
gaulois qu'on retrouve dans Noviomagus, Cesaromagus, 
Blatomagus. Baxter, dans son Glossarium Antiqnitatiim 



234 ÉTUDES SUR l'oRIGINE 



Britannicarum, p. 184, croit cjue Machelen est équivalent 
de magiolinum et doit être dérivé de magiis. 

D'un autre côté, près de la Moocker\\Q\à.ç^, on a trouvé, 
à line demi-lieue de Nimègue (Noviomagum), un autel : 
MATRIBUS MOPATIBUS, érigé par un nervien, né- 
gociant en grains, du nom de M. Liberius Victor, qualifié 
de ci vis Nervius, (de Wal, de mocdergodhincn, Leyden, 
1846, CLVII; ScHUERMANS, dans le Ballet, des comm. 
d'art, t. VI; C.-A. Serrure, Les sciences aiixil. de l'hist. 
de Belg., p. 3i). 

Au milieu d'un conflit d'opinions diverses, nous sommes 
porté à croire que ces mères mopates, étaient les bonnes 
déesses occupant et protégeant les habitations agrestes 
(car entre mop-àtes, c'est-à-dire la racine mop- suivie d'un 
suffixe de localisation personnelle et map-alia, c'est-à-dire 
la racine iiiap- suivie d'un suffixe d'appartenance, il y a, 
nous parait-il, un incontestable rapport. Ce rapport de- 
vint plus probable lorsqu'on rapproche du nom AGE- 
DOMOPATIS, figurant sur une inscription de Saintes 
(capitale des Santones) la légende AGEDOMAPATIS 
d'une monnaie gauloise. Alt^mer, Revue épigraphiqiie du 
Midi de la France, 1888, pp. 341 et 398; 1889, p. 695; 
CuMONT, Bulletin de la société suisse de numismatique 1891 
(les progrès de la numismatique gauloise depuis Lelewel). 

Disons seulement que la racine mag, map, si elle est 
d'origine carthaginoise (et la variante même ferait con- 
jecturer une dérivation d'un mot étranger, difficile à 
rendre dans la prononciation), a pu passer de bonne heure 
en latin, en Gaulois et en germanique; mais nous 
croyons qu'il ne faudrait pas en tirer la conclusion de la 
conformation identique de ces habitations agrestes en 
Afrique, en Italie et dans le Nord des Gaules. C'est du 
reste l'avis de Freund, puisque son dictionnaire traduit 
niapalia par « tente, baraque, hutte, cabane, maison 
basse, réunion de maisons de cette espèce, hameaux, 
villai^es ». 

En rapportant le thème Maalinas de 870 et les noms 
modernes de Mechelen et de Malines à cette double 
racine et en Isur donnant le même sens originaire que 
magalia, niapalia, on reste dans un ordre d'idée raison- 
nable et rationnel. Car on l'a dit avant nous, pour qu'une 



DU NOM DE MALINES 235 



étymologie puisse être considérée comme réelle, il faut 
qu'elle soit philologiquement possible; mais cela ne suf- 
fit pas. Ici il n'est pas oiseux de se demander si les anti- 
quités romaines que l'on croit avoir été retrouvées à 
Malines, ne répondent pas précisément à l'idée des traces 
qu'a pu laisser un ensemble de demeures, modestes, for- 
mant cette petite agglomération que l'on a pu qualifier de 
magalia, mapalia. 

Pour étayer notre supposition de l'antériorité du thème 
gallo-romain au thème germanique, nous pouvons pro- 
duire un argument qui aura une portée considérable aux 
yeux des archéologues. 

Il existe au Musée de Cologne, un autel, trouvé en cette 
ville, en 1844, ^^ dédié aux déesses Mahlinehae. (Revue 
celtique, III, 1876-78, p. 3oo, liste de noms supposés 
gaulois, par CREULy); carnets déposés au musée de St- 
Germain (VIII, p. 17). Cet autel, qui date, selon toute 
apparence, du premier siècle de note ère, est décrit dans 
le Corpus Inscript ionum rhcnarùm de Brambach (Elberfel- 
dae 1857), p. g5, n'^ 407. 

Il figure trois matrones sous lesquelles l'inscription : 

MATRONIS 

MAHLINEHIS 

TIB. CLAVDIVS 

TATICENVS 

V. S. L. M. 



La dernière ligne signifie votum solvit libcns mérita. 
Brambach renvoie à ses devanciers : Lersch, B. J. \\ 
VI, p. 3i5, g3; de Wal, De moedergodinnen, Leyden, 1846, 
CLXXXI ; Steiner, 1092. Orelli (Heinzen) 5g3g. 

M. d'Arbois de Jubainville (Revue celtique, II, 1873-75, 
p. i55,) parlant des déesses Mahlinehis, fait le rapproche- 
ment avec Malines : 

« De Mahlin, aujourd'hui Mechelen, en français Ma- 
» lines, se forme : Mahlineh (Malinois); féminin : Mahli- 
» nehia au Mahlinehi (Malinoise); et il ajoute : « il y a 
» beaucoup de lieux du nom de Mahlin (Mechelen) en 



236 ÉTUDES SUR l'oKIGINE 



» Hollande, en Belgique et, si je ne me trompe, dans la 
)) Prusse rhénane. « 

M.d'Akbois deJubainville, en admettant que le thème 
original est Mechelen, croit que le second h est sorti de 
la transformation du j ou du k; nous n'y voyons qu'une 
aspiration inconsciente de la terminaison latine eis; mais 
pour le premier h, nous le considérons comme répondant 
à la fois au ch germanicjue actuel et au g gallo-romain. 

Dans un milieu germanique, nous trouvons un exemple 
de changement de g en h vers 1120. Une charte, accordée 
par Godebold, évèque d'Utrecht, à l'abbaye de St-Bavon 
de Gand (C.-P. Serrure, Cartulaire de St-Bavon, p. 25), 
donne les deux variantes de Pagindrccht et de Pahindrecht 
pour la localité actuelle de Pu3'endrecht; quant à la dis- 
parition de la lettre h elle-même, on en a un exemple en 
comparant l'allemand stchcn et gchcn au flamand stacn 
et gaen. 

§ 6. — Les homonymes ou quasi-homonymes 
de Malines en topographie 

Un complément indispensable à l'étude publiée par 
M. DE Marneffe, est la nomenclature des homonymes ou 
quasi-homonymes de la ville de Malines. En attendant 
qu'on en dresse soigneusement la liste, nous indiquerons 
ici les noms suivants : 

Machclcn, près de Deynze (Filandre Orientale). 

Machclgcm, dépendance de Rooborst (Flandre Orientale). 

Qîiacd Mcchclcn, près de Tongres. 

Mechelhcy (Lebbeke). 

Mcchclhof (Leffinghe). 

Mechclbosch, près de Mechelen. 

Marlinc, près de Tongres. 

Malonnc, près de Namur (le même nom est donné au 

ruisseau, qui traverse le village). ' 

Maulciinc, dépendance de Floreffe. 
Malonnc, dépendance de Moignelée (Namur). 
Marlagnc, dépendance de St-Ger (Namur). 



DU NOM DE MALINES 237 



P Maguelonne, près de Montpellier (Hérault), localité très 
connue au moyen-âge comme ville épiscopale. 
Malons (Gard). 
Mahalon (Finistère). 

On trouve encore des thèmes qui se rapprochent plus 
ou moins de ceux que nous avons passé en revue clans 
Lacombleï, Urkundcnbitch fur die Gc^chichte dcr Nicder- 
hcins, 1840-58. Nous en citerons quelques-uns : 

Mechliins (de curte), village du duché de Luxembourg, I, 

p. 3i5. 
Mikclcnbcke, I, p. 413. 
Mechernich, III, p. 621. 
Mcchenhcim, III, p. 32/. 

Mcchctcnhcim, III, pp. 189, igS, 220, 348, 358. 
Mechernich, IV, p. 2i5. 
Mecklenbeck (hof), l\ , p. 643. 
Meckenheim, l\ , p. 364. 

Toute celte liste improvisée devrait être complétée et 
étudiée de plus près. Aucun des noms cités ne peut être 
accepté que sous bénéfice d'inventaire. 

L'épithète de Qiiaed , portée par Mechelen, près de 
Tongres, signifierait localité de peu d'wiportancc, mais, se- 
lon d'autres, aurait été donnée à l'époque de propagation 
du christianisme, à cause des résistances payennes qu'on 
y éprouvait ; de même disait-on au moyen-àge et encore 
au XVP siècle (HeidenschTongeren (Tongres la payenne) 
C.-P. Serrure, Vaderlandsch muséum, t. II). Ce premier 
sens de quaed cadrerait mieux avec magalia qu'avec l'idée 
de mckel (grand, fort). 

Le nom de Malonnc, porté par un ruisseau, n'a rien 
d'étonnant, un cours d'eau peut emprunter sa désignation 
du village où il prend sa source ou qu'il traverse. 

La désignation de Mackelgem n'a pas nécessairement 
sa raison d'être dans le « hem » d'un personnage de 
l'époque franque. A une époque secondaire, peut-être déjà 
sous les rois mérovins^iens, on trouve des localités où le 
« hem » postposé s'applique à autre chose quà un nom 



238 ETUDES SUR l'oRIGINIî 



d'homme : Daelhem, Molhem, Kerckhem, la demeure 
de la vallée, du moulin, à côté de l'église. 

La différence de Malinia à Malonnc peut trouver sa 
cause dans le changement de i bref latin en oi français : 
pirum, poire; pilus, poil; niger, noir; fides, foi, et une 
transformation plus récente de oinnc en onne, ayant sa 
cause dans le dialecte local. 

Marlagne n'est pas plus éloigné de Marlincs, que Pel- 
lines, Pellinis, cités par M. de Makneffe ne le sont de la 
forme actuelle : Pellaines. Marlagne correspond au latin 
Marlania. 

§ 7. — Les éléments d'un thème supposé Machi-lina 
s'expliquent autrement 

M. DE Marneffe constate que le premier élément 
Machi s'aperçoit dans les formes anciennes Metzeren 
(Limbourg), qui sont Mâchera, Mecerin et Meceres, et dans 
elle de Metsenrode, qui est Machenrode. Pour Mâchera, 
nous renvoyons à ce que nous avons dit plus haut au 
sujet de magaria ; quant à Machenrode, on pourrait sup- 
poser une leçon primitive Machelnrode. On comprend 
l'existence d'une « rode », c'est-à-dire d'un bois défriché 
à côté d'habitations rustiques (-magalia); mais en don- 
nant à « machi » le sens d' « iris », plante qui croit le 
long des rivières et des fossés), on ne saisit pas l'idée 
d'un défrichement. 

M. DE Marneffe invoque, comme point de comparai- 
son, les noms des localités allemandes : Machmin, Mach- 
nitz, Mechnitz, Meckbach et Mecklar; cependant il ne 
nous renseigne pas sur les désignations primitives de ces 
localités. Peut-être celles-ci offrent-elles des variantes, qui 
apporteraient quelque lumière. L'auteur des Recherches 
ne nous cite pas non plus Mecklcnburg, qu'on fait dériver 
de mekel grand, mais qui pourrait à la rigueur provenir 
de magalia, et qui dans son S3'stème se décomposerait en 
Meck-lenburg. 

Quant au second élément supposé dans « Machi-lina », 
« il se reconnaît, dit M. de Marneffe, dans Wamb-linis, 
» aujourd'hui Wemmel, dans Pel-linis et Pel-lines, formes 



DU NOM DE MALIN ES 



23g 



» anciennes de Pellaines, dans Hcrche-line actuellement 
» Erquelines et dans Jamblinne. On le retrouve égale- 
» ment dans plusieurs noms d'Allemagne et notamment 
» dans Berlin, Koeslin, Templin, Warlin, Zechlin et 
» Zemlin. » 

Pour ce qui regarde les localités de l'est de la Prusse 
actuelle, nous les mettrons hors du débat. On devrait 
d'abord nous établir qu'elles ont été originairement alle- 
mandes et non pas lettes ou slaves; car il y a un siècle à 
peine on parlait encore le lettique presqu'aux portes de 
Berlin. Pour être complet et logique, M. de Marneffe 
eut dû comprendre dans son énumération le Kremlin de 
Moscou. 

Wemmel, latinisé en Wamblinis, semble originaire- 
ment germanique comme toutes ces localités de la Cam- 
pine, que nous trouvons terminées en le ou en 1. Nous 
n'oserions dès lors l'assimiler à Jamblines, quoiqu'il n'y 
ait cependant pas d'impossibilité philologique à opposer 
sous ce rapport (v^ et g permuttant dans Waltherus et 
Gauthier; et mb et mm dans amb- (latin) et omme (ger- 
manique). , 

Quant à Pcllinis et Pcllincs, formes anciennes de Pel- 
laines (Liège); Herchcline, forme ancienne d'Erquelines 
(Hainaut) et jambline (Namur), on peut y retrouver sans 
grand effort : 

Apolliniim ou Apollanum par aphérèse de l'a initial 
comme pour Apulia, La Fouille (comparez Polanen en 
Hollande). 

Hcrcidinuin (équivalant d'Hcrcitlaninii). Chotin, p. 35 1, 
cite une variante du nom d'Erquelines : H Lfcliacum (961), 
(comparez Erkelens, en latin Herculeum, (Prusse rhé- 
nane) et les localités du nom d'Heukclom en Hollande. 

Camhdiniim, devenu Caniblmum, Gamblinum, Jambli- 
7uim, Jambline. Ce seraient donc des localités vouées, la 
première à Apollon, la seconde à Hercule (dont le culte 
était très répandu à l'époque de Postume) ; la troisième 
à Mercure gaulois, c'est-à-dire à Cambulos, qui a laissé 
plus d'un souvenir dans la toponymie de notre pays. 
Citons seulement le Kemmelberg près d'Ypres, où l'on 
trouve si souvent des monnaies romaines. 



240 ETUDES SUR l'origine 



§ 8. Ce qui reste à faire pour compléter 
cette étude toponymique 

Il existe, au sujet du nom de Malines, une demi-dou- 
zaine de devinettes tellement bizarres qu'elles ne mé- 
ritent pas même d'être mentionnées dans une étude 
sérieuse. Au XVP siècle, on considérait ces étymologies 
plutôt comme un jeu d'esprit que comme une conjecture 
historique. Quand on disait que Malines signifiait 
« Marée haute » et Lierre « Marée basse », on n'a pu 
parler sérieusement. Un savant hollandais, qui écrivait 
pendant la première moitié de ce siècle, Hoeufft (Taal- 
kiindige aanmcrkingcn, i8i5, p. 80), croyait pouvoir inter- 
préter Malines, par mahl, mallum, et le traduire par 
a petite réunion de l'époque franque. » 

Cette explication qui, toute question philologique à 
part, semblait entrer dans le domaine du possible, se 
trouve écartée, pensons-nous, définitivemicnt, par la con- 
statation faite par M. de Marneffe du thème Madlinas 
de 870, qui conduit, comme nous l'avons vu, à la leçon 
M agalmas très éloignée de Mallum. 

Mais malgré le travail de M. de Marneffe et le mien, 
il reste à établir si Malines ou plutôt Mechelen dérive 
ou ne dérive pas de mekcl ou mikel, grand, que l'on trouve 
avec ce sens dans nos écrits du moyen-àge et du ^X\V 
siècle. 

C'est ainsi que dans le fragment de la traduction des 
Nibelungen, décrivant les funérailles de Siegfried, il est 
dit que son tombeau fut forgé de fer et d'or et qu'il était : 

mekel cnde starc 

On en a encore, du même mot, un exemple dans le 
Spieghel Historiael de Van Maerlant, t. II, p. 21 (pre- 
mière édition) : 

Daer was een mikel geschal. 

L'expression se rencontre également dans Van Vel- 
THEM, Spieghel Historiael, livre IV, 33 et passim. On avait 



DU NOM DE MALIN r,S 



241 



mycele dans le même sens en anglo-saxon. Clignett s'oc- 
cupe de ce thème dans ses annotations sur le Spieghel his- 
toriacl, II, br. 87-89. Grigny, dans ses Recherches étymolo- 
giques sur les origines des noms des villes de la Gaule Belgique 
(voyez : Magazin encyclopédique de Millin, VP" année, 
1800, t. I, p. 2o3), fait dériver le nom de Malines de ce 
mekel, en lui donnant la signification de Mechelheiin (de- 
venue par abréviation Mechelen). 

« Les grecs, dit-il, ont megaleios; les goths mikels 
» (Evang. Goth. (d'Ulphilas), Matheus 7, 27) ; les anglo- 
» saxons mikel (Lye, Dict. Saxon) ; les francs et les anciens 
» allemands 7;nVA27, mikil, mihhil [Scuerzavs, Gloss. Germ. 
» medii aevij... Il y a plusieurs villages appelés Mechelen, 
» Machelen, Mechelen, Meckel, Makelbeke, Mechelbeek, 
» Michelbach (grand ruisseau), et Mechelenborg (Mega- 
» lopolis), ville autrefois très florissante, détruite en 1164, 
» qui n'est aujourd'hui qu'un petit village, mais dont le 
» nom est resté au duché. On trouve dans le recueil des 
» historiens de France, que Louis-le- Débonnaire donne 
» à Eginhard, une ferme nommée Michlenstat (Hist. Gai. 
» script., t. V, p. 84). Michlenstat était situé entre le Mein 
» et le Necker. » 

Un savant hollandais, Ypey, auteur d'une histoire de 
langue néerlandaise encore estimée aujourd'hui, quoi- 
qu'écrite au commencement du siècle, maintient l'étymo- 
logie de mekel pour Malines, dans ses Veroudcrde woorden 
in den Staaten Bijbel, et cette interprétation mériterait un 
très sérieux examen. Ypey invoque le mot mésogothique 
mikilata, employé par Ulphilas dans le sens de « élevé ». 
Mekelhun, grande habitation, nous transporterait à une 
période secondaire de l'époque franque, et formerait une 
désignation dans le genre de Quaedhem. 

Cependant la question est complexe, car Magalinas 
pourrait dériver d'un nom d'homme se rattachant à cette 
racine : mekel. 

Magalos est le nom d'un roi des Boïens, peuple de la 
gaule transpadane qui, en 218 avant J.-C. s'allia avec 
Annibal (Tite-Live, livre XXI, chap. 29). En 1849, un 
petit vase, apparemment du 3'"" siècle de notre ère et con- 
tenant le viaticum (c.-.à-d. l'eau et le pain), qu'on mettait 
parfois dans les sépultures, fut déterré dans un ancien 

16 



242 ÉTUDES SUR LORIGINF, 



cimetière gallo-romain, à Sérancourt-lez-Bourges; il por- 
tait en graffito l'inscription : Biiscilla sosio lega sitini alixie 
magalu (en latin correct Bitcella sosio Icga sitim alesce « ma- 
galii). Cette légende est une recommandation adressée au 
vase même, comme on en trouve plus d'un exemple : 
« D'une bouchée au compagnon allèges la soif, nourris le bien, » 
ou « sois nourissante pour Magalos. » Telles sont les deux 
traductions possibles de ce texte. M. de Longpérier a 
cru reconnaître dans magalu un adverbe ayant le sens du 
latin valde, c'est-à-dire grandement, fortement. (Voyez 
C.-A. Serrure, Etudes gauloises; l'épigraphie, p. 64; d'x\r- 
Bois de JuBAiNviLLE, sur le mot magalos, dans les mémoires 
de la société des antiquaires de France, 2® trimestre 1881 ; de 
Longpérier, Revue archéologique, 184g, t. \\, p. 554). 

Ajoutons qu'on retrouve en épigraphie romaine les 
noms propres de Magulus (près de \'érone) et de Magulio 
{Revue celtique, t. Ill, p. 3oo). 

D'un autre côté magalos, supposé nom commun gaulois, 
a été considéré comme identique avec le grec megas, 
génitif megalou et avec le germanique mekel. 

Il s'agissait donc encore, avant de conclure au profit de 
notre explication par magalia, habitation rustique, d'exa- 
miner toutes les hypothèses qui peuvent surgir du côté 
de mekel, oui ou non identifié avec magalos. Il s'agit de 
relever tous les noms d'hommes qui peuvent être en 
rapport apparent avec Magalinas ou Mechelen; il s'agit 
d'examiner par exemple, si à Gand le nom de Magelin- 
ou Majolinstrate (aujourd'hui arbitrairement traduit par 
rue des Marjolaines) renferme un nom d'homme, comme 
l'affirme Diericx (Mém. sur Gand, t. II, i8i5, II, p. 72); 
et le suppose Fr. De Potter, Geschied. der stad Gefit, t. 
y, p. 126, d'examiner quelle est l'origine du nom de 
famille Mcchelinck, usité à Gand (et à ne pas confondre 
avec Mergelinck, d'Ypres), etc., etc. Il s'agit de ne 
négliger aucun semblant, ni même aucun faux-semblant, 
et quand on aura réuni tous ces atomes, on parviendra 
à une masse solide. 

M. de Marneffe a incontestablement fait faire un pas 
à la question, nous croyons avoir contribué de notre côté 
pour quelque part à la précision du problème. Nous 
avons poursuivi l'étude de la forme romane et nous pen- 



bu NOM DE MALINES 2 l3 



G 


D B 


K 


T P 


CH 


Z F (ph) 



sons avoir démontré que cette forme suppose un thème 
primitif Magalinas au-delà duquel nous avons cru entre- 
voir magalia. La transformation de inagalia en Mechclcn 
ou Mechelhcin dénoterait une influence franque; les Francs 
Saliens étaient haut-allemands. Il faut se rappeler ici de 
sa 2^ loi phonétique établie par Grimm : 

Grec; latin, 

Gothique; bas allcinand, 

Haut-allemand, 

Mais nous ne chercherons pas à conclure au-delà du 
thème primitif rom.an ou plutôt gallo-romain de Magdli- 
nas. Nous l'avouerons en toute franchise, nous avons fait 
une étude spéciale du latin épigraphique pour y retrouver 
des vestiges du gaulois ; mais nous avons rarement pous- 
sé nos recherches du côté des langues germaniques an- 
ciennes, et nous préférons ne pas nous avancer téméraire- 
ment sur ce terrain, qui nous est moins familier. 

Cet article n'a pas la prétention de clore l'enquête sur 
l'origine de Malines, mais de préciser le débat. Pour 
qu'une solution soit complète et concluante, il faut trois 
choses ; i" elle doit être philologiquement correcte; 2° 
elle doit paraître logiquement, physiquement et histori- 
quement possible ; 3" être la seule qui se présente dans 
ces conditions. L'interprétation par 7«<7^<2/m (ayant formé 
inagalinum ou iiiachel-hcin et peut-être l'un et l'autre à la 
fois), satisfait, pensons-nous, aux deux premières exi- 
gences. Nous laissons à d'autres le soin d'examiner, si elle 
répond à la troisième condition et si elle est préférable 
à l'explication de Gkigny et d'Ypey, que M. de Mar- 
NEFFE a écartée sans donner les motifs de cette exclusion. 

En attendant que lumière complète se fasse, nous 
reproduisons ici les sages paroles de notre éminent épi- 
graphiste, M. le président vSchuermans : « Une étymo- 
» logie possible n'est pas toujours une étymologie pro- 
» bable. Les étymologistes doivent aujourd'hui quitter 
» le domaine de l'imagination pour obtenir une science 
» exacte. ^) (Bulletin de la Société d'anthropologie de Bruxelles, 

VI, p. 354). 

C.-A. Serrure, 



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CiV'1>-t^ t'/t\,-) yfa^ocn Pcracmfi'/ac y^Jo/l . 



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"'iP'"T"""'f""''"T"!f'!!i|||H 




C^c/ziiT. 



del/Ja^/ , 




Bulletin du Cercle Archéologique, Littéraire et Artistique iie>lalincs, t. IV, 1893. 



jEenioe bla^5ij&en uit î>e ôcscbic&eniô 



VRIJHEID EN VOOGDIJ VAN 

Moll, Baelen en Desschel 

ZIJNDE 

I" de Grondheerlijkheid; 2° de Hooge heerlijkheid 

3" de Grenspalen; 4" de Sterf- of Koopkeur; 5° de Leen- en Laathoven 

6'^' de Schansen in de XV!''- eeuw; 7" de drij Schuttersgilden 

8" het Testament van Albert van Renesse en het Procès der tiende 

9" V. H. Dillen; lo" de Franschen te Moll, in 1794 

II" de Deken van Dongen en de Besloten tijd 

13" de Boerenkrijg in 1798; 13" de Familie van Praet 

en 14° het Wapenschild der gemeente 



I 



2)e hccren ^er voooMj 



Grondheerlijkheid 

jôÔR de opkomst van het leenroerig tijdvak was 
de Frankische villa, waamit de dorpen Moll, 
Baelen en Desschel ontstaan zijn, reeds het eigen- 
dom der abdij van Corbie, in Picardie. 
Deze was er van in bezit gekomen ten jare 774 (i), 
wanneer de H. Adelaard, neef van Karel-den-Groote, in 




(i) Analectes, deel 9. Daris, Notice sur la ville de Beeringen. 



246 GESCHIEDENIS 



dit toen reeds vermaard Benedictijnenklooster trad, dat 
in 657 door de koningin Bathilda en haren zoon Clota- 
rius III, koning van Neustrië, was gesticht geweest. 

De abdij van Cbibie werd tijdens de middeleeuwen 
een der machtigste gestichten van westelijk Europa, 
hare gemijterde abten namen in de IX" ceuw den titel 
van graaf, waron heeren der' stad Corbie en hadden het 
recht geld te slaan. 

Deze abdij bezat, onder den naam van eifgoed van 
St-Adelaard, uitgestrekte goederen in ons vaderland. 

Eene onuitgegeven kronijk van Corbie, waarvan de 
handschriften nu grootendeels in de nationale bibliotheek 
te Parijs bewaard worden, zegt, dat de Noormannen, 
in 882, gansch St-Adelaards erfgoed verwoestten en ver- 
brandden, te weten : Becringen, Montcnackcn, Gompel, 
Moll met al de omliggende burchten (eu m adjacentis 
castellis) (i), 

Volgens Grammey en de latere schrijvers, werd Moll, 
slechts rond 8g6, door Zwentibold, koning van Lotrijk, 
zoon van keizer Arnold, overwinnaar der Noormannen, 
aan de'genoemde Fransche Benedictijnen gegeven. Doch, 
daar de aanhalingen van dezen geschiedschrijver niet 
altijd nauwkeurig zijn, een bewijs daarvan is, dat hij de 
gift van de H. Adelaard niet gekend heeft en het charter 
van Zwentibold niet mededeelt, zou het wel mogelijk 
kunnen zijn, dat deze koning het oud allodiaal goed in 
een leen veranderde, vermits hij hetzelfde jaar nog zulke 
herschepping te weeg bracht, namelijk in de abdij van 
Moyen-Moutier, in Lotharingen (2). 

De hertogen van Braband hebben de Benedictijnen 
van Corbie, die vreemd en verwijderd waren, langza- 
merhand van hun gezag te Moll beroofd « want het is 
nototr, zeggen de gemeente archieven , dat de abt. yan Cor- 
bie is geweest heer der voogdij vati Moll ende dat hij die ge- 
transporteert hecft acn de hertogen van Brabant. » 

De hooge heerlijkheid, met de benoeming der zeven 
schepenen, behoorde reeds aan deze vorsten, vôôr de 



(1) Mabillon, Acia Sanctorum ord. Saucti Benedidi, Saecul. \' , pars i, p. Soy. 

(2) Au'H. WAUiiii<s. Les Ubcrtà communales en Belgique, deel i, bl.. igy. ' 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 247 



XIV^ eeuw. De monniken geen rechtsgebied door hen 
zelven mogende uitoefenen, benoemden eenen beschermer 
voogd (advocatus) genaamd, welke hunne belangen moest 
handhaven. Van daar de benaming van voogdij, tôt bij de 
Fransche omwenteling in stand gebleven, alhoewel er 
geene schermvoogden meer voorkomen na 1248. De 
namen van drij dezer kloostervertegenwoordigers zijn 
gekend : Hendrik in iiyS, Symon in 1223 en Willem in 
1248; de twee laatste schijnen door den Hertog van 
Braband te zijn aangesteld. De opvolger van Willem 
was wellicht Renier, Kastelein (castellani) van Moll (i). 
De abdij trok betrekkelijk weinig profijt uit hare goe- 
deren in België, welke in beslag werden genomen telken 
maie ons land met Frankrijk in oorlog was, namelijk in 
i52i (2). Om ze niet geheel te verliezen en misschien uit 
vrees van inlijving bij een der nieuwe bisdommen, welke 
Filips II in de Nederlanden kwam te verkrijgen, ver- 
kocht de abt-commendataris, kardinaal van Bourbon, op 
10 november iSSg, voor den spotprijs van 12.000 pond 
Vlaamsch en eene rente van 1000 pond, het eeuwigdurend 
vruchtgebruik van gansch St-Adelaards erfgoed, w^aarvan 
het inkomen op 25. 000 pond geschat was. 

BOCHOLTZ 

De kooper was Godfried van Bocholtz, ridder, heer 
van Grevenbroeck en Amstenrade, zijn br'oeder Rein- 
hard was toen de 55''^ abt van Nieuw Corbie of Corvey, 
in Saxen, en overleed in die hoedanigheid op 25 mei 
i585 (3). 

Vêle gedingen zijn begonnen geweest in den souverei- 
nen raad van Braband en in den grooten raad van Me- 
chelen ten jaren 1577 en 1612,0m dezenkoopte verijdelen, 
doch hebben nooit gevolg gehad (4). 

Van toen af bezat Godfried van Bocholtz de grond- en 



(i) Galesloot, Le livre de 25oo fcndataii'cs du duc de Brabant Jean III, en i3i2, 
bl. 24. 

(2) Alph. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, deel III, bl. 426. 

(3) Fahne, Die dynasten, freiherreii undjetzigen grafen von Bocholtz, bl. 178. 

(4) DoM CocQUELix, Historiae regalis ahhatiae Corbeiensis, bl. 66-67. 



248 GESCHIEDENIS 



gedeeltelijk de middelbare heerlijkeid van Moll, het gocd 
van Gompel, het jus-patronatits der kerk, de tienden, 
cijncen, renten, enz., in een woord, ailes wat nog in iSSg 
aan de abdij van Corbie behoorde. 

Zijne lasten waren het onderhoud van de beuken der 
kerk, van het bovenste gedeelte des torens tôt 17 voet 
boven het dak der kerk, het plaatsen eener tiende- of 
banklok en het voeden van eenen béer, welke kosteloos 
ter beschikking der varkens zijn moest (i). Godfried van 
Bocholtz was gehuwd met Alexandrina van Wittenhorst, 
dochter van Jan en van Judoca van Wees. Deze echte- 
lieden waren in 1607 overleden en den 26 april van het 
zelfde jaar werden deze goederen en rechten openbaar 
geveild en ingekocht voor 47.050 carolus guldens, boven 
de renten, die ze bezwaarden, door Arnold van Huyn, 
heer van Amstenrade en Geleen, en zijne echtgenoote 
Margareta van Bocholtz, dochter van Godfried. 

HOENSBROECK 

In gevolge der deeling van 3i Maart 1607, had Her- 
man van Hoensbroeck, heer van Oostham, Beverloo en 
Quaedmechelen, welke den 14 mei i585 in huwelijk was 
getreden met Anna van Bocholtz, 00k dochter van ridder 
Godfried, en die in 1601 overleden was, de keus de be- 
zittingen van Moll te behouden, in naam zijner minder- 
jarige kinderen. Herman van Hoensbroeck bekwam toen 
00k de heerlijkheden Beeringen, Heusden, enz., en be- 
woonde het kasteel van Oostham, waarhij den 27 februari 
1627 stierf. 

In den verkoop van 26 april 1607 zijn deze baten 
beschreven als volgt : 

De heerlijkheid, middele en lagere, van Moll, Baelen 
en Desschel, met al de gerechtigheden, heerlijke cijnsen, 
tienden, vervallen van leenen, keuren en andere inkom- 
sten, toebehooren en aanhoorigheden, welke heerlijk- 
heden bestaan in : 

1° De heerlijke cijnsen, die jaarlijks omtrent 5o gulden 
opbrengen. 



(i) Gemeente-archief. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 249 



2*^' Onder Baelen, een cijns van 3 12 veertelen gerst en 
6 hoenderen. 

3*^ De lammeren- en ganzentiende zooals die van oude 
tijden geweest zijn. 

40 Het recht van keuren, wanneer personen komen te 
sterven goed hebbende onder deze heerlijkheid, cijps- 
goed genaamd, hetwelk de erfgenamen aan den heer 
moeten komen verheffen, welk dan geschat en van wier 
schâtting en waarde de heer, den 80''" penning behoort. 

5° Het recht van koopkeur. 

6° Onder de drij dorpen zijn gelegen zoo weiland, 
zaailand en eussels, omtrent 36 bunders en 3 landhuizen, 
leengoed wezende, waarvan de heer een jaar vruchten 
toekomt zoo dikwijls deze versterft, verkocht of verpand 
worden en een achterleen onder Meerhout van welk de 
leenheer 12 gulden trekt bij elken eigendomsovergang. 

7" De schoone hoeve van Gompel met aanhorigheden, 
groot 98 bunders 80 roeden, verhuurd aan 100 guld en 20 
mudden koren (i). 

8° De tiende van Moll en Desschel (maar niet onder 
Baelen, deze behoorde de abdij van Averbode). Deze 
eerste was toen verpacht voor 23o mudden rogge en de 
tweede voor 746 gulden. 

9*^ De tiende van Rethy, St-Peeters tiende genoemd, 
welke 27 veertelen koren afwierp (2). 

Ulrik van Hoensbroeck, oudste zoon der voorgaanden, 
volgde zijne ouders op. Hij was geboren in i587, werd 
domheer van St-Lambertus te Luik, aartsdiaken van 
Haspegouw, enz., en overleed 28 october 1642. Gedu- 
rende zijn bezit vestigde zijn jongere broeder Willem 
zich te Moll, ten huize van den schouteth Erasmus van 
Ranst, ten einde de bezittingen zijner famille, in die 
onrustige tijden, gade te slaan en dezes onderzaten tegen 
aile krijgsgeweld te verdedigen en te beschermen. 

Na de dood van Ulrik kwam de heerlijkheid aan zijnen 
broeder Arnold van Hoensbroeck, ook domheer van 
Luik, proost van Hildesheim en Tongeren. 



(ij Het mud koren was toen geschat op 12 guld. 

(2) Gemeente-archief, nu in 's Rijksarchief te Brussel. 



25o GESCIIIEDENIS 



Het kapittel van St-Lambertus te Luik, waarvan deze 
twee Heereii kanunniken waien, was een der doorluch- 
tigste der Christenheid. 

Hare leden, ten getalle van 60, droegen den naam van 
domheeren (t ré fond ers), vormden den eersten staat des 
lands (l'état primaire), kozen den prinsbisschop, en er is 
een tijd geweest, zegt Jean d'Outremeuse, dat g konings- 
zonen, 14 zonen van hertogen, 29 zonen van graven en 
7 baronszonen dit kapittel uitmaakten. 

Bij testament, op datum van 28 februari i665, stelde 
Arnold van Hoensbroeck zijne zuster Anna tôt erfgename 
aan zijner heerlijkheid en goederen van Moll en bij dee- 
ling van 1 februari 1666, bleef zij er van in bezit, 

BOCHOLTZ 

Anna van Hoensbroeck was gehuwd den 2 februari 
1627 met Hans Willem, baron van Bocholtz, heer van 
Aldenborgh, voorzitter van het leenhof en stadhouder 
van bet ridderorder van Luik, slotvoogd van Greven- 
broeck, geboren 21 october l5gg, overleden 12 september 
167g, zoon van Godert, heer van Oreye en van Margareta 
van Groesbeeck. Zijne uitvaart werd te Moll den 27 
september gedaan. 

Deze echtgenooten gaven, in 1670, een geschilderd 
venster, met hunne wapens versierd, aan het klooster 
(i), hetwelk de uit Holland verjaagde Karmelietersen, 
zeven jaren te voren in onze gemeente hadden gesticht 
en waaraan zij den naam van Roozenberg gaven. 

Anna van Hoensbroeck stierf den 24 augusti 167g; 
hare uitvaart had vier dagen daarna te Moll plaats. 

Bij akt van 18 mei i663, lieten zij het vruchtgebruik 
hunner inkomsten in de voogdij aan hunne dochter 
Cecilia, kanunnikes te Susteren. 

De deeling der goederen dezer edellieden gebeurde op 
24 juli 1682, en de grondheerlijkheid van Moll, tienden 
en landgoed van Gompel bevielen aan : 



(i) Leroy, Xoiitia marchioiiatus S. Iinp., bl. 274. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 25 1 



RENESSE (i) 

Anna-Margareta, hunne dochter, geboren den 25 mci 
1628, overleden te Luik den 27 maart 1692, was gehuwd 
met Joris-Frederik van Renesse, baron en heer van s' Hee- 
rcn-Elderen, Masnuy, Cortessem, Assendelft, Oostmalle, 
Hern, Schalckhoven, Wintershoven, Dessener, Wasmes, 
Roucourt, Lewarde, Wesignon, Vireux-Molhain, enz., 
slotvoogd der stad en kasteel van Stockhem, hetwelk hij 
dapper verdedigde, maar dat toch door de Franschen 
werd ingenomen den 22 januari 1679. Ook was hij com- 
missaris van den prins van Luik te 's Gravenhage en over- 
leed den 3 november 1681. 

Op 14 october i68t, stichtten deze echtelieden, bij ge- 
zamentlijk testament, het majoraat van het Huis van 
Renesse van Elderen. 

Dit dokument spreekt niet van de goederen te Moll, 
maar het bijzonder testament van i februari 1686 luidt 
als volgt : 

Wij, Anna-Margareta, baronnes van Bocholtz, enz. En rakende mijne 
goederen, zoo roerende als onroerende, van de welke ik machtig ben en 
die in het testament van wijlen mijnen beminden man niet begrepen zijn, 
wil en gebied ik dat mijne dochters, te weten : de kanunnikes van Nijvel, 
de kannvmikes van Maubeuge en onze jongste dochter Lambertina (2) 
zuUen hebben en bezitten, hun leven gediirende, onze tienden van Moll, 
en dat onze jongste nog jaarlijks honderd kronen buitenpaart uit de 
tiende trekke. 



(i) Thvs, Les seigneurs de s' Heeren-Eîdenn. — Het doorluchtig Huis van 
Renesse stamt af van Diederik VI, graaf van Holland in ii63 en van 
Sophia, paltsgravinne van den Rhijn. 

(2) Lambertina van Renesse werd abdis van Munsterbilsen, die den titel 
van prinses van het H. Roomsch rijk droeg en Vrouwe van verschillende 
dorpen was. De domjuffers of kanunnikessen der kajiittels van Nj^vel, 
Maubeuge, Munsterbilsen, enz., bewoonden een afzonderlijk huis, waren 
alleenlijk gehouden tôt tijdelijke belofte, zoolang zij hunne prove genoten, 
moesten den koordienst en de mis bijwonen, maar geene andere regels 
onderhouden. 

Te Nyvel en elders nam men geene dan adellijke kannunikessen aan, die 
acht kwartieren bezaten. Met hunne kanunniksdij te bedanken konden zij 
terug in de wereld gaan en in het huwelijk treden (D.vris, Histoire du diocèse 
et de la principauté de Liège, deel I, bl. 617-619). 



232 GESCIIIEDENIS 



Willende ook dat onze longste zoon Fians-Hyaciiith, hondcid kroncn 
hebbe uit de renten, die wij op de gemeente Moll bezitten u). 

Maximiliaan-Hendrik, graaf van Renesse, sedert het 
uitsterven van den tak Renesse-Warfusée in 1668, was 
te Elderen den 10 juli i655 geboren; hij erfde al de heer- 
lijkheden zijner ouders, door het recht van eerstgeboorte, 
en huwde i^ Magdalena-Sophia, baronnes van Wasse- 
naer en 2P Margareta-Elisabeth van Stepraedt, overleden 
in 1726. Maximiliaan van Renesse stierf den 2 juli 1716. 
Zijn zerkstèen met zestien kwartieren van edeldom ver- 
sierd, ligt nog in de kerk van Elderen. 

Hij bezat eene rente van igSoo guld. wissel op de 
gemeente Moll, welke hem gedeeltelijk in 1696 werd 
afgelegd en voor de overige g5oo guld. gingen de sche- 
penen een verdrag aan den 1 3 juli 17 12 van 38o guld. 
jaarlijksch intrest te betalen. 

Bij de dood van Maximiliaan van Renesse, waren zijne 
kinderen nog minderjarig, Margareta van Stepraedt, de 
gravin douairière, hunne moeder, bestuurde de goederen 
tôt bij de meerderjarigheid van haren oudsten zoon 
Hendrik, die den 5 februari 1701 in den ouderdom van 
24 jaren ongehuwd overleed. Zijne broeders, Ferdinand 
en Albert, die hem beurtelings opvolgden, waren beide 
domheeren van Luik en stierven in 1728. Ferdinand van 
Renesse was verplicht geweest eene nieuwe tiendeklok te 
doen maken in 1727, deze smolt in den torenbrand van 
1765. Albert, de langslevende, stelde bij zijn testament 
van 12 september 1728 tôt algemeene erfgename aan zijne 
zuster Anna- Margareta. 

De goederen en rechten der grondheeren bestonden 
toen nog nagenoeg zooals ze in de akte van 1607 zijn 
beschreven, doch het goed van Gompel was aan het 
majoraat van het Huis van Elderen onderworpen en 
bleef aan de famille van Renesse tôt in 1800, wanneer 
graaf Clemens-Wenceslaus het verkocht of overgaf aan 
den advokaat Jans, later vrederechter te Moll (2). 



(1) Bihliothèque royale héraldique à Bruxelles, n" 234. — Mémoire potir Fran- 
çois-Hyacinthe de Renesse, contre Jean-Henri d'Isendoorn, à Blois. 

(2) P.-J. Jans, in 1760, te Oostham geboren, was zoon van den meier der 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 253 



ISENDOORN 

Anna-Margareta, gravin van Renesse, geboren te El- 
deren, i5 maart 1703, erfde dus al de andere rechten in 
de voogdij ; zij huwde Jan-Frederik, graafvan Isendoorn 
tôt Blois, heer van Cannenburg, welk kasteel in Gelder-; 
land gelegen, deze familie bewoonde. 

Na den grooten torenbrand van 1765, waarin al de 
klokken smolten, was de grondheergedwongen de tiende- 
klok te doen hergieten. Deze klok, nog bestaande, is het 
jaar daarna vervaardigd geweest te Moll, door A.-J. Van 
den Gheym, van Leuven; zij weegt 4000 pond en draagt 
de namen en de wapens van Isendoorn en Renesse. 

De gravin van Isendoorn overleed in 1777 en had tôt 
opvolger haren zoon Jan-Hendrik, graaf van Isendoorn 
tôt Blois, heer van Cannenburg, Cortessem, Wintersho- 
ven, Dessener, Oreye, Grandville, Beeringen, Oostham, 
Ravenberg, grondheer van Moll, Baelen en Desschel. 
Hij huwde reeds oud zijnde Charlotta van Venningen. 
Uit dezen echt, welke zeer ongelukkig was, werden twee 
zonen geboren : Frederik-Karel-Theodoor en Rijndert- 
Albrecht-Lodewijk. Beide overleden kinderloos over een 
dertigtal jaren en waren de laatsten van hunnen door- 
luchtigen stam. 



grondheeren van Moll, en een hiinner advokaten tijdens het langdurig 
procès met de familie van Renesse. Hij bewoonde te Luik het huis der 
graven van Cannenburg, in de rue Haute-Sauvenière, welk hem werd 
afgestaan als eereloon voor genoemd procès, en later het bekende gasthof : 
« de Twee Fonteinen » werd. Het schijnt dat hij ook het goed van Gompel, 
voor bewezene diensten, verkreeg ; dit hebben wij echter nog niet kunnen 
ontdekken. Het klooster, waarvan in onze Geschiedenis van Moll een volledig 
artikel zal medegedeeld worden, was reeds in 1702 door de Karmelieterssen 
verlaten, die het in lySo aan den baron van Leefdael verkochten. Meer- 
maals vervreemd, kwam dit eigendom aan de graven van Isendoorn en 
dan aan den meier van Praet, welke hem den advokaat Jans, in het begin 
dezer eeuw, verkocht. Ondanks vêle moeite zijndeze drij laatste akten nog 
niet gevonden. 

Jans, in 1825, vrederechter te Moll geworden, bewoonde het klooster en 
overleedin dit schoon Heerenhuis den 3 mei 1837. 



254 GESCHIEDENIS 



II 

Hooge heerlijkheid 

Zooals gezegd is, behoorde de hooge heerlijkheid der 
voogdij reeds vôôr de 14'''' eeuw aan de hertogen van 
Braband, 

Ten jare i33i, « des gocnsdacghs na onser vrouivcn dach te 
Assumptien », staat hertog jan III aan de inwoners der 
voogdij al de gemeente vrocnten of heiden af. 

De hertogen Wenceslaus en Johanna schonken in 1377 
de waterloopen aan de ingezetenen, mits behoud van de 
rivier de Neeth, waarop hun watermolen gebouwd was. 

Deze molen, pars intégra der heerlijkheid, was in I223 
in erfpacht gegeven geweest door de kerk van Corbie, 
aan den schermvoogd Symon (i), zoodat de overgang 
der hooge heerlijkheid tôt de hertogen van Bra1)and heeft 
plaats gehad tusschen de jaren I223 en i33i. 

Gezegde molen is zeer oud en bestond ongetwijfeld 
reeds toen de H. x\delaard zijn erfgoed aan Corbie gaf. 
Zijne aloudheid moet zoo vervvonderlijk niet schijnen, 
daar de Romeinen de eerste watermolens hier ten lande 
hebben ingebracht, en van den watermolen van Kiever- 
mont, onder Gheel, wordt reeds ten jare 680 gewag 
gemaakt (2). 

Hierin 00k moet men de naamsafleiding van Moll 
zoeken (3). Het middeleeuwsch latijn viola, molina, be- 
teekent molen ; men schreef den naam van ons dorp 
Molas in 't latijn ten jare 882. 

De groote en zeer oude watermolen te Lier, onlangs 
afgebroken, droeg den naam van de Mol. Onder Broechem 
was vroeger een watermolen op de Kleine-Neeth; de 
plaats heet nog Mol of Molen-ter-Neeth en het nabij gele- 
gen gehucht Mollent, zooveel als Moleneinde. Indien er 
te Mechelen eertijds een mol of molen nabij de tegen- 
woordige vischmarkt, waar de Melane zich in de Dijle 



(i) Gemeente-archief. 

(2) KuYL, Gheel vermaard door de H. Dimphna, bl. ii. 

(3) Dit is 00k het gedacht van den geleerden heer Serrure. 



VAN MOLL, 15AELEN EN DESSCHEL 255 



werpt, bestaan heeft, dan was hij reeds voôr iSyg ver- 
dwenen. 

De watermolen van Moll heeft aan de Kroon behooid 
tôt in 1786, wanneer keizer Jozef II hem met de twee 
andere banmolens verkocht voor de somme van 44.928 
br. guldens. 

Doch de hooge heerlijkheid was den 25 augusti 1626 
verpand geweest (i). 

De geschiedenis leert ons, dat de langdurige oorlogen 
der XVr'*' eeuw, Spanje, waartoe ons vaderland behoorde, 
verarmd en ontzenuwd hadden. 

Koning Pilips IV, om de groote kosten van den krijg 
te dekken, was gedwongen vêle heerlijkheden in zijn 
hertogdom Braband te beleenen en te verpanden. 

Onder deze bevond zich de heerlijkheid der voogdij 
van Moll, welke volgens de akte van beleening bestond 
in : 

Hoog-, middelbaar- en lager gerecht, zonder eenig 
inkomen, met de jacht, vogel- en vischvangst, amenden 
van lijfstraffen en burgeriijke misdaden, verbeurdverkla- 
ringen van openstaande- en bastaardgoederen, gevonden 
biezwermen, toezicht der openbare wegen, uitvoering van 
calengiering, recht van boomen op de straten te planten, 
van de galg, kaak en schandpaal (2) en andere teekens 
van gerechtigheid en rechtsban te mogen oprichten, 00k 
de benoeming van schouteth, schepenen en andere rechts- 
dienaars ; maar er bleef den koning voorbehouden het 
luiden der banklok, accijnzen, geldheffingen, leenver- 
heffingen en leenplichten, onderhoorigheid, kwijtschel- 
ding van verouderde wetsovertredingen, vergunningen 
tôt oprichting van wind- en watermolens, verbeuringen 
van goederen uit rede van oorlog of van die met den 
vijand hielden en voor misdaden van hoogverraad tegen 
de goddelijke en koninklijke majesteit (3). 



(i) LicROY, UérccUon de toutes terres, seigneuries etfamlUes titrées du Brahant. 

(2) De kaak of schandpaal bestaat nog. Het is een rond gekapte arduin- 
steen, ongeveer een el hoog en breed ; hij ligt tegen den noord-oosthoek 
•van het gemeentehuis onder den neuzendrop, zooals men te Moll zegt 
doch is sedeit eenige jaren in den grond gegraven. 

(3) Gemeente-archief. — Charter n° 38. 



:56 OKSCHIEDnNlS 



De heerlijkheid werd dan verpand voor de somme van 
10.700 guld. aan : 

DE MOL 

René de Mol, heer van Esschenbeek, en aan zijne zuster 
dona Maria, weduwe van don Juan de Mancicidor, secre- 
taris van Pilips l\\ wier ouders waren Willem de Mol 
en Anna le Sauvage. 

René schijnt de rechten zijner zuster te hebben afge- 
kocht; deze had slechts twee dochters, die kloosterlingen 
waren. Hij droeg met tuée andere edellieden den stan- 
daard van Styrië, bij de begrafenis van aartshertog Albert, 
den 3juli 1621 (i).Dezeeerstepandheerhad vooropvolger, 
zijnen broeder Antoon de Mol, ridder, heer van Rol- 
lant-Sterrebeeck, welke den 9 december i632 huwde met 
Maria Triest, vrouwe van Rudderhove, Lovendeghem 
en Belleghem, geboren in 1608, dochter van Joost Triest, 
edelheer van den huize van aartshertog Albert, schepen 
van den Keure te Cent en van Barbara Dammant, vrouwe 
van Overacker. Hij kocht op 23 juni i632 het recht van 
den vond der verloren bccstcn in de voogdij, van het gast- 
huis van Turnhout, overleed in i652 en werd in de 
Minderbroederskerk te Brussel begraven. Zijn opvolger 
was : 

René de Mol, heer van RoUant-Sterrebeeck, Rudders- 
hove en Lovendeghem, lid van den adelstand van Bra- 
band, baron van Herent, te zijnen voordeele tôt baronnie 
verheven door Pilips IV den 17 augusti i658 (2). 

Hij huwde Diana Digby, dochter van eenen engelschen 



(i) BuTKENS, Trophées du Brahani, deel I\', bl. 84. 

(2) Idem, ihid., deel III, i3o. 

Bij het ter pers leggen, lazen wij in het : Kempisch Muséum (Turnhout), 
3'''' jaargang : Eenige aanteekeuingen op MoU, Baelen en Desschel bl. 69 tôt 88, 
door M. Th. J. de Raadt, de gekende geslachtkundige, hetwelk ons belette 
eenen misslag te begaaii, daar wij dachten, dat deze twee René's een en 
dezelfde persoon waren, ook in dit artikelhierop verbeterd. 

Wij hebben den lijst der Heeren nog uitgegeven in het Annonceublad van 
MoU, van 6 april 1878, en onder den naam van : Beknopt daghoek der voogdij, in 
de twee weekbladen dier gemeente, gedurende het jaar 1892. 



VAN MOLL, RAELEN EN DESSCHEI- 25/ 



edclman, Joris, graafvan Bristol, ridder van den Hoos- 
band, raadsheer van Karel I, en die gedurende zijne 
ballingschap het katholiek geloof omhelsde en van Anna 
Russeï, dochter van den graafvan Bedford. 

René de Mol liet twee kinderen na : Anna-Maria en 
|an-Baptist, graafvan Bristol, kapitein der lijfwacht van 
koning Jacob II, die later in lerland vermoord werd. 

Terwijl René in bezit der heerlijke rechten was, werden 
de costiimen uitgegeven, en zijn blazoen, zonder kleuren 
echter, op het titelblad gedrukt. Dit is de reden, waarom 
meri, in 1846, dit wapen heeft aangenomen, wat onge- 
lukkiglijk een misslag is. 

Op 20 november lôSy verkocht Filips IV de heerlijk- 
heid en zij werd door de inwoners ingekocht voor de 
somme van 24.000 guld. boven de verpanding (i). 

Er valt te twijfelen of de famille de Mol ooit in voile 
bezit der hooge heerlijkheid geweest is, dat is te zeggen, 
of de inwoners haar hunnen koop hebben overgelaten; 
zij is echter eigenares geworden van de warande en van 
den vond der beesten. 

René de Mol, baron van Herent, overleed in 1691. 
In de maand mei i65g, eene somme geld geleend heb- 
bende aan jacob Bouton, verkocht hij hem aile zijne 
heerlijke rechten te Moll den 10 december 1660. 

BOUTON 

Jacob Bouton, heer van Stalle, Capelle-op-den-Bosch 
en Ramsdonck, raadsheer en advokaat-fiskaal van den 
raad van Braband, griffier der staten van Braband, werd 
in 1666 door koning Karel II ridder geslagen. 

Hii huwde Maria-Christina van den Eede, dochter 
van Hendrik, raadsheer in den raad van Braband en 
van Maria Foscius. Deze heer behield Moll niet lang 
en om zijne heerlijkheden, Capelle-op-den-Bosch en 
Ramsdonck, te kunnen betalen, verkocht hij de hooge 
heerlijkheid in december 1666 aan 



'i) Gemeente-archief. — Privilegieboek. 



258 Gi:sc}ni:Di:Nis 



ROELANTS 

Alexander-Balthazar Rodants, heer van Eynthout, 
Bautersem, enz., erfridder van het H. Roomsch rijk, 
doctor in beide rechten, apostolisch protonotaiis, deken 
van het kapittel van den H. Gommarus te Lier, sedert 
1674, in die stad geboren en er overleden den 3i januari 
1696 (i). 

i3ij akte van 25 maart 1681, bad hij den naakten eigen- 
dom zijner rechten in de voogdij gegeven aan zijnen 
neef Jacob-Alexander-Jozef Roelants, welke vôôr den 00m 
stierf. 

De verkoop door Bouton gedaan, moet niet zeer re- 
gelmatig geschied zijn, want zijne kinderen deden den 
kooper een procès aan. 

Bij vonnis van den souvereinen raad van Braband, van 
22 october 1688, was de koordeken Roelants verplicht 
afstand te doen van de noorderlijke helft der voogdij. 
Andere gedingen volgden hieruit en in 1695 beweerde 
Roelants wederom, dat de gansche heerlijkheid hem 
behoorde. Hij overleed korts daarna. 

Deze heer moet te Moll tijdelijk gewoond hebben en 
had er den 20 maart 1692 een huis aangekocht : 

Sekeie hxiysinghe mette schuere ende stallinghe, app. en dep. van dj-en. 
gestaen en gelegen aen de plaetse alhier, by de kerk. reenende oost de 
erfg. Lauieys Verachten, su\'d de Merkt, west Elisabeth Conen. noord 
den loop. 

Ook bezat hij den eigendom « de Groote en Kleine 
Boeretang », te Desschel, en de « Brauselhoeve », te 
Rethy, volgens den akt van 1698 aldus aangeduid : 

De hoeve ende landeryen daer annex gelegen tôt Desschel, geheeten de 
Boeretanghe, jaarlyks renderende i6o guld. mitsgr. den oliemolen lenderen 
100 guld. Item den vyver 24 guld., alsmede de Clyn Boeretanghe, met de 
landeryen annex uytgedruckt ter somme van 66 guld., oock den bempt 
17 guld., den chynsboeck uytgedruckt te renderen 12 guld., daerenbove 
seeckere hoeve ende landeryen gelegen binnen den dorpe van Rethy, 
genoempt de Brauselhoeve, jaarlycx renderende 54 guld. 



(i) Er\. Mast, Geschiedkundig Licrsch daghericht, bl. 173. 



Van moll, baelen en desschel 25g 



De rechtstreeksche erfgenameii van den kapitteldeken 
Roelants, waren de kinderen zijner zusters : Joanna- 
Clara, echtgenoote van Nicolaas-Jozef van Halmale en 
Isabella in huwelijk met Jan-Frans Carenna, 

Doch bij gift onder levenden, had hij zijn huis te Moll, 
de drij hoeven en den cijnsboek vermaakt aan Alexander 
van Eynthout en aan dezes vrouw, Maria-Theresia Meul- 
ders, welke Moll bewoonden en er wellicht nog afstam- 
melingen tellen. 

Voorschreven betwisting over den eigendom der hooge 
heerlijkheid bleef voortduren, tusschen de erfgenamen 
Roelants en Bouton, alhoewel de eersten, door akte voor 
den notaris De Vos, te Antwerpen, op 21 augusti i6g8, 
nogmaals afstand gedaan hadden van de helft. 

CARENNA 

Alexander Carenna, heer van Zwyndrecht, Pluysegem, 
Bautersem en Eeckelen, was zijn oom Alexander Roe- 
lants voor de onbetwiste helft der heerlijkheid opgevolgd; 
hij overleed in i6gg. 

Paulo, zijn broeder, verhief de heerlijkheid den i3 
juni i6gg. Deze heer moet in slechte zaken gew^eest zijn 
en zijne schuldeischers besloten, met toestemming der 
iamilie Bouton, den 10 maart 1708, de hooge heerlijk- 
heid der voogdij openbaar te verkoopen. Dit besluit, om 
uit den harrewar te geraken, is niet verwezenlijkt. 

In 1714 ziet men jacob de Itterietta, zoon van Isabella 
Bouton en Bernard Perrin, man van Maria Sautin, 
weduwe en erfgename van Jacob-Arnold Bouton, zoo in 
hunnen eigen naam, als door volmacht der andere erfge- 
namen van Maria-Christina van den Eede, hunne moe- 
der en grootmoeder, als heeren der helft der voogdij er 
van bezit nemen. Deze pleclïtigheid geschiedde te Moll 
den I October, twee dagen daarna te Baelen, en des 
anderendags te Desschel, in tegenwoordigheid van schou- 
teth, schepenen en secretaris. 

De twee heeren deden er de wapens van Maria-Chris- 
tina van den Eede slaan en zijn van het einde der 
dorpen tôt aan de respectieve kerken ingeleid geweest 
met vendel, trommel en fluitengespeel, onder het lossen 



26o (;esciiii:di:nis 



van haken en musquetterie en de pastoors hebben, met 
aile teekens van eer, vol^^ens oud gebruik, de Heeren in 
de kerk geleid, onder het gelui der klokken, het spelen 
des beiaards en het zingen van het Te Dciim. 

Daar zij ook de wet bedankten en nieuwe schepenen 
kozen, werd er protest gedaan door den schouteth, Hen- 
drik Janssens, vermits er over het rechtsgebied procès was 
in den soevereinen raad van Braband. 

De schepenenkamer was toen gevestigd in de Lclic, 
huis toehoorende aan de weduwe Geeraard Rosa, op de 
Merkt (i). De verschillende deelhebbers der hooge heer- 
lijkheid verkochten ze in 171 5 aan hunne medestaanders 
Ignatius-Josef Carenna en Michaël van Cano voor 24.000 
guld., dezelfde somme, waarvoor zij in lôSy was ver- 
vreemd geweest, en verhieven ze den 16 juli lyiS. 

Men ziet in eenen brief van den Markies van Prié, 
landvoogd der Oostenrijksche Nederlanden, in datum 
van 3 juli 17 19, dat deze tw^ee Heeren verzochten om 
wederom, als vorens, de heerlijkheid in een leen te 
vereenigen. 

De uitvaart van Ignatius Carenna werd te Moll gedaan 
den 20 januari i73g (2). 

De begraafplaats dezer familie bevond zich in St. 
Jacobskerk te Antwerpen. Men bemerkt er nog (1893) 
in de kapel van St-Carolus-Borromeus, in den omgang, 
boven het altaar, ter linkerzijde van eene schilderij van 
Jordaens, het lijkblazoen van Michaël van Cano en 
Catharina Carenna en ter rechterzijde, dat van hare 
moeder Isabella Roelants, echtgenoote van Jan-Frans 
Carenna, met het jaartal 1678. Tusschen de vensters 
bevindt zich een wit marmeren meesterstukje, van Artus 
Quellin den jonge, zijnde de wapens, met engelenkoppen 
versierd, dezer twee laatstgenoemde edellieden (3). 

CANO 

Stephaan-Michaël van Cano, schildknaap, heer van 



(i) Nu bewoond door M. G. Cools. 

(2) Doodregister. 

(3) Inscriptions funéraires de la province d'Anvers, 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 261 



Bolinnes, eerste schepen der stad Brussel, aldaar gebo- 
ren den 2 september i653, was afgevaardigde dier stad 
bij de inhuldiging van keizer Karel VI, op 11 october 
1717, en overleed den i juli 1720. 

Hij huwde Catharina Carenna, te Antwerpen, op 26 
augusti 1692 geboren. Deze had de lielft der heerlijkheid 
van haren broeder Ignatius geërfd, terwijl de andere 
helft, in I7i5, door haren man was ingekocht geweest. 
Zij verhief deze leenen den 25 mei 1739. 

De familiewapens dezer echtgenooten ziet men op een 
zilveren kelk in de kerk van Moll,welke zij waarschijnlijk 
bij hunne intrede vereerden, doch zijn door dagelijksch 
gebruik zeer afgesleten. 

Alexander-Michaël-Jozef van Cano, heer van Bolinnes, 
Bautersem, Pluysegem, enz., burgemeester van Brussel 
in 1737, verkreeg den titel van baron van Cano en Megem, 
door opene brieven van keizer Karel \"I, den 25 februari 

1730, volgde zijne ouders op, en overleed te Brussel den 
27 september 1752; zijne uitvaart werd te Moll gedaan 
den 17 october daarna. 

Hij was gehuwd, den 27 november 1728, met Theresia- 
Catharina-Ferdinanda de Lasso de la Vega, wier uitvaart 
te Moll geschiedde den 28 augusti 1747. 

Zij hadden voor opvolger, hunnen broeder Filips- 
Jozef van Cano, heer van Bautersem, Pluyseghem, enz. 
Koordeken van O. L. Y, kerk te Antwerpen; deze had 
de heerlijkheid den i3 october 1753 verheven, en over- 
leed te Antwerpen. Zijne uitvaart had te Moll plaats den 
II October 1758. Na hem kwam de hooge heerlijkheid 
aan zijne nicht Maria-Theresia-Jozefa, baronnes van 
Cano en Megem, geboren te Brussel, den 19 januari 

173 1, eenige dochter van Alexander-Michâël. Zij huwde 
te Antwerpen, den i juli I755, met Jan-Karel-Adriaan 
délia Faille, baron van Nevele, te Cent in 1732 geborem 
Deze echtgenooten verhieven de heerlijkheid den i5 
october I75g en lieten geene kinderen na. 

Maria van Cano overleed te Nevele den 10 october 
1784. Na lîare dood rees er een procès op over de hooge 
heerlijkheid van Moll tusschen de bestuurders der Geest- 
tafel van St-Gudula te Brussel en den nagenoemden 
baron de Wal. 



202 CESCHIEDENIS 



DE WAL 

Josef-Alexander-Albrecht-Jan-Nepomucenus baron de 
Wal, burggraaf van Anthisnes en Ouhart, hccr van 
Tavier, enz., verhief deze leenen den i Augusti 1787, 
alhoewel zijn procès twee jaar daarna nog niet geëindigd 
was. 

De baron de Wal was de laatste heer van Moll waar 
hij nooit geweest was en er geen goed bezat, zelfs de 
jacht niet, Hij was gehuwd met Maria-Philippina de 
Haultepenne. Hun zoon, Eugecn-jozer, gcboren le Luik, 
in 1787, trad in echt met Elisabeth-Eugenia de Secus, 
en deze echtgenooten lieten eene eenige dochter na, welke 
trouwde met Leo-Jozef, baron van der Linden d'Hoogh- 
vorst, te Brussel, in 1812 geborcn. 

ni 

De Grenspalen 

De gift der vrocntcn, waardoor men verstaan moet de 
gemeene heigronden,gebroekten en andt;re vage gronden, 
waarop al de ingezetenen vrij gewei hadden door hertog 
Jan III, in i33i gedaan, heeft- later vêle twisten doen 
ontstaan, met de omliggende plaatsen, bijzonder met 
Gheel. 

De dorpen door groote heiden, gemeenlijk aart ge- 
naamd, van elkander gescheiden, kenden geene juiste 
grenzen. Er bestaan drij vonnissen over de grenspalen 
tusschen Moll en Gheel, het oudste werd door Filips 
den Schoone, den 7 Mei 1463 geveld. 

Door het tweede van 12 Maart i5ig, bekrachtigt keizer 
Karel V het proces-verbaal van grensafpaling. Dit perka- 
ment berust nu op 's Rijks archief te Brussel, en is 5 
meters lang en 65 centimeters breed. 

Het derde vonnis, door Albert en Isabella, den 24 
November 1614 gegeven, beval het plaatsen der grens- 
palen. Deze zijn groote keien of silexsteenen, allen 
gcmerkt met de ingckapte letters M (oll) en G (heel). Zij 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 203 



werden den i6 en 28 november 1620 geplant; eenige zijn 
in ijSj vernieuwd geworden. 

Vêle dezer grenssteenen bestaan nog ten huidigen dage. 
De uitroeping der 28 bijzonderste païen der voogdij had 
plaats op de voogd- en vrije marktdagen; zij droegen de 
volgende namen, die nu aan eenieder vreemd en onbe- 
kend voorkomen : 

i*^ H et Crydt, alwair de voighden hielden heiiren geweldighen 
camp tegens de Heeren van Grimbergen om heur eyghcn crfvc 
te behoitdene ; 2*^' den ouden H cirgracht ; 3" Ghein Reysen-cruvs ; 
4*^ den ouden Colck; 5^ Ghem Raidt-voirdt ; 6° d'otule voirdt ; 
70 Desselder vondere; 8° d'oude Putten; g" Schouwfelberch ; 
lo*^ Gheerairdtsputh (tegen Postel); 11° Schoingars (nu den 
Blauwenkei) 12° Luttel, achter Bornberge (i); i3" Ilenielai- 
rcn-Put ; 14° Leeuwsbergh over den Bruyenhorst ; i5'' Alyten- 
He ester; ib^ Huyiveghen euzel ; 17° UuterstQn Balcnder grave; 
i8"^ Eyckcnen rysbosch ; ig'^' Heppenairen se hoir ; 20° Den 
Trop; 21*^ Boisvoirt ; 22° Stonckvoirt ; 23" Hoils op ten raye ; 
24"^' Middelste Halmeye tôt Meirhoudt; 25" Haichdoren tôt 
Lille; 26" De Lynde tôt Belle; 27" Beldervoordt al den stroom 
op; en 28" Den roiden Wiel en zoo wederom op 't Crydt. 

De eerste paal het Crydt heeft een geschiedkundig 
belang. De voogden van Moll streden aldaar tegen de 
heeren van Grimbergen, zeggen de archieven, op twintig 
plaatsen. 

Die slag of schermutseling moet vôôr het jaar i3oo 
zijn geleverd gewecst, want de laatstc bekende scherm- 
voogd van Moll is Willem van Casterle, in 1248 en het 
schijnt dat dit ambt alhier is afgeschaft onder hertog 
Jan I, tijdens den oorlog, die met den slag van Woe- 
ringen in 1288 eindigde. 

De laatste heer van Gheel, uit den stam van Grimber- 



(1) Bornberge staat op de oude kaarten aaiigeduid, namelijk op die van 
Kerius (1617) en van Dankkkt (i635J, als zijnde eene plaats tusschen Postel 
en Lommel, bij de bron van eenen tak der Kleine Neeth, welke brors 
toen Springput heette. De loop dezer rivier is sedert de aanlegging der 
wateringen veranderd. Springput is op de kaart der Oostenrijksche-Neder- 
landen, in 1777, en op die van het kadaster van 1810 aangeduid. Eene 
aanteekening in het gemeente-archief meldt. dat er in i8o3 drij heesters 
geplant wierden aan het vermaavd Springput, in de heide. 



264 Gi:SCIIIliDENIS 



gen, was Hendnk\' Berthout, welke in i366 overleed en 
wiens eenige dochter Catharina met Dirk van Hoorn- 
Perwys huwde en de heerlijkheid Gheel in dit geslacht 
overbracht (i). 

De hedendaagsche benoeming van het Crydt is Ros- 
berg; dit raadsel hebben wij in de akte van lySy gevon- 
den. De Rosberg is een lage zandheuvel, welke zich 
bevindt boven het gehucht de Hessie, tegen de oude 
baan op Gheel. Men ziet er nog den paal in 1620 geplant. 
Het is op den Rosberg, dat de galg of gerecht van Gheel 
gestaan heeft; men heeft cr ook ovcr ccn dertigtal jaren 
lijkurnen gevonden. 

IV 
De Sterf- of Koopkeur 

Het heerlijkiecht in de verkoopakte van 26 april 1607 
onder art. 5 aangeduid (zie bl. 249) was een overblijfsel van 
het recht van doode hand, eene der zwaarste dienstplich- 
tigheden, die het leenroerig stelsel had voortgebracht. 
Door deze hatelijke belasting, erfde de Heer, bij het 
overlijden van den huisvader, al zijne meubels; doch 
bijna aile schrijvers verwerpen als eene onwaarheid het 
athakken der hand van den overledene, indien deze 
haveloos gestorven was (2). 

Later is de doodc hand in « de keus van 't beste pand 
veranderd. » 

Deze dienstbaarheden noemen de oude schrijvers 't 
recht van 't beste deel, beste catheel, ciiermede, ajiijf en but- 
heid, in het middeleeuwsch latijn y//^ maniis mortiiae, jus 
catalli, ciirmediae, in het Fransch mortcmain en in het 
Hoogduitsch biideil. Het woord ciiermede is een dietsch 
koppelwoord, uit mede en ciir of ceur, dat is te zeg- 
gen : verkiezing, samengesteld. De bisschop van Luik, 



(i) KuYL, Gheel vermaard dooy de H. Dimphna, bl. i6. 

(2) Alph, Wauters, Histoiye des libcytcs communales en Belf;iqiie, en Heylen, 
liistorischc veyha}ideUnc;en over de Kcmpen, bl. 67. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCIIEL 205 



Albero I schafte het bcstc cathccl af omtrent het jaar ii23, 
voor de heerlijkheden, die hem rechtstreeks behoorden 
en de edelmoedige hertog van Braband Hendiik II 
volgde zijn voorbeeld in 1247. 

De bisschop had gezegd : Indien de vader sterft, is er 
reeds droefheid genoeg in het huisgezin, zonder dat men 
er het beste pand uitneme (i), 

Gemeld leenrecht was in 't sticht van Utrecht als 
besmettelijk beschouwd; de personen, die er zich van 
vrijkochten, konden wel priester, maar geene domheeren 
van Utrecht worden (2). 

De Cucrmcdc bestond in 't noorden van Duitschland 
nog in 't begin dezer eeuw en werd met de andere leen- 
roerige rechten, door decreet van Napoléon I, den g 
december 181 1 afgeschaft (3). 

In de bezittingen der Benedictijnen van Corbie, buiten 
onze voogdij, uit de dorpen Neer- en Over-Yssche, Lom- 
beek en Huldenberg, in Braband bestaande, was de 
doodc hand in 121 1, door hertog Hendrik I, veranderd 
geweest in eene rente van 12 pond Leuvens, dit noemde 
men de stcrf- of koopkeur. Te Beeringen, ook aan het oude 
klooster van Corbie behoorende, gaf graaf i\rnoId van 
Loon, met toelating van den abt Hugo, de vrijheid aan 
de ingezetenen in 1239, doch met behoud van 7 bcstc 
cathccl; deze dienstbaarheid is later ook aldaar in eene 
rente veranderd (4). 

Overblijfsels van gezegd leenrecht hebben hier ten 
lande tôt op het laatste der verledene eeuw bcstaan, 
doch waren sedert onheuglijke tijden in verval geraakt 
of in eene soms onbeduidende rente veranderd. 

Te j\Ioll, waar deze leenplicht dezelfde herschepping 
zal gehad hebben, als in de andere heerlijkheden van 
St-Adelaard's erfgoed, beviel de stcrf kciir, met de overige 



, (i I Daris. Histoire du diocèse ci de la f^viiicipaut: de Li.^'e, deel I, bl. 478. 

(2) \'an" Loon, A!o::dc rei^ecriugsïi'ijs van HoUand, deel 111, bl. 96. 

(3) Recueil des lois de Vempire Français, tome XIV, p. 86 : Féodalité abolition 
des droits féodaux, chap. II, i^ 8. Tout servage est supprimé sans indemnité, 
sont réputés actes de servage : le droit sur une portion héréditaire du colon 
ou de sa femme, appelé droit mortuaire (Sterbfall, betthaupt, curmede). 

(4) Wauters, Histoire des libertés communales, deel II, bl. 74g. 



266 GESCHIEDENIS 



goederen en rechten, door deeling ,van 3i maart 1607 
aan de kinderen van Herman van Hoensbroeck en van 
Anna van Bocholtz. Zich in verlegenheid van geld be- 
vindende, verkocht Hoensbroeck de stcrf- of koopkciir, 
aan de inwoners van Moll en Baelen. 

Dit dokument, zeer meikwaardig onder'geschicdkun- 
dig opzicht, bevindt zich nu 00k op 's Rijks archief te 
Biussel. 

Hierbij een letterlijk afschrift van het charter : 



G'/iï' van dcn coiiinnic d'-i^'clk die GcdcptiUcnL' van Moll cndc Balen hchhcn i^cmacchl 
met myucn Heere van dcn lande van Oisthamme, Bcrinf;hen cnde Gronthccr dcscy 
voigdyen van Mol, Balen eude Desscie, rurende de redemptic cnde affcoopen van den 
coop ENDK STKRFFCEVR dacr mc le de voers. voogdye icas hclast. 

Op heden den elfsten junii 1607 syn o}) 't Huys van Hamme in eygene 
persoonen gecompareert ende erschenend'iersame persoonenende gecom- 
mitteerde van Mol ende Balen te kennen gevende ende seggende verstaen 
te hebben die voighdye van Mol verkocht te sjn by décrète van den Hove, 
nochtans onder restrictie van den coopère dat die Heere van Ham in naem 
zynder kinderen syne optie is gereserveert om die voers. Heerlicheyt te 
moghen behalden, etc. Soe erst dat de voers. gedepmeerde met namen 
Geeraert Lanwreys. schepenen tôt Mol, Jan Smaers, borgenieester, Aert 
Goris, schepenen tôt Balen, ende Andries van den Eynde, borgemeester 
tôt Balen, soc voer hen der ganscher geme5^nten ende snccesseurs van 
dyen, naedemael de voers. Heere van Ham verclaerden de voers. Heerli- 
cheyt van der \'oigdyen van Mol, Balen ende Dessele gherne soiide 
hebben geconserveert om redenen ten profyt zynder kinderen nochtans in 
't gereet qualich versien van ]îrompte iienninghen, soo eerst dat de voers. 
gedeputeerden metten voers. Heere van Ham in naem synre kinderen syn 
veraccordeert aangaende sekere servituden van stcrff cnde coop-cner, dinsei- 
ven Heere in der voigdi'en competerende, mits alleenelyck gevende tôt 
lossinghe ende incoopinghe van desen stuck ende coope der voers. voig- 
dyen van Mol ten behoeve als voer, voer ende omne de somme van twee 
duysent vyffhondert rynsguldens Brabants gelts cens, tôt aflossinghe ende 
<inytinghe der voers-. ceuren (die leenen blyven ongedenatureert) te betalen 
ende dat tusschen dit ende drj^e weken naestcomende waer toe de Heere 
van Ham als vader synder kinderen door hem selven oft syne geconsti- 
tneerde met constitntie van de mombaren voer de weth gerechtelycke acte 
van ratificatie ter assurantien van den onderdanen sal doen passeren ende 
indj-en die van Dessele hen aenpaert van desen overmits henné absentie 
nyet en begeren te draghen suUen die van Mol ende Balen moghen gestaen 
mits voldoende henné contingent prorata ende tôt vestinghe van desen 
hebben parthyen hinc inde dit aldus laten beschryven ende eygentlyck 
geteeckent. Datum ut supra. Ende is gecaveert dat parthyen dit voers. 
contract sullen mogen lauderen, oft ratificeren oft retracteren tusschen dit 



I 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCflEL 267 



ende viydach naestcomende. Ende sal dese aftiuytinyheder cueien henneii 
inj;anck nemen St-Jan-Bap(., dach naestcomende. 

Ende was onderteekent : Herman van Hoensbroeck, Jan t' Smaers, 
Geert Lauwreys, Andries van den E^-nde, mede voer Aert Goiis. 

Op den ruj^ge van den selven contracte stont aldus : 

()p ten 16 juny 1607 is meester Jan Loovens, secretaris dei' voigdyen van 
Mol, uut specialen last van de gedeputeerde der voers. voigdj'en gecom- 
pareert op 't Hu}'s van Ham, verclaerende datter swaricheyt gemoveeit 
wcrde nopende de redemptie des ceurs aen de ander zyde gespecifieert dat 
deselve irst soude cours nemen op St-Jansdach naestcomende. Ende omdat 
myn Heere geinclineert ende geaffectionneert is om die gemeynte te 
accomplaceren, verclaert te vreden te syn dat allen 't gène van den voers. 
ceuren onbetaelt ende nyet overgedraghen synde, dat deselve vervallen 
ende onbetaclde ceuren van kersmisse lestleden verschenen met dit con- 
tract sullen comen totten acquisiteurs van desen, "t profyt van den meyer 
hem in desen competerende gereserveert ende nyet affgenomen. Ende ter 
bevestinghe van desen heeft syne Edht., dit onderschreven ende gesub- 
signeert. Ende was geteekent : Herman van Hoensbroeck. 

Dese copye geschreven uut den originalen contract geschreven 
metter haut van Peeter Beyens, schoutert van Oistham ende metter 
eygene liant van den Heere van Ham onderteeckent is daermede 
bevonden faccordere bv mv deser voigdven secret : Joli. Loovens. 



Copyc van dey opdyacht, qiiytschildiii^he des voers. Hecyen van Ham met iiiseiiie der 
pyocuratieti van den mombaer der kindeyen des voeys. Heeren van Ham. 

W'y, heer Herman van Hoensbroeck, heere van den Lande van Oist- 
liamnie, stede van Beringhen ende grontheer der voigdyen van Mol, Balen 
ende Dessele, soo in niynen eygene naeme als oyck wten naem van de 
mombaer van myne kinderen verweckt b}' myne overledene huysvrouwe, 
vrouwe Anna van Bocholtz volgende seker procuratie m\- van de nabe- 
schreven daeraff gegeven, daeraff den teneur hiernae volgt : 

Wy. Arnold van Bocholtz. domproost tzu Heldishem, derselver munster 
ende tzu Ludich domheer, archidiaken van Haspengouwe, heere tzu 
Bocholtz ende Cortessem, enz. Aile ende eenen igelycken die dese onsse 
opene brieven van attestatien, authorisatien ende volmacht sullen sien of 
liooren leesen saluyt. Doen te wetene hoe dat ick in den naem ende als 
geeligeert mombaer ende curateur van den weeskinderen van den eedelen 
ende eerenphesten heere, heere Herman van Hoensbroeck, heere des 
lants van Oisthamme, Beringhen, Mol, enz., by hem behalde van de eedele 
erentrycke vrouwe Anna van Bocholtz ïcaliger memorien in haren leven 
vrouwe des lants voersch. geconstitueert ende gemechticht hebben, alsoe 
ick mitz desen constituere ende geve volmacht, den edelen heere heer 
Herman van Hoensbroeck voers. onsen lieven vetter ende vader der 
voers. weeskinderen om in persoon oft doer andere syne gesubstitueerd te 
compareren voer de justicie oft wethouderen der voers. voigdyen van Mol 
of daer sulcx noodich wesen mochte oft behoorde te geschieden ende 
aldaer in naem der voers. kinderen te cedcren, quiteren oft transporteren. 



268 GESCHIKDENIS 



aile alsiilcke gercrhlicheyt ende servituten van st^yffcucr, alshem in naem 
synder kinderen inde voers. voif^dye van Mol syn rompeterende ailes nacr 
luvt van seker accordt ende contract by de voers^enoempdte heer van Ham 
mette sedeputeerden der voers. vois^dyen semackt anno 1607. den lo'''' Juny 
lestleden, tôt oirbaer van den inwoenderen der selver in deel oft geheel om 
merckelycke redenen dat de selve voigdje ende heerlicheyt van Mol by 
d'iichten van den segele in den raede van Brabant is verkoght, ende tcn 
profit van den voers. weesen is ingekocht den selven coop metten pennin- 
ghen hier van procederende te voldoen ende effectueren aim potestate siib- 
stUiteudi ende met clausule van ratificatie proiii in metinvi cf ampUori forma. 

Aldus gedaen ende gegeven binne de stadt van Hasselt opten 4'''= Juli 
anno 1607 onder onse ej-gene liant ende aengelerene pitchier. Ende was 
ondertcekcnt : A. Bocholtz. 

Ende daerop gedruckt een cachet in rooden wasch. 

Kenne ende lydc mitz desen dat ick voer sekere somme van pcnningrn 
die my int gereet tôt mynen volcomen contentement in permissien gelde 
getelt syn te wetene den silveren Philippus daelder tôt twee ghiilden 
thienstuyvers, den gouden dobbelen Albertus tôt vyff gulden ende aile 
andere goude ende silvere penningen in Brabant cours hebbende naer 
advenant in erffelycken recht, getransporteert, gecedeerl ende overgegeven 
hebben, alsoe ick cedere, transportere, ende gheve over mitz desen Jannen 
Smaers ende Lodewyck Ghyben, borgemeesteren tôt Mol, Jannen Dignen 
ende Andriessen van Eynde, borgemeesteren tôt Balen, alhier présent 
synde ende accepterende ende dat in naem ende tôt behoeff van den 
gemeynen ingesetenen van Mol ende Balen voers. aile alsulcken gerech- 
tigheden van gesach metten profyten ende emolumenten van dyen als my 
ende den voers. myne kinderen binnen denselven dorpen van Mol ende 
Balen voers. is competerende genoempt den sterff- ende coopceuv, daermede 
de voers. dorpen ende ingesetene derselve van allen ouden t\'den ende 
boven memorie van menschen syn belast geweest, bekennende wel ex- 
presselyck soe voer m^n selven als uuten naem van myne kinderen voers. 
daer aen egeen recht meer te behoudene maer allen l' selve den voers. 
])crsoonen in den naem ende tôt behoeft" van den voers. dorpen transpor- 
terende, bekenne my daer aff volcomelyk gecontenteert ende genoch 
gedaen le zyn. schillende daer aff in redemptie van den voers. coop- ende 
stcrft'ccur ende "t gène daerafif soude moge dependeren, quyt nu ende ten 
euwighen daghen met renuntiatie van aile reliment ende andere beneficien 
desen contrarierende onder het verbont van myne ende der voers. myne 
kinderen, persoonen ende goedens présent ende toecomende, tôt wat 
plaetschen 't waere binnen oft buj'ten Brabant bevonden wordden, my 
submitterende onder aile gerichten daer dat van wegen die voers. dorpen 
van Mol ende Balen by tyden versocht soude moghen worden. Ende alsoo 
dese penninghen by ons van de voers. van Mol ende Balen ohtfanghen 
syn in onsen noot geemployeert tôt behoeff ende profyt van myne voers. 
kinderen in de betalinghe van den rhente als andersins daermede die 
grontheerlicheyt der voers. voigdyen is belast ende den voers. sterff- ende 
coopceur metten profyten ende emolumenten van d3-en 03'ck mede als hy- 
poteque staet verbonden aen diversche crediteuren die op te voers. gront- 
heerlicheyt van Mol ende Balen ende Dessele erffrhenten svn treckende. 



VAN MOLL, HAELEN KK DESSCHÉL 26g 



Ende oft gebeurde dat by tyden eenige schade mochte overcomen den 
voers. van Mol ende Balen van de vosrs. rhenten als andersins nyet tegen- 
staende de voers. redemptie ende aflossinghe van den selven sierff- aide 
coofcetir, soo hebben wj- belooft ende beloven mits desen ter goeden trou- 
wen soevoer ons als in den naem van den Mombaer van myne voers. 
kinderen, dat wy de voers. ingesetene van Mol ende Balen voers. nu SNnde 
ende naemaels comende ende elck van hun van alsulcke schade suUen 
indemneren costeloos ende schadeloos houden onder gelycke verbinte- 
nisse als boven, al sonder erch oft list. 

Ende tôt meerder vasticheyt ende ter versekeringhe van den selven van 
Mol ende Balen voers. heeft de voers. Heere deselve dese sierff- ende coop- 
ceiir opgedraghen ende daeraff ter manisse verthegen in presentie van 
Jannen van Hemel ende Jan Bouwens, schepenen der voers. voigdyen. 

In oirconde heeft de voers. heere van den lande van Oisthamme, die met 
syn eigene hand ondertecckent ende met synen cachette bevesticht desen 
14''^' dach Julii anno 1607. 

Ende was onderteeckent : Herman van Hoensbroeck. 

Ende ter syden bevestigd met eenen cachette naer roode uasch. 

Deze copyc gecoUationneert metten originalen is daermede be- 
vonden concorderende by my dor voigdyen van Mol, Balen ende 
DcFsel, secret" Joh. Loovens. 



Ende alsoo die gedeputeerde van den dorpe van Dessel hadden gerufu- 
seert pro rcito van hare contingent desen sterff- ende coopcenr te voldoen, 
hebben Jeromino Joos ende Jan Loovens, respective stadthoudere ende 
secretaris deser voigdyen desen geaccepteert ende dyen volgende den 
Heere van Ham daervoer betaelt de somme van Soo guld. op aile conditien 
met dyen van Mol ende Balen aengencmen daeraff die quitantie hier na 
volgende : 

Wy, Heer Herman van Hoensbroeck, Heere van den lande van Oist- 
hamme. slede van Beringhen, voigdye van Mol, enz., kenne ende lyde 
mits desen ontfangen te hebben uut handen van Jeronimo Joos ende Joes 
Loovens, respective schouteth ende secret, der voers. voigd^'en de somme 
van 5oo carolus guld. den Philijipus-daelder tôt twee guld., thien stuyv. 
ende aile andere gelt naer advenant ende dat in redemi)tie ende vercoop 
van den stciif- ende coopcenr metten vervallen van den selven, luyt den 
accorde mette gedeputeerde van Mol ende Balen daer aif gemaeckt die vny 
ende myne kinderen binnen die dorpe van Dessel is competerende, be- 
kennende van den selven vercoop te voile gecontenteert te syn, ende 
belove den voers. cooperen t' haren versuecke soe van mynen als die 
mombaren van myne kinderen weghen autenticque bescheet onder mynen 
naem ende segele daer aff te leveren, onder het verbonl van mynen persoon 
ende goedens présent ende toecomende. 

In oirkonde hebbe dit met mj^ie eyghen hant onderteekeent op onse 
huys ter Oistham, desen 22*'" dach July 1607, 

Ende was onderteekent : Herman van Hoensbroeck. 



270 



OESCHIEDENIS 



Ende ter zvden met eene cachet in rooden wasch bevesticht. 

GecoUationneert metlen originalen beschede, is daermede l e- 
vonden t'accorderen bj^ my ter voi^'djen van Mol, secref* ende 
nol'^ openbaer. feet.) Joes Loovens, secretaris. 

^^ 

De Leen- en Laathoven 

Het Icenhof van 's Hertogenland was, denken wij, in 
hetMollschveld gelegen,\vest den steenweg naarDesschel 
en noord den ijzeren weg, ter streke nog op het kadaster 
onder den naam van Leenhof bekend. 

's Hertogenland Vvas een voile leen, met lager gerecht, 
bedrijve en manschappen, en bestond uit 3i perceelen 
land, samen 40 zillen en i5 roeden uitmakende, en 
hierbij waren 8 mudden rogge, jaarlijks op die verschil- 
lende perceelen uitgaande. 

De namen der leenheeren, met de jaren van het verhef 
voor het opperleenhof van Braband, zijn de volgendc : 



1429 



Het klooster van Corssendonck. 



i5o3. — Gielis van de \\'ou\vere. 

i5g6. ■ — Jan Trudonius. 

1624. — Wouter Trudonius. 

1754. — ■ Lodewyck-Ignatius van Couwcgom, hcer van 

Westmeerbeeck en Oosterwyck. 
1766-1789. — Isabella-Catharina Ooms, te Gheel (i). 

Deze vier laatste leenheeren en leenvrouwe bezaten 
00k het leengoed van Casterle onder Meerhout-Gestel. 

De adellijke famille de Rove telt ze onder hare voor- 
zaten, want Coletta-Barbara Ooms, vrouwe van Ooster- 
wijk-Houtvenne, huwde Hubert-Jacob-Jozet Montens, en 
hunne dochter Maria-Anna trad in echt met Marten- 
Jan de Roye de Wichen. 

De oudste schepenregister van i562 en de latere 
maken gewag van de vijf volgende laathoven, waarvan 



(i) Archives de la cour féodale du Brahanf, n" 6984. 



VAN MOLL, liAKLF.N EN DESSCHKL 27 1 



de drij eestre waarschijnlijk de namen hunner vroegere 
bezitters diagen. Van deze laathoven blijft er in de plaat- 
selijke benamingen niet het minste spoor over. 

1° Het laathof van Sombeeck. 

Hiervan zijn meier geweest : 

i563. — Jan Cornelis. 

1564. — Jan Ooms. 

1671. — Laurens Buyens. 

1720. — J.F. Van Gompel. 

1748. — J.-A.-F. Theunissens, notaris. 

1774. — D. DeWolf. 

2/' Het laathof van Batenborgh. 

Wij denken, dat dit het laathof is hetwelk in 1406 
behoorde aan Jan IV Berthout, heer van Berlaer, Hel- 
mond en Keerbergen en welken Butkens (i) heer van 
MoU noemt. 

Het zal den naam van Batenborgh verkregen hebben, 
wanncer het eigendom van dit doorluchtig geslacht is 
geworden. De geschiedenis leert, dat de twee gebroeders 
Gijsbrecht en Diederik van Batenborgh, het beroemd 
verbond der Edelen teekenden, onder bevel van Brede- 
rode streden, te Harlingen met hunne vrienden Sjoert 
Beyema en Hartman Galama krijgsgevangen werden 
genomen en den i juli i568 met deze en nog 14 andere 
edellieden, te Brussel, door bevel van AIvsl, onthoofd 
zijn geweest (2). 

Zelfde laathof, toen waarschijnlijk met de andere 
Batenborghsche goederen in beslag genomen, werd den 
9 maart 1604 door Jan van Berlo, heer van Hozemont, 
Keerbergen, enz., vermaakt aan Karel van Berlo en aan 
zijne echtgenoote Agatha van Merode (3). 

Het laathof van Batenborgh behoorde in 1720 aan 
Clara Lovens te MoU. 

3*^ Het laathof van Enthout, 



(i) BrTKENS, Trophées sacrJes et profanes du Brahant, deel I, bl. 59-181. 

(2) Wage.xaar, Vaderlaiidsche historié, deel M, bl. 277. 

(3) J.-Th. de Raaut, Keerbergen et ses seigneurs, bl. 89. 



2/2 GKSCHIEDKNIS 



Isabella van Enthout in huwelijk met Anclries van 
de Mortel, verkoopt aan Margareta Pauwels het laatboek, 
genaamd het hof van Enthout, voor ig8 guldcns, in 1720. 

4" Het laathof van Millegem, voor het gehucht van 
dien naam, hetwelk van de vrijheid van Gheel deel- 
maakte en een ingesloten grond in de voogdij van Moll 
vormde. 

5° Het laathof van Postel, oorspronkelijk aan deze 
abdij behoorende, welke het hof van Wezelo en andere 
goederen onder Moll en Baelen bezat. 

Dit cijnsboek werd in 1660 vernieuwd door den notaris 
Michael Lovens en bevat de goedenissen van 1660 tôt 
1698. 

Het laathof van Postel behoorde in 1756 aan Frans 
Posa, wiens voorzaten het verkregen hadden van de 
familiën Roelants en Carenna, welke het op hume beurt 
hadden aangekocht van de abdij van Postel. 

Het hof van Wezelo bestond uit de volgende goederen : 

I" Groot Wezel, onder Moll, dat in 17 12 in twee 
hoeven is gesplist, te weten Oud- of Groot-Wezel en de 
Nieuwe hoef of Nieuw-Wezel. Op deze gronden is in 
1726 een derde hoeve gebouwd genaamd : de Boerenbril. 

2" Klein -Wezel of de hoeve van Gryn, onder Baelen, 
welke altijd eene afzonderlijke winning geweest is. 

De prelaat van Postel was grondheer van het hof van 
Wezelo, oefende er het lager gerecht uit, had het recht 
vanschutters te stellen, trok het biegeld, plaatste sluizen 
op de waterloopen en was meester van de Neeth, tôt aan 
den dijk van Kysbergen (i). 

VI 

De Schansen 

De gedurige oorlogen, welke de Nederlanden van in 
het begin der XVP eeuw teisterden, hadden keizer 
Maximiliaan, als voogd van zijnen kleinzoon Karel V 



(:) Archief van Jonkheer Paul de Roye de Wichen, te Meerhout. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 278 



bewogen, om den 21 januari i5i3, het privilégie (i) « aan 
)) die van Moll te geven, waarbij zij vrij en ontslagen 
» worden aan de vesten van Herenthals te moeten helpen 
)) graven, aangezien de voogdij op de uiterste païen en 
» grenzen van Braband gelegen, en alzoo de bijzonderste 
» door^ansf was der landen van Luik en Gelre en dat de 
)) vijand langs daar kon binnen komen, zoodat zij in 
)) hunne vrijheid moesten dijken en sterkten maken, zich 
» fortifieren dag en nacht, draaiboomen, sluizen en dijken 
» in goeden staat onderhouden. » 

Geheel deze eeuw was voor onze voorouders eene aan- 
eenschakeiing van rampen en ellende. Reeds in de laatste 
jaren der voorgaande eeuw, had de Kempen haar deel 
gehad in de onlusten, die het land van Luik teisterden. 

Willem van der Marck, bijgenaamd het Everzwijn der 
Ardennen, bezat de nabijgelegene heerlijkheden Peer en 
Lummen, en was een gevaarlijk gebuur. Hij vermoordde, 
zooals men weet, de prins-bisschop Lodewyk van Bour- 
bon, in 1482, en werd, drij jaar daarna, onder dezes 
opvolger, Jan van Hoorn, te Maestricht onthalst. Zijne 
bloedverwanten, die zeer machtig waren, namen weder- 
wraak en verwoestten de grensstreken van Braband, daar 
Maximiliaan het met Jan van Hoorn hield. 

Willem's broeder, Everard van der Marck, plunderde 
en verbrandde grootendeels het dorp Baelen, den 28 
october 1488, nam meer dan honderd inwoners gevangen 
en perste deze plaats i3.ooo rijnsguldens af (2). 

Toen Maximiliaan, eenige jaren later, het hertogdom 
van Gelderland aan Karel van Egmond betwistte, kwam 
deze in i5o5 uit Holland afgezakt; zijn léger was door 
400 Fransche ruiters en 2000 voetknechten versterkt, 
onder gebied van Robrecht van der Marck, neef van het 
Everzwijn. Deze, na de Meierij van 's Hertogenbosch ge- 
plunderd te hebben, verscheen den 7 october te Lommel, 
welke plaats gedeeltelijk gebrandschat werd; voorts legde 



(ij Gcmeente-archief. — Privilegieboek. — Charter n" lo. 

(2) Gemeente archief. — Privilegieboek. — Octrooi van keizer Maximiliaan 
(20 november 1489) aan die van Baelen om 200 bunders grond te mogen 
verkoopen, ten einde deze schatting te kunnen betalen. — Het oorspronke- 
lijk charter is nu op 's Rijksarchief, te Brussel. 



274 GESCHIEDENIS 



hij de dorpen Desschel en Rethy, en al de hoeven van 
Postel in assche (i). 

De Fransche hulpbenden bchandclden de inwoners 
der Kempen op de wreedste wijze : Gheel werd op 
I2.000 rijnsguldens, Moll en Baelen, ieder op 4000 gul- 
dens gebrandschat (8 januari i5io), terwijl Turnhout, na 
geplunderd te zijn, gooo rijnsguldens moest betalen en 
nog werden er verscheidene viouwen mede naar Roer- 
mond gevoerd en slechts tegen zwaar rantsoen gelost (2). 

De burgers van Mechelen, voor hunne stad vreezende, 
en geholpen door de gravcn Adolf van Nassau en Floi'is 
van Egmond, zonden 200 voetknechten naar Gheel en 
Moll, onder bevel van Jan van der Aa en Jan de Heelt, 
hoofdman der Kolveniersgilde, die de schutterij tôt Moll 
voeiden (3). Bij hunne aankomst waren de Gelderschen 
naar Diest afgezakt. Doch deze stad, door graaf Jan van 
Nassau goed verdedigd, hebben zij Thicnen ingenomen, 
de omliggende dorpen geplunderd en zijn eenigen tijd 
later, in Ardennen, door de boeren en het krijgsvolk van 
Namen, verslagen geworden. 

Doch eenige jaren later kwam een ander veldoverste 
van Karel van Gelderland te voorschijn, wclke van der 
Marck in wreedheid nog overtrof. De gedachtenis van 
deze heillooze man is nog eene légende in deze streken, 
^vij bcdoelen den beruchten Marten van Rossem, «Zwarte 
Marten » genoemd. 

In i528, na eene nederlaag in Over3'ssel, viel hij met 
zij ne rooversbenden in de Meierij en in de Kempen. 

De inwoners van 's Hertogenbosch, geholpen door 
de bezettingen van Helmond, Eindhoven, Moll en het 
krijgsvolk in den Peel, onder bevel van Floris van 
Batenborgh, vielen, nabij de dorpen Heeze en Leende, 
de benden van den Zvvarten Marten zoo onverhoeds aan, 
dat zij tôt aan de Maas vervolgd, gedood of verstrooid 
werden en hun heil in de vlucht moesten zoeken (4). 

Marten van Rossem bleef éditer nog lang de schrik 



(i) \'ax Hki-rm, Hiskrric van 's Bosch, deel I. bl. 413. 

(2) Bkrgm.vnx, Geschicdenis van Lier, bl. 167. 

(3) AziiVKDo, Ci'ouycke van Mechdcn, Jaer 1G07. 

(4) Pape, Levensgeschiedenis van Mariai van Rossem, bl. 5i. 



VAN MOLL, RAELEN EN DESSCHEL 275 



der landelijke bevolking; hij kwam in 1542 wcdcrom 
met zijne vrijbuiters in de Kempen en het is niet onmo- 
gelijk dat hij, in 1346, den grooten brand stichtte, die 
een gedeelte van Moll vernielde en waarvan de archieven 
zoo dikwijls spreken. 

Al dit wee was nog niet vergeten, toen de ketterij 
begon op te komen; de strenge plakkaten van Keizer 
Karel had ze in den beginne wel wat beteugeld, doch 
een ellendevol tijdstip brak aan. 

Deze rampzalige Godsdiensttwist, zeggen de geschied- 
schrijvers, deed zooveel bloed vergieten, dat er een oor- 
logschip op vlotten kon, en hiertusschen was het bloed 
onzer kempische voorouders met beken gemengd. 

Wat al gruwelen en verwoestingen ons vaderland door 
de baldadigheden der Spanjaards en door de wederwraak 
der Geuzen, gedurende eene reeks van bijna tachtig 
jaren te betreuren had, zal niemand naar behooren 
kunnen beschrijven. De voogdij, die op de grenzen lag, 
had gedurig invallen te onderstaan. 

Wij weten niet of de beeldstormerij te Moll plaats 
had, alhoewel er niet aan te twijfelen valt, daar men te 
Gheel de beide kerken plunderde (i). 

Het was na het vertrek van Alva dat deze streken het 
meest te lijden hadden. Tusschen zijne veldoversten, in 
de Nederlanden gebleven, bevond zich Juliano Romero; 
deze was met zijnen meester, in iSôy, uit Spanje ge- 
komen als maestro dcl Campo van 10 vendels of 1620 
krijgslieden. 

'ioen de ongelukkige graven van Egmond en Hoorn 
het schavot beklommen, had Romero het bevel over de 
3ooo soldaten, die de straten van Brussel bezetten. 

In 1572 nam hij het stadje Naarden, bij Amsterdam, 
in; de wreedheden, die aldaar onder zijn bevel gebeur- 
den, doen de haren ten berge rijzen. Hetzelfde jaar, 
in september, richtten de Staatschen te Moll en elders 
veel schade en rooverij aan (2). 

De muiterij der Spaansche soldaten, welke slecht en 
nooit op tijd betaald wierden, moest onvermijdelijk 



(i) KuYL, Gheel vermaard door de H. Dimphna, bl. 224. 

(2j Gemeente archief. — Schcpenenregister 1568-1574, fol. 219. 



276 GESCHIEDENIS 



worden; zij begon na de overgaaf van Vlissingen, in 
1576, en was weldra algemeen. De oproerlingen trokken, 
al roovende en verwoestcnde, Braband in. Men ontmoet 
ze in de Kempen vôôr den 5 meert van dit jaar; zij 
wilden overal gediend zijn met kiekens, patrijzen, fezan- 
ten, enz,, twee sooiten van wijn, hunne honden moesten 
wit brood eten en eenigen deden de voeten hunner 
paarden met wijn wasschen. Zij werden te Moll door 
Juliano Romero gestcld met belofte eener goede somme 
gelds(i). 

Deze belofte zal niet ten uitvoer gebracht gevveest zijn; 
de oproerlingen namen Aelst in den 25 juli, Romero 
versloeg de Geuzen te Waelhem, bezette Lier en bij de 
Antwerpsche furie, viel hij met zijne zwarte ruiters, den 
4 november, in deze rijke stad, welke hij hielp plunderen. 

Men kan begrijpen wat het platte land reeds geleden 
had en hoe dikAijls de dorpelingen met huisraad en vee 
op de schansen vluchtten; de twee jaren 1578 en 1579, 
brachten den genadeslag aan de Kempen toe. Nu werd 
het dorp door twee partijen geplunderd. De soldaten 
van het Staten-leger, te Rymenam liggendc, waar een 
groote slag geleverd was, hadden te Baelen vêle beesten 
gestolen, zij werden door de inwoners, geholpen door 
mannen van Moll, Desschel en Arendonck, achterhaald 
te Raevels, den 24 augusti, maar de burgers kregen de 
nederlaag en lieten 23 dooden. 

De 16 september werd het dorp Baelen, deszelfs kerk 
en het huis van Gompel, door het Spaansch garnizoen 
van Diest afgebrand, vêle inwoners sneuvelden w^aar- 
onder 11 van Moll, die hunne geburen waren komen 
bij stand bieden. De 22 januari van het volgende jaar 
lavamen 6 vendelen Duitschers des légers van prins 
Casimir te Moll, zij werden er weldra handgemeen 
met de Spanjaards, vêle Duitsche soldaten kwamen om, 
andere gevangen genomen, de overige op de vlucht 
gedreven. Door dit gevecht brandde de Markt langs de 
noordzijde af. 

Op Sinxendag namen de Spanjaards en Duitschers (de 



(i) Vax Meteren, Nedcrlandsche oorlogen, bl. :i3. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 277 



roovers hadden zich toen vereenigd) de kerk in. De 
inwoners hadden zich op den toren verschanst, welke 
gelukkig in bezit der belegerden bleef. De priesters, die 
00k op den toren gevlucht waren, trachtten de soldaten 
met goede woorden te paaien, maar toch durfden de 
inwoners hunne schuilplaats niet verlaten uit vrees van 
als pionniers te worden medegevoerd (i). 

Voor deze troebelen waren er te Moll 1700 parochianen 
of communicanten, waarvan er maar 1175 overbleven, 
zoodat ruim een derde der bevolkingr was omgekomen, 
ook zijn er toen verwoest, vergaan, afgebrand en niet 
meer opgebouwd i35 huizen, waarvan 42 in de straat of 
dorp, 23 te Ginderbuiten, 21 te Achterbosch, 6 te Ezaert, 
14 op 't Stokt en 18 op 't Sluis. 

Dit relaas geeft de namen der eigenaars van de afge- 
brande huizen en is opgesteld door den pastoor Joachim 
T' Sjongers, den secretaris Johan Lovens en de gezwo- 
renen der 6 gehuchten, op i5 september i5g3 (2). 

Te Desschel waren maar 40 inwoners overgebleven 
terwijl vroeger er 56 huizen bestonden. En nog was de 
ellende niet ten einde, de oorlog bleef voortwoeden ; 
prins Maurits van Nassau won op 24 januari i5g7 den 
slag op de Thielenheide. 

De 28 januari 1600 vertoonden zich vier of vijf benden 
vrijbuiters, met 25o man der bezetting van Breda, op de 
hoeve van Gompel, toen pas herbouwd, zij bleven er 
vier uren stil, deden veel schade en roofden wat er te 
vinden was. Zij zuUen ongetwijfeld ook het dorp bezocht 
hebben. 

Het jaar daarna ontstond er eene muiterij tusschen 
het garnizoen van Hamont, 600 man sterk. Deze woeste 
soldaten deden verschillende uitvallen in de omstreken 
en dreigden INIoll en Baelen tôt in den grond te verwoes 
ten, indien deze twee plaatsen niet dadelijk eene brand- 
schatting van 8000 guldens betaalden. 

Deze somme kon onmogelijk door onze ongelukkige 
voorouders bijeenverzameld worden; de puinhoopen 



(i) Doopregister 1577-1625, bl. 4 en 7. 

(2) Stadsarchief van Antwerpen. — Toestand der dorpen van het mark- 
graafschap in iSgS. 



278 GESCHIEDENIS 



lagen nog, in de twintig jaar te voren, bijna gansch 
afgestookte dorpen. 

Wat aanvangen? de benauwde inwoneis zonden den 
I augusti 1601, Frans Noels, meier der giondheeren, en 
Jan Dignen, burgemeester te Baelen, naar Haraont, om 
met de vrijbuiters te onderhandelen. Bij hunne aankombt 
dachten de Spanjaards rceds het geld in handen te 
krijgen, doch daar onze afgevaardigden hunnen nood 
klaagden, zijn er eene menigte ruitcrs uit de vesting 
gereden, hebbende elk eene wijp stroo aan het geweer 
om dadelijk de bedreigde dorpen in asch te gaan leggen. 

De twee ambtenaars hadden nooit zulke razernij ge- 
zien en zouden gaarne het losgeld betaald hebben, ware 
het eenigzings mogelijk geweest. Bij den krijgsraad 
gebracht, zegde Jan Dignen, die een weinig Spaansch 
en Fransch sprak, dat die somme te groot was voor de 
verarmde plaatsen en zelfs, met aile geweld, aan den 
eisch niet kon voldaan worden. Hierop antwoordde de 
penningmeester, die eenige woorden Maamsch verstond : 
« Wij beginnen irst te mutineren, die soldaten rasen 
» ende sijn sonder gelt, ghij moet u uuterste nu doen, 
)) men sal naederhandt dat al verlijcken, ghij en suit 
» nijet meer geven als u contingent ende bedraecht » (i). 

Gelukkiglijk kreeg Francisco de Mendoza, admirant 
van Arragon, welke na de inneming der stad Grave, 
door prins Maurits, tôt Thorn op de Maas gekomen 
was, kennis van de muiterij der bezetting van Hamont. 
Hij trôk er naar toe met 4 stukken geschut en daar de 
soldaten van geene onderhandeling wilden hooren, deed 
de admirant het stadje beschieten en vernielde eenige 
huizen. Hierop ontvluchtte de ruiterij en het voetvolk 
gaf zich over. Mendoza zond alsdan een gedeelte zijner 
soldaten de vluchtelingen achterna, maar deze hadden 
twee uren voor, en wetende dat zij van zin waren Diest 
in te nemen, trok hij vooruit de omliggende plaatsen, 
waarschuwend op hunne hoede te zijn. De vrijbuiters 
ziende dat hun aanslag gemist was, meenden Beeringen 
te bemachtigen, welk 00k niet gelukte; zij togcn dan 



(i) Gemeente archief. — Schepenregistcr i5gg tôt i6o3, fol. 25 en 104. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 279 



naar Breda af en maakten zich onderweg, bij verrassing, 
meester van het stcrk kasteel van Hoogstraeten. Daar 
werden zij door andere muiters vervoegd, zoodat zij 
hunne voorposten tôt op het slot van Grobbendonck 
stelden. x\lsdan begonnen zij Braband en het land van 
Luik af te loopen, sloegen de Kempen met geregelde 
brandschattingen, zij vergden niet alleen geld, eetwa- 
ren, paarden, enz., maar zelfs manschappen om hen te 
Hoogstraeten en te Grobbendonck te verschansen. Het 
is niet gebleken of Moll en Baelen de brandschatting 
van 8000 gulden geheel of gedeeltelijk bctaald hebben. 

Aartshertog Albert stelde graaf Frederik van den 
Berghe, broeder van den heer van Gheel, aan het hoofd 
van 3ooo ruiters en 7000 Voetgangers; deze trok in den 
zomer van i6o3 tegen de vrijbuiters ten strijde, toen de 
oproerlingen bij de Hollanders gingen hulp zoeken, 
welke hunnen dienst met vreugde aannamen. Prins 
Maurits begaf zich alsdan naar Hoogstraeten om de 
opstandelingen bij te staan; het kasteel was reeds door 
Frederik van den Berghe belegerd, welke zich niet sterk 
genoeg gevoelende, het beleg opbrak en naar Herenthals 
week. De muiters, welke een nieuw beleg vreesden, ont- 
ruimden Hoogstraeten en vervoegden zich bij Maurits 
léger. 

Een ander gedeelte dezer Spanjaards was in onder- 
handeling met Albert getreden, werd bij zij ne soldaten 
ingelijfd en diende den aartshertog bij het merkwaardig 
beleg van Oostende (i). 

Doch ten jare 1606, na de overgaaf van Rvnsberg, 
cène vStad bij Keulen, welks langdurig beleg aan Markies 
van Spinola, de overwinnaar van Oostende, veel eer 
bijdroeg, doch 00k veel geld kostte, begonnen zijne 
huurlingen hunne achterstellige soldij te eischen en deze 
niet bekomende, sloegen '^ij wederom tôt muiterij over. 

Ten getalle van 200, welke hoop spoedig vergrootte, 
zetten zij de Maas over en kwamen den 12 october 1606, 
langs de Postelsche heide te Baelen aan, waar zij ver- 
nachtten. Des anderen daags vertrokken zij naar Moll; 



(2) Vax Meerb?:eck, Chroniicke van di; i^antsschc locrdt einlc sonckrïiimhe van de 
scvcnihicn Nedcrlaudcn, bl. 998-999. 



28o GESCniEDENlS 



hier schaarden zich nog 5o Spanjaards bij de vrijbuiters. 
Te midden der Markt, onder den Lindenboom, hielden 
zij vergadering en kozen eenen algemeencn aanlcider of 
Eledo, verders eenen Alfcres of vaandeldrager en andere 
officieren. Zij vertoefden gelukkiglijk niet lang in ons 
dorp en lichtten zich den volgenden dag over Lommel 
naar de vesting van Hamont (i). 

Spinola zond tegen hen een zijner kapiteins, Pompeo 
Guisteniano en de aartshertog, de colonel Luna. De 
oproerlingen namen voor naar Breda te trekken en ont- 
moettcn de Heer van Nortor met het garnizoen van 
'vS Bosch nabij het klooster van Fostel. Deze \vilde hcn, 
volgens bevel van Albert, met zachtheid overhalen, zij 
beloofden G^ehoorzaamhcid, doch hielden ijeen woord, 
gingen zich te Hoogstraeten en te Eindhoven verster- 
ken, en begonnen wederom rechts en links te rooven en 
te plunderen. Zij eischtten van de ongelukkige land- 
lieden ongehoorde l)randschattingen. Priesters en bur- 
gerlijke overheden namen ze gevangen en lieten liun niet 
los dan tegen zwaar rantsoen. MoU mocst eene brand- 
schatting van 3ooo guldens betalen. 

Hun getal was tôt ruim 2000 gerezen, meest allen 
ruiters, toen het Spinola gelukte eene overeenkomst met 
de opstandelingen aan te gaan, belovende de vervalle 
soldij te betalen en hun tôt waarborg gevende de vier 
steden : Diest, Herenthals, Weert en Roermond. De 
i^'^ zondag van den Advent 1606, trokken zij langs 
Baelen naar Diest, 

De aailshertog zag korts daarna dat er met dit volkje 
geen einde te maken was en gaf in november 1607 een 
edikt uit waarbij hij ze in den ban des rijks sloeg, 5oo 
kronen op het hoofd hunner Elcdo's uitloofde en hun op 
doodstraf beval het land te verlaten. 

Dit zijii de laatste onheilen van deze, in de geschiede- 
nis met bloedige letters aangeteekende XVP eeuw, de 



(i) Verschillende opzoekinf;en in de Schepenregisters te AIoll, wnren 
gedaan geweest door den abdijhecr van Averbode, wijle J. Joris, voor 
zijne ontworpene « Geschiedenis van Baelen » en zijn ons wehvillend 
medegedeeld geworden door M. de kanunnik Van Olmen, secretaris van 
't Aartsbisdom, welke wij hiervoor oprecht^bedanken. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 28I 



6 april i6og werd het twaalfjarig bestand, met de Ver- 
eenigde Provincien, geteekend en stelde een einde aan 
den tachtigjarigen oorlog. 

De zachte regeering der aartshertogen, Albert en 
Isabella, deden deze rampen langzaam vergeten. 

De oprichting der schansen, welke men in aile dorpen 
aantrof, waren in de voogdij van Moll begonnen geweest, 
in uitvoering van het privilégie van keizer Maximiliaan 
van 21 januari i5i3, waarover in het begin van dit artikel 
gesproken is. 

Meer dan vier uren van aile versterkte steden en 
kasteelen verwijderd, die toch ook dikwijls door den 
vijand bezet waren, begonnen de inwoners van elke 
wijk deze kleine sterkten aan te leggen, welke hen zoo 
menigmaal tegen de vrijbuiters beschermden, die ge- , 

woonlijk maar weinig in getal waren, wanneer zij het L</^^^ 
platte land afliepen. In onze voogdij bestonden, buiten 
de versterkte hoeven van Gompel, Wezel en wellicht de 
Boeretang, de schansen van Desschel, Ginderbroek, 
Stokt, Ginderbuiten, Sluis, Overlaer, Rosselaer, Schoor, 
Ongelberg, enz., deze laatste in iSgy opgegraven. 

Aile, behalve de eerste, die nog omringd van haren 
oorspronkelijken gracht, nu eene boerenwinning is, zijn 
spoorloos verdwenen en het heeft ons moeite gekost om 
de plaats er van terug te vinden. 

De vest der schans van Overlaer, welke nabij de hui- 
zing « het Rond » was gelegen, bestond nog gedeeltelijk 
over een dertigtal jaren. 

De inrichting dezer verschansing, in het gemeente 
archief gevonden, zonder dagteekening, is naar het 
geschrift te oordeelen, van het begin der XVP eeuw. 

Wij deelen ze hier letterlijk mede : 

Ordonnantie gemaeckt by de savelm(eestejrs van 
Overlaer met advoy ende consent van (de) 
Principaelste ingeseten(en) aldaer, raecken(de) 
de Schanse. 



In den j^" alsoo hoochnoodich gevonden is tôt defensie van den inlansche 
oirloghe mitz de distantie ende veyr gelegentheyt van (de) steden, onder 
dese dorpe te maecken forten ende schansen waarinne de huyslieden hun 
in tyde van noode soude mogen retireren ende opdat aldaer goeden regel 



282 GESCHIEDENIS 



ende policve soude mogen gehouden worden, tôt conscrvatie van een ider 
persoon ende svne opgevluchte goederen, hebbcn tsamendeihant gemaect 
ende gesloten dese naervolgen(de) poincten ende articlen : 

i) In de j*'" : dat neymant op dese schanse en niach plaetse hebben oft 
coopen sonder dat Iw heeft syne residentie ende wooninghe onder desen 
savele, te waere met generaal advoy ende consent van (den) geheelen 
savele ende dat het waer een alsulcken pe(r)soon die men vont niet te 
wesen ende proufiitel\'ke voor de vocrs(chreven) schanse. 

2) Item : soo \'emant vertreckt vuyt den savel liebben(d)e daer op de 
schans geene vaste huysinghe oft koye gemaect, verliest syne plaetse. 
maer soo hy d(aer) o}- heeft gebout, mach syn(en) leefïdaghe lanck deselve 
gebi'uycken ende daernaer syn(en) d'erffgenaemen by aldi(en) zy wederom 
onder dit savel coemen woonén ende ondersintz nyet mitz helpen{de) 
deselve schanse onderhouden ende daertoe contribuerende geKyck) andere 
van (den) savele, maer mogen wel vercoopen aen j-emand en(de) aen 
degene die oiider dit savel woonen maer nyet de plaetse aen andere. 

3) Item : soo wie compt te sterven d'erffgenaemen v(er)lieren hun onbe- 
bouwde plaetse maer mach een van (de) kinderen ende anders nyemant 
deselve plaetse behouden mitz gevende eens aen 't voers(chreven) savel 
dry guld(en) of een halff ton biers ter optien van (den) saevelm(eester) mitz 
h}- woont oft Ivft woonen in ('t) savel ende heeft altyt de preferentie den- 
genen die het vaderswoonhuys heeft beerft, ten waere het onder hun anders 
worde gecavelt ende geconditionneert. 

4) Item : soo j-emant syn huysen oft koyen affkochte aen yemant buyten 
den savel woonen(de) om op ande schanse geseth te worden mogen die 
van den savele denselve coop calengierea ende v(er)naerderen mitz vol- 
doenfde) den coop (en)de allen tyene doer inné cooper gehouden is. 

5) Item : degene die dobbel plaetsen hebben moeten in aile lasten dobbel 
contribueren en(de) met twee p(er)soonen savelen, dan die met gespan 
coemen sullen met hun gespan ende voerman volstaen al hebben sy dobbel 
oft meer plaetsen. 

De savelm(eester) mach compareren op 't savel alst geboden is, sonder te 
wercken, mitz houdenfde) poliC3'e onder de wercklu3'den als casse anant. 

6) Item : dat nyemant en sal moghen op de schansrhe vier stoecken oft 
vier brenghen als in t3'de van noode. 

y) Item : dat men sal maecken tôt bewaernisse van (de) selve schansche 
een huysken om ^^emant van goeden name ende famé daerinne te mogen 
woonen om de schansche en(de) goederen gaede te slaen tôt opbouinge 
van welcke huyse een ider sal contribueren naer raet en(de) groote syndcr 
})laetsen soome(n) dat vuyt den savel nyet en can vinden. 

S) Item : dat men tôt gelycken cost in tselve hu^-s ?al stellen eenen hoven, 
ende sal ider coemen backen in den selven hoven gehouden wesen(de) te 
geven aen den wachter voor 't gaede slaen van (den) vuer twee blancken 
eer hy 't vuer in (den) hoven oft d' meel in 't huys mach brenghen. 

ç) Item : dat ider plaetse aen den selven wachter iaerlvcx sal moeten 
geven dry stuyvers op prempte parate en(de) reele executie. 

10) Item : datten selven wachter gehouden sal wesen aile morgen de 
schansche te ojienen des v(er)socht sj'nde ende tsaevontz metter sonnen 
onderganck te sluyten en(de) deselve altyt t' openene als noot is. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 283 



11) Dat den selven wachler gehouden is syii huysken te oiideihouden 
van wandeii en(de) dacke maer mach het vitsel halen op 't saevel. 

12) Item : datten selven wachter gehouden is te wercken voer aen (de) 
poort op dat hy sien can wie daer in en(de) vuyt gaet, in en(de) vuvt wort 
gedraegen. 

i3) Item : datten nyemant van (den) savel en sal in tyde van légers onder 
deselve moge soetelen oft yet veicoopen op de schanse gevlucht syn(de) 
oft eenighe soldaeten daer op brengen oft laten coemen op pêne van 

14} Item : wie 't goet, Beesten oft oock de meesters of Baracken wyst aen 
(de) soldaeten op de schanse coemen(de) vragende nacr hunne poltroms oft 

hunne goederen, v(er)beurt die j'" keere en(de) voer den ij"' keer het 

dobbel ende voer den derden keere sj-n plaetse en(de) dobbelen pêne. 

i5} Item : nej^mant en mag met ke3Ten oft wagen, beesten oft ander ge- 
tuych de straten besetten in tyde van vluchtinge, maer moeten die alsdan 
los ende vry syn, ende Avie contrarie dede sal t' elcken v(er)beuren 

16) Item : wie bevonden wort d' een den anderen yet te nemen oft te 
stelen oft oock yet van de plaetse van yemande yet te draghen onder 
jiretext van leeninghe, sonder kennisse van (den) eygenaer oft twee van 
(den) gebueren v(cr)beurt syne plaetse en(de) bh'ft gebannen van (de) 
schanâe, latende voerts de correctie aen (den) officier. 

//j Geboden S3'nde te Avercken op seeker ure ende met seeker gespan of 
geweer, wie een quartier compt naer den clockslach v(er)beurt x st. 

iS) Item : soo wie den savelm(eeste)r nyet aen en staet op dwerck coe- 
mende ran heyschen eenen sterckeren sal moeten comen oft valt in de 
pêne. 

i()) Item : wie den savclm(ecste)r qualyck toespreeckt oft injurieert 't syn 
in 't calengieren oft andersintz sal t' elcken v(er)beuren x st. 

20) Item : soo yemant gecalengiert svnde nyet en betaelde sal denselven 
datel(yck) S3men pêne moeten opleggen andersintz sal d(aer)voer geexecu- 
teert worden, ende sal de pêne d'executie dryven(de) hebben voer sjme 
moitte 2 st. ende daervoer oock denselve pêne goet doen. 

21) Item : wie eenighe ingangen maect in (de) veste om water te scheppen 

oft beesten te drencken verbeurt t' elcken st. ende moet op synen cost 

ende last 't selve gat wederom op maecken. 

22) Item : nA-emant en vermach over de vesten te gaen oft te climmen oft 
eenich goet van achter afif worpen over de veste op pêne van 

23) Item : nj^emant en vermach in de voors(chreven) vesten roiten vlas oft 
kemp, noch bout op verbeurte van 't goet, maer sal gelaten ende verhuert 
wordden voer een vry viswaeter tôt prof\'t van (den) savel. 

24) Item : soo wie in den voors(chreven) vesten bevonden wort te vissen, 
dese nyet gehuert hebben(de), sal v(er)beuren thien guld(en) ende tôt dieu 
staen tôt correctie van (den) officier als een vischdieff. 

25) Nyemant en vermach eenich graen te wassen in (de) vesten ten ware 
in tyde van noot op pêne van 

26) Item : wie bevonden wort eenich bout aff te houden dat oj) de wallen 
gejilant is die sal verbeuren vi guld ende tôt dyen moeten opleggen ende 
betalen de dubbel werde van (den) bout en(de) noch staen ter correctie van 
(den) officier. 

2'j} Item : soo doer yemantz quaede toesicht aen huysinghe van yemanden, 



284 , GESCHIEDENIS 



aen den gemeynen puth, brugge oft ketens iet wordden gebrecken sal 
alsulcken délinquant tselve synen cost moet opmaecken. 

2S) Item : nyemant en sal moghen eenighe viiyle stincken(de) piitten te 
maecken, vuyle handwercken d(aer) op t' esceiceren en(de) die alreede 
daaroj' gemaect sj-n sullen moeten gcstopt en(dej vuytgebrocken wordden. 



VII 
De drij schuttersgilden 

De gilden, waarvan de vaderlansche geschiedenis tij- 
dens het gemeentetijdvak zooveel ophef maakt, en die 
vôôr de inrichting der regelmatige légers, niet alleen de 
burgerwacht der steden en dorpen uitmaakten, maar 
met vorst of heer ten oorlog trokken, waren in de voogdij 
ten getalle van drij. 

Ze zijn hier 00k de voornaamste beveiling geweest 
tegen de vrijbuiters der XVI'''' eeuw, want volgens hunne 
cacrte of règlement, moesten de gildebroers de inwoners 
in tijd van oorlog beschermen en ze voor de aanslagen 
van dieven en kwaaddoeners behoeden, die bijzonderlijk 
bij nacht en ontijden uit de landen van Luik en Gelre 
kwamen. 

Elk gilde vormde een vendel, 60 man sterk, onder 
bevel van eenen koning, hoofdman, deken, kapitein en 
verdere officiers. 

\'an in de XVI P' eeuw hadden de gilden hun oor- 
spronkelijk doel verloren en bleven maar verlustigings 
gezelschappen meer. 

Het Kniisboog- of St-Jorisgilde telde nog over eene eeuw 
de bijzonderste burgers onder hare leden. De overblijf- 
sels zijner wip of schietboom, ter wijke Ginderbroek, in 
1807 vernieuwd, ten koste van to3 guldens i5 stuivers, 
waren over twintig jaren nog zichtbaar. 

Dit gilde bezat een altaar in de oude kerk, waar het 
in 1777, eene schilderij deed plaatsen, den H. Joris 
voorstellende en welke 35 gulden kostte. Dit tafereeltje 
bevindt zich nu in de noorderkruisbeuk, 

Wij zijn in bezit der caerte van gezegd genoodschap, 
doch zij is door vochtigheid en nalatigheid onleesbaar 



7»Hsrr««D 




ËliUetih du Cercle Archéologique, LittèrairL- et Artistique de Malines, t. IV, i8;j3 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 285 



geworden, de zilveren vogel met plaat, is ook nog in 
weezen . 

St-Jorisgilde bestaat nog enkelijk bij naam. 

Het Handboog- of St-Scbastiaansgilde, welk ook een altaar 
had, bezit nog zijne oude sieraden. Deze bestaan in eene 
ronde zilveren plaat van lo centimeters doorsnede, de 
vergulden beelden van O. L. Vrouvv en van St-Sebastiaan 
in verheven beeldwerk, bedekken het midden, hiernevens 
een passer en v/inkelhaak, rond de spreuk : Voccht lad 
vnicten den mol lôoj en onder een rébus. 

Deze spreuk is waarschijnlijk eene zinspeling en betee- 
kend, dat de oude voogden van MoU, de inwoners met 
vrede moesten laten. x\an deze eerepenning hangt een 
prachtige zilveren pagegaai. 

Het Kolvcniers- of S"" Barbaragilde is onder geschied- 
kundig opzicht het belangrijkste der drij schuttersgilden, 
en bestond reeds sedert eeuwen, toen Filips II het in 
i568 de cacrtc of règlement gaf. De schepenbank der 
voogdij liet, op g januari iSyo, aan hare leden toe, de 
veldduiven te schieten aangezien zij veel kwaad aan de 
vruchten deden. De gildebroers waren verplicht buiten 
hun geweer, toen handbus of stok geheeten, een half 
pond poeder en een pond gesmolten lood in huis te 
hebben. 

Toen het Kolveniersgilde van Antwerpen zijn hoffelijk 
schietspel gaf in i53g, zien wij onze St-Barbaragilde, met 
die van Herenthals, Gheel, Diest, Thienen, Zout-Leeuw, 
Nijvel, Leuven, Brussel, Lier, Mechelen, 's Bosch en 
Bergen-op-Zoom aan dit feest deelnemen. 

Hoe moet men de trommels geroerd, de bazuinen en 
klokken doen galmen hebben, toen die machtige burger- 
scharen, met blinkende spiesen, geweer en fladderend 
vaandel, zij, die hun bloed veil hadden voor eigen aard 
eîi vrijheid, de rijke Scheldestad binnentogen, 

Het was wellicht ook voor zulke plechtigheid, dat de 
Mollsche hoofdman, voor de eerste maal, de prachtige 
platen en den gekroonden papegaai op de koene borst 
droeg. 

Deze braak, in 1614 gemaakt, nog in wezen en waar- 
van nevensstaande print een aîbeeldsel is, bestaat uit 
vijf borstplaten. De twee buitenste voeren : de eene : een 



286 (ÎESCHIEDHNIS 



gctindc balkstrccp, welk blazoen men op het schcpenzegel 
terugvindt en de andere de wapens der aartshertogen 
Albert en Isabella, van de ordekcten der Vliesridders 
omringd; op de middenplaat ziet men het bceld der 
patrones. Dezc braak van verguld zilver, in den Renais- 
sance stijl en verheven beeldwerk gedreven, weegt 400 
grammen. De cacrte van dit gilde werd op i5 september 
1601 door de aartshertogen vernieuwd en ruim eene 
eeuw laler, door keizer Karel VI de ig juli 1735. 

Het S"-Barbaragilde heeft deze twee charters bewaard, 
ze zijn door ons uitgcgeven geweest in het Kcmpisch 
Muséum (Turnhout), -i''*-' jaargang, bl. .yc. tôt 54. 



VIII 

Testament van Albert van Rcnesse en het 
procès over de tiende 



Dit testament luidt na overzetting uit de Fransche 
taal : 

Het jaar zevcntienhonderd acht-en-twinti^;-, de twaalfde dag van septem- 
ber, verscheen voor mij, openbare notaris onderteekend en iic bijzijn der 
onder ,nenaamde j^etiiisen, zeer edelen en hooggeborea heer, jonkheer 
Albert-Octaaf-Jozef-Ernest graaf van Renesse en Masn^-, baron van Elde- 
ren, îlern, Schalckhoven, Dessener, Cortessem, Winterslioven, enz., 
kanunnik der metropolitaan \an Keulen en der hoofdkerk van Luik, welke 
gezond van zinnen, geheugen en oordeel, aanziende de zekerlieid der dood 
en de onzekerheid van het uur derzelve, deze verganklijke eeuw niet 
willende verlaten, zonder over de tijdelijke goederen beschikt te hebben, 
die het den Heere behaagd heeft hem te verleencn, en gebruik makende 
der bevoegde macht, zoo door het testament en bijvoegscl van den zeer 
edelen en hooggeboren Ferdinand-Karel, zijn zeer geachte brocder, als 
door de verleening hem gegeven door Z. D. H. Joris-Lodewyk, onzen* 
doorhichtigen prins-bisschop, ons zijnen wil en laatste beschikking ver- 
klaard heeft : ten eerste, na zijne ziel, wanneer zij van zijn lichaam scheiden 
zal, aan den almachtigen God, zijnen schepper, aan de Heihge Maagd 
Maria, aan zijne roemrijke patronen en aan het geheel hemelscli hof, 
aanbevolen te hebben, verkiest hij zijne begraafplaats, naast zijne voor- 
zaten, in de kerk van Elderen, willende dat onmiddelijk na zijne dood er 
vier duizend missen gelezen worden, tôt lafenis zijner ziel en dat men den 
dag zijns lijkdienst vier zakken brood uitdeele aan de armen van Elderen, 
willende ook dat men eenen zerksteen plaatse in de kerk van Elderen, 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 287 



gelijkvormig aan dien vau wijlen zijnen heer racler, en met zijne wapens 
en die zijner twee broeders; len tweede, laat hij aan de hoofdkerk van 
St-Lambert, een gouden soeverein eens, en aan de kerk van Elderen 60k 
zooveel ; ten deide, laat hij voor zijn gezongen eeuwigdurend jaaigetijde 
in de keik van Elderen, vijftig Brabandsche guldens rente, \velke rente 
door zijnen erfgenaam tegen den penning 25 zal kunhen afgelegd worden; 
ten vierde, \villende de goede diensten beloonen der lieden, die hem en 
zijne familie verkleefd geweest zijn, vermaakt hij aan den heer Paul 
Tournay, griffier van Oreye, twee honderd kronen eens en honderd kronen 
lijfrente, 00k laat hij aan den heer Groutars, die hem naar Rome vergezeld 
heeft, honderd kronen eens, dezelfde somme aan den heer Groutars, 
kanunnik te Cortessem, hij laat aan Jozef, kamerknecht van wijlen zijnen 
broeder, en aan Lambert, zijn kamerknecht, buiten de kleederen liunner 
meesters, ieder vijftig kronen eens, en aan aile andere dienstboden een 
pistool eens, buiten en boven hunnen loon, aan Renier, zijnen koelsier, 
eene lijfrente van tien kronen uit menschlievendheid; ten vijfde, laat hij 
aan Monseigneur de Sehs, deken der hoofdkerk, voor een gedenkenis, een 
halssnoer van veertig zeer fijne oostersche paarlen en een diamanten ring 
in vorm van hart; ten zesde, aan mijnheer Duchateau, oud burgemeester 
van Luik, eene som van duizend kronen, boven den verdienden loon met 
zijn Huis te dienen, bovendien laat hij aan den heer Herman Groutars, 
rechtsgeleerde le Luik, een klein verguld zilveren servies, zijnen ring en 
de gouden snuifdoos van mevrouw zijne moeder, ook laat hij aan den 
raadsheer d'Hanauts, te Doua}-, twee zilveren opschikdoozeh met de 
wapens van Renesse versierd, afkomende van zijne moei, de abdis-prinses 
van Munsterbilsem; ook laat hij aan den heer Deliwaide, drossaard van 
BoUand, een theepot met komfoor in zilver, voor gedenkenis en belooning 
der diensten aan zijne familie bewezen, ter gelegenheid der verzoening der 
erfgenamen van wijle jonkvrouwe van Bochollz, kanunnikes van Muns- 
terbilsen; ook uit gedachtenis der goede diensten hem bewezen door den 
heer Gilman Lieutenant, heer van den bijvang van Trembleur, voor den 
aankoop van de drij deelen der heerlijkheden Oreye en Grandville, laat 
hij hem twee zilveren opschikdoozen met de wapens van Stepraedt ver- 
sierd; ook aan Geeraard Wilsens, die zijn kamerknecht geweest is, laat hij 
tachtig kronen eens; ten zevende, laat en legateerd hij aan den wel-edelen 
en hooggeboren heer graaf van Hamal, en aan zijne echtgenoole, mevrouw 
de gravin, testateurs berainde zuster, de somme van twee duizend kronen 
eens, en daar er tusschen gezegde heer graaf van Hamal en wijle de zeer 
geachte Karel, een procès bestaat voor den heer Officiaal, nopens het 
testament zijner welbeminde moeder, in beroep hangend voor Zijne ge- 
zalfde Majesteit, of zijnen hoogen raad, wil hij dat gezegde heer graaf van 
Hamal, aan dit geding verzake, zoo niet, breekt hij van nu af zijn legaat. 
Ten laatste benoemd hij tôt algemeene erfgenaam van al de goederen 
waarover hij vrije beschikking heeft, zoo roerende als onroerende, leen- 
roerige, allodiale, grondrijnsen en renten, van welken aard zij zijn mogen, 
zonder eenig voorbehoud of uitzondering, de weledele en hooggeboren 
heer Jan-Frederik, graaf van Isendoorn tôt Blois, heer van Cannenburg, 
en de weledele vrouwe, mevrouw Anna-Margareta van Renesse, zijne 
echtgenoote, testamenteurs beminde zuster, om er van te genieten, mits 



^88 GESCHIEDENiS 



boven genoemde lej^aten te betalen, \villende nochtans dat de onroerende 
goederen, waarin be.i^repen zijn 't kammnikshiiis te Luik, na hunne dood 
aaii biinnen eerst^eboren zoon toehooren, met iiitsUiitins' der andeien, en 
indien de oudste zoon zonder tels:en kwam te overbjden, dan de tweede en 
zoo acbtereenvoloend, zoolang er afstammelingen van den inanneHjken 
lak bestaan, dorh in geval er eenen van gezegden tak cen joersocn van 
minderen stand of van eenen anderen godsdienst buvvde, dan onltrekt de 
testateur bem gfebeel zijne erfenis, om ze aan eenen anderen mannelijken 
telg^ te laten, en indien de mannebjke tak kwam nit te sterven, dan moeten 
de goederen tussrben de docbters verdeeld worden. Verklarende, dat 
zijnen wil is dat zijn testament onmiddebjk na zijne dood en vôôr zijne 
begrafenis gelezen worde. 

Gedaan, verleden en bedongen in de groote zaal van bet kasteel van 
Elderen, jaar, maand en dag als boven. 

(getJ Albert-Ortaaf-Josef-Ernest, granf van Rencsse en Masny, enz. 
G. ^^^ ^'inckeboscb en Willem (Jours, getuigen. 



Dit testament gaf oorzaak tôt een bclangrijk procès, 
welk 77 jaar duurde en bijna oorlog in het prinsdom van 
Luik deed ontstaan. 

Graaf Albert was de S''*" bezitter van het majoraat in 
1681 door zijne grootouders Joris-Frederik van Renesse 
en Anna-Margareta van Bocholtz gesticht en had dus 
slechts vrije beschikking over de goederen, die niet in 
het fidei-commis begrepen waren. 

Het majoraat ging over aan Frans-Hyacinth van 
Renesse, baron van Oostmalle, oom van den domheer 
Albert, doch zijne erfgenamen, de graaf en gravin van 
Isendoorn eischten de teruggave der afgelegde renten, 
verbeteringen, enz., welke deze goederen sedert den oor- 
sprong van het fidei-commis ondergaan hadden. 

Frans Hyacinth, deze sommen, meer dan 200.000 gul- 
den, niet kunnende verschieten, trof eene overeenkomst 
met zijne nicht en verpande haar de heerlijkheden en 
eigendommen van Cortessem, Dessener, Wintershoven, 
enz., in het graafschap van Loon gelegen. 

De breede tiende van Moll bevond zich onder de 
goederen die graaf Albert aan zijne zuster achterliet. 

Haar man, de graaf van Isendoorn, deed de tiende, 
volgens oud gebruik, op 7 juli 1726 openbaar voor de 
schepenbank der vrijheid verpachten. Doch de baron 
van Oostmalle wilde den 17" derzelfde maand ook deze 
verpachting doen. Jan-Frederik van Isendoorn, in zijn 



VAN MOLL, BAELEN KN DESSCIIEL 289 



bezit bedreigd, wendde zich tôt den souvereinen raad 
van Brabant, die na een procès van viji jaren, hem de 
tiende toewees. Het vonnis was op art. i6 van het eeuwig 
edikt der aarthertogen Albert en Isabella gesteund, vol- 
gens hetwelk aile fidei-commis in het hertogdom van 
vrije beschikking zijn in handen van den derden bezitter, 
zooals hier het geval was. 

De baron Frans Hyacinth van Oostmalle stierf in 
1740, nog altijd mei de familie van Isendoorn in on min 
zijnde, nopens de overeenkomst van 1728. 

Zijn zoon en opvolger, graaf Frans-Lambert van 
Renesse, had reeds twee jaren te voren de verpande 
heerlijkheden heimelijk voor de leenzaal van Curingen, 
opperleenhof des graafschaps van Loon verheven, en na 
den dood zijns vaders, trad hij bij middel dezer verhef- 
fing in 't bezit dier domeingoederen en verkreeg eene 
verordening van handhaving tegen den baron van Isen- 
doorn. Deze wederstond het vonnis en beriep zich bij 
bij den officiaal van Luik, die de gewone rechtsmacht 
in gansch het prinsdom bezat en geene rechters boven 
hem kende dan de keurvorsten van het Duitsche rijk. 
De officiaal wees de betwiste goederen aan de familie 
van Isendoorn toe. Graaf Frans-Lambert van Renesse 
intusschen overleden zijnde, vervolgde zijne weduwe, 
géboren Carolina-Ludovica van Breidbach-Beuresheim, 
het geding en kwam van de uitspraak in beroep bij de 
Keizerlijke Kamer van Wetzlar, 

Niettegenstaande het vonnis van den officiaal van 
Luik, beval de edele leenzaal van Curingen aan Jan- 
Frederik van Isendoorn op zijne verordening van hand- 
having te antwoorden. De graaf beriep zich hierop ook 
bij de Kamer van Wetzlar, die eerst het beroep door 
gravin van Renesse gedaan, verwierp, toen deze over de 
herziening der overeenkomst van 1728 begon te pleiten. 
Door eene tweede uitspraak in 1744 gedaan, bevestigde 
de Keizerlijke Kamer de heerlijkheden Cortessem, Win- 
tershoven en Dessener aan de familie van Isendoorn. Het 
beroep door Jan-Frederik van Isendoorn van het vonnis 
der leenzaal van Curingen gedaan, bleef echter zonder 
gevolg. 

De familie van Renesse van Elderen liet toen den 

19 



ogo GESCHIEDENIS 



moed zakken en die van Isendoorn nam ook geene acht 
meer op 't geding, dat nog lange jaren hangende bleef. 

De gravin-douairière van Renesse had twee broeders, 
waarvan de eene tôt de ^vaal■digheid van Keurvorst van 
Mainz verheven werd en de andere grootkameiheer werd 
van den keurvorst van Trier. Deze hooge betrekkingen 
en de invloed die zij er door op de Kamer van Wetzlar 
verkregen, deden het huis van Elderen besluiten om het 
oud procès tegen dat van Isendoorn te herbeginnen. 

Mer en twintig iaar na hare andere vonnissen, in 1768, 
deed de Keizerlijke kamer uitspraak, verbrak de over- 
eenkomst van 1728 en gat niet alleen de betwiste heer- 
lijkheden, maar zclfs de tiendc van Moll aan de graven 
van Renesse. Rakende de brcede tiende was dit vonnis 
nietig, vermits de Kamer van Wetzlar geene rechtsmacht 
in Drabant bezat ; nopens de andere goederen was de 
uitspraak van nul en geener waarde, daar de voorrechten 
van het land van Luik zegden, dat het niet toegelaten 
was bij eenen vreemden rechter van een vonnis in beroep 
te komen dan van zaken in eersten aanleg, door eene 
rechtbank des prinsdom geveld. 

De onwettige doenwijze van die Wetzlar bracht ver- 
slagenheid in de famille van Isendoorn en verontwaar- 
digde de Luikenaren ; de drie staten van het bisdom 
besloten hunne miskende rechten gewapenderhand te 
verdedio;en. Niet eene rechtbank wilde het vonnis uit- 
voeren, toen eindelijk de leenzaal van Curingen zich 
met deze onvaderlandsche taak gelastte; en daar de 
baron van Isendoorn zulks trachtte te beletten, legde de 
Keizerlijke kamer op zijne goederen in het land van 
Luik en in het graafschap van Loon beslag. 

De souvereinenraad van Brabant van die feiten onder- 
richt, bevestigde voor de tweede maal de tiende van Moll 
aan den wettigen eigenaar, bracht zijn besluit ter kennis 
van de edele leenzaal van Curingen en van den groot- 
rechter van Wetzlar en ziende dat zijne rechtsmacht werd 
miskend, nam de Brabantsche goederen der raadsheeren 
van Curingen in beslag, alsook die van graaf Jan-Lode- 
w4jk van Renesse-Breibach, die zijne ouders was opge- 
volgd. Onder deze bevonden zich de heerlijkheid van 
Oostmalle en het vrijgoed van Gompel. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCIIEL 29 1 



De leden der leenzaal van Curingen, door deze beslis- 
sing in hunne belangen getroffen, weigerden insgelijks 
aan de uitspraak van Wetzlar te gehoorzamen. 

De Keizerlijke Kamer gaf dan haar vonnis in handen 
van de drie bestuuiders van den kreits van Westfalen, 
namelijk den koning van Pruisen, als hertog van Kleef ; 
den keurvorst van den Palts, als hertog van Gulik, en 
den aartsbisschop van Keulen, als prins-bisschop van 
Munster. Deze bevalen aan de leenzaal van Curingen de 
zaak door te drijven, onder bedreiging hunne légers naar 
het land van Luik te zenden. De oorlog scheen onver- 
mijdelijk, toen de Luiksche prins-bisschop, Frans-Karel 
van X'elbruck, hiertoe door het huis van Elderen aan- 
zocht, als bemiddelaar tusschen de twee partijen optrad. 
Hij bewoog den graaf van Renesse om redelijke voor- 
stellen aan zijne tegenstrevers te doen. 

Jan-Frederik van Isendoorn was intusschen overleden. 
Zijn broeder Karel als voogd over Jan-Frederik's wees- 
kinderen, nam de voorwaarden gedeeltelijk aan; maar 
vermits de kamer van Wetzlar over het aanslagen der 
goederen van Curingen in Brabant, zeer gestoord was, 
beging hij de onvoorzichtigheid, de vernietiging dezer 
besluiten te Brussel te vragen. Hij verkreeg ze. De prins 
van Luik stelde voor, op een bepaalden dag in zijn 
paleis te vergaderen, doch daar men tôt geene verzoe- 
ning komen kon, was hij verplicht de Isendoorn's aan 
hun lot over te laten. Deze verzochten opnieuw de inbe- 
slagneming der goederen der leenheeren van Curingen, 
doch te vergeefs. 

Anna-Margareta van Renesse, douairière van Isendoorn 
à Blois, stierf in 1777 op het kasteel van Cannenburg. 
Haar oudste zoon, Jan-Hendrik, om de aangeslagen goe- 
deren zijner ouders weer te bekomen, verzocht te Wetzlar 
de herziening der uitspraak van 1798. Na nog twee on- 
gunstige vonnissen bepleitte hij echter zijne zaak zoo 
goed, dat de Keizerlijke Kamer eindelijk, in 1783, den 
officiaal van Luik aanstelde om de partijen te verzoenen, 
en door diens verslagen het onrecht gevoelende dat zij 
begaan had, met de tiende van Moll en de andere do- 
meinen aan het huis van Elderen toe te wijzen, gelastte 
zij den prins van Luik het geding nader te onderzoeken. 



2g^ GESCIIIEDENIS 



Deze opmaking welke duurde en bleef duren, scliatte 
de inkomsten der breede tiende van Moll, van 1729 tôt 
en met 1786, op 142.618 Brabantsche guldens en de 
kleine belastingen die niet meer geïnd werden op 2635 
gulden; de jaarlijksche opbrengst rekende men op 2458 
en het evenwaardige op 74.000, dus ailes te zamen op 
216.618 gulden. 

\'oordat het onderzoek geëindigd was, werd ons vader- 
land door de Franschen veioverd. De tienden, gelijk 
aile rechten uit het leenroerige tijdvak gingen te niet, 
echter door vonnis van 26 december i8o5\verd het bedrag 
der vervallen tiende aan de famillie van Isendoorn toe- 
gekend. De erfgenamen dezes uitgestoiven stam, voor de 
goederen in België, waren de twee laatste gravinnen van 
Berlo-Suys, die beide over eenige jaren op het kasteel 
van Wezel, onder Moll, overleden zijn en waarvan de 
eene gehuwd was met wijlen jonkheer van der Gracht 
van Rommerswael en Wemdc. 



IX 
V. H. Dillen 

\'incent-Hendrik Dillen, werd te Moll, den 11 decem- 
ber 1758, in het huis den Kleincn Slciitcl, geboren (i). 

Tôt zijne familie, van 't geslacht Colibrant afkomend, 
dat sedert 1435 bekend is, behooren |an van Wachten- 
donck, aartsbisschop van Mcchelen en Rombaut Coli- 
brant, i'"" prelaat van Postel. 

Na de Latijnsche klassen in het collège zijner geboor- 
teplaats gedaan te hebben, vervolgde hij zijne studiën te 
Leuven, bekwam er de zesde plaats der tweede Unie in 
de wijsbegeerte, werd lector in het collège Mglius in 
1778 en priester gewijd te Antwerpen den 10 december 
1782. 

Het was in dien tijd dat keizer Jozef II zijne hervor- 
mingen in 's lands w^etten en instellingen begonnen had. 



(i) Nu bewoond door M'"'' de wed. \'ennekens. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 2g3 



De oucle Universiteit, in 1425 door paus Marten V en 
Jan IV hertog van Brabant gesticht, moest op eenen 
nieuwen voet opgericht worden. 

Dillen deelde in de politiek des keizers en werd in de 
maand februari 1788 gelast met het onderwijs der Griek- 
sche taal, in het Seminarie Generaal, hetwelk Jozef bij 
de Hoogeschool had ingericht, en den 3o juni den graad 
van doctor in de godsgeleerdheid bekomen hebbende, 
werd hij met dezen leergang belast en tôt régent van het 
collège der H. Drievuldigheid benoemd. 

De instelling van het Seminarie Generaal was eene 
dwaling en kan, denken wij, niet toegeschreven worden 
dan aan keizer Jozef Ils' neigingen om ailes te veran- 
deren. Er waren in ons land vêle misbruiken, vêle 
versletene wetten, die hem tegen het hoofd hadden 
gestoten; doch de eerste onzer vorsten, die, sedert twee 
honderd jaar, de Nederlandsche bodem betrad, kende 
de gehechtheid van 't Brabandsch volk aan zijne instel- 
lingen niet. 

De oprichting van dit gesticht werd nog heviger dan 
de andere hervormingen bestreden ; de schimp- en vlug- 
schriften waren toen bijna zoo talrijk als heden de dag- 
bladen. 

Om het verzet te doen ophouden besloot de keizer de 
leer van het Seminarie door den aartsbisschop van Me- 
chelen te doen onderzoeken. 

Kardinaal van Franckenberg kwam te Leuven aan den 
8 maart 178g; hij was vergezeld van den kanunnik Van 
Rymenant ; beiden stapten in de St-Gertrudis-abdij af. 

Des anderendaags stelde de prelaat aan het leeraars- 
korps de volgende vragen : 

1. « Hebben de bisschoppen krachtens goddelijke macht 
» het recht te onderwijzen door hen zelven ot door an- 
» deren, niet alleen door te catechiseeren en prediken, 
» maar door de godsgeleerdheid te onderwijzen aan hen 
» die zich tôt den geestelijken staat voorbereiden? » 

2. « Kan dat recht door de wereldlijke macht verboden 
» of beperkt worden ? » 

Hierop antwoordde de hoogleeraar Dillen : 
« Het is waar dat de bisschoppen de macht hebben in 
» de eerste vraag uitgedrukt raaai" het is ook waar dat 



294 GESCHIEDENIS 



» de godsgelecrde faculteit van Leuven volkomcn dezelf- 
M de macht bezit, uit kracht eener delegatie gegeven door 
» den H. Stoel. 

« Wat de tweede viaag bctreft, deze is te algemeen, 
» veimits het hedendaagsch stelsel deze maclit niet wil 
» verhinderen of beperken, maar leerlingen van gelijke 
» geleerdheid wil vormen voor de pastorijen waar de 
» bisschoppen de grootste macht hebben behouden die 
» de kardinaal-aartsbisschop vergen kan. Want hij heeft 
» die leer der hoogeschool te beoordeelen, om te ca- 
» thechiseeren, te prediken, de théologie te verklaren, 
» enz. » (i). 

Dit onzerzoek bracht zoomin als 's kardinaals verkla- 
ring van i6 juni, de gemoederen, die reeds in voile 
gisting waren, tôt bedaring. 

Zeker behoorde onze dorpsgenoot tôt de partij der 
Keizerlijken, doch hieruit besluiten, dat alhoewel een 
leeraarszetel te Leuven bekleeddende, hij tôt het febro- 
nismus overhelde, word gelogenstraft door de waardig- 
heden, waarmede de Paus hem daarna vereerde. 

De Brabandsche omwenteling was intusschen uitge- 
broken, de slag van Turnhout gewonnen en gansch het 
land in opstand. 

De Mollsche Patriotten hadden tôt aanvoerders den 
advokaat Theeuws en den secretaris \'an Praet; doch 
het waren vreemden, die de pastorij en de woning (2) 
des vaders van professor Dillen plunderden. 

Deze w^as naar Frankrijk geweken en, zijnc balîing- 
schap ten nutte makend, verkreeg hij er den graad van 
licentiaat in de rechten bij de Hoogeschool van Rheims 
(3). Jozef II stierf op 20 februari 1790 en Leopold II, 
zijn broeder en opvolger, herstelde de Universiteit van 
Leuven en den regeeringsvorm op den ouden voet. De 
nieuwe keizer benoemde, den 25 januari 1792, onzen 
inboorling tôt gegradueerden kanunnik en deken van 



(1) Rapedius de Berg, Mémoires pour servit' à l'histoire de la révolution bra- 
bançonne, t. II, bl. 147-148. 

(2) Thans bewoond door M. Van Ej-nde, notaiis. 

(3) Anakctes pour servir à l'histoire ecclésiastique, deel X\"I, bl. 295. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 296 



't kapittel der kathediaal van St-Christoffel te Roermond, 
wat aldaar de voornaamste waardigheid na den bisschop 
was en recht gaf op het borstkruis met ketting en her- 
derlijken ring (i). 

Toen deze zetel het jaar daarna, door de dood van 
Damiaan van Hoensbioeck openviel, werd Dillen tôt 
zijnen opvolger, door het keizerlijk bestuur aangeduid, 
en hij was op het punt bisschop van Roermond te 
worden, toen ons vaderland door den noodlottigen slag 
van Fleurus, onder de klauw der Franschen viel. De 
koordeken Dillen volgde de Oostenrijkers; op de lijst 
der uitwijkelingen van 14 thermidor, jaar IV (i augustus 
i7g6),wordt hij aangeduid als afvvezig sedert de inkomst 
der Franschen : « absent depuis l'entrée des Français » en 
de archieven van 't kapittel zeggen : « Decanus absens in 
A us tria. » 

De prelaat, die de beste betrekkingen met het hof der 
Habsburgers behouden had, was naar Oostenrijk geto- 
gen, waar hij den 18 november 1796 door kardinaal 
Migazzi, aartsbisschop van Weenen (2), van wege Pius 
VI in het openbaar vereerd werd met het kruis van 
grootridder der Christusorde van Rome en Portugaal. 
Keizer Karel II, de opvolger van Leopold, gelastte 
onzen medeburger met eene zending voor den H. Vader, 
welke hem te Rome tôt apostolischen protonotarius be- 
noemde, eene waardigheid, die recht geeft op het pur- 
perkleed. 

De tijdsomstandigheden deden Dillen in Oostenrijk 
verblijven. Hij vestigde zich te Weenen en vervolgens 
te Krems, eene kleine stad aan den Donau, op i5 mijlen 
van de hoofdstad. 

Op zijne reizen naar Moll deed hij vêle pogingen om 
er het Latijnsch kollegie in stand te houden. 

In de geschiedenis der stad Krems leest men : « De 
)) kerk van Weinzierl (voorstad van Krems) zeer vervallen 



Ci) Habets, Gcschiedciiis van 7 Bisdom van Roermond {nog niet in druk 
verschenen). 

(2) De aartsbisscho}) van Weenen was in ons latid j;oed bekend, daar hij 
te Mechelen coadjutor gewecst was van den kardinaal Thomas-Filips van 
den Elzas (Claesskns, Histoire des archevêques de Malims, deel II, bl. i3oj. 



2g6 GESCHIEDENIS 



» zijnde, toen de bisschop van St-Pôlten er zijn herder- 
» lijk bezoek in i838 bracht, drukte hij het verlangen 
» uit, dat de kerk zou hersteld worden. Die wensch werd 
» volbracht door eenen inwoner van Krems, den eerw. 
)) doctor utriusque juris, deken van het kapittel van Roer- 
» mond, apostolischen protonotaiis, ridder van de pon- 
» tificale Christusorde, Vincent-Hendrik Dillen. Deze 
» herstichtte de prébende door eene gift van 65oo guld., 
« waarvan hij de eerste bénéficiant was » (i). 

Hij deed ook verschillende giften aan het gasthuis en 
het armbestuur, vermaakte aan dezelfde kerk zijne prach- 
tige misgewaden en herderlijke juweelen, alsook zijn 
groot portret, waarvan wij eene afteekening mededeelen, 
en de portretten zijner ouders welke in 1892 door de 
familie werden teruggekocht. 

De domdeken Dillen overleed te Krems, den t5 april 
1845, bijna 88 jaren oud, en werd in de kerk van 
Weinzierl zonder grafschrift begraven. Zijne gedachte- 
nis is nog levendig in die verwijderde plaatsen. 

De marmeren godslamp, in 1808 door zijne moeder 
aan de kerk van Moll gegeven en op het koor gesteld, 
draagt hunne namen en de beginletters der voornamen 
hunner twaalf kinderen ; zij is sedert i8go met een zil- 
veren hoofdstuk versierd. 

Men leest in een werk over de hofbouwkunde, Ge- 
schiedenis der peer, doyen Dillen : « De moederplant, 
» waaruit deze soort ontstaan is, werd door \'an Mons 
)) in 1827 te Leuven gezaaid. De naam dien ze draagt is 
» die van den deken Dillen, welken de zonen van Van 
» Mons er aan gaven uit eerbied voor de gedachtcnis 
» van hunnen bloedverwant (2). 

De grafkelder dezer familie bevond zich op het oud 
kerkhof, langs de noorderzijde; de zerksteen die er den 
ingang van sloot is sedert het herbouwen der kerk, in 
i852, in den buitenmuur, achter het hoogaltaar gemet- 
seld ; het opschrift luidt als volgt : 



(i) Anton Kf.rschbaumer, Gcschichic dey siadi Krems, bl. lyS, 176 en Jozef 
KiNZL, Chronik von Krems, bl. 412. 
(2) André Leroy, Dictionnaire de pomologie, deel II, bl. 52. 




V. H. DILLEN 



Fiir die Eclitheit Jer vorliegenden Portraits des 
Domdechaiits von Ruremonde in Belgien, Hcrrn Vin- 
cent Henri Dillen. Stadtgemeinde vorstelumg. 

Krems am 14 Oktober 1S90. 

(Zegel der stad Krems.) 



Bulletin du Cercle Archéologique, Littéraire et Artistique de Malincs. t. IV, liJ^J. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 297 

D. O. M. 

Bp:gr.\efplaets vax 

Petrus Snoeckx 

gedoren 14 meerï 170i 

sterft den 28 x»'"s 1775 

ENDE 

Maria- Anna Van den Eynde 
syne huysvrouwe 

GEBOREN 27 S^i^'s jyoi 

sterft den 8 8^^'^ 1782 
jubilarisse in houwelyck 
Joannes-Franciscus Dillen 

STERFT DEN 23 JULI l8o5 

Maria-Elisabeth Snoeckx 
syne huysvrouwe 

STERFT DEN 2 X^i^'S 1809 

OOCK 

JUBILARISSIiN IN HOUWELYCK 

BiD VOOR DE ZiELEX. 

X 
De Franschen te Moll in 1794 

Het was den 21 augustus 1794 (4 fructidor, jaar II), 
rond den middag, dat een Fransch léger van meer dan 
90.000 man, meest voetvolk, uit Boom, Antwerpen, Lier 
en omstreken, te Moll en in de omliggende dorpen 
aankwam. 

De bevelhebbers waren de divisie-generaals Souham 
(i) en Boneaud en de brigade-generaals Macdonald (2), 
Noyel, Dewinter (3) en Jardon (4). De ruiterij was 



(i) Souham, een der beste luitenanten van Pichegru, nam deel aan den 
veldtocht in Spanje, streed te Lutzen eil te Leipzig en overleed in i832. 

(2) Macdonald veroverde het koninkrijk Napels, was een der grootste 
veldheeren van Napoléon en werd te Wagiam tôt niaarschalk en hertog 
van Tarente bevorderd. Overl. 1840. 

(3) Dewinter nam deel aan de veldtochten van België en Holland, werd 
maarschalk van Holland, onder-admiraal en o)^perbevelhebber der land- 
en zeemacht, onder Lodewijk Bonaparte. Overl. 1812. 

(4) Jardon, geb. te Verviers, vluchtte naar Frankrijk, bij de wederkomst 



298 GESCHIEDENIS 



aangevoerd door de divisie-generaal Legiand en de 
brigade-generaals Lebleux en Depauw. Hunne verschil- 
lende kampen stiekten zich uit van Stokt, Millegem en 
Ezaert door de beemden en heide tôt Gerhees, Rosselaer 
en Baelen en langs de andeie zijde van Hofstede tôt aan 
de huizen van Moli. 

Dit uitgestekte kamp bestond uit strooien veldhutten, 
tusschen welke de artillerieparken en de trosswagens 
waren geschaard. 

Het gros van 't léger besloeg de geheele uitgestrektheid 
van af 't zoogenaamde Peerdskerkhof tôt aan de tuinen 
van Ginderbroek, met de \'eldstraat tusschen beide. 

\^ele generaals, met den staf en dat er van afhing, het 
veldhospitaal, de kommissariaten, de inrichters of be- 
schikkers van den oorlog en der levensmiddelen enz. 
namen te Moll bij de burgers hun intrek. 

De vôôrwacht onder Jardon, legerde te Sluis. 

Den 24 aagustus (7 fructidor), om drij ure 's morgens, 
braken de Franschen weer op en vertrokken over Cor- 
sendonk, Kinschot, en Turnhout naar Breda. 

Generaal Pichegru (1) met den generalen staf, bevond 
zich toen te Herenthals. 

Den dag zelfs van 't vertrek der Franschen kwam, rond 
den middag, eene nieuwe brigade, van generaal Compère 
(2), omtrent 4000 man sterk, te Moll Jegeren. Den 29, 
ten 5 ure 's morgens, vertrok ze insgelijks in de richting 
van Breda. 

En eindelijk, den ig september (3 Sans-CuUotides), 
trok de afdeeling van generaal Moreau (3), komende van 



van den prins-bisschop van Luik, en werd brigade -generaal onder 
Dumouriez. 

Wij vinden liem later terug, oorlog voerende tegen de Kempenaars, tôt 
bevestiging der Fransche dwingelandij. Hij vocht tegen hen te Diest en 
hielp onze ongelukkige boeren verpl,ettereu. 

Jardon werd, in 1809, te Xegrelos, in Portugaal. gedood. 

(i) Pichegru, bevelhebber van het Noorderleger, overweldigde België 
en Holland, nam deel aan eene samenzwering in 1804 tegen de Republiek. 
Hij werd aangehouden en verwurgde zich, zegt men, in de gevangenis. 

(2) Compère sneuvelde in den slag der Moscoua, 7 september 1812. 

(3) Moreau volgde, als opi)erbevelhebber van het Noorderleger, Pichegru 
op, nam deel aan al de groote veldslagen van Napoléon. Hij verpletterde 
de Oostenrijkers te Hohenlinden, keerde zich later tegen Frankrijk en 
werd door eenen Franschen kanonbal gedood in iSi3. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCIIEL 2gg 



Sluis in Zeeuwsch-\'laanderen, welke stad zij na ccn 
beleg van 22 dagen had ingenomen, op hare beurt door 
Moll. Deze afdeeling, sterk 12 of i3.ooo man, ging te 
Lommel legeren en zette vervolgens haren weg voort 
naar Hollandsch en Pruisisch Gelderland. 

H et waren de Fransche légers welke gedurende den 
strengen winter van 1794-95, in min dan twee maanden 
gansch HoUand veroverden. 

Dit verslag werd opgemaakt door een ooggetuige, de 
secretaris van Praet. 



XI 



De deken van Dongen en de besloten 
tijd 



Cornelis van Dongen werd den 21 februari 1729 te 
Dongen, bij Breda, geboren en huwde aldaar den 14 
november 1751 met Dimpna-Maria Raesen, welke na 
veertien maanden echt stierf. Van Dongen voelde zich 
alsdan tôt den priesterlijken staat geroepen, begon den 
24 februari 1753 zijne humaniora te Casterle, voltrok ze 
te Meerhout, deed de wijsbegeerte te Leuven en de 
godgeleerdheid in het groot seminarie te Antwerpen, 
alwaar hij priester werd gewijd den 20 september 1760, 
en onderpastoor te Moll benoemd den 4 juni 1762. 
Mer jaar daarna werd hij door den grondheer, graat 
Frederik van Isendoorn, die het begevingsrecht der 
kerk bezat, tôt pastoor voorgedragen, en den 7 october 
1773 benoemde de bisschop van Antwerpen, in zijne 
hoedanigheid van apostolisch vicaris van 't bisdom van 
's Hertogenbosch, van Dongen landdeken van het deka- 
naat Gheel. 

Deze deken heeft veel bijgedragen tôt « den liiistcr van 
Gods hiiis; » hij deed, in 1779, de schilderij van Herreyns, 
een der beste vlaamsche schilders van cîien tijd, in het 
hoogaltaar plaatsen, en hiervan zegt hij in het kerk- 
archief : 



300 GESCHIEDENIS 



Den II may 1779, is in den hooj^en autaer gestelt de schilderve verbeel- 
dende den H. Apostel Petrus, als doopende de H. Maget ende maTtelaiesse 
Prisca, welk stuk geschildert is van d'.'n heer G. Herrej'ns, eenen zeer 
vermaerden schilder,geboortig vanAntwerpen,maer wonende te Mechelen. 
Ik en zoude dat stwk niet gekregen hebben immers voor dien prj'S (want 
hy kreeg voor diergelyke stukken eens zoo veel) ten zy door recommendatie 
van den eerw. heer Lalcmant, onderpastoor tôt Geel ende den swager van 
den voorschrevcn Hcrreyns. De redens, waerom dcze heer Lalcmant voor 
my syn swager zoo sterk gerecommandecrt, geengageert en eyndclyk 
geobtineert, oni dit stuk voor onze kerk te schilderen, omdat ik aen den 
voorschrevcn heer Lalemant in verscheydene voorvallen, grooten dienst 
en plezier gedaen had. En ten anderen, omdat hy wenschte, dat den naem 
van sj-n swager door dit a'utaersstuk ook in de Kempen zouden vermaerd 
en onsterffelj'k worden, reden, dewelke sonder twj'fel hem Hcrreyns ook 
mede beweegt heeft om 't selve voor onse kerk te maken (i). 

Deze schilderij, bij het afbreken des altaars in 1891, 
van plaats veranderd, hangt nu in den noorderzijbeuk 
en heeft dringende herstellingen noodis:. 

Drij jaar na zijne kerk met dit kunststuk venijkt te 
hebben, deed de deken de groote remonstrantie drijven 
en met een krans van 186 diamanten versieren. 

Den i5 augusti 1786 vertrok hij naar Parijs om er 
eene reliquie van den H. Vincentius à Paulo te halen, 
welke feestdag hij te Moll instelde. 

Cornelis van Dongen behoorde tôt de partij der zoo- 
genaamde Vijgcn; hij werd hevig in sommige schimp- 
schriften aangerand (2). Een Josephistboek zegt dat hij 
een voorbeeldig priester was (3). 

De Patriotten plunderden zijne pastorij in den nacht 
van 17 augusti 1789, en deden er voor meer dan 600 
guld. schade. 

Nauwelijks waren de Oostenrijksche Nederlanden, na 
den dood van Jozef II, onder hunne wettige vorsten 
teruggekeerd, die nu wederom volgens de oude instel- 
lingen regeerden, toën de Fransche republikeinen, met 
het onschuldig koningsbloed van Lodewyk XVI bezoe- 
deld, den slag van Fleurus wonnen en ons vaderland in 
bezit namen. 



(1) Wi'LVAARTP, Gcschicdkiiiidige hijdra.QC ovcr de 'cvogdij van Moll bl. i6. 

(2) Brieven van Keuyemenne ovcr het seminaric gencraal, deel II, bl. 76. 

(3) Spanoghe, Het verhst Nederland, bl. 237, 238. 



VAN MULL, BAELKN EN DESSCHEL 3ol 



De deken, beducht voor hunne plunderingen, vluchtte 
de bijzonderste archieven der keik en deed ze in eene 
schuur, op het gehucht 't Stokt, onder eenen korentas 
verbergen. Ongelukkiglijk kwamen de soldaten het graan 
weghalen, ontdekten de drij kisten met papieren en 
roofden en verscheurden er het grootste gedeelte van. 
Onder deze waren waarschijnlijk de doopregisteis van 
1626 tôt 1660, en de doodregisters 162 1 tôt 1677 en van 
1702 tôt 1735. 

Sedert de wet van 5 januari 1797 was de vervolging 
tegen de priesters veel heviger geworden. 

Den 27 november 1797 werd ailen dienst in de kerk 
van Moll verboden, daar van Dongen, de gekende eed 
van haat aan het koningdom, met veel waardigheid, 
had geweigerd. En den 14 november werd het plak- 
kaat afgelezen waarbij kerk, pastorij en kerkelijke 
eigendommen als nationaal goed werden verklaard. 
Hierop begonnen de burgers de meubels uit kerk en 
pastorij te vluchten, zoodat deze gebouwen op eenige 
uren bijna geheel ledig waren. Onder andere werd de 
groote remonstrantie geborgen in het huis der erven 
Putmans (i), en de zes schilderijen, welke in de koor, 
boven het gestoelte hangen, in het huis van Corn. Jos. 
Knaeps (2). 

Den 16 december Word de pastorij openbaar verhuurd, 
doch er was zeker tcgenkanting gedaan geweest door den 
eigenaar, graaf van Isendoorn, die deze, in I755, had 
gebouwd. Ook wordt de verpachting in zijnen naam 
gedaan, de burger Pieter-Frans Jans, ingezetene der 
stad Luik, in hoedanigheid van gevolmachtigde van den 
burger Henri d'Isendoorn, geeft in huur aan den burger 
Cornelis van Doni^^en : 

o 

Sekeren huvse met stalle, hoff, gronde en toebehooitcn, gelegen binnen 
dese gemeynte. op liet Laer, legenotente oost Maria Luyckx en J.-B. 
Vanhoof, zu3't de Nethe, west Jos. De Cart en noort de straet, voor dry 
jaer aen 5o guld. 's jaers (3). 



(i) Nu bewoond door M""' wed. Jos. Van Eynde. 

(2) Thans toehoorende aan de kinderen doctor Helsen. 

(3) Provinciaal archief. 



3o2 • (ÎESCHIEDËNIS 



Deze poging, welke de deken gedaan had om zich met 
het bestuur in regel te stellen hielp weinig. De 2 januari 
1798 werden de parochie-registers door den bijzondereii 
commissaris Yernaux opgeëischt en den dag daarna 
maakte deze met den Franschen notaris den inventaris 
der pastorij, welk slechts de beschrijving der vertrekken 
geeft, de meubels gevlucht zijnde,, Dezelfde dag, deden 
deze twee repiiblikeinen de ^.eelen der twee klokken, 
die nog in den toren hingen, alsnijden en de raders 
breken. 

Intusschen werd de ballingschap naar Cavenna, van 
den ex-deken van Dongen, door het uitvoerend Directo- 
rium, bij besluit van 17 Nivosc, jaar \^I (6 januari 1798) 
uitgesproken. 

Twaalf dagen daarna, kwam de openbare macht, in 
gevolg de vordering van burger Bruslé, en onder bevel 
der gendarmen Grêla en Lelong der brigade van Gheel, 
om den ouden priester aan te houden. 

Hier volgen zijne eigene woorden nopens dit feit : 

19 januari 1798. Zyn "s moigens om half seven, eenige fransche gen- 
darmen, die van Gheel gezonden waeren, met eenige commisen, aile wel 
gewapende mannen, naer de pastorN- gekomen om mv te vangen en mede 
weg te voeren. maer door Gods voorzienigheid, werd ik een moment te 
voren gewaerschout, en ben gelukkig uit de handen van degene. die 
kwamen om my te vangen, ontvlugt naer Lommel en van daer tôt Dongen, 
en er aengekomen den 26 dito. 

De gendarmen kond^^n dus de hand op den deken niet 
leggen, maar zij vatten eenen witheer Jan-Frans Eroo- 
mans, geboortig van Antwerpen, die na uit zijn klooster 
verjaagd te zijn, in het huis zijner zuster, julvrouw 
Opdebeeck (i), was komen wonen. Deze werd in het 
kasteel van xAntwerpen opgesloten, maar lijdend en zie- 
kelijk zijnde, kon hij, dank aan het municipaal bestuur, 
weinige tijd daarna, naar Moll wederkeeren (2). 



(i) Nu bewoond door M. G. Cools. 

(2) De Ridder, Annuaire ecclésiastique (1864). Documents concernant la 
persécution religieuse dans le département de la Dyle et des deux Nethés 
pendant la révolution française. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 3o3 



Alhoewel de kapel van Ezaert op 20 januari verzegeld 
werd, was de parochiekerk nog niet gesloten. 

De volgende brief, welke wij in den oorspronkelijken 
schrijfstijl en spelkunst mededeelen, geeft er de uitleg- 
ging van : 

Moll, ce 2 Frimaire, an VI de la Repul)li(iuc 
française une et indivisible. 

Le commissaire du directoire exécutif près de l'administration 
municipale du canton de Moll. 

Citoyens, 

Je })ris tous les mesure possible pour fair exécute La Loi du 7 Vendé- 
miaire, ce qu'il concerne La commune de Moll. Nous avons, un recollet 
qui a fait son serment suivant cet teneur. Le citoyen Pierre Schillemans 
Natif et habitant de La commune de Moll ci-devant recollet au couvent 
de Weert à prêté serment requi.s par la loi Devant la Municipialité de la 
Commune de Maestricht Le treizième Vendimiaire, sixième année de la 
Republique, dont il nous a visionné acte lequel a été enregistré au registre 
de cette Municipalité, en si notre Eglise est occupé et je le ouvri pour 
laissé faire Le service. Mais dans les autres commune de Notre canton on 
est bien tranquille, et on a publié Les lois, mais suivant Le raport des 
agents tout Les Eglise son pillicé, et comme à la commune de ^'orst le 
curé à vendu tout, ce fait lui a partien ou nous, et je fait demander leur 
resolution et il a repondu qant on fait le serment à Anvers qu'il suiveron 
et qu'il faitct encore concerter ensemble je prévenu les agents de notre 
canton de faire connaître tout leur bien de chacque commime pour faire 
les état et le envoyé; je crois que ces Mesieurs cle Tongerloo et d'Euver- 
bode feron rien et decamperon tout, pour La séance prochaine je vous 
faire un raport i,)lus ample, mais je crois avoir besoin de force armé pour 
faire restutuer les eftet qu'on a voilé Dans tout les Egliss et dans le cure, 
et mais Notre commune très grande, et comme il 3' a beaucoup de Drapiers 
et filleurs on demandez pour laisser sonné le Matin et le Midi pour savoir 
le temps de Leurs ouvrage sur laquelle je voudrez bien votre réponse. 

Salut et fraternité (i). 

De kerk van Moll was dus nog open en de beëe- 
digde priester Schillemans oefende er zijne droevige 
diensten uit, welke echter door niemand gevolgd wer- 
den, want zoodra hij zijne mis begon, verliet eenieder de 
kerk. 



(i) Provinciaal archief. 



3o4 GESCIIIKDKNIS 



Op 25 januari 1798 werd er den gevluchte deken voor- 
gesteld de pastoiij wederom te mogcn betrekken, op 
voorwaarde, pater Schillemans gratis kost en inwoon te 
verleenen; doch deze zal in dit aanbod geen betrouwen 
gehad hebben ; hij vestigde zich te Lommel, dorp wclk 
toen onder Holland behoorde, ten huize van Petrus 
Jansen, ten einde zoo kort mogelijk bij zijne parochianen 
te zijn, welke hem daar in menigte kwamen vinden ; den 
26 april gaf hij, te Reusel, de eerste communie aan dertig 
kindeien van Moll, den 10 mei, te Lommel, aan zestig, en 
den 24, nogmaals in dit laatste dorp, aan vijl-en-dertig 
kinderen zijner parochie (i). 

Intusschen was Schillemans zijn ambt moede gewor- 
den ; een verslag van den municipalenraad van 5 sep- 
tember, zegt dat hij dienst gedaan had tôt 2g juli, toen 
hij 's avonds ten 9 ure, dronken zijnde, de volgende 
verklaring teekende : 

Ick ondergeteekenda bekenne te cesseren van myno privilégie van het 
openhouden der kercke der vrijheyd oft anders geseyt het canton van Moll, 
suUende vooiiaen wy houdene als berger voor den exterenden tyd. 

Gedaen te Moll den 3o Julii, ouden stiel, 

Pier SCHILLKMAXS (2). 

De deken van Dongen kwam soms heimelijk te Moll 
en werd aldaar bijzonder bijgestaan door zijnen- neef, 
de onderpastoor Raesen, welke minder gekend e.i dus 
minder vervolgd,de parochie niet verlaten had. Zij lazen, 
in stilte, de mis in bijzondere plaatsen, onderanderen in 
de achterkamer van het huis van Theresia Willocx (3), 
en op de kelderkamer van het huis van den agent-muni- 
cipaal Smeulders (4), en doopten de kinderen aldaar of 
des nachts in de geboortehuizen zelve. 



(i) Deze bijzonderheden door Cornelis van Doxgkx zelf opgeboekt, zijn 
ons uit Dongen medegedeelt door den Hoogw. heer Van den Corput, 
vicaris-generaal van 't bisdom Breda. 

(2) Provinciaal archief. — Pater Schillemans overleed te Moll den 
3 maart 1801. 

(3) Nu bewoond door M. G. Helsen. 

(4) Laast bewoond door M. Ed. van Praet. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 3o5 



De kerk werd bepaald door de gendarmen gesloten, 
den i8 augusti 1798, zes dagen daarna het kruis van den 
toren weggenomen (i) en de klokken er uitgehaald ; eene 
dezer werd verbrijzeld en inFransche sous gesmolten, de 
anderen naar S'^-Dimpnakerk te Gheel vervoerd, welke 
tôt stapelplaats diende. Deze zijn na het Concordaat te 
Moll wedergebracht. 

Cornelis van Dongen, door al deze gruwelen uitgeput 
en te neer geslagen, vluchtte korts daarna naar zijne 
geboorteplaats ; zijne laatste aanteekening in den doop- 
register, waarschijnlijk te Lommel ingeschreven, is van 
29 december. Hij overleefde deze onheilen niet lang en 
stierf te Dongen, den i3 februari 1799. 

Joannes Raesen, die de onderpastorij sedert 1785 be- 
diende, jong en moedig, bleef te Moll en heeft de 
parochieregisters in die hachelijke dagen altijd met zorg 
gehouden. De lijst van overlijdens van 1798 begint hij 
met deze woorden : Doodrcgistcr dcr parochialc kcrk van 
Moll, de namcn inhoiidcnde van die in den tijd van vervolging 
overleden zijn, en hij eindigt het jaar 1800 aldus : Eindc 
en ik verwacht beterschap, 

Den 22 september van dat jaar werdt de eerste uit- 
vaart gedaan sedert 10 december 1798, en de onder- 
pastoor Raesen las de eerste lijkdienst, in de sacristij 
den i3 februari 1801. 

Hij overleed te Moll, den 4 maart 18 16. 



XII 

De Boerenkrijg in 1798 

De oorzaken van den opstand der Kempenaars tegen 
het machtig en zegevierend Republiek, waren de sluiting 
der kerken^ de verbanning der priesters, en bijzonder de 



(i) Toen het kruis beneden was, deed de agent-municipaal er de armen 
afbreken, bewaarde het tôt in 1802, wanneer, na hersteld te zijn, het kruis 
wederom op den toren werd geplaatst en er zich nog bevindt. 



3o6 GESCHIEDENIS 



verfoeide conscriptie, welke de jongelingen in de repu- 
blikeinsche légers inlijfde, om te helpen vernielen wat 
hun van kindsbeen af als heilig en eerbiedwaardig was 
aangeleerd. 

Het léger der Boeren, door de Franschen Brigands ge- 
noemd, had op 8 october 1798, te Herenthals, eene 
bloedige nederlaag ondergaan, doch gaf geenen moed 
verloren, 

Kleine benden doorliepen de Kempen en streden in 
verschillende schermmutselingen. Te Meerhout had er 
eene ontmoeting plaats op 5 november; kapitein Van 
Ganzen en officier Grietens verdreven de Sansculotten; 
doch deze kwamen zes dagen later terug, en door hunne 
brandstichtingen verloren zestien inwoners het leven. 

Intusschen was het bijzonderste léger der Boeren er 
in gelukt de versterkte stad Diest te bemachtigen, met 
de hoop in deze vesting de hulp der Luxemburgers, die 
00k manhaftig tegen de Franschen streden, af te wachten, 

Doch de republikeinsche kolonnen sloten de Demer- 
stad nauw in, en beroemden zich, er van het graf der 
Brigands te maken. Gelukkig konden deze er uit ont- 
snappen en de Kempen intrekken, in den nacht van 14 
tôt i5 november, geleid door den dapperen Albert Meule- 
mans, zonder dat hunne vijanden het gewaar wierden (i). 

Het gros van de legermacht der Boeren, tusschen de 
4000 à 5ooo man sterk (2), was eenige dagen later rond 
MoU verzameld, waar het den 22 november door de 
Republikeinen achterhaald werd. Een bloedig gevecht 
had plaats. 

Eene vliegende kolom uit Antwerpen getogen, onder 
bevel van generaal Beguinot, ontmoette te MoU de 
verdedigers van Diest, terwijl versche benden uit Noord- 
Braband over Hoogstraeten aangerukt, de strijdende 
Patriotten onverhoeds in den rug aanvielen (3). 

De strijd was hardnekkig en langdurig, daar het dorp 
tôt viermaal toe, door de Boeren werd veroverd (4). 



(i) F. Di Martixelli, De afiocht der 4000. 

(2) Gemeente archief. 

(3) L. Matiiot, De iroehck iijd in Belgie. 

(4) Gemeente archief. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL d>Oj 



Doch het getal was niet bestand tegen wel afgerichte 
en goedgewapende soldaten. Hunne voornaamste aan- 
leiders, Corbeels en Albert Meulemans, werden krijgs- 
gevangen genomen, en na eene gevangenis van zeven 
maanden, te Doornik door den kop geschoten. 

De strijd had gedeeltelijk plaats gehad in een bosch, 
nabij de tegenwoordige statie van Wezel, nu nog Pa- 
triottcnbosch of Brigandzenbosch genoemd. Eenige Bri- 
gands, in de hoogstammige boomen gevlucht, werden er 
door hunne wreede vijanden als de kraaien uitgeschoten. 

Het zijn deze ongelukkigen, die in strooi gewonden, 
op het oud kerkhof te Moll begraven werden, vôôr de 
deùr der oude latijnscheschool, en de overlijdensregister 
van 1798 zegt hiervan : 



Den 22 november, in een kriji^sliaftig gevecht (coiifUciu heUicoso) legen de 
Franschen zijn hier gesneuveld een tiental onbekende jongmannen, die 
gezamentlijk op ons keikhof begraven zijn. Onder de dooden is bevonden 
Jan-Baptist Broeckx, van Moll, man van Catharina Huis, die den 24 novem- 
ber zonder lijkdienst is begraven. 

(Deze Broeckx was geboren den 8 december 1770, 
gehucht Feynend, zoon van Jan en van Dimpna Leys). 

Ook in het dorp, bij de Schans van Overlaer, was er 
gevochten geweest, alwaar een priester, die zich in het 
léger der Kempenaars bevond, sneuvelde. Ouderlingen, 
die deze daadzaak over ettelijke jaren verhaalden, had- 
den zijn lijk in het water der vest zier liggen. 

Te Hulsen was een Fransch colonel dood geschoten 
geweest door een jongeling van 16 jaar, geboortig van 
Beeringen, welke zich door de vlucht redde. De wraak 
der Republikeinen is aldaar verschrikkelijk geweest; al 
de Brigands, die zich te Hulsen bevonden, zijn omgeko- 
men, eenigen op eenen hooischelf verscholen, ontdekt 
zijnde, werden er met de bajonnetten afgesteken. 

Het is moeilijk te weten hoeveel dooden er op die 
merkwaardige dagen bleven. 

Door brief van 3 Frimaire, jaar VU (23 november), 
dus den dag na den slag van Moll, schrijft burger 
L'Eveque, uit Gheel, aan generaal Alexander Latour, 
te x\ntwerpen : 



3o8 GESCHIEDENIS 



Onze kolonnen hebben de Brigands te Moll ontmoet, waar zij zich 
opnieiuv, in groot getal vereenigd hadden. wij hebben er meer dan twee 
tôt drij honderd gedood. De overij^en hebben zich verspreid gedeeltelijk 
langs den kant van Hechtel (i). 

Het officieel bericht door den bevelhebber Mutel, te 
Mechelen aangeplakt, den 26 november, luid als volgt : 

5oo opstandelinfi^en zijn gesneuveld op de plaatsen van Gheel, Moll, 
Meerhout en Holmes (Olmen). Men heeft hun twee wagens met tien tonnen 
poeder geladen ontnomen, die hun iiit Holland gekomen waren. De 
anderen zijn allen op de vlucht gegaan. 

Deze opgave kan niet juist zijn; de Franschen in 
hunne gemeene en opgeblazene schrijfwijze van dien 
tijd, overdrijven ailes om zich te doen gelden; sommige 
schrijveis hebben dit getal aangenomen en zelfs tôt 600 
gebracht. 

De bijzonderheden van de laatste jaren der verledene 
eeuw in de Kempen, zijn nog zeer duister; de dagen 
waren te woelig om eenige schriften hierover te vinden, 
en de overleveringen zijn dikwijls vermengd met daad- 
zaken der Grabandsche omwenteling, der oorlogen van 
Napoléon, des smokkeltijds tijdens het blocus-continental 
en zelfs der omwenteling van i83o; doch aile geschied- 
kundigen zijn het cens om hunne bewondering en mede- 
lijden over onze streekgenoten ait te drukken. 

De schrijver van den Boerenkrijg zegt : 

Het uur der ofterande was geslagen. Wij kunnen niet zonder eene diepe 
ontroering, de zelfs veiloochenden moed, de belanglooze vaderlandsliefde 
beschoiiwen van deze vergetene Kempenaars, die gaan sterven, voor 
vaderland, viijheid en geloof en die zelfs niet zullen denken om hunne 
namen te doen kennen, ter herinnering van die hen moeten overleven. 

Voor deze martelaars bestaat noch roem, noch nageslacht. Zij ver- 
wachten niets van deze aarde, hun doel is hooger. Geene machteloosheid 
zal dit verhevenst oogenblik bezoedelen, Men kan, het hoofd recht opge- 
heven, van onze dappere Boeren zeggen, hetgene Chateaubriand van het 



(i) Provinciaal archief. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL SoQ 



zieltogend Vendée schreef : de verhevenheid van hun onheil zonder 
verwondering omhelzend, wilden zij hunnen ramspoed nict verraden (i). 

En een ander : 

Aan de rechters soms medelijdend, verklaarden deze ongelukkigen zi<:h 
plichtig met eene wilde fierheid : Uwe wapens waien niet met kogels 
geladen ! » zegde generaal Renaud aan de beschuldigden. « Zij waren 
geladen, « anlwoordden dezen. « Maar gij had ze afgeschoten op het wild 
in het bosch ! » « Dat is niet waar, wij hebben op de Franschen geschoten. » 
« Onvrijwillig dan? » « Neen vrijwillig » (2). 

Zoo antwoordden de koene Kempenaars, getrouw tôt 
ter dood aan het bemind vaderland, zeker edeler in 
hunnen eenvoudigen heldenmoed dan de stedeling, die 
toen bedaard het hoofd onder het vreemde juk bukte. 

Volgens overlevering werden er ter nagedachtenis der 
gesneuvelden, twaalf houten kruiskens in het Patriotten- 
bosch geplant. 

Deze zijn reeds vijftig jaar verdwenen; het oud kerkhof 
ontvangt sedert tachtig jaar geene dobden meer, en niet 
een van het tegenwoordig geslacht, bloedverwanten of 
medeburgers, heeft het stichtend gevonden, een zerk- 
steentje, hoe klein en nederig ook, op het graf dezer 
martelaars te plaatsen. 

Na zoo lang vergeten te zijn, zal het eeuwfeest van 
den Brigandzenoorlog toch herdacht worden, en het is 
te hopen dat er te Moll, een der bijzonderste midden- 
punten'van den opstand, een merkwaardig gedenkteeken 
zal worden opgericht, ter nagedachtenis dezer heldhaftige 
en ongelukkige Kempenaars, die geen geloofsdwang, 
geene slavernij in naam van vrijheid duldden en streden 
en stierven voor God en Vaderland. 



(i) AuG. Orts, La guerre des Paysans. 

(2) Pekgamini, Dix ans d'histoire de Belgi/iiie. 

Vêle zeldzame werken en schriften zijn ons bezorgd geweest door M. K. 
Van Reusel, professer bij de Middelbare school te Mechelen, die ons ook 
in 't verbeteren der proeven eene behulpzame hand leende, wij getuigen 
hem onzen hartelijken dank. 



3lO GESCIIIEDENIS 



XIII 
De familie van Praet 

De familie van Praet, uit Vlaanderen herkomstig, is 
in vroeger eeuwen dikwijls onder den naam van Moer- 
kercke aangeduid geweest, omdat zij die heerlijkheid, 
bij Brugge gelegen, bezat. 

De eerste, waarvan de geschiedenis spieekt, is Gervaas 
van Praet, schildknaap aan het hof van Karcl-den-Goede 
in II 27. 

Baudewijn van Praet was getuige in een verbond tus- 
schen Hendrik I, hertog van Braband, en Baudewijn 
van Constantinopel. 

Jan van Praet werd ridder geslagen na den slag van 
Zierickzee, in 1425, door Filips-den-Goede, met Hendrik 
van Borssele en Jan van Egmond. 

Dit geslacht bezat 00k de licerlijkheid van de Mer- 
wede, bij Dorlrecht, van 1424 tôt iS/d; Daniel van 
Praet van Moerkercke, ridder, lieer van de Merwede, 
was raadsheer van Karel-den-Stoute, in 1475, en baljuw 
van Zuid-Holland. Maximiliaan van Praet, overleden in 
1639, werd in de kerk der Predikheeren te Brugge be- 
graven onder eenen zerksteen met zij ne wapens en 
kvvartieren van edeldom versierd. Een harer takken 
vestigde zich te Antwerpen en gaf zich aan den handel 
over, waardoor de adel gekrenkt was. Hij heeft zij ne 
herstelling bekomen, door opene brieven van keizer 
Karel VI, gegeven den ig mei 1734, aan Jacob-Andreas 
van Praet, groot almoezenier der stad Antwerpen. 

Dit charter luidt als volgt : 

Dat Jacob van Praet afkomstig- is van het edel en oude Huis van Praet, 
iiit het graafschap Maanderen; dat zijne voorzaten er met de bijzonderste 
ambten zijn bekleed geweest, zooals die van burgemeesters van Brugge en 
Dendermonde tôt in den tijd der Nederlandsche oorlogen, gedurende de 
welke de familie van Praet het grootste gedeelte harer goederen verloor, 
uit rede van gehechtheid aan het katholiek geloof en getrouwheid aan hare 
vorsten, en dat uit die oorzaak, het voorbeeld van andere edele famihën 
volgend, zij zich te Antwerpen kwam vestigen, waar zij toch ahijd met 
gekcrc hiister leefde. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 



3ll 



De famille van Praet, van x\ntwerpen, Is door konlng 
Willem I, in den adel des rijks erkend geweest, in i825, 
en door Leopold I, in i85y. 

Haar wapenschild is : drij klaverbladercn van sinopel op 
ecii zilveren veld. 



s^an 



jrciet 




Jacob-Andreas van Praet, welke zijne adelherstelling 
van keizer Karel W bekwam, was geboren den 14 octo- 
ber 1668, hij overleed te x\ntwerpen den 14 mei 1744, 
en werd er met zijne tweede vrouw, Anna de Vivario, 
(geboren in 1684, overleden 8 october i738) in O.-L.-V. 
kerk l)egraven. 

Deze edellieden lieten verschillende kinderen na, 
waarvan er vier huwelijken aangingen met de adellijke 
Antwerpsche familiën Geelhand, de Fret, de Waepenaert 
d'Erpe en de Man. 

Hun tweede zoon Jacob-Ignatius, schildknaap, majoor 
bij het régiment van Los-Rios, huwde te Leuven met 
Martina Lowet, en vestigde zich te MoU in lySS, waar 
hij den 28 augustus lygS overleed. 

Hij kocht er het jaar zijner aankomst, het huis van 
den secretaris van Zurpele, die het geërft had van de 
famille Lovens. Deze eigendom, sedert 1878 het gesticht 
der Broeders van Liefde, die MoU komen te verlaten, 
zal kortelings door den Staat tôt weldadigheidshuis in- 
gericht worden. 

De echtgenoten van Praet hadden vijf zonen en eene 
dochter. 



3l2 GIÎSCHIEDENIS 



Hun tweede zoon, Marten-Jacob-Raphael, trad als 
cadet in het régiment van Murray, en deed den veld- 
tocht in Bohemen en Silesie. In iy86 kwam hij te Moll 
weder, en werd twee jaar later tôt secretaris der voogdij 
aangesteld. 

Hierbij de akt van benoeming : 

Nous Joseph-Alexandre-Albeit-Jean-Népomucène Baron de W'al, vi- 
comte d'Anthisnes et Ouhart, seigneur de Tavier, Sart, MoUin, Poulseur, 
Tassif^nj-, Sapogne, Sommalle, Moll, Baelen et Desschel, Wcz, Sart, 
Chanteleux, haut-voué d'Anthisnes et Hody, gentilhomme de l'Etat de la 
Noblesse du Pays de Liège et comte de Looz, Haut-Drossart et Souverain 
Officier de Herstal, sur le bon rapport qui nous a été fait de la capacité et 
honnêteté du sieur Martin van Praet, nous déclarons de l'établir, comme 
nous l'établisssons par cette, secrétaire de notre terre et seigneurie de Moll, 
Baelen et Desschel, aux émoluments et prééminences y attachés avec 
ordonnance à notre écoutète, gens de loy et sujets de notre dite seigneurie 
de le reconnoitre pour tel à charge cependant que le dit sieur va-n Praet 
prêtera le serment à ce requis es mains de notre écoutète susdit et nous 
servira gratis; ordonnons en conséquence d'enregistrer ces présentes pour 
lui servir de commission, en foy de quoi nous avons signé ces présentes et 
munies du cachet ordinaire de nos armes. 

En notre château de Tassigny, le i6 CJctobre 1789. 
Le Baron de Wal. 

Tijdens de Brabantsche omwenteling was de secreta- 
ris van Praet, vervolgens kapitein, majoor en lieutenant- 
colonel der Patriotten. In lygS, na de Fransche verove- 
ring, werd hij vrederechter van het nieuw opgericht 
kanton, doch gaf korts daarna zijn ontslag. 

Den II Messidor, jaar Mil (3o juni 1800), noemde de 
eerste consul Marten van Praet, meier der gemeente 
Moll, en notaris aldaar den 9 Brumaire, jaar X (3o 
october iBoi). Eenigi;n tijd daarna werd de mcier, voor- 
zitter der kiesvergadering van het Icanton, en in die 
hoedanigheid woonde hij, den 18 Brumaire, jaar XIII 
(9 november 1804), te Parijs, in de kapel der Invaliden, 
den eed van Napoléon I bij. 

Na 181 5, was Marten van Praet lid der Staten, gai 
zijn ontslag van meier in 18 18, en ovcrleed te Moll, den 
I september 1822 (i). 



(1) In het huis laatst bewoond geweest door zijne dochter M""' wed. Van 
Hove. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 3l3 



Hij werd als burgemeester opgevolgd i'^ door zijnen 
broeder Jan-Filips-Antoon, i8i8-i83o, en ten 2" door 
zijnen zoon Karel-Jozef, 00k notaris, 1833-1847 (i). 



XIV 
Wapenschild der gemeente 

Sedert het koninklijk besluit van 20 december 1846, 
gebruikt de gemeente Moll het volgend wapen : Een 
schild van gond, met vijf aanecngesloten ruiten van keel, 
kritislings geraugschikt , gckantonnccrd van twintig zclfkleiirige 
blokjes. 

De vergunning van dit wapenboid is in een geschied- 
kundig opzicht een misslag, en de kleuren hebben geene 
betrekking op de gemeente, die het sinds bijna vijftig 
jaar als haar zegel gebruikt. 

Ziehier hoe de heer Marchai, destijds bewaarder van 
handschriften der bibliotheek van Burgonje te Brussel, 
en het Mollsch gemeentebestuur in dwaling geraakt zijn : 
het groot werk van Cristijn, Costument van Braband, 
geeft in het 2'^^ deel, te beginnen van bl. 1245, de 
Costiimen cnde oude obscrvanticn der vooghdye van Moll, in 
i653 opgesteld. Op het titelblad ziet men een wapen 
zonder kleuren : Vijf aaneengcsloten ruiten, kritislings gc- 
rangschikt, gekantonneerd van twintig blokjes. Dit schild 
werd door het gemeentebestuur aangeduid als zijnde het 
oude zegel der vrijheid, en de heer Marchai dacht de 
kleuren gevonden te hebben in het Nobiliaire des Pays- 
Bas (Leuven, 1760), waar men op bl. 624 de brieven 
van adeldom ziet van Bertrand de Molle, van Charleroy, 
in 1705. Die persoon heeft nooit de minste betrekking 
met het dorp Moll gehad. 

Het wapenbord van : vijf zilveren krniselings gerang- 



(i) Bronnen : Vanderheydex, Nobiliaire de Belgique, deel i, bl. i35 tôt 140. — 
GoETHALS, Dictionnaire généalogique, art. van Praet. — de Herckenrode, No- 
biliaire. — DE VooGD, Geslachflijst der liecren van de Menvede. — Gemeente en 
bijzondere archieven. 



3l4 GESCHIEDENIS 



schikte riiiten en tw int ig goudjln blokjes op een vcldvan keel, 
is het wapen der familie de Mol. Men vind dat schild in 
vêle wapenboeken, zooals in Butkens : Trophées tant 
sacrés que profanes du duché de Brabant, op eenen grafzerk 
in het muséum van oudheidskunde, en het is zesmaal 
op de ruiten van het stadhuis te Brussel geschilderd. 

En met reden; de familie de Mol is in de hoofdstad 
sedert de XH"*^ eeuw in aanzien geweest en men telt 
verscheidene Brusselsche burgemeesters onder hare le- 
den ; haar naam beteekent echter eenvoudig de Mol (la 
taupe). 

Toen René de Mol de hooge heerlijkheid, in 1626, 
pande, was zeer waarschijnlijk zijn doel, zijn burgerlijke 
naam de Mol te doen doorgaan voor den adellijken titel 
van heer van Moll. Het was toenmaals nog al de gewoonte 
zich een verhevener oorsprong dan de wezenlijke toe te 
eigenen (1). Zijn neef, 00k René geheeten, verkocht de 
heerlijkheid in 1660; 00k vindt men zijn wapen op niet 
één enkel stuk in het gemeente archief van Moll. 

Al de charters, zooals liet relaas over de verwoesting 
der dorpen, van i5g3, (\e\\ aankoop der sterfkcur, in 
1607, en bijzondere oorkoiiden, van vôôr honderden 
jaren, welke het wapen der voogdij vergden, zijn be- 
krachtigd met een zegel voorstellend : Een rechtstaande 
St-Peeter met eenen sleutel in de rechter hand en een toegevouwen 
bock onder den linker ami, gekantonneerd van twee lelietakken. 
Deze stempel, waarvan de vorm nog ten gemeentehuize 
aanwezig is en waarop het bestuur de hand maar te 
leggen had, is het echte zegel der koninklijke abdij van 
Corbie, welke reeds ten jare 774, in bezit van Moll, 
Baelen en Desschel kwam. Men vindt er onder andere 
eene afbeelding van, met het jaar it88, in het werk : 
Inventaire des sceaux de la Flandre, nr ôjSi, sceau de V abbaye 
de St-Pierre, de Corbie. 

Het is jammer dat de overheid van 1846 in deze zaak 
zoo onkundig gehandeld heeft en dat het eerwaardig en 



(i) Inlichting gegeven, den lo maart 1891, door M. Alfûns Wauters, 
archivist der stad Brussel, waarvoor wij den doorluchtigen geschied- 
schrijver innig bedanken. 



VAN MOLL, BAELEN EN DESSCHEL 



3l5 



eeuwenoud zegel vaîi Corbie, den patroon van dat 
klooster en van MoU, wiens naam men tôt in de 
12'' eeuw schreef : St. Peeters Moll (villarum de Moll 
sancti Pétri) is vervangen door een wapen, waarvan de 
kleuren valsch, en het schild daarbij zoo weinig betrek- 
king op de oude voogdij heeft gehad. 



A. Reydams. 




^^♦j.-iH,-éU-,^»JL-i»iL.^»J._j»ii_,J>Ji.^»i!_^*i^J,»j,_i»^j5»i._^»j^_j»i__jf^_^»^_^fj^^l4^ _i,^i__Hi_^ 




»■ m m w'-^^r-ifr nr îfr nr iff i'f?^*r^tr^r^fr^fr-Ttf-?#r-îfr''!>ri'*nir^S 



La ville & le district 



DE MALINES 



érigés en comté, en 1490, par Yempereur Frédéric III 



I. — Malines et les ducs de Bourgogne 




ES Malinois rendirent toujours de signalés ser- 
vices à leurs souverains de la maison de Bour- 
gogne. Ceux-ci s'en montrèrent très reconnais- 
sants. Les bons rapports entre les habitants de 
Malines et leurs seigneurs bourguignons datent de i36g, 
année du mariage de Philippe le Hardi avec Marguerite 
de Maie, fille du feu comte de Flandre, Louis de Maie. 
Ce mariage eut lieu à Gand, le ig juin de cette année; 
Malines y fut représentée par un de ses communemaitres 
et par deux échevins. Cette députation coûta à la ville 
quatre-vingt moutoiis, probablement d'or (i). 

Le 21 mars 1384, Philippe le Hardi et Marguerite de 
Maie firent leur entrée à Malines, prirent possession de 
la seigneurie et jurèrent d'observer les privilèges accordés 
à leurs sujets malinois (2). 



(i) J, David, Gescliiedenis van de siad en de lieerhjkheid van Mechelen, p. 229. 
(2) P.-J, VAN DoRKX, Inventaire des archives de la ville de Malines, t. I, p. 75. 



3l8 ÉRECTION Dli MALINICS 



Pendant les longs démêlés que Malines eut avec An- 
vers, au sujet des étapes de sel, de poisson et d'avoine, le 
duc de Bourgogne se montra favorable aux Malinois. Le 
22 juin 1387, il ordonna à l'écoutète d'Anvers de faire 
exécuter le jugement arbitral rendu par le comte Louis 
de Maie, en vertu duquel les Anvcrsois ne pouvaient 
retenir qu'un tiers des denrées susdites, les deux autres 
tiers devant être mis en vente à Malines (i). 

Voulant marquer l'intérêt cju'il portait au commerce 
malinois, Philippe le Hardi accorda en iSgS, des règle- 
ments et de grands privilèges aux marchands de la 
Hanse Teutonique qui feraient le commerce avec Ma- 
lines (2). 

Les Malinois s'en montrèrent reconnaissants en prêtant 
une somme de deux mille nobles au fils aine du duc, 
quand le futur Jean sans Peur partit pour son voyage en 
Hongrie. Ils ne furent pas moins généreux quand leur 
futur souverain fut fait prisonnier en Turquie : alors, ils 
lui accordèrent, pour l'aider à payer sa rançon, deux mille 
nobles et dix mille six cents francs (3). 

Jean sans Peur devint seigneur de Malines en 1404. Il 
fit son entrée le 23 avril 1405, et jura de maintenir tous 
les privilèges des Malinois (4). 

Cinq ans après, fort satisfait de leur fidélité et des 
services qu'ils ne cessaient de lui rendre, « ob grata fide- 
» litatis obsequia, que dilecti nostri ?^Iagistri Communi- 
» tatis, Scabini, Consules et tota Communitas ville nostre 
» Machlinensis nobis et predecessoribus npstris, eorum 
)) Dominis, pluries, promptis animis et liberaliter, im- 
» penderunt et impendere non desistunt, » le duc de 
Bourgogne, par une charte datée de Paris, i5 avril 1409, 
accorda à la ville de Malines deux franches foires an- 
nuelles de huit jours (5). 



(i) P.-J. VAN DoRKX, Iiivcntaii'C des archives: ik la ville de Malines, t. I, }>. 75. 

(2) Ibid., ]), 76. 

(3) Ibid., }). 7g. 

(4) Ibid., p. 80. 

(5) Ibid., p. 81 ; — G. vax Casthr, Histoire des rues de Malines cl de leurs 
vipuumenls, p. 355. 



EN COMTÉ 3ig 



En 1410, les Malinois envoyèrent à son secours des 
troupes commandées par des échevins de la ville (i). 

Deux ans après, son fils Philippe, comte de Charolais, 
prenant fait et cause pour les Malinois contre les Anver- 
sois, défendit aux habitants de la Flandre de se rendre à 
la franche foire d'Anvers (2). 

L'année suivante, Jean sans Peur permît à ceux de 
Malines de tendre la chaîne au village de Heffen (3), afin 
d'obliger les bateliers à payer le droit d'étape. Il ordonna 
l'arrestation, avec confiscation de leurs biens, des Anver- 
sois qui avaient enlevé des laines aux Malinois (4). 

Le 26 août 1416, il confirma l'exemption accordée 
jadis aux Malinois, par Louis de Maie, des droits de 
tonlieu qui se payaient à l'Écluse (5). 

A Jean sans Peur succéda, en 1419, Philippe le Bon. 
Celui-ci fut inauguré à Malines, le 8 octobre de cette 
année (6). Depuis ce moment, la seigneurie de Malines 
eut le même souverain que la Flandre, le Brabant et le 
marquisat d'Anvers. 

Les Malinois aidèrent le bon duc dans sa guerre contre 
l'Angleterre. Ils lui fournirent de l'argent et des hommes. 
Ils lui envoyèrent, entre autres, six de ces coulevriniers 
ou artilleurs malinois, si réputés pour la justesse de leur 

Cinq cents cavaliers malinois, commandés par Jean 
van den Dale, qui portait l'oriflamme de la ville, prirent 
part au siège de Calais, en 1436. Il y avait parmi eux 
plusieurs membres du Magistrat, des communemaitres, 
des échevins, des conseillers (8) et un des secrétaires (9). 
Le duc leur fit l'accueil le plus flatteur (10). 



(1) P.-J. VAN DoREX, Iiiveiitaivc des archives de la ville de Malines, t. III, p. i5. 

(2) Même publication, t. I, p. 88. 

(3) Ibid., p. 89. 

(4) Ibid., p. 90. 

(5) Ibid., p. 92. 

(6) De Azevedo, Korte Chronyche van Mechelen: — J. David, ouvr. cité, p. 23i. 
— P.-J. VAN DoRHN, public, citée, t. I, p. 94. 

17) P.-J. VAN Dorex, public, citée, t. \\\ p. 61. 

(8) Même public, t. III, p. 56. 

(9) Ibid., p. 57. 
(xo) Ibid., p. 5g. 



320 ERECTION Di: MALINES 



Quand, plus tard, il eut fort .à faire contre ses sujets de 
la Flandre, les Malinois restèrent en dehors de ces 
conflits. Lui aussi s'occupa à différentes reprises, en 
faveur des Malinois, du droit d'étape, ainsi que du droit 
de tonlieu perçu à Rumpst (i). 

Philippe le Bon, par une charte datée de (îand, 24 
mars 1445, confirma celle de 1409, donnée par Jean sans 
Peur; il chanf^jea, à la demande des Malinois, l'époque 
des deux foires franches octroyées par son père. Dans 
cette nouvelle charte, le duc rappela la fidélité des Ma- 
linois à sa dynastie et les services qu'ils avaient rendus 
à ses prédécesseurs et à lui-même, dans les mêmes termes 
employés par son père trente-six ans auparavant (2). Le 
chanoine David remarcjue avec infiniment de raison que 
sous le règne de Philippe le Bon, les Malinois furent très 
heureux (3). Les relations entre Malines et le duc de 
Bourgogne furent cordiales. Aux archives de la ville, on 
conserve plusieurs lettres de Nicolas Rolin, seigneur 
d'Anthume, chancelier de Bourgogne, et d'Antoine de 
Croy, comte de Porcien, premier chambellan de Mon- 
seigneur, informant continuellement le Magistrat de 
Malines de l'état de santé du duc et de la duchesse (4). 

En 1461, les Malinois prêtèrent au duc quatre mille 
huit cents livres parisis, pour son voyage en France (5). 

Dès 1464, Philippe le Bon établit à demeure fixe, à 
Malines, son Grand Conseil, jusqu'alors ambulatoire (6). 

Quand Charles le Téméraire succéda à Philippe le 
Bon, en 1467, les Malinois organisèrent de grandes fêtes 
en son honneur et le reçurent de la manière la plus 
brillante. Philippe le Bon était mort le i5 juin et déjà 
le 3 juillet son successeur se rendait à Malines, pour 
prendre possession de sa seigneurie et prêter serment de 
maintenir les privilèges des Malinois (7). Ceux-ci se 



(i) Même piiblication, t. I, passiiii. 

(2) G. VAN Castkk, ouvr. cité, ]). 358. 

(3) J. David, ouvr. cité, p. 234. 

(4) P.-J- VAN DOKEN, public, citée, t. III et I\', f^assiiii. 

(5) Même publication, t. I, j). 144. 

(6) JvLKS FKEDERinis, Le Grand Consi'il ambulatoire des ducs de Bourgogne et 
des archiducs d'Autriche (1446- 1504), p. 29. 

(7) P.-J. VAN DoREN, ])ublic. Citée, t. I, p. 149. 



EN COMTK 321 



mirent en grands frais. La réception fut splendide. On 
en trouve une description très détaillée dans l'histoire 
de Malines par le chanoine David (i). 

Deux mois après, une émeute ayant éclaté à Malines, 
Charles le Téméraire dut user de sévérité. Il modifia sen- 
siblement les privilèges de la ville (2); mais, le même 
jour, en considération des grands services rendus par les 
Malinois à sa dynastie, il fit grâce à cent quarante-six 
habitants de Malines condamnés au bannissement (3). 
C'était le 16 octobre 1467. Le 24 janvier suivant, mù par 
les mêmes considérations, il autorisa le rétablissement, 
pour vingt ans, des droits d'accises qui se percevaient à 
Malines avant la sédition (4). 

En 1468, Charles le Téméraire assura comme douaire 
à sa seconde femme, Marguerite d'York, la ville et sei- 
gneurie de Malines, en même temps que les villes d'Au- 
denarde et de Termonde. Marguerite fut reçue en 
grande pompe à Malines, le 24 avril 1470. 

En 1473, Charles le Téméraire choisit Malines comme 
siège du nouveau Parlement qu'il venait d'instituer, 
Parlement qui n'eut qu'une durée fort éphémère, mais qui 
devint plus tard le second Grand Conseil dont Malines 
resta le siège jusqu'à la fin de l'ancien régime. Les Mali- 
nois lui en furent reconnaissants et l'aidèrent dans ses 
nombreuses entreprises guerrières. Les artilleurs de 
Malines, devenant de plus en plus célèbres, le duc en 
demandait continuellement au Magistrat (5). Un grand 
nombre d'entre eux combattirent sous ses drapeaux. 

Quand Charles entreprit le siège de la ville de Neuss, 
Malines lui fournit, aux frais de la ville, un fort contin- 
gent d'archers, d'arbalétriers et de coulevriniers. 

Le grand service que Malines rendit là au duc de 
Bourgogne, ne resta pas sans récompense. Pendant le 
siège même, Charles le Téméraire data du camp devant 



(i) J. David, ouvr. cité, pp. 234-244. 

(2j P.-J. VAN DoRF.x, jniblir. citée, t. I, p. i5o. 

(3) Ibid., p. i5i. 

(4) Ibid., p. i52. 

(5) Même public , t. III, J^assim- 



322 ÉRFXTION DlC MALINICS 



Neuss, en juin 1475, une charte par laquelle il affranchit. 

de tous droits de tonlicu et de passade les biens et 

marchandises appartenant aux bourgeois de Malines (i), 

« en récompense de ce que les Malinois avoient toujours 

» servi ses préccdesseurs et lui-même de toute leur puis- 

» sance, quant requis en ont esté, en quoi ils se sont si 

» honorablement conduits et portez, que jamais n'en ont 

» eu reproche, et mémement, en continuant et persévé- 

» rant en leur bonne loyauté, nous ont fait servir en 

» nostre présent siège devant la ville de Nuysse, par 

)) certain grand nombre de gens de guerre qu'à leurs 

» iiniics et soldées ils ont continuellement entretenu dès 

^ ^ 1 1 ■ • • • > 1 

)) le commencement de nostre ditte siège jusques a la 

» fin, aux très grands frais et despens de nostre ditte 

» ville » (2).' Le duc de Bourgogne appréciait fort la 

valeur des Malinois, qu'il dit, dans la même charte : 

« gens de fait, preux et vaillans, lesquels ont vigoureu- 

» sèment exploicté la guerre, jour et nuict, en nos tran- 

» chis et bastillons, à l'encontre de nos ennemis, sans 

)) oncques estre départis en nostre ditte siège » (3). 

Charles le Téméraire mourut un an et demi après avoir 
octroyé cette charte. On peut dire qu'il avait beaucoup 
aimé sa ville de JMalines. Du vivant de son père, cjuand 
il n'était encore que comte de Charolais, il y était venu 
en 1459 et en 1460. Lors de son inauguration, en 1467, 
si luxueusement fêtée par les Malinois. il y resta pendant 
toute une semaine. Il y revint en 1469 et en 1473. Pendant 
l'été de 1474, il y séjourna pendant dix jours. Aussitôt 
après le long siège de Neuss, il y vint se reposer pendant 
quatre jours du mois de juillet 1475 (4). C'est la dernière 
fois que les Malinois virent leur seigneur, qui devait être 
tué, près de Nancy, le 5 janvier 1477. 

Dix mois après sa mort, Marguerite d'York, sa veuve, 
fit acheter, à Malines, l'hôtel dit 7 Hof van Camcrijcke, 
qui avait appartenu à Jean de Bourgogne, évêque de 



(i) P.-J. VAN DoREN, public, citée, t. I, p. i6o. 
(2) G. v.vN Caster, ouvr. cité, p. 362. 
(3j Ibid. 

(4) E. DE Marneffe, liimi'dirc dt' Charles le Hardi, comte de Charolais, puis duc 
de Bourgogne, passim. 



EN COMTE 323 



Cambrai (i). Cette acquisition se fit le 17 novembre 
'1477. « Le Magistrat de Malines, dit M. le chanoine 
)) VAN Caster, s'empressa d'allouer des subsides à cette 
)) princesse, pour lui permettre d'agrandir la propriété 
» et d'en faire un palais convenable. » 

Ce n'était pas la première fois que les Malinois ve- 
naient en aide à Marguerite d'York. Déjà en 1474, ils 
lui avaient accordé six cents livres de Flandre, pour la 
dédommager des pertes qu'elle avait subies par suite de 
l'incendie du château de Maie (2). 

Marguerite d'York, qui avait pris les Malinois en affec- 
tion, obtint que son frère, le roi Edouard IV d'Angleterre, 
accordât aux bourgeois de Malines des privilèges iden- 
tiques à ceux dont jouissaient en Angleterre les mar- 
chands de la Hanse Teutonique et ce pour toute la 
durée de la vie de sa sœur (3). 

Marguerite d'York passa à Malines les vingt-six der- 
nières années de sa vie. C'est là que la duchesse-douai- 
rière de Bourgogne, sœur de deux rois d'Angleterre, 
mourut le 23 novembre i5o3. Elle fut inhumée dans le 
chœur de l'église des Récollets (4). 

Charles le Téméraire étant mort le 5 janvier 1477, sa 
fille unique, Marie de Bourgogne, qu'il avait eue d'Isa- 
belle de Bourbon, sa première femme, confirma, en mars, 
les privilèges de la ville et révoqua l'ordonnance du 16 
octobre 1467, par laquelle son père les avait modifiés (5). 
Elle fit sa joyeuse entrée à Malines le 25 juin suivant. 

Le 18 août, cette gracieuse princesse épousa Maximi- 
lien d'Autriche, fils de l'empereur Frédéric III. Les 
jeunes époux furent inaugurés à Malines, le g janvier 
1478. Leur séjour n'y fut pas long, Maximilien ayant 
été appelé aussitôt en Flandre, pour poursuivre la guerre 
contre la France. 

Mais, bientôt, Maximilien eut à combattre ses propres 
sujets de la Flandre et du Brabant. Toutes les villes 



(i) G. VAX Caster, ouvr. cité, p. i56. 

(2) P.-J. VAN DoREX, Iiivcntaiyc des archives de la ville de Malines, t. II, \\ 71. 

(3) Même public, t. I, }>. i65. 

(4) G. VAN Castpir, ouvr. cité, p. igS. 

(5) P.-J. VAN DoREN, public, citée, t. I, p. 164. 



324 ÉRIÎCTION Di: MALIN i:S 



se soulevèrent contre lui, excepté Anvers et Malines, qui 
lui restèrent fidèles. Malines surtout, qui ambitionnait- 
de devenir la capitale des états des ducs de Bourgogne, 
aida puissamment Maximilien et lui envoya à différentes 
reprises des secours en argent, de la poudre, des tentes 
et pavillons et. surtout, des hommes d'armes, « gens 
» raides, puissans et bien en point » (i). En 1479, le 
Magistrat lui envoya deux cents piétons et quelque 
cavalerie. Cette troupe reçut la mission de secourir la 
ville du Quesnoy (2). Plus tard, uii corps d'infanterie, 
composé exclusivement de Malinois, fut placé sous les 
ordres du lieutenant-général Albert de Saxe (3). 

A peine marié depuis cinq ans, l'infortuné prince eut, 
en 1482, la douleur de perdre sa jeune épouse, qui 
mourut à Bruges, des suites d'une chute de cheval, faite 
pendant une partie de chasse. Alors, Maximilien dut 
revendiquer, les armes à la main, contre la Flandre et 
contre Louis XI, qui encourageait et soutenait les Fla- 
mands, la tutelle de son fils, le futur Philippe le Beau, 
et la régence de la Flandre pendant la minorité de ce 
jeune prince. Maximilien fut emprisonné à Bruges, mais 
il avait eu la précaution d'envoyer ses deux enfants à 
Malines, près de Marguerite d'York, leur grand-mère. Il 
les avait fait enlever de Gand, en secret, ne les sentant 
en sûreté (|u'à Malines. 

Les Malinois se conduisirent très chevaleresquement 
envers le jeune Philippe le Beau. En i486, le Magistrat 
racheta le palais de Marguerite d'York, pour l'offrir à 
son petit fils (4). Il fit réparer les fortifications, en con- 
truisit de nouvelles et mit la ville en complet état de 
défense, afin que le futur seigneur de Malines fut bien 
gardé : « Ten desen tyde, dit le chanoine Azevedo, 
» hadden die van Mechelen verscheyde Fortificatien 
» ende Block-huysen gemaeckt rondom de stadt, daer 
» sy stercke wachten hielden, ende die van Mechelen 



(i) P.-J. VAX DoREX, public, citée, t. III, passim. 

(2) Ibid., p. 279. 

(3) Même public, t. IV, p. 33. 

(4) Même public, t. I, p. i56. 



EN COMTÉ 325 



» bewaerden den Prinse seer sorghvuldelyck, ende soo 
» wel, dat den Prince het selve noynt en kan verge- 
» ten » (i). 

En effet, Philippe le Beau et son père n'oublièrent pas 
le dévouement des Malinois à leur cause. Le 24 novembre 
1488, Maximilien, en récompense des services rendus à 
son fils, conféra aux Malinois le tiers du droit d'étape sur 
le sel, le poisson et les avoines, tiers dont avaient tou- 
jours joui les Bruxellois, et déclara ces derniers déchus de 
ce droit, parce qu'ils tenaient le parti de ses ennemis (2). 

Ensemble, par une charte du mois d'octobre 1489, 
datée de Linz, Maximilien et Philippe déclarèrent les 
bourgeois de Malines exempts pour toujours de toutes 
tailles et impositions quelconques, pour les biens qu'ils 
pourraient posséder hors la franchise de la ville (3). Par 
deux chartes données le même mois, ils accordèrent aux 
Malinois franchise du tonlieu de Ruppelmonde (4) et de 
celui de Gravelines (5). 

On le voit, c'était entre la ville de Malines et ses sei- 
gneurs bourguignons un échange continuel de bons procé- 
dés, qui firent que les relations devinrent toujours plus 
cordiales et plus intimes. 

Dans le préambule de la grande charte de 1489, 
Maximilien et Philippe rappelèrent « les grans, loyaulx 
et continuelz services » que les Malinois leur rendirent 
de tout temps, « mesmement à leur urgent besoin et 
» nécessité; » puis, continuant pour ce qui le regardait 
personnellement. Maximilien dit combien ceux de Ma- 
lines l'avaient aidé dans ses démêlés avec les Brugeois, « à 
» mettre hors des mains de ceulx de nostre ville de 
» Bruges, dit-il, la personne de Nous Roy (6), laquelle 
)) par eulx a esté arrestée et, en grande irrévérence, 
)) longue espace de temps détenue en prison, en tant que, 
» moyennant l'aj^de de Nostre-Seigneur, avons à force et 



(r) Korlc Cliroiiycke vait Meciu'lcu. 

(2) P.-J. VAN DoRiix, public, citée, t. 1, p. 179. 

(3) Ibid., p. iSu; — G. van Castek, ouvr. cite, p. 368. 

(4) P.-J. VAX DoREX, public, citée, t. I, p. i8u. 

(5) Ibid., p. 181. 

(6) Maximilien avait alors le titre de « Roi des Romains. •>•> 



326 ÉRECTION DE MALIN ES 



» puissance d'armes esté mis à délivrance, et afin de nous 
» oster et préserver du danger ouquel nous ainsi détenu 
» avons esté, d'estre mis à mort, par prison ou autrement, 
» ou aumoins délivré et mis es mains des François ou 
» d'autres nos ennemis. » 

Plus loin, Tvlaximilien et Philippe rappelèrent que pour 
l'élargissement de leurs serviteurs, détenus à Ciand, les 
Malinois « avoient mis et employé non seulement leurs 
» corps, mais aussi leurs biens, sans rien espargnier » et 
qu'ils avaient pris soin de Philippe, quand son père l'avait 
fait emmener en secret de Gand à Malines, « et avec ce, 
)) dont il sont moult à recommander, ont gardé à grand 
» cure, seing et dilligence la personne de Nous Archiduc, 
» tellement que aucun mal, dangier et inconvénient n'y 
» avons eu, et Nous ont rendu en bonne santé et dispo- 
» sicion. » Puis, ils rappelèrent encore tout ce que les 
Malinois avaient fait pour ceux qui leur étaient restés 
fidèles, pour les troupes allemandes envoyées à leur se- 
cours et même pour l'empereur Frédéric et pour les 
princes électeurs. Cette constatation officielle et solen- 
nelle des grands services rendus à toutes circonstances 
par les Malinois à Maximilien est trop belle pour que 
nous l'omettions ici : 

(( Aient enoultre, lisons-nous dans la charte, receu 
» traictié et soustenu en nostre dite ville en toute doul- 
)) cheur et amitié, comme encoires font jornelement à tous 
» noz bons et loyaulx serviteurs et subgetz qui y sont 
>) venu et vueillent venir, tant durant les présentes divi- 
» sions comme celles qui ont esté parcidevant, et les ont 
)) gardé et préservé de foules, oppressions et molcsta- 
» tions si avant que possible leur a esté. Et pardessus 
» ces choses, à toutes heures, sans contredit ou difficulté, 
» aient ouvert et ouvrent jornelement les portes de nostre 
M dite ville à touts gens de guerre, qui tant des pays 
» d'Alemaigne comme d'autres pays de par delà sont 
)j venu Nous servir et secourir à l'encontre de nos dits 
» rebelles et désobéissans subgetz de Gand et de Bruges 
)) et leurs dits adhérens. Et mesmement y aient mis et 
)) très honnourablement receu nostre dit seigneur et père 
» avec les princes électeurs du saint empire et autres 
» seigneurs ses parens, amis, alyez et subgetz et les 



EN COMTE 



327 



» nostres qu'il a amené avec lui en très grande puissance 
» de gens de guerre, à cheval et à piet, lesquelz y ont 
» esté si bien serviz et pourveuz que grandement ilz s'en 
» louent et contentent. » 

En vérité, c'est un beau certificat de fidélité et de 
loyalisme que cette charte de 1489! Comment, après 
l'avoir décernée, Maximilien aurait-il jamais pu refuser 
des faveurs aux Malinois, ses meilleurs amis des mau- 
vais jours? Aussi, ne s'en tint-il pas là dans l'expression 
de sa reconnaissance et proposa-t-il à son père d'ériger 
la seigneurie de Malines en comté. 



II. — Érection de la seigneurie de Malines 
en comté 



C'est au moment où Maximilien allait voir terminer 
les difficultés que lui avaient suscitées les Gantois, les 
Brugeois et le roi de France, qu'il demanda à l'empereur 
Frédéric III, son père, d'honorer Malines du titre de 
comté. L'empereur, aussi reconnaissant que le roi des 
Romains de tout ce que les Malinois avaient fait pour 
celui-ci, s'empressa d'obtempérer au désir exprimé par 
son fils. Le 10 janvier 1490, il signa à Linz un diplôme 
par lequel il élevait la ville et le district de Malines au 
rang de comté et permettait d'ajouter aux armoiries de la 
ville l'aigle noire éployée, emblème héraldique des rois 
des Romains. 

Ce document important est conservé dans le dépôt des 
archives de la ville de Malines. Il a, dit M. de Raadt, 
c( une grande valeur archéologique et artistique : la lettre 
)) initiale du nom impérial constitue une superbe minia- 
» ture, composée de fleurs, de feuillages et de fraises, qui 
» décèle la main d'un enlumineur de marque » (i). Nous 
ne sommes pas de cet avis. Le diplôme de 1490 est un 
beau document; la calligraphie en est très soignée, mais 
la partie enluminée est assez ordinaire. Il a été publié 



(i) J.-Th. de RiVADT, Les armoiries des Berthont et de Malines, p. i8. 



328 ÉRECTION DE MALINES 



par SoUerius, dans les Ac^a Sandi Romualdi; mais le texte 
de Sollerius, qui n'est que la reproduction d'une copie 
fautive de Cuypers, greffier de la ville de Malines au dix- 
huitième siècle (i), est, par là môme, très incorrect (2). 
M. le chanoine van Castek donna du diplôme un texte 
plus correct (3). Quoique publié plusieurs fois déjà, nous 
le reproduisons ici, d'après l'original, parce (ju'il constitue 
évidemment le document le plus important du fait qui 
est l'objet de ce travail. Le voici : 

(c Fridericus, divina favente clemencia Romanorum 
» Imperator semper Augustus, Hungarie, Dalmacie, 
» Croacie, etc. Rex ac Austrie, Stirie, Karinthie et 
» Corniole Dux, Dominus Marchiesclavonice ac Portus- 
» naonis, Comes in Habspurg, Tirolis Phirretis et in 
» Kiburg, Marchio Burgovic et Landtgravius Alsacie, 
» ad perpetuam rei memoriam. Et si Imperatorie Maies- 
» tatis nostre benignitas ex innata sibi clemencia qui- 
)) buscumque sacro Romano Imperio subiectis libcrtatum 
)) et graciarum premia reddere consueverit id(]ue ex cre- 
» diti nobis officii ministerio prosequi teneamur. Illos 
» tamen in primis precipuis donis afficere et singularibus 
» honoribus, dignitatibus et preheminencijs extollere de- 
)) bere dignes censemus 3'mo eosdem in gremio nostre 
» celsitudinis sincfulariter fovendos fore summo studio 
)) incendimur quos immote fidei constancia nuUus no- 
« vercantis fortune impetus a fide et observancia sacri 
» Romani Imperij removere aut aliquantisper aliorsum 
•>-> fiectere valuit. Sane fidcm inviolatam et obsequia indc- 



(i) Messire Daniel Cuypers, dortonr on droit, sei.trneur <\o Rymenam, 
Opstalle, Muyselwijk, etc., greflier et <;ai"de-rhartes de Malines. M. de 
Raadt lui consacra une note à la ])a,t,^e 2u de sa notice intitulée : Les 
armoiries des Berthont d de Malines, et parle plus lou'^uement de ce per- 
sonnage dans son histoire de Rymenam. 

(2) Une autre copie, coUationnée et signée par Cuypers, est conservée aux 
Archives Générales du Royaume, dans le carton n° 25i du fonds du Con- 
seil d'Etat. Cette copie porte : CoUaiio fada citin s::o originali existente in capsa 
penduïa sigitata D, et notato liftera G. A^" cxvij, per Grapheiini infrascriptiini 

D.-F. Cuypers, 1722. 
Cette copie est également fautive. 

(3) Histoire des rues de Malines et de leurs monuments, p. 375. 



EN COMTE 



329 



)) fessa quibus Opiclum et totus sacri Imperij Districtus 
» Mechliniensis ac nostra tempestate sese Sacro Imperio 
)) gratissimum exhibuit cum id solum Serenissimi Prin- 
» cipis domini Maximiliani, Romanorum Régis semper 
» Augusti ac Archiducis Austrie, Ducis Burgondie, Bia- 
» bancie, Gelrie, etc. Comitis F'iandrie et Tirolis etc. 
» Flandriam et totam fere Brabanciam potentissimos 
» sue Serenitatis hostes sustinuerit et vitam et bona in 
» eius statum et honorem servandum liberali vultu et 
)) animo expendere non dubitavit. Non immerito pen- 
)) santés ac tantam illius Opidi et Districtus fidem per- 
» petuitati commendare cupientes, quo plane omnis etas 
» usque in consummacionem seculi videat et agnoscat 
)) quantum sit quantumque honoris et famé immortalis 
)^ pariât, Principis sui fidem servasse inviolatam et in- 
» concussam. Nos, non per errorem aut improvide, sed 
» animo deliberato sanoque nostrorum ac sacri Imperii 
)) Principum, Comitum, Baronum et aliorum fidelium 
» et Subditorum nostrorum accedente consilio, ex certa 
» sciencia nostra et plenitudine Imperialis potestatis, 
» prcfatum Opidum ^lechliniense et eius Districtum a 
» certis temporibus usque in hanc diem, solo Dominij 
>) titulogaudentcm, in Nobilem et perpetuum Comitatum 
« de novo creavimus, extuiimus, sublimavimus, ac pre- 
» sencium tenore creamus, efferimus et sublimamus, hoc 
)) Imperiali edicto decernentes, ut idem Maximilianus 
» Romanorum Rex, simul et lUustris Philippus Archi- 
» dux Austrie, Dux Burgundie, Brabancie, Gelrie, etc. 
» Comes Flandrie, Tirolis, etc. nepos noster carissimus 
« et omnes et singuli eorum heredes et descendentes, ad 
» quos Icgittimo successionis aut alio jure ipse Districtus, 
)) una cum Opido Mechliniense pervenerint, hinc in 
» antea futuris temporibus ab omnibus, Comités Mech- 
» linienses reputari, appelari, teneri et honorari, et ipsi 
» seipsos Comités Mechlinienses existimare, scribere et 
» reputare. Ipse similiter ac ipsum Opidum Mechliniense 
)) omnibus dignitatibus, honoribus, titulis, juribus, pre- 
)) heminenciis^ et consuetudinibus gaudere et frui de- 
» béant quibus ceteri sacri Imperij Comités et eorum 
» subditi freti sunt hactenus et cottidie pociuntur et 
« fruuntur, legibus, statutis municipalibus, consuetudi- 



33o ÉRFXTION DE MALINES 



■)•> nibus et alijs in contraiium facientibus non obstantibus 
)) quibuscumque. Quo vero dictum Opidum Mechliniense 
)) caput districtus prefati pro meritorum suorum erga 
» Nos et sacrum Romanum Imperium magnitudine bcni- 
» volenciam nostre Cesaree celsitudinis magis agnoscat 
» eius solita insignia videlicet Scutum divisionibus Ci- 
» trinis et Rubeis secundum longum intersectum melio- 
» rare constituimus, adjicientes eidem integram Aquilam 
» nigram nulla sui parte minutam sed cum extensis alis 
» tanquam ad volatum paratis figuratam, omni modo et 
» forma quo eadem Romanorum Regcs uti consueverunt. 
» Ita ut Ipsi Mechlinienses eodem Scuto Aquila prefata 
» in medio eius collocata, in Sigillis, Annulis, Clenodijs 
» ac omnibus publiais et privatis actibus uti antea facere 
» consueverunt uti et frui potuerunt, contradiccione et 
» impedimento cessante quorumcumque. Nulli ergo om- 
» nino hominum liceat hanc nostre creacionis, sublima- 
» cionis, ereccionis, melioracionis Armorum decreti et 
» derogacionis paginam infringere aut ei quovis ausu 
» temerario contraire sub pena nostre indignacionis gra- 
» vissima et Mille Marcarum auri puri, (juas contrata- 
» cientes tociens quociens contrafactum fuerit, ipso facto 
n se noverint irremissibiliter incursuros. Quarum medie- 
» tatem Imperialis fisci sive Erarij Residuam vero par- 
» tem injuriam passorum usibus decernimus applicari 
« Presencium sub nostri Imperialis Maiestatis Sigilli 
« appensionis testimonio litterarum. Datum in Opido 
)) nostro L3^nntz, die Décima Mensis Januarij, Anno 
» domini Millesimo Quadringentesimo Nonagesimo, Re- 
» gnorum nostrorum Romani Quinquagesimo Imperii 
» Tricesimo Octavo, Hungarie vero Tricesimo primo. Ad 
)) mandatum domini Imperatoris Johannes Dorffner (i). » 

Nous venons de lire que l'empereur Frédéric, en éri- 
geant la seigneurie de Malines en comté, ordonnait que 
son fils Maximilien, roi des Romains, son petit-fils 
Philippe, archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de 
Brabant, de Gueldre, comte de Flandre, du Tyrol, etc., 



(i) Archives de la ville de Malines. Charte n'^ 293. 



EN COMTÉ 33 1 



ainsi que tous leurs descendants, porteraient désormais 
le titre de comte de Matines; que le nouveau comté jouirait 
des mêmes honneurs, droits, prééminences et coutumes 
dont jouissaient les autres comtés du Saint Empire 
Romain ; que la ville de Malines aurait désormais dans 
ses armoiries un écusson en cœur, d'or à l'aigle éployée 
de sable. Eh bien, en dehors de cette dernière stipulation, 
le diplôme impérial resta lettre morte. Pourquoi? Nous 
allons le voir. 

Malgré le paragraphe dernier du diplôme, par lequel 
l'empereur menaçait de son indignation et d'une amende 
de mille marcs d'or pur ceux qui auraient agi à ren- 
contre de sa volonté, le chancelier de Bourgogne s'opposa 
immédiatement à l'érection de Malines en comté. 

Le chancelier de Bourgogne était alors Guillaume de 
Vergy, 4*^ du nom, baron de Bourbon-Lancy, seigneur de 
Vergy, Champvant, Sorre, Rigney, Saint-Dizier, Autrey, 
Fonvens, Champlite, etc., chevalier de l'ordre de Savoie, 
sénéchal de Bourgogne etc., etc. C'est lui qui éleva 
la maison de Vergy au plus haut point de sa splendeur 
et de sa gloire. Il avait servi Charles le Téméraire et 
Marie de Bourgogne. Emprisonné par les Français, 
Louis XI se l'était attaché et l'avait nommé conseiller 
et chambellan. Rentré au service de Maximilien, il lut 
chancelier de Bourgogne et capitaine-général des pays 
de Gueldre et de Zutphen. Créé chevalier de l'ordre de 
rx\nnonciade, Guillaume de Vergy mourut en i52o. 

Nous ne connaissons pas les raisons que le chancelier 
invoqua pour ne pas inscrire celui de comte de Matines 
parmi les nombreux titres de Maximilien et de Philippe 
le Beau ; mais nous connaissons l'opposition qu'il fit aux 
volontés de son maître, par une lettre du roi des Ro- 
mains, par laquelle Maximilien ordonna à son chancelier, 
« toutes excuses censans et postposées, » d'inscrire Ma- 
lines au nombre de ses comtés. 

\'oici le texte de cette lettre : 



« De par le Roij 

» Très chier et féal Chancellier, pour ce qu'il a puis 
« nagaires pieu à nostre très redoubté seigneur et Père 



332 ÉRECTION DE MALINES 



Monseigneur l'Empereur, de Sa Majesté' Impérialle, 
en faveur des grans services, amour et loijaulté, que 
ceux de noz ville, terre et seigneurie de Malines 
avoicnt parcidevant faiz et par effect démonstrez à lui, 
à nous, et aux Princes de l'Empire, érigier et créer 
icelle nostre seigneurie en Conté, et aussi que c'est 
l'augmentacion, bien et honneur de nostre très chier 
et très amé fîlz Phelippe, par quoij désirons de tout 
nostre cœur, que doresenavant nostre dict Conté de 
Malines, en ensuivant le bon plaisir de mondit Seigneur 
l'Empereur, soit mise, inscripte, tenue et réputée ou 
nombre de noz autres Contez ; Nous escripvons présen- 
tement par devers vous, et voulons, vous mandons, et 
expressément enjoingnons et commandons, que toutes 
excuses cessans et postposées, vous intitulez et ins- 
cripvez, ou faites intituler et inscripre en toutes nos 
lettres closes et patentes, et en tous lieux ou mesticr 
sera nostre dit Conté de Malines ou nombre des noz 
autres Contez, sans le plus inscripre ou nombre de noz 
seigneuries, en le maintenant, entretenant et gardant, 
et faisant maintenir, entretenir et garder de par nous 
en tous les droiz, haultcurs, honneurs et prérogatives à 
ce servans ; Avec aussi que le notiffiez et signifiiez en 
toutes noz Chambres, Sièges et Consaulx de nos Paijs 
de par delà, en leur expressément mandant, et enjoin- 
gnant de par Nous, que ainsi le facent doresenavant 
sans difficulté. Et en ce ne faites faulte, sur tant que 
nous désirez complaire. Car tel est nostre plaisir. Très 
chier et féal Chancellier, nostre Seis^neur soit garde de 
vous. Donné en nostre ville de IJsbrouch (i), le xvij- 
jour de Mars anno xiiij'' iiij" et neuf (2), et de nostre 
Règne le cincquiesme. Plus bas estoit escript : Pcr 
RegL'in. Signé : de Gondcbault . La superscription estoit : 
A nostre très chier et féal Chevalier et Chancellier le 
Seigneur de Champvans et de Sorre » (3). 



'i) Inspruck. 

(2) 1490 (nouveau stvlej. 

(3) L'orit^inal de celle leltre-missive est conseivé au.\. Archives de Malines 
(P.-J. VAX DoRKX, public, citée, t. IV, p. 35). Une copie s'en trouve au.x 
Archives générales du Roj'aume, dans lé carton n" 25 1 du fonds du 



EN COMTÉ 333 



Cet ordre, quoiqu'assez impérieux, ne fut pas exécuté 
davantage. Le roi des Romains eut beau écrire à son 
chancelier : « Et en ce ne faites faulte, sur tant que 
» nous désirez complaire » ; il eut beau lui commander 
de notifier l'élévation de Malines à la dignité de comté 
aux Chambres des Comptes et aux Conseils ; rien n'y fit 
et Malines resta une seigneurie. Il faut croire que les 
raisons qui s'opposaient à la mise à exécution du di- 
plôme impérial étaient graves, cardans aucun document 
Malines ne fut nommé comté, pas même dans ceux qui 
émanaient de Maximilien lui-même et de son fils 
Philippe le Beau. Quand ce dernier fut solennellement 
inauguré, le 27 mars 1494, c'est comme seigneur qu'il le 
fut et non pas comme comte de Malines. Il en fut de 
même de ses successeurs. 

Cependant, le Magistrat fit graver, immédiatement 
après avoir reçu la concession impériale, un nouveau 
sceau, en argent, portant l'écu à trois pals de Malines, 
chargé en cœur, en vertu de la concession de l'empereur 
Frédéric, d'un écusson à l'aigle éplovée. Ce sceau, par- 
faitement gravé, est conservé aux archives de la ville de 
Malines. Nous venons de Iv revoir; il porte la légende : 
Sigillum Magnum Coniitatus et Opidi Machliniensis et le 
millésime : /-/90. Malines y est donc qualifiée de comté, 
ainsi que sur un autre sceau de la même époque, qui 
porte : Sigiltum Coniitatus et Opidi Machlinien. ad vitales 
pensiones. Ces sceaux ont-ils servi? Les a-t-on employés 
pour sceller des documents? Notre excellent confrère 
de Malines, M. l'archiviste Hermans, nous a répondu 
affirmativement (i). 

A peu près un siècle après la concession impériale, 
en 1574, on fit encore graver un sceau nouveau, qualifiant 
Malines de comté. Sa légende dit : Sigillum Comitatus et 



Conseil d'État. C'est une copie portant au bas : « CoUation faite avec son 
» original reposant à la Trésorie, au Tiroir D, marqué q.q. N" cxvj, par h greffier 
» souhsigné D- F. Cuypfrs, 1722. » 

(i) Les deux sceaux de 1490 se trouvent reproduits dans l'ouvrage 
d' Auguste van den Eynde, Tahleau chronologique des écoutêtes, des bourgmestres 
et des échevins, depuis i236 jusqu'à nos Jours, ainsi que les sceaux des premiers 
Seigneurs de la ville de Malines, planche \\ 



334 KKF.cTioN' Di'. malini:s 



Oppidi Mechlinicnsis. Ce sceau, également en argent, est 
aussi conservé aux archives de Malines et porte le mil- 
lésime : jSj4. Le Magistrat, dans une représentation 
dont nous parlerons plus loin, affirma en 1722, que de 
ce sceau « toutes les anciennes lettres de constitution 
» de rentes se trouvent scellées. » 

Comme nous l'avons déjà dit, l'augmentation des ar- 
moiries de la ville, chargées en cœur, depuis 1490, d'un 
écusson à l'aigle éployée de sable, constitue le seul profit 
que Malines tira de la belle concession que l'empereur 
Frédéric lui avait faite. Au lieu de devenir un comté, 
Malines resta toujours une simple seigneurie. Nous allons 
voir qu'on ne lui permit pas même de surmonter ses 
armoiries d'une couronne comtale. 



III. — Les armoiries de Malines surmontées 
de la couronne comtale 

Nous sommes en 1722. Depuis quelque temps déjà, la 
ville de Malines avait une grande envie de surmonter ses 
armoiries de la couronne comtale. Quelques tentatives, 
assez timides, avait réussi. 

Le premier essai datait de 1697. Une cloche, fondue 
par maître Simon Waghevens, en 1498, pour la métro- 
pole de Saint-Rombaut, dut être refondue en 1697 (i). 
Elle portait les armoiries de la ville, avec le petit écus- 
son en cœur, concédé par l'empereur Frédéric, mais 
sans couronne. On la confia à Melchior de Haze, 
fondeur à Anvers (2), qui y mit les armoiries de la 



(i) Simon Waghhvhxs, célèbre fondeur de cloches à Malines, fît quatre 
cloches pour la métropole de Saint-Rombaut, pendant les années 1498 et 
1499. 

(2) Melchior de Haze, célèbre fondeur anversois, naquit à Anvers et y 
fut baptisé, à Notre-Dame-Nord, le 5 juin i632. Il était fils de Pierre et non 
pas de Guillaume de Haze, grand aumônier de la ville d'Anvers, comme 
l'a cru M. Edmond vax der Straeten (La Musique aux Pays-Bas avant le 
XIX^ siècle, t. 5, p. 340). Melchior de Haze, fils de Guillaume, mourut en 
1660 et ne fut pas fondeur de cloches (A. Goovaerts. Généalogie de la famille 
de Hase, encore en manuscrit), tandis que le fondeur vécut jusque dans les 



KN COMTH 335 



ville, timbrées d'un casque couronné, cime d'un dragon 
issant (i). 

En 1716, le Magistrat avait fait mettre la couronne 
comtale sur les armoiries de la ville qui ornaient le pont 
d'Eppeghem. Il espérait que le fait aurait passé inaperçu. 
Il n'en fut pas ainsi. Le héraut d'armes du titre de 
Brabant interpella le Magistrat >et lui enjoignit de faire 
enlever la couronne, mais on lui exhiba le diplôme de 
1490 et il garda le silence. 

Jusque là, tout allait donc à souhait. On continua à 
agir avec prudence. On laissa sans couronne les armoi- 
ries de la ville placées dans les monuments très fréquen- 
tés, tels que le Grand Conseil, Thôtel de vil\e et les 
églises, de peur de manquer le but en y allant trop. vite. 

En 1722, un nouvel essai, cependant aussi timide c}ue 
les deux premiers, ne réussit pas aussi bien. 

On allait construire un nouveau pont à la porte de 
Bruxelles. Un plan fut dressé et on fit peindre sur ce plan 
les armoiries de la ville, surmontées de la couronne com- 
tale. Malheureusement, le plan devait être approuvé par 
le Conseil d'Etat. On espérait à Malines que les graves 
conseillers du Conseil d'Etat et leurs secrétaires, qui, en 
somme, n'étaient pas des héraldistes, n'y auraient vu que 
du feu, mais cet espoir fut déçu et, le 3 mars 1722, le 
chevalier Jean-Baptiste de Hkems (2), secrétaire du 
Conseil d'Etat depuis 1712 et qui, depuis 1718, avait dans 
ses attributions les affaires d'Etat, de justice et de police, 
écrivit au magistrat de Malines que le conseil l'avait 
chargé « de l'advcrtir qu'il ne luy compétait pas de 
» mettre la couronne comtaic sûr les armes de ladite 
n ville. » 

Cet avertissement, qui renversait tous ses plans, mit 



premières années du i8<" siècle. II est vrai qu'à la page 36i du même volume 
M. VAN DER Straktex dit (lue le fondeur a eu apparemment pour père un 
autre Melchior, qui fut aussi grand aumônier d'Anvers. C'est également 
inexact. II s'agit là précisément du Melchior, fils de Guillaume, qui n'est 
pas le fondeur de cloches. 

(i) hiscvipiionsfunérain's et monumniiales de la provL'ice d'A nvers. Ville de Malines, 
Eglise Mctropolitainc, p. 202. 

(2) Jean-Baptiste de Heems fut créé baron du Saint-Empire par diplôme 
du 24 avril 1733; il mourut à Bruxelles le 4 octobre 1734. 



336 ÉKI'CTION DK MALINKS 



le Magistrat en grand émoi. Il sentit que l'affaire était 
perdue s'il ne frappait un grand coup. On rechercha donc 
tout ce qui pouvait aider à prouver les droits de Malines 
à la couronne comtale et l'on élabora une représentation 
à l'Empereur lui-même, suppliant Sa Majesté « d'y faire 
bénigne réflexion. » 

Voici le texte de cette représentation : 



« Sire, 

)) Ceux du Magistrat do la ville et province de Malines 
)) ont l'honneur de représenter à Vostre Majesté, qu'aijant 
» reçeu une lettre du Chevalier de Heems du 3*^ de ce 
» mois de Mars 1722, par laquelle il leur marque d'avoir 
)) en charge d'advertir les Remonstrants qu'il ne leur 
)) compèteroit pas de mettre la couronne comtale sur les 
» armes de ladite ville, ils ont cru être de leur devoir 
» d'informer Vostre Majesté des titres en vertu des ()uels 
» ledit droit leur compète. Il est cjue l'Empereur Frédéric 
» a en l'an 148g condécoré la ville de Malines du titre 
» de comté, leur en aijant dépéché des lettres patentes, 
)> en 1490, comme paroit de la pièce cij-jointe, sub A, 
)) en copie autentique (t), l'original reposant dans les ar- 
)) chives de la ditte ville, où il est énoncé entre autre : 
» Prcfatinn opidum Mcchlinicnse in nobilem et pcrpetuitm 
» Comitatum de novo creavimus et extulimus, et un peu plus 
» bas : et ipsi se ipsos Comités Mechtinienscs se cxistimarc, 
» scribere et reputare, luij accordant toutes les dignitéz, 
» honneurs et prééminences dont jouissent les comtés 
» du St-Empire : ipsi similiter ac ipsum oppidum Mechli- 
» niensc omnibus dignitatibus, honoribus, titulis, juribus, 
» preeminentiis et consuetudinibus gaudere et fruî debcant, 
» quibus cœteri sacri Imperii comités. Ledit Empereur y 
» déclare qu'il a été invité et exité à ladite concession 
>> par les services éclatans et infatigables, et le zèle 
■>•> ardent des Bourgeois de Malines envers leurs souve- 



(i) Il saj^it ici de la copie du greffier Cuypf.rs, conservée dans le carton 
N'^ 25i du fonds du Conseil d'Etat, aux Archives générales du Royaume. 



KN Comté 3^7 



» rains, Maximilien, Empereur des Romains, duc de 
» Brabant, comte de Flandres, seigneur de Malines, 
» etc., a confirmé cette concession entre autres par acte 
» du 17- de mars 1489 (i), cij -joint, sub B, par copie 
» autentique (2), l'original reposant aussi es archives de 
» ladite ville, déclarant entre autres en termes : que dores- 
•>•> cnavant notre dit Comté de Malines soit mise, inscrite, tenue 
» et réputée au nombre de nos autres comtéz, et un peu plus 
» bas : en le maintenant ^ entretenant et gardant en tous les 
» droits, hauteurs, honneurs et prérogatives à ce servans. Or 
)) il est notoir qu'en vertu de cette concession Ceux de 
» Malines ont peu mettre sur leurs armes la couronne 
» comtale qui est une suitte nécessaire des droits, hau- 
» teurs, honneurs, et prérogatives servans a ladite con- 
» cession, de quoij l'élite des autheurs aijant escrit sur 
» les armoiries conviennent, comme il est établi sça- 
» vamment dans le traité intitulé : Observât iones Euge- 
» nialogicœ et Heroicœ, lib. 2, cap. 14 (3), dont il conste, 
» que les couronnes comtales peuvent estre mises sur 
» les armes par les Provinces et territoires condécoréz 
» du titre de comté, ce. qui est conforme à l'édit des 
» Sérénissimes Archiducs Albert et Isabelle de l'an 1616, 
» article 7, où il est interdit à tous de porter à leurs 
» armes des bannières, supports, couronnes et semblables 
» condécorations, sinon qu'ils pussent faire conster par 
» documens autentiques, que les seigneuries, ou terri- 
» toirs qu'ils possèdent ont été condécoréz de tel titre 
» d'honneur. Ceux de ladite ville de Malines, loing 
» d'avoir perdu cette concession (qui est un bienfait et 
» privilège du Prince en récompense de leurs services) 
» par un prétendu nonusage, se sont au contraire servi 



(i) 1490 (nouveau style), 

(2) Cette copie se trouve également dans le rarton n" :?5i d\i Conseil 
d'État. 

(3) Observafiones Eiijienialo!j;icff et Heroica', sivc matei-iam nobilitatis gentiïitia, ./».« 
insignium et heraldicmn complecteiites, rentm in curia Brahautùe judicatarmn 
excmplis. edidis regiis et iiiterpretatioiiibiis confirmât^, ouvrage de Jean-Baptiste 
Christyn, le très savant chancelier de Brabant, sur le droit édictal et la 
jurisprudence en matière héraldique et généalogique suivie en Brabant, 
publié à Cologne, en 1678. 



:^38 KRF.rTioN nr. ma links 



» de ladite concession, mettant hic et mtnc la couronne 
» comtale sur les armes de ladite ville, exposées au 
» public : ce que plus est, ils ont mis à cet effet sur 
» quelques sceaux publics de ladite ville, dont elle se 
» servoit à seller les instrumens et dépèches publiques, 
» pour devise ces termes : Sigilliun Comitatus et Oppidi 
M Mcchliiiicnsis, du quel sceau toutes les anciennes lettres 
» de constitution de rentes se trouvent séellées, comme 
» Vostre Majesté peut connoitre de l'empreinte d'un 
» semblable sceau cij-jointe en cire rouge, lequel sceau 
» fabriqué d'argent repose à la secrétairie de ladite ville, 
» portant la date de l'an 1574. Ceux de ladite ville de 
» Malines ont aussi porté dans leurs armes un aigle en 
» vertu desdites concessions des empereurs Frédéric et 
» Maximilien, et ce depuis la date desdites concessions 
» jusques à ce jourd'huy, et les Rcmonstrants ont encore 
)) mis la couronne comtale passé 5 à 6 ans au pont de 
» Eppegem, si avant que le Héraut d'armes de \'ostre 
» Majesté du département de Brabant aijant interpellé 
» les Remonstrants à ôter ladite couronne ils luij ont fait 
» voir lesdits titres, depuis quel tems il a gardé le silence 
» sans inquiéter les Remonstrants. Après cela l'archiduc 
» Philippe, fils dudit Maximilien, a approuvé dans son 
» inauguration tous les privilèges, droits et prééminences 
)) concédez à ladite ville de Malines tant par l'Empereur 
)) Maximilien, son père, qu'autres Souverains de ces 
)) pays, entre lesquels ladite concession est manifeste- 
» ment comprise, ce qui a aussi été fait par les successifs 
» Souverains de ladite ville, et encore en dernier lieu par 
» Vostre Majesté dans sa solemnelle inauguration, telle- 
)) ment que ladite ville est munie en ce regard de titre 
» spécial, d'une possession immémorialle, paisible, au 
» veu et sçeu d'un chacun, mesme du Grand Conseil, et 
¥ Fiscaux de sa Majesté, étans sur les lieux, et finale- 
» ment d'une confirmation successive des glorieux pré- 
)i décesseurs de \'ostre Majesté. Il ij a plusieurs villes et 
)) territoirs, qui portent sur leurs armes des couronnes 
» et semblabes condécorations sans en porter le titre et 
» sans pouvoir avancer autre titre que la possesion 
.» immémorialle, laquelle en matière de noblesse a force 
» de privilège et concession spéciale du prince comme 



KN COMTK 339 



» enseigneTyra.quel\us, De Nobilitaie, Tom. i,cap. 14(1), 
» citant Bartolum, Baldum, Aretinum, Alexandrum, 
» Decium, Felicium et plusieurs autres autheurs : d'où 
» l'on doit conclure qu'à plus forte raison il compète à 
)) la ville de Malines le droit de mettre la couronne 
)) comtale sur ses armes, aux batimens et endroits pu- 
» blics, attendu qu'elle n'est pas seulement munie en ce 
» regard d'une possession immémorialle, mais aussi de 
)) titre du Prince confirmé tant de fois dans les respec- 
» tives inaugurations en vertu du quel titre il luij est, 
» soubs très humble correction, permis de se servir hic 
» et niinc en mettant selon qu'on le juge convenir tantôt 
» les condécorations des anciennes armes comme elles 
» étoint avant l'an 148g, ensuitte des concessions et 
» privilèges des souverains de ces tems et tantôt les 
» condécorations des armes ensuitte de laditte concession 
» de 1489, pour retenir la jouissance de ladite conces- 
» sion, et faire éclater en même tems les respectifs 
» privilèges et bienfaits des Princes en faveur de la ville 
» de Malines, accordez pour des grands services envers 
» ses souverains, recours aux éloges dont lesdits Empe- 
)) reurs Frédéric et Maximilien se servent dans lesdits 
)) actes; contre tout quoi l'on ne peut objecter le prétendu 
» défaut d'enregitrement desdits actes, attendu que 
» lors de ladite concession d'iceux il n'y avoit aucun 
)) placcard ou édit enjoignant ledit enregitrement qui 
» n'a été ordonné que par des placcards postérieurs, 
» outre qu'un si long laps de tems supplée toutes les 
)) formalités d'enregitrement, ou autres comme en- 
» seignent tous les Docteurs. A quoi les Remonstrants 
)) supplient A^ostre Majesté de faire bénigne réflexion. 
» Ce faisant, etc. 

» B. A. Van den Zijpe » (2). 

Cette représentation, assez faible d'argumentation en 
plusieurs endroits, fut remise au Conseil d'Etat, qui 



(1) AxnRicAK TiRAoncLLi, De NohiUtak et jiii'e primi.neuiontiit. Bel ouvrage, 
jniblié à Paris en 1549. 

(2) Archives générales du Royaume, à Bruxelles. Carton n" 25i du 
fonds du Conseil d'Etat. 



340 EKJ'tTlON Dl-; MALlNi:S 



l'envoya, le 18 mars 1722, aux conseillers fiscaux du 
Grand Conseil de Malines, pour avis. Les conseillers 
fiscaux Jean-Alphonse, comte de Coloma (i) et Jean- 
Ferdinand KEyAERTS (2) furent chargés d'étudier l'affaire. 
Ils eurent beau jeu, car la représentation du Magistrat de 
Malines contenait plusieurs affirmations gratuites, des 
contre-vérités que Messieurs les Fiscaux (jualifièrent de 
« faits abusifs » et de « fausses illations, » Il n'était pas 
exact, par exemple, que le Magistrat avait, depuis 1490, 
« fait mettre hic et mine la couronne comtale sur les armes 
» de ladite ville exposées au public. » Jamais, il ne l'avait 
fait nulle part, pas même sur les cloches fondues en 1498 
et 1499, par maitre Simon Waghevilns, pour la métro- 
pole de Saint-Rombaut. Ces cloches portent parfaitement 
les nouvelles armoiries de la ville, avec l'écùsson en cœur, 
à l'aigle éployée, mais sans la couronne comtale (3). Le 
gros bourdon, nommé Salvator, fondu par Waghevens, 
en 1498, ne reçut, sous ce rapport, aucune modification^ 
lors de sa refonte par Pierre van den Gheyn et Pierre 
DE Clekck, en i638. Nous avons vu que ce n'est qu'en 
1697, qu'une de ces cloches de Waghevens, de 1498, 
reçut des armoiries timbrées d'un casque couronné, dans 
la fonderie de maitre Melchior de Haze, à Anvers. 

Contre les auteurs héraldiques invoqués par le Magis- 
trat de Malines, les conseillers fiscaux en invoquèrent 
d'autres et, finalement, ils conclurent contre les préten- 
tions de la ville. 

Voici le texte de l'avis des conseillers Coloma et 
Keyaerts, adressé à l'Empereur, le 9 juin 1722 : 

« Sire, 
» Ceux du Magistrat de Malines viennent de présenter 



(i) Jean- Alphonse, comte de Coloma, était conseiller et maitre aux requêtes 
du Grand Conseil depuis 171 1. En 1720, il avait obtenu la place d'avocat 
fiscal. En 1725, il devint conseiller suprême des Paj^s-Bas, à Vienne, d'où 
il revint en 1732, comme chef-président du Conseil Privé. Né à Bruxelles, 
en 1676, il y mourut en 1739. 

(2) Jean-Ferdinand Keyaerts devint conseiller procureur-général au 
Grand Conseil, en 1716, et remplit cette charge jusqu'à sa mort, en 1743. 
^ (3) Inscripiions funéraires et monumentales de h py.ivince d'A nvers.Ville de.Malùies. 
Eglise Métropolitaine, p. 202. 



'¥ 



EN COMTÉ 341 



» requeste à Vostre Majesté, à l'effet qu'il leur soit 
» permis de mettre la couronne comtale audessus de 
» î'escu des armes de Malines sans casques. Ils se fondent 
» sur les lettres patentes d'érection de la seigneurie de 
» Malines en Comté, de l'an 1490, et sur un ordre donné 
» par Maximilien, Roij des Romains, à son Chancelier, 
» le 17 mars 1489 (i), afin que toutes excuses cessantes et post 
» posées, le comté de Malines soit inscrit au nombre de 
« ses autres comtéz, sans le plus inscrire au nombre de ses 
» seigneuries . 

» D'où ils concluent qu'ils peuvent mettre une cou- 
» ronne comtale sur les armes de Malines, puisque cet 
» ornement ne seroit qu'une suite nécessaire des droits, 
» hauteurs, honneurs et prérogatives servans à laditte 
» concession, conformément à la doctrine des auteurs 
1) établie dans le traité qui a pour titre : Observationes Eu- 
)) genialogicœ, lib. 2, cap. 14, et à l'édit des archiducs de 
» l'an 1616, art. 7, à quoy ils ajoutent encore, qu'ils 
» auroient fait mettre hic et nunc la couronne comtale sur 
)) les armes de la ditte ville exposées en public, pour ne 
» point perdre cette concession par un prétendu non 
)) usage, comme ils ont encore mis la couronne comtale 
» passé cincq à six ans au pont d'Eppeghem, si avant 
)) que le Héraut d'armes à titre de Brabant aijant inter- 
» pelle les remonstrants à ôter laditte couronne, ils luij 
» auroient fait voir lesdits titres, depuis quel tems il 
)) auroit gardé le silence. Ils emploijent aussi aux mes- 
)) mes fins un sceau fabriqué d'argent l'an 1574, reposant 
)) à la secrétairie de la ville duquel ils joignent à leur 
» requeste l'empreinte en cire rouge, qui contient cette 
» légende : Sigilluni Comitatus et Oppidi Mechliniensis, ils 
» se fondent en outre sur les actes des inaugurations de 
)) l'archiduc Philippe, fils du dit Maximilien, et de tous 
» les successifs souverains de la ville de Malines jusques 
» à la dernière inclusivement, prise par Vostre Majesté, 
)) pour autant que ces actes contiendroient une approba- 
» tion de tous les privilèges, droits et prééminences 
» concédez à la ville de Malines, entre lesquels droits 



(i) 1490 (nouveau style). 



342 ÉRECTION DE MALIN ES 



» laditte concession scroit inamfestemcnt comprise, tellement 
» que laditte ville seroit munie en ce regard de titre 
» spécial et d'une possession immémorialle et paisible 
)) au veu et sçeu d'un chacun, mesmc du Grand Conseil et 
» Fiscaux de Sa Majesté étans sur le lieu; de tout quoij 
» ils tirent cette conséquence, qu'il seroit permis à leur 
» ville de se servir hic et nunc dudit titre en mettant selon 
)) qu'on le juge convenir, tantôt les condécorations des 
» anciennes armes comme elles étoient avant l'an 148g, et 
)) tantôt les condécorations des armes ensuite de la con- 
» cession de 148g, pour retenir la jouissance de laditte 
» concession. 

)) Cette requeste avec les pièces annexées ci-rejointe, 
» fut envoyé à nostre avis par lettres du 18 mars dernier, 
)) et pour ij satisfaire nous avons l'honneur de dire à 
» Vostre Majesté, que cette requeste est remplie de faits 
» abusifs et de fausses illations. Nous ne contestons pas 
)) l'existence des lettres patentes d'érection de la seigneu- 
)) rie de Malines en comté, ce diplôme se trouve imprimé 
» à la fin des actes de Saint Rombaut compilez par le 
» Père Sollerius (i); mais ce sçavant jésuite remarque 
» que les successeurs de Maximilien n'ij ont pris aucun 
)) esguard : eur aiitcni (dit-il fol. 127, col. 2), scciitiBelf^arum 
M Principes, non Comités se, sed Dominos dumtaxat Mechli- 
» nicnscs dixcrint, problcma est. Il semble que l'on peut 
" pour donner solution à ce problème, tirer (juclque 
)) lumière du contenu de l'ordre donné par Maximilien, 
» Roij des Romains, à son Chancelier, pour autant c[uc 
» l'on ij découvre, que ledit Chancelier continuoit d'ins- 
» crire la ville et province de Malines au nombre des 
)) autres seigneuries de l'Archiduc Philippe, et s'excusoit 
» de l'inscrire au nombre des autres Comtéz, Il ij a appa- 
» rence que ledit Chancelier a du depuis persisté dans 
» son refus, et que les raisons de son opposition ont été 
» trouvé assez fortes pour faire cesser ledit ordre. 

» Nous fondons cette conjecture sur ce que ledit ordre 
)) n'a jamais esté exécuté, car cette Seigneurie n'a jamais 



(i) Ada Sancti Roimialdi episcopi et martyvis, apostoU et patroni M ecMimensimn, 
ouvrage publié à Anvers en 17 iS. 



EN COMITÉ 343 



» esté mise au nombre des Comtez, non pas mesme en 
» tems de TArchiduc Philippe et de l'Empereur Charles 
)) V, son fils, suivant les remarques de Gramaye en son 
» histoire de la ditte province : (i) étant de notoriété pu- 
« blique que ces princes et leurs successeurs se sont tous- 
» jours intitulez Seigneurs de ^lalines, ainsi que Vostre 
)) Majesté s'intitule encore présentement, par où viennent 
» à crouler toutes les fausses inductions que les supplians 
)) veulent tirer des inaugurations, puisque les souverains 
» de Malines ne se sont jamais fait inaugurer comme 
» Comtes, mais seulement comme Seigneur de Malines. 

» Mais supposons pour un moment et contre la vérité, 
» que la province de Malines seroit à tenir pour comté, 
» c'est encore une fausse illation que les supplians pré- 
•>■> tendent d'en tirer qu'ils pourroient mettre une couronne 
)) comtale audessus de l'écu des armes de Malines sans 
)) casque. Ni l'édit de l'an 1616, art. 7, ni l'auteur qu'ils 
» citent pour établir cette illation, peuvent estre enten- 
» dus des diplômes antérieurs à l'année i5oo. 

» Pour mettre cette vérité dans son plein jour, il suffit 
« de rapporter un passage tiré du traité intitulé : Origine 
)) des armoiries et des surnoms en France, inséré dans le 
^-i journal des Sçavans du mois de mars 1721, fol. 3i3, 314 
)) et 3i8. \'oici le passage : Il y a environ 400 ans que l'on a 
» commencé à mettre des casques audessus des éciis d'armoiries : 
» ils se mettoient avec moins de façon qu'aujourd'hui. Il est 
)j vrai que ceux des Rois avoient plus d'ornements. Ils se trou- 
)) î'cnt couronnez depuis le règne du Roi Jean, et à leur imita- 
» tion la noblesse mit pareillement des couronnes audessus de 
» leurs casques, et quelque fois dans le col du casque; mais 
)> l'usage de mettre des couronnes directement audessus des écus 
» d'armoiries, où il n'y avoit point de casque n'a été commencé 
» par nos souverains, que sous le règne du Roi Charles 6 et les 
» ducs et comtes n'ont pris cet ornement audessus de leurs armes 
» que depuis l'an iSoo. 

» Ce qui se dit ici pour la France, est aussi véritable 
» pour les Pays-Bas. Le seul exemple de Jean van Hout- 



(i) Historié et Antiquitatum urbis et provincm Mechliniensis libri III, i^ublié a 
Bruxelles en 1607. 



344 ÉRECTION DE MALIN ES 



» hem suffit pour vérifier ce fait. L'Empereur Frédéric, 
» par son diplôme du 2 septembre 1488, lui permit de 
» mettre audessus de l'écu de ses armoiries un casque 
)) couronné de la couronne Impériale et par autre diplôme 
» de Maximilien, Roi des Romains, du mois de décembre 
» 1489, fut créé baron en Brabant, à l'effet d'y pouvoir 
» déservir la charge de Chancelier ; c'est la première 
» érection en baronnie dans la ditte province; lesquels 
» deux diplômes se trouvent inJiirisprudcntiaHeruica,partc 
» I, fol. 2g6 et 3^4 (i), dont l'auteur, qui a aussi composé 
» le traité intitulé : Observât iones Eitgenialogicœ^ remarque 
» que ce premier baron a tousjours continué de mettre 
» le casque audessus de l'écu de ses armes et non le bon- 
)) net de baron sans casque, qnod illc ornât us olim esset 
» incognitus. 

» Le propre sceau de la ville fabriqué l'an 1374, du- 
» quel les supplians ont joint une empreinte en cire 
)) rouge, achève de les confondre, car quoij (^u'il soit fait 
» mention du prétendu comté dans la légende, cepen- 
» dant l'on ne s'est pas émancipé d'y mettre la couronne 
» comtale. Etant très abusif qu'ils auroient fait mettre 
)) hic et mine cette couronne sur les armes de Malines 
» exposées en public au veu et sçeu d'un chacun, mesme 
» du Grand Conseil et Fiscaux de sa Majesté étans sur 
» le lieu, puisqu'il n'en reste pas le moindre vestige dans 
M la mesme ville, quoy qu'on ait pris grand soin d'y pla- 
» cer ces armes, tant au plafond de la chambre du Con- 
» seil à l'hôtel de ville, dans les églises et ailleurs, mais 
:» tousjours avec casque et jamais avec couronne sans 
» casque. Ce qui nous fait présumer qu'ils se sont eman- 
» cipé pour la première fois de mettre la couronne com- 
» taie passé cinc à six ans au pont d'Eppegem, et que 
» pour avoir trouvé moyen d'amuser l'Héraut d'armes, 
» qui les avoit interpellé à ôter cette couronne il se sont 
» avisé de mettre la mesme couronne audessus les armes 
» qu'ils ont fait peindre sur le plan du nouveau pont à la 
» porte de Bruxelles, dans l'espoir que Vostre Majesté 



(i) Jurispriideniia Heroica, sive de Jure Belgarmn circa nohilifatem et insignia. 
bel ouvrage dû également à la plume gavante et féconde du chancelier 
Christyn et publié à Bruxelles en 1689. 



EN COMTÉ 345 



» auroit aggréé ledit plan sans faire attention à cette 
)) nouvauté, et dans la vue que ce décret leur auroit pu 
)) servir de titre dans la suite du tems contre les Fiscaux 
)) de Vostre Majesté et ses Hérauts d'armes. 

» Partant nous sommes de sentiment que Vostre 
» Majesté pourroit estre servie de déclarer qu'il ne 
» compète pas aux suppliants de mettre la couronne 
» comtale sur les armes de la ville, et de faire remettre 
» un double de son décret à ses conseillers Fiscaux avec 
» ordre d'y tenir la main. 

» Nous croijons aussi qu'il est de nostre devoir d'in- 
» former à cette occasion ^^ostre Majesté, que l'abus 
» d'usurper des couronnes, par ceux qui n'en ont point 
» de droit, est à présent monté à un tel excès qu'il n'y a 
» plus de distinction. Le manteau et la couronne ducale 
» a passé à des personnes qui prétendent au rang de 
» princes sans estre ducs ni princes ; celle des marquis est 
» portée par les comtes et celle de baron n'est presque 
» plus en usage. 

» Auxquels abus l'on pourroit mieux remédier si l'on 
» accordoit un peu plus d'appui aux Hérauts d'armes, 
» qui rencontrent presque tousjours des obstacles, toutes 
)) les fois qu'ils agissent contre les personnes de quelque 
)) rang ou authorité, ce qui fait qu'ils ne s'amusent plus 
» qu'à la bagatelle. 

» Nous sommes avec le plus profond respect, 
)) Sire, 

» De Vostre Majesté, 
» Les très humbles et très obéissants sujets 
)) et serviteurs ses Conseillers Fiscaux, 
» J.-A. CoLOMA. J-"F. Keyaerts. 

» Malines, le g juin 1722 » (i). 

La ville de Malines n'obtint donc pas ce qu'elle 
désirait si ardemment. Elle n'insista pas et au Conseil 
d'Etat on inscrivit sur la représentation du Magistrat à 
l'Empereur, le mot : Cesse. Le combat cessa faute de com- 



(i) Archives générales du Royaume, à Bruxelles. Carton n° 25i, du fonds 
du Conseil d'Etat. 



346 



ERECTION DE MALINES 



battants! Mais ce que la ville de Malines se vit refuser 
au dix-huitième siècle, elle l'obtint au dix-neuvième. 

Après avoir vu modifier ses armoiries sous l'ère napo- 
léonienne et sous le gouvernement du Royaume des 
Pa3^s-Bas, Malines reçut la couronne comtale par arrêté 
roval du 18 décembre 1841. Le roi Léopold !"■, par cet 
arrêté, autorisa la ville de Malines à porter : d^or à trois 
pals de gueules, sur le tout, d'or à l'aigle éployée de sable, 
langnce, becquée, membrée et diadémée de gueules; l'écu timbré 
d'un casque taré de front, surmonté d'une couronne comtale; 
Cimier : un dragon tiaissant d'or langue et allumé de gueules; 
Supports : deux griffons d'or, armés et langues de gueules; 
Lambrequins d'or et de geucules; le tout reposant sur un cordon 
d'or portant pour danse, en lettres de sable : In fi de con- 

STANS (2), 

Malines porte donc aujourd'hui la couronne comtale 
qu'on lui avait refusée au dix-huitième siècle. 

Alphonse Goovaerts. 




(2,) J.-Th. de Raapt, Les armoiries des Bertltont et de Malines, p. 24. 



QUESTIONS 



^c ïï^oponvinic 



Encore le nom de Malines 




— La toponymie et les faits historiques 

N matière d'étymologie de noms de lieux, « pour 
» qu'une solution soit complète et concluante, il 
» faut trois choses : 

» 1° Elle doit être philologiquement correcte. 
» 2" Elle doit paraître logiquement, physiquement et 
» historiquement possible. 

» 3*^ Etre la seule qui se présente dans ces conditions. » 
Tels sont les principes formulés par M. Serrure, dans 
l'article intitulé : Ehidcs sur l'origine du nom de Malines, 
qu'il a publié dans le tome IV du Bulletin du Cercle Ar- 
chéologique, Littéraire et Artistique de Malines. 

La solution de l'énigme qu'offre ce nom, proposée dans 
notre notice parue dans ce même recueil, remplit-elle 
ces diverses conditions? Aucune, d'après M. Serrure; 
mais l'explication fournie par lui satisfait pleinement, 
assure-t-il, aux deux premières. 



348 QUESTIONS 



Malines, dit M. Serrure, dérive du mot carthaginois 
magalia, (jui signifie maisons rustiques, et dont l'usage a 
été introduit en Gaule par les Romains. 



Avant d'examiner ce que valent les arguments invo- 
qués par l'auteur des Etudes à l'appui de ses assertions, 
il importe de faire ressortir et d'apprécier l'esprit qui l'a 
guidé dans son travail. 

M. Serru^re appartient à une école historique dont la 
doctrine peut se résumer de la manière suivante : 

L'Empire romain a, durant plusieurs siècles, exercé 
dans toute la Gaule une action civilisatrice que rien n'est 
venu troubler. Pendant ce temps tout a été profondé- 
ment romanisé, depuis le Rhin jusqu'à l'Océan ; partout 
la propriété du sol a été organisée par l'introduction du 
système des fundi ; les propriétaires de ceux-ci, qui 
n'étaient autres que des indigènes, ont adopté les mœurs 
et les usages des vainqueurs, et se sont même affublés 
de noms qu'ils leur ont empruntés. Quant aux appella- 
tions données aux fundi, elles sont formées à l'aide des 
noms romains adoptés par les premiers propriétaires, et 
de certains suffixes; beaucoup d'autres lieux ont été dési- 
gnés au moven de termes tirés de l'idiome des Gallo-Ro- 
mains, indiquant des circonstances locales. 

L'établissement des Barbares sur le sol de la Gaule 
n'a guère modifié l'état de choses que les Romains y 
avaient introduit, sauf dans les parties septentrionales, 
où se parle actuellement l'idiome germanique. Mais, en 
y regardant de près, là encore s'aperçoivent des traces 
manifestes de romanisation : on y a découvert une 
grande quantité d'antiquités, et il y a beaucoup de noms 
de lieux d'origine gallo-romaine, dont quelques-uns 
même rappellent l'existence d'anciens ///w^z. 

Un pareil système porte naturellement à essayer de 
rattacher indistinctement tous les noms de lieux de la 
Gaule à l'idiome des Gallo-Romains, même ceux de 
localités situées au sein des régions de langue germa- 
nique. 
. C'est la tendance à laquelle ]M. Serrure a obéi lors- 



DE TOPONYMIE 



349 



qu'il a tâché de renverser l'explication du nom de Malines 
proposée par nous, et d'en faire accepter une plus con- 
forme à la manière de voir de l'école dont le S3'stème 
vient d'être exposé. 



Disons-le sans ambages, il y a dans ce système beau- 
coup d'inexactitudes et d'exagérations. 

Il est notamment inadmissible que dans les contrées 
formant actuellement la partie méridionale de la Hol- 
lande, les deux Flandres, la province d'Anvers et les par- 
ties septentrionales du Brabant et du Limbourg, la 
langue, les usages et le mode d'existence des Romains 
aient jamais été adoptés, et que l'influence des Barbares 
y ait ensuite repris le dessus. 

Il y a, au contraire, tout lieu de croire que ces con- 
trées sont toujours restées en dehors du cercle où s'est 
exercée l'action civilisatrice des vainqueurs de la Gaule. 
ScHAYES en a donné d'excellentes raisons dans son ou- 
vrage La Belgique et les Pays-Bas avant et pendant la domi- 
natîoji romaine, auquel nous nous bornerons à renvoyer le 
lecteur (i). 

Nous y ajouterons cette considération que la civilisa- 
tion romaine laisse là où elle a exercé une influence mar- 
quante, des traces pour ainsi dire impérissables. 

Il y a, par exemple, les pays de Tongres, de Macs- 
tricht, de Trêves et d'Arlon qui, après avoir été roma- 
nisés, sont redevenus germaniques : on y aperçoit les 
restes de ces grandes voies militaires qui les mettaient en 
relation directe avec le centre de l'Empire; on y re- 
trouve des monuments, des substructions de villas, des 
sépultures, des inscriptions, des travaux d'art et de 
défense dont le nombre et l'importance sont en raison 
directe du degré que la civilisation romaine y a atteint 
autrefois. 

Or, rien de semblable ne s'est retrouvé dans les con- 
trées citées plus haut, et ne s'y retrouvera jamais. 



(i) Voj'. t, II, pp. 160 et siiiv. 



35o QUESTIONS 



On y a fait, il est vrai, des découvertes de monnaies, 
de poteries et d'autres antiquités romaines; mais il n'y a 
aucun argument sérieux à tirer de la présence de ces 
menus objets en faveur d'une romanisation disparue. 
Ces trouvailles prouvent (ju'il a existé certains rapports 
commerciaux entre les indigènes et les producteurs de 
ces objets, et rien de plus. 

Il n'y a donc aucun motif de chercher systématique- 
ment, comme le fait M. Serrure, à rattacher les noms 
de lieux de ces contrées à la langue des Gallo- Romains. 



C'est même une profonde erreur de vouloir trouver 
exclusivement dans cette langue l'explication des noms 
de lieux des contrées romanes du nord de la Gaule. 

Grandgagnage a reconnu, avec infiniment de raison, 
qu' « il existe un élément tudesque dans la population 
» wallonne » et même qu' « il en existe un dans toutes 
» les populations romanes » (i). 

Les traces de cet élément ne se manifestent pas seule- 
ment dans les dialectes de ces populations, mais aussi 
dans les noms de lieux des contrées qu'elles habitent. 

L'origine germanique de quelques-uns de ces noms est 
même si évidente, qu'elle ne demande pas à être démon- 
trée. Il y a, par exemple, pour n'en citer qu'un petit 
nombre, un Wierde près de Namur, anciennement 
Werdc (2), un Marbaix, dans le département du Nord, non 
loin d'Avesnes, un Orbais et un Rebais, un peu à l'est de 
Meaux. Tous ces noms sont bien certainement, au fond, 
des homonymes des Weerde, des Meerbeek, des Oirbeek 
et des Roosbeek des contrées thioises. 

Un grand nombre d'autres de ces noms romans a une 
origine semblable sans qu'elle soit aussi manifeste. Ce- 
pendant une étude attentive la ferait bientôt reconnaître, 
si malheureusement on ne se laissait égarer par des simili- 



Ci) Annaks de la Société A rchcohgùjue de Xamiiy. t. III, p. io8. 
(2) Au treizième siècle, ^'oy. Barbier, Histoire de l'abbaye de Fhreffe, t. II, 
p. 71. 



DE TOPONYMIE 35 I 



tudes qui prêtent à confusion, et par l'esprit de sys- 
tème. ' 

C'est, par exemple, une erreur de poser en règle abso- 
lue que tout nom dont la désinence ressemble plus ou 
moins au suffixe acus ou acuin, est nécessairement d'ori- 
gine gallo-romaine, et formé d'un nom de personne au- 
quel on a joint ce suffixe. 

Le suffixe indo-européen ko, qui a produit acus, ne se 
retrouve pas seulement dans les langues italo-celtes ; il 
existe également dans les langues germaniques, et y est 
même très productif. Il a servi à former une foule de 
mots de ces langues, et notamment : 

i*^ Des substantifs à thème en uho (primitif 7/-y^o) : anglo- 
saxon bulhic, jeune bœuf; mcttoc, espèce de ciseau (i). 

2° Des adjectifs à thème en aho (primitif a-ko) : goth. 
ainahs, v. haut ail. cinag, cinac, unicus ; v. haut ail. korag, 
korac, miser; v, haut ail. hcilag, hcilac, sanctus (2). 

3*^' Des noms collectifs à thème en ahja (primitif a-y^foj- 
jo) : v. haut ail. rorahi, rorach, arundinetum; dornahi, 
dornach, spinetum ; mirtalahi, mirtalach, m3^rtetum (3). 



On reconnaît ces suffixes germaniques dans divers 
noms de lieux romans. 

Le suffixe uho a servi à former le nom de Namur, dont 
les formes anciennes sont Nani-iico, au septième siècle (4), 
Nam-ugo, dans la Continuation de Frédégaire (5), et Nain- 
iiciim, latinisation qui est devenue traditionnelle. 

Ce nom a pour radical nani-, dont le sens doit être 
celui de faire saillie. Comparez les mots nordiques nema, 
prominere, et nœmr, penetrans, acutus (6). 

Le suffixe aho s'aperçoit dans Namèche, qui a pour 



(i) Kluge, Nominale Stammoildiiufislchrc, § 6i. 

(2) Idem, ihid., § 67. 

(3) Idem, ibid., %% 202-207. 

(4) Monnaies mérovingiennes. 

(5) Chap. 4. 

(6) Haldorsexs, Lcxicon islandico-latiiio-dcviicum. 



352 QUESTIONS 



formes anciennes Nnm-cka en 1149 (i) et Nam-ccca en 
1228 (2). 

Le radical de ce nom est le même que celui de 
Namur. 

C'est au moyen du suffixe aho ou du suffixe ahja qu'est 
formé Tournai. Ce nom se trouve sous la forme Thorn-aco 
dans Grégoire de Tours (3), et sous celle de Thornoa 
dans Frédégaire (4). Il a pour radical thorn-, terme qui 
signifie proprement épine, et, par métaphore, montagne. 
C'est dans cette dernière acception que ce mot est 
pris dans la glose malbergique ihornechalcs (5), que 
l'on doit traduire par chose cachée [chalcs, rac. indo- 
europ. kal, v. haut ail. hàli, hâlc, caché) dans un tertre 
[thornc], c'est-à-dire clans un tombeau; il s'agit, dans le 
texte où figure cette glose, de la violation des sépultures. 
C'est de thorn- encore qu'il faut faire dériver les mots 
wallons terne, tiernc, ticne et tiêr, montagne. 

Le suffixe ahja est apparemment celui qui entre dans 
la composition du nom de Chimai. Les formes latinisées 
Cim-acinn de *iigo (6) et Cym-acmn de *ii95 (7) indiquent 
une intermédiaire Cîm-ac. Ce nom, dans lequel le c initial 
avait primitivement la valeur d'une sifflante, comme le 
prouve la forme Simai de io65 (8), a pour radical sim-, 
terme qui correspond au vieux-saxon simo, lien, et qui 
signifie, par métaphore, jonc. Il s'est conservé avec cette 
dernière signification en moyen bas-allemand, sous les 
formes sêm, secin et seym (g). 

Ce qui précède, faisons-le remarquer en passant, 
prouve que M. Serrure nous a fait à tort le reproche 
de méconnaître le rôle des suffixes dans la toponymie 
(p. 228). Nous aurons plus loin l'occasion de faire voir 



(i) AmpUssima coUcdio, t. II, col. 362. 

(2) Barbier. Histoire du monastère de Géroitsart, p. 229. 

(3) Historia Franconim, édit. des Moituiiieiita Germaiiiac historien, in-4", liv. 
IV, chap. 5i. 

(4) Liv. III, chap. 71. 

(5) Lex Salica, édit. Behrend, chap. L\', S i, nov. i. 

(6) Charirier des comtes de Xamur, aux Archives du Ro\'aume, ch. n° 12. 

(7) Dt.'a'Ivier, Le Hainaiit ancien, p. 664. 

(8) Idem, ibid., p. 406. 

(9) Schiller und Luebbex, Mittehtiederdeutsches Woerterbnch, t. I\', p. 186. 



DE ToroNYMir, 33; 



que nous en admettons encore d'autres que ceux dont il 
vient d'être question. 



La tendance à voir partout des composés au mo3^en du 
suffixe gallo-romain aciis, est encore la cause d'une autre 
méprise : elle fait prendre pour ce suffixe des groupes de 
lettres désinentielles qui font partie intégrante d'un élé- 
ment d'une autre nature. 

x\insi dans Stabula(c)us et Gcmhla(c)us, ou Gembla(c)os, 
il n'y a pas de suffixe aciis, mais un élément lafcjits, qui se 
retrouve, sous une forme également réduite par la chute 
de la gutturale, dans des noms de lieux de la Toxandrie 
cités dans des diplômes de l'abbaye d'Echternach du 
huitième siècle, et notamment dans Lcvct-laus (i), Haes- 
laos (2) et Bac-laos (3). 

Que Stabulaiis et Gcmblmis ne sont pas des latinisations, 
mais des formes appartenant à la langue vulgaire, cela 
résulte de leur invariabilité dans les diplômes. Dans un 
document de 825, on trouve : ad monasterium Stabidaus 
et /// monastcrio Stabnlans (4); et dans un autre, de 842 : 
abbati et congrcgaiioiiibiis cjiis Stabidaus et Malmiindarii (5). 
Il y a, d'autre part, dans un diplôme de 946 (6) trois fois 
Gemblajis avec la préposition in, tandis que le nom de 
Wihpcrtus, qui est latinisé, y ligure presque à tous les 
cas, avec la désinence propre à chacun d'eux. 

Nous considérons cet élément lafcjiis comme un mot 
germanique, identique au vieux-saxon lagit, et à l'anglo- 
saxon lago, dont le sens est celui de bas-fonds, lieu 
humide. Les nominatifs de ces mots doivent avoir été 
primitivement lagiis ou lagos; leur correspondant nor- 



(i) Brhquigxy et Pardi;ssus, Dif'lomata, t. II, ]). 291. 

(2) Idem, ibidem, ji. 289. 

(3) Ptihlicaiious de la Société /^oiir la recherche et la conservation des monuments 
historiques dans le G raiid-Diiché de Luxembourg, t. X\'I, p. S. 

(4) RiTz, Urhmdenbiich. p. 8. 

(5) lDE>r, ibidem, p. :o. 

(6) Pertz, Monumenta Germanite historica, Scri/'tores. t. \'lll, ]k 526. 



354 guESTioNs 



dique logr (gén. lagas), dont le r final procède régulière- 
ment d'un s ancien, en fournit la preuve. 



Après avoir constaté la trace d'un élément tudesque 
dans les contrées romanes, Grandgagnage se demande 
quel est cet élément, et il émet avec raison l'opinion que 
c'est la race franke (i). 

Cette race a été introduite dans ces contrées par les 
repeuplements qui s'y sont faits sous la domination 
romaine. L'Empire colonisa des Franks, au troisième 
siècle, dans les terres incultes du Hainaut,de la Picardie, 
du Beauvoisis, de la Champagne et du Bassigny (2). 

La Notitia dignitatiim, qui donne à ces Germains im- 
migrés le nom de lœti (3), en indique encore d'autres 
établissements, notamment dans la cité de Tongres, dans 
le Chartrain, dans la Normandie, dans la Bretagne et 
dans l'Auvergne (4). 

Ces populations, à peine fixées dans leurs nouvelles 
résidences, se sont trouvées dans la nécessité de désigner 
par des noms les divers endroits des contrées désertes (5) 
qu'elles étaient venues occuper, et se sont naturellement 
servies, pour les former, de mots tirés de l'idiome qu'elles 
parlaient. Cet idiome, insensiblement remplacé par l-a 
langue en usage chez les Gallo-Romains, a fini par se 
perdre, tandis que les dénominations locales auxquelles 
il donna naissance, se sont conservées, à part les trans- 
lormations phonétiques qu'elles ont subies par la suite. 



(i) Annales de la Société Archéologique (k Xamitr, t. III, p. log. 

(2) Sicut Uio, Maximiane Auguste, nutu Nervioriim et Trevirorum arva 
jacentia .. acce})tus in Icges Francus excoluit, ita nunc per victorias tuas, 
Constanti C;esar invicte,quidquid infiequens Amhiano et Bellavaco, Tricassino 
solo Liugoincoqne restabat, barbaro cultore revirescit. Eumkne, Panegyricns 
Constautio Ccesari, cliap. 21. 

(3) Partes Occideuiis, chap. XL, ?; I\'. 

(4) Ibidem, ibidem. 

(5) Quid lotiuar rursus intimas Franciœ nationes... a propriis ex origine 
suis sedibus... avulsas, ut in descrtis Galliœ regionihus colhcatae, et pacem Ro- 
mani imperii cultu juvarent, et arma dilecui ? Et-mène, Pancgyricus Coustan- 
tino Aiignsto. chap. 6. 



DE TOI'ONVMIK j,^^ 



x\insi s'explique la présence de noms de lieux d'origine 
germanique dans les contrées romanes. 

^ 2. — Examen de quelques interprétations 
de noms de lieux 

(c Pour faire œuvre méritoire et durable sur le terrain 
» toponymique, dit M. Serrure, il importe de bien con- 
^) naître l'orthographe d'un nom de lieu dans les sources 
» anciennes (p. 220) ». 

On ne saurait formuler un principe plus sage (i), 
malheureusement, ni M. Serrure, ni l'école dont il est 
l'adepte, ne s'en souviennent quand il faut le mettre en 
pratique. Entièrement convaincus que l'origine de tout 
nom de lieu de la Gaule doit être gallo-romaine, ils se 
contentent d'une similitude plus ou moins grande entre 
le nom à expliquer et un nom de personne, ou un mot 
latin, pour affirmer que l'un procède de l'autre, sans exa- 
miner si les formes anciennes justifient leur explication. 



Nous allons repioduire quelques-unes des étvmologies 
citées par M. Serrure dans son article; les observations 
dont nous les ferons suivre, feront voir combien un pareil 
système est peu sérieux. 



(i) \'oici une des curieuses méprises auxquelles a donné lieu l'i.i^no- 
rance des vieilles formes : On a répété à l'envi que les Béthases ont occupé 
la partie de la Hesbaye comprise entre Tirlemont et Waremme, parce qu'il 
existe dans cette contrée deux villages du nom de Betz : Geets-Betz et 
Wals-Betz. Jamais pareille assertion n'aurait été avancée, si l'on avait 
considéré que ces deux localités s'appelaient autrefois Bêche (Vo3\ Graxd- 
GAGXAGE, Vocabulaire des anciens noms de lieux de la Belgigne orientale, pp. 85 et 
86). Ces noms ne sont autre chose que le mot thiois heche ou heek, dans 
lequel ch ou k est devenu ts. Cette transformation, dont il existe des 
exemples dans le frison, qui dit tsake -poiir kake. tserke pour kerke et tzise pour 
kise. est très commune dans tout le pays thiois situé entre Aerschot et 
Maestricht : Rotselaer s'appelait anciennement Rochelar ; Neer-Butzel, 
Buchel; Wetsingen, dépendance aujourd'hui disparue de Neerheylissem, 
WacJienges; Ketzingen, près de Genoels-Elderen, Kachingen; Betsingen, 
en roman Bassenge, Bacengcs et Bachenges. 



356 OIICSTKJNS 



Amougies proviendrait du nom de personne Amnchis 
(p. 229). 

Dans les comptes du bailli d'Alost ce nom est orthogra- 
phié Amelgiis, en 1394 (i)' ^^ dans le pouillé du diocèse 
de Cambrai, du quatorzième siècle, publié par Li-: Glay 
dans le Camcraciim Christianiim, il revêt la forme Amolgiis. 
La diphtongue ou provient donc de cl. 

Il n'existe, d'autre part, aucun exemph^ d'un c latin de- 
vant i, qui soit devenu g en roman. 

L'explication par Amucius doit donc être rejetée. 

Gt'MBLoux dériverait de Gemcllius (p. 229). 

On a vu plus haut comment ce nom doit s'expliquer. 
Nous nous bornerons à ajouter que le premier élément de 
ce nom, qui est gem, se retrouve sous sa forme primitive 
dans Gem-appes et dans Geme-reth, et avec changement 
de ^ en y, dans Jambes, anciennement Jam-ucda (2), dans 
Jem-eppe et dans Jam(b)-linne. La mutation du ^germa- 
nique initial en / roman est de règle : à Gelmen corres- 
pond Jamine, à Geldenaken, Jodoigne. 

Lessines serait formé du nom de personne Licinius 
(p. 229). 

Cette localité s'appelle, dans un document de g^6,Lu'f- 
zinis (3), et dans un autre de io65, Lictsincs (4). Son nom 
est composé de deux éléments, dont le premier se trouve 
dans Lid- bcka, en *ioo3 (5), aujourd'hui Lebbcke, et le 
second dans Mcl- cincs (6), dans Golc- sines (7) et ailleurs-. 

RuMPST devrait s'interpréter par Romanoruni statio 
(p. 23l). 

Il n'est pas admissible que Rum soit la réduction des 
quatre syllabes de Romanonnn. 

La plus ancienne forme connue de ce nom est Ruiiwsfa, 



(i) Chamhrc des comptes, reg. n° 13546, aux Archives du Royaume. 

(2) Grandgagxagi:, V ocahuJaire des anciens noms de lieux de h Beli^iqne orien- 
tale, p. 141. 

(3) Idej[, ibid., p. 148. 

(4) DuviviER, Le Hainaut ancien, p. 407. 

(5) Serrtre, Cariulaire de Saint-Baron, p. 14. 

(6) De Potter en Broeckaert, Geschiedenis van de f;meenien der frovincic 
Oosi-Vlaanderen, i" série, t. l\\ notice sur Melsen, p. i, 

(7) Barkier, Histoire du monastère de Gèronsart, p. 260, 



DE TOl'ONYMIE 357 



en ii5o (i). Il est composé d'un élément rinn qui se trouve 
dans Rum-beke, dans Rums-dorp, dans Rum-men, dans 
Rom-sée, et d'un suffixe germanique ost dont l'existence 
se démontre par le mot dicnst, vieux saxon thion-ost; le ra- 
dical de ce mot est bien dicnst h ion-), (jui a servi à for- 
mer le verbe dicn-cn, vieux saxon thiun-on. 

Au moyen de ce même suffixe ont été formés les noms 
d'Alost et de Riempst, qui ont respectivement pour for- 
mes anciennes Al-ost, en *iog6 (i), et Rim-ost, au quator- 
zième siècle (2). Remarquons que le nom d'Aelst près de 
Saint-Trond, qui est aussi Al-ost en 1107 (3), s'écrit Alcsta 
dans la chronique de Saint-Trond (4); c'est un argument 
à faire valoir en faveur de la dérivation de Rumcsta d'une 
forme plus ancienne Rumost. 

Thielt ne serait autre chose que le latin tiletum (p. 

23l). 

Ce nom s'écrivait au neuvième siècle Tioloth (5) et doit 
se décomposer de la manière suivante : T(h)iol-oth. 

On retrouve l'élément thiol dans Thiel-en, dans Thil- 
donck, dans Thiel-rode, dans Tinlot, anciennement 
Til-nou (6), et dans Thil-aire (dépendance d'Hastière). 

La désinence oth, est un suffixe (7) qui s'aperçoit dans 
Ros-uth en 1098 (8), dans Els-uth en 977 (9), dans Farn- 
oth vers 83o (10) et dans Hasn-otli en 837 (11). Ces for- 
mes anciennes sont celles des noms de Roost (en roman 
Rosoux), Elst, A'aerent et Assent. 



(S) MiR.EUs. Opcra diplomaika, t. l\\ p. 20. 

(i) CharirL'r de Vabbayc d'Afflighcm. aux Archives du Royaume. 

(2) Grandgagxage, Vccahuhire, cité, p. 174. 

(3) ViOT, Carhilaire de Saint-Trond, 1. I, p. 3o. 

(4) Graxdgagn-agh, Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Beli^iijue orien- 
tale, p. 83. 

(5) \\vx LoKEREX, Charles et documents de l'abbaye de Saint-Pierre au Mont- 
BlauiUn, t. I, p. 11. 

(6) Gkaxdgagxage, Vocabulaire, cité, p. 68. 

(7) Voy. Kluge, Nominale Stanimhildungslehre, % 134. 

(8) Analectes pour servir à l'histoire eccUsiasiiiuc de Belgique, t. XXII I. p. 287. 

(9) VaxLokerkx, Chartes et documents, etc., cité, t. I. ])• 48- 

(10) Idem, ibid., p. 17. 

(11) PioT, Cartulaire de Saint-Trond, t. I, p. 5. — Chronique de Saint-Trond, 
édit. de IM. le chevalier de Bonnan, t. II, p. ii3. 



358 ()L ESTIONS 



Les éléments que l'on voit unis, dans ces divers com- 
posés, tant à thiol qu'au suffixe oth, et notamment donck, 
éminence au sein d'un marais, rode, défrichement, rôs 
(goth. raiisj, roseau, cls (neerl. els), aune, et fant (neerl. 
varen), fougère, sont tous incontestablement germaniques. 
Il est dès lors rationnel d'attribuer à Thielt plutôt une 
origine germanique que gallo-romaine. 

Helmet dériverait d'iilmetum et désignerait un lieu 
planté d'aunes (p. 23 1). 

C'est d'ormes qu'il eût fallu dire, car idmetwn vient 
à'idmiis et non d'alnus. 

Nous reconnaissons que le sens de ce nom peut être 
celui de lieu planté d'ormes, mais nous repoussons néan- " 
moins l'étymologie proposée. Ce nom est un composé 
d'elm (v. haut ail. clm, anglo-saxon clni) qui signifie orme, 
et de cl, forme affaiblie du suffixe oth, dont il vient d'être 
question à propos de Thielt. 

On trouve encore d'autres noms de lieux d'origine, 
germanique, formés au moyen de noms d'arbres et du 
suffixe ofh ; notamment Bockt (dépendance de Perck), 
anciennement i^o^-rM (i), Berquit, nom d'une forêt située 
entre Dion-le-Val et Grez, appelée autrefois Bccrk-ut (2), 
Assels, dépendance d'Afsné, désigné sous le nom de 
Hasl-od dans un diplôme de *g66 (3). Les radicaux de ces 
noms sont bok-, h.èX.rç.,beerk-, bouleau, et hasfajl-, coudrier. 

RooBORST serait le latin rohorctum (p. 232). 

Cet endroit porte, tant dans le pouillé de Cambrai, cité 
plus haut à propos d'Amougies, que dans les chartes de 
Saint-Pierre au Mont-Blandin et dans les comptes des 
baillis d'Alost, le nom de Bost. « Bost vulgo Roobost » dit 
VAN Gestel. Le préfixe Roo n'a été ajouté qu'à une époque 
relativement récente, pour éviter la confusion avec un 
autre endroit du même nom, situé également dans l'an- 
cien baillage d'Alost. 

L'interprétation par roborctum est donc insoutenable. 



(i) Cartulaive de l'abbaye de Saiui-Michel d'Anvers, aux Archives du Royaume, 
fol. 69. 

(2) Couy féodale de Byabant, Stootboeh, aux Archives du Royaume, fol. 65 v". 

(3) Analectes, etc., cité, t. XXIV, p. 178. 



DE TOPONYMIE 



55g 



Haren et Herent viendraient tous deux d'arenctiim 

(p. 232). 

Cette explication n'est pas seulement une pure conjec- 
ture, mais elle suppose un mot latin qui n'existe pas, et 
dont l'existence n'est même pas possible. Le suffixe latin 
diim ne se joint qu'à des noms d'êtres ayant le caractère 
de l'individualité, et sert à former des mots désignant des 
réunions de ces êtres, tels que alndum, nlmetum. On 
conçoit une réunion d'aunes ou d'ormes, mais non de 
sables. 

La forme la plus ancienne que l'on trouve pour Ha- 
ren, est Harcn, au onzième siècle (i). Ce nom parait être 
formé du radical iiari-, Iiar-, c}ue l'on remarque dans 
Herstal, Hari-stallio en 77g (2), dans Hermalle, Hari-inala 
en 77g (3), dans Herlaer, Har-lacr en i326 (4), et dans 
Ilerbais, Herc-bach au douzième siècle (5). Le suffixe qui 
y est joint, est ino ou j on. 

Il est possible aussi que ce nom soit formé au moyen du 
radical harn-, dont il va être question ; le groupe m placé 
entre deux voyelles se réduit souvent à un simple r. 

Pour Herent, on trouve Hcrcnth en *ii4.o (6) et Harent 
en *ii8o (7). La première de ces formes indique une plus 
ancienne Harn-oth, contemporaine des types Ilasn-oth et 
Farn-oth, cités plus haut à propos de Thielt. Le radical 
de ce nom, harn-, n'est autre chose que le nom du charme, 
appelé dans certains dialectes thiois hcrcn-tccr ou harcn- 
teer, et en anglais horn-beam. 



(ij Waiteks, Histoire des environs de Bruxelles, t. III, p. 74, n. i. 

(2) Lacomblkt, Vrhtndcnhueh, t. I, p. 2. 

(3) Idem, ibidem. }>. i. 

(4) Charirier de l'abbaye d'Heylissem, aux Archi\ es du Royaume, ch- n" 39-3. 
(5j Chronique de l'abbaye de Saint-T rond, édit. cit., t. I, p. 154. 

(6) Charirier de l'abbaye d'Ajfïii^'heni, cité. 

(7) Du\ iviKR, Le Hainaut ancien, j). 623. Cet auteur h pris erronémont le t 
final pour un c : cette confusion se produit fréciuemment, à cause de la 
grande ressemblance de ces deux lettres dans l'écriture du moyen-âge. 



36o QUESTIONS 



§ 3. — Critique de Texplication du nom de Malines 
par « magalia > 

Pour qu'un mot puisse avoir donné naissance au nom 
d'une localité, il faut nécessairement que ce mot ait été 
un jour employé dans la lanr^ue vulgaire du pays où la 
localité est située. Convaincu de cette vérité, M. Ser- 
rure essaie de prouver que le terme magalia, originaire 
d'Afrique, a été en usage dans la langue des Gallo-Ro- 
mains. A cette fin il cite d'abord (p. 282) un passage 
d'une vie de saint Cassien d'Alexandrie, en disant : « ce 
n'est pas seulement à Carthage qu'on applique le mot 
de magalia. Le voici employé à propos d'Autun. 

l't vero sacris tetigit magalia plantis, 

Ardua Francigenum, ciuae dicitur urbs Eduorum. » 

Il fait ensuite remarquer que ce mot se trouve encore 
avec le même sens dans un passage de la vie de sainte 
Ide, morte à Herzfeld au commencement du neuvième 
siècle. 

M. Serrure se trompe absolument sur la valeur des 
preuves qu'il allègue. 

Le texte de la vie de saint Cassien démontre une seule 
chose, c'est que l'auteur de cette vie a suivi l'exemple de 
Grégoire de Tours et d'autres écrivains du haut moyen- 
àge, qui ne se faisaient pas de scrupule d'emprunter des 
expressions et même des morceaux de phrases entiers 
aux œuvres littéraires de l'antic^uité classique. On lit, en 
effet, dans Virgile (i), au quatrième livre de l'Enéide, le 
vers suivant : 

Ut primum alatis tetigit magalia plantis (v. 259). 

Ce vers est bien le premier des deux cités par M. Ser- 
rure, à part certaines modifications que les circonstances 
du sujet rendaient indispensables. 



(i) Ce poète est l'auteur dont les œuvres semblent avoir été mises le plus 
à contribution pour ces emprunts. M. Kurth a publié, à la ji. 586 du t. 
XXIV de la Revue des quesiions liisioyiqucs, un intéressant article dans lecjuel 
il donne une vingtaine de citations tirées de Grégoire de Tours, qui sont 
autant de reproductions de passages de l'Enéide. 



DE TOPONYMII-: " 36 1 



Quant à la vie de sainte Ide, il y a lieu de faire remar- 
quer que cette œuvre, due à la plume d'Uffing, religieux 
bénédictin de l'abbaj-e de Werden en Westphalie, n'a 
été écrite qu'au dixième siècle. On ne peut sérieusement 
invoquer le fait qu'un moine saxon de cette épocjuc a 
employé un terme latin appartenant à la langue clas- 
sique, comme une preuve que ce terme a fait partie du 
vocabulaire de la langue populaire de la Gaule romaine. 



M. Serrure s'efforce ensuite (pp. 233 et suivante) d'éta- 
blir la probabilité d'une communauté d'origine entre le 
mot MOPATIBUS, qui figure dans une inscription 
trouvée près de Nimègue, et le terme magalia, que l'on 
trouve aussi orthographié mapalia. Il considère ce der- 
nier comme formé d'une racine map et d'un sufihxe alia; 
cette racine map aurait servi à former le mot MOPATI- 
BUS au moyen d'un suffixe ates. 

Quel est le but de cette dissertation? De prouver 
encore, supposons-nous, bien que nous ne voyions pas 
comment que le mot magalia a reçu un jour droit de 
cité en Gaule. 

Quoi qu'il en soit, il suffira d'une simple remarque 
pour renverser tout cet échafifaudage élevé à grands Irais 
d'imagination. 

Le carthaginois qui se rattache au phénicien, appar- 
tient au rameau des langues sémitiques. Cette famille de 
langues possède un système de racines absolument diffé- 
rent de celui des langues indo-européennes; ses racines, 
que l'on appelle trilitèrcs, sont toutes formées de trois 
consonnes. L'hypothèse d'une racine map est donc in- 
soutenable. 



Examinons maintenant les raisons de phonétique 
invoquées par M. Serrure pour justifier son expli- 
cation. 

La forme Maalinas « présuppose nécessairement, dit-il, 



362 gU ESTIONS 



une leçon antérieure Magalinas (p. 222)... La rencontre 
de deux a ne peut s'expliquer que par la chute d'une 
consonne médiane (p. 223). » 

Nous sommes parfaitement d'accord sur le dernier 
point avec M. Serrure. Mais comment peut-il dire que 
Magalinas est « nécessairement » la forme dont procède 
Maalinasl En d'autres termes, quelle raison a-t-il d'affir- 
mer que la lettre disparue entre les deux a, doit être un 
g, et non une autre consonne? C'est ce que notre contra- 
dicteur a négligé de nous apprendre. 

Pour nous, nous n'hésitons pas un instant à déclarer la 
forme supposée Magalinas inadmissible : elle ne peut se 
concilier avec les formes romanes Maslinas et Maslincs des 
dixième, onzième et douzième siècles. Le 5 de la syllabe 
Mas, qui représente évidemment la consonne tombée 
entre les deux a àeMaalinas{i), ne peut procéder d'un g la- 
tin. Cette consonne à l'état franc, c'est-à-dire entre deux 
voyelles simples, comme c'est le cas dans Magalinas, ne 
peut, en roman, que se vocaliser ou disparaître; sa trans- 
formation en sifflante est impossible (2). 

L'explication par magalia ne rendant pas compte de 
toutes les lettres contenues dans les diverses formes dé- 
rivées, n'est pas « philologiquement correcte, » et doit 
par conséquent être repoussée. 

§ 4. — Examen des objections faites contre 
notre explication. 

M. Serrure n'admet pas que Machilina puisse être 
un composé de Machi et de lina. S'il en était ainsi, la 
syllable lin, qui renfermerait le sens principal du mot, 
ne pourrait, d'après lui, se réduire, comme cela arrive 
dans certaines formes dérivées, à In et à / (p. 224). 



(i) On sera peut-être surpris de ce ([ue nous nous exprimons ainsi après 
les réserves que nous avons faites au sujet de la forme Maalinas dans notre 
premier article. Nous nous expliquerons à cet égard dans une note que 
l'on trouvera à la fin de cet article. 

(2) Voyez ScHELER, Exposé des lois qui réi^issent la transformation française 
des mots latins, § 98. 



DE TOPONYiMIE 363 



Cet argument n'a aucune valeur, vu qu'il n'est absolu- 
ment pas vrai que dans les mots composés germaniques 
l'accent tonique doive se trouver sur le membre éveillant 
l'idée la plus générale. Ce n'est pas le cas, par exemple, 
dans vâder-land, kôning-dom. 

La syllable //;/, tout en exprimant l'idée principale, 
peut donc parfaitement être atone dans Mdchilina, et s'af- 
faiblir dans les dérivés au point d'y devenir In et /. Une 
altération de cette nature se produit d'autant plus faci- 
lement dans les noms de lieux, que leur sens primordial 
s'est perdu de vue. 



Il nous est fait ensuite un grief d'avoir coupé Machilina 
en deux mots de deux syllabes, au moment où nous 
disions que tel doit être le radical de ce nom d'après 
l'examen des formes anciennes. Nulle part dans les pages 
précédentes, fait observer M. Serrure, une pareille 
décomposition n'a été justifiée (p. 227). 

Nous en convenons volontiers, mais nous ferons re- 
marquer que la raison que nous avions de scinder ainsi ce 
nom, n'a guère tardé à être produite. On distingue dans 
ce radical, avons-nous ajouté, deux éléments, Machi et 
linn, qui se retrouvent ailleurs associés à d'autres, affir- 
mation qui a été corroborée par des exemples. 



Mais M. Serrure conteste la valeur de ces exemples; 
il prétend que les noms où nous croyons reconnaître ces 
éléments, ne les contiennent pas, et qu'ils doivent s'ex- 
pliquer d'une autre façon. Nous allons reprendre ces 
noms et montrer que M. Serrure a tort. 



Nous avons cité, pour prouver l'existence d'un élément 
Machi-, les noms suivants : 

V Mâchera, Mcccrin et Mcccrcs, formes anciennes de 
Metzeren. 



364 QUESTIONS 



Pour expliquer ce nom, M. Serrure se borne à ren- 
voyer à inagaria, variante de magalia (p. 238). 

Ce nom que l'on trouve aussi orthographié Mechcrcn (i), 
est bien certainement un composé de Mach(i)- et du suf- 
fixe germanique arja (2). Ce suffixe a servi à former une 
multitude de noms de lieux, les uns thiois, en ercii ou elen 
(primitif arjon), et les autres romans, en ières (primitif 
arjas). Voici quelques-uns de ces noms : Runck-elen, 
autrefois Riinck-crcn en thios, et Runch-irs en roman (3); 
Ronqu-ières, anciennement Runk-irs (4). Ces deux noms 
s'expliquent par le goth. hritgga, virga. Ros-ières, qui 
s'écrivait jadis Ros-crias, Ros-criis et Ros-iris (5), et dont le 
radical rôs, a, comme nous l'avons dit plus haut, la signi- 
fication de roseau. Wez-eren, dont l'orthographe ancienne 
est Wcs-erc, ou Wiss-crin qui est une romanisation tardive 
de la forme thioise (6). Ce nom a un radical commun 
avec Wis-hem ou Wcs-hcvm, actuellement Wessem (7), 
avec Wis-malc, aujourd'hui Wesemael (8), et avec Wcs-d, 
forme thioise du nom de Visé (9). 

Les nombreux Mazières, Mézières ou Maisières, qui 
peuvent très bien dériver d'une forme primitive Mach- 
arjas, par le changement de ch en s (10), nous paraissent 
être des formes romanes correspondant à Metzeren. 

2° Machcnrodc, forme ancienne de Metzenrode. 

M. Serrure n'admet pas que ce nom soit formé au 
moyen d'un élément machen-; il l'explique par magalia, en 
supposant une leçon primitive Machclnrode (p. 238). 

Le système des suppositions gratuites est très com- 
mode; il permet à celui qui s'en sert, de tout expliquer 
selon sa manière de voir. Le seul tort de ce système est 
de ne pas être sérieux. 



(i) Gkandgag.nagk, Vocahidaiyc, etc., cité, p. i55. 

(2) Kluge, Nominale Stammbildungslehre, §§8-12. 

(3) Grandgagnage, Vocabulaire, etc., cité, p. 177. 

(4) Idem, ihid., p. 177. 

(5) Idem, ibid., p. 175. 

(6) Idem, ibid., p. 198. 

(7) Idem, ibid., j). 198. 

(8) Idem, ibid-^ p. 198. 

(9) Idem, ibid., p. 71. 

(10) Voyez notre premier article. 



dj: TuroNYMiE 365 



Nous ferons remarquer que la forme supposée Macheln- 
rodc aurait donné Machclrodc, et non Machenrode. Le 
groupe In se réduit à // ou /, jamais à n. Molnhcin devient 
Molhem., et non Monhcm; l'anglo-saxon milncr devient 
l'anglais miller, et non miner. 

Machenrode indique une forme plus ancienne Machin- 
rode, qui, pour le premier membre, est à comparer à 
Machin-loh, nom de lieu cité dans un diplôme de *gi8 (i). 
Machin- est un véritable adjectif formé du radical Mach(i)- 
et du suffixe ino (2). On trouve une foule de noms de 
lieux composés, tant romans que thiois, dans lesquels le 
premier membre possède ce suffixe, et notamment : Hal- 
en-tina, Haltinnes (3), Erm-en-ton, Hermeton (4) Haim-en- 
tinis, Hemptinne (5), Hasp-in-goiv, Hespengauw, nom 
thiois de la Hesbaye (6), Hos-en-mcnt, Hozémont (7), 
Herk-en-rode, Herckenrode (8). 

M. SiîRRURE ajoute encore qu'il ne peut admettre dans 
Machenrode l'existence d'un élément niachi avec le sens 
que nous lui attribuons, parce qu'il ne conçoit pas que 
l'idée de défrichement, contenue dans rode, puisse être 
appliquée à des plantes telles que l'iris, qui croissent 
« le long des rivières et des fossés » (p. 238). 

Si de nos jours on ne voit généralement plus ces 
plantes que dans ces endroits, on peut être sûr qu'il n'en 
a pas toujours été ainsi. 

Ces vastes prairies, par exemple, qui se trouvent dans 
le voisinage des cours d'eau, ont dû en être peuplées au- 
trefois, et il a bien fallu que la main de l'homme les en 
arrachât avant de pouvoir tirer quelque utilité du sol. 

A propos des noms de localités allemandes Machmin, 
Machnitz et autres que nous avons cités, M. Serrure se 



(i) Urkundcnhuch dey deutschen Kôuii^e nud Kaiser, dans les Monumerda Ger 
viauiae liistorica, in-4'', t. I, p. 33. 

(2) Kluge, Nominale Stammhildungslehre, § 198. 

(3) Grandgagnage, VocahnJaire, etc., cité, p. 3i. 

(4) Idem, ihid., p. 35. 

(5) Idem, ihid.^ p. 126. 

(6) Idem, ihid., p. i3o. 

(7) Idem, ibid.., p. i36. 

(8) WoLTERS, Notice sur J'ahhayc de Herchcnrode. passim. 



366 oui:sTioNS 



montre à notre égard d'une sévérité dont il oublie d'user 
envers lui-même : il leur dénie toute valeur comme point 
de comparaison, parce que nous n'en donnons pas les 
vieilles formes (p. 238). N'ayant pas les documents où 
elles sont à retrouver, nous ne pouvons les produire. Nous 
y suppléerons en signalant la très ancienne orthographe 
d'un autre nom de lieu allemand, fort intéressante au 
point de vue qui nous occupe : c'est Makkic-sstidi on Mak- 
kyc-sstcti, qui figure dans un diplôme de *g^à (i). Le radi- 
cal de ce nom reproduit assez parfaitement le thème pri- 
mitif de machi, qui est, comme nous l'avons dit dans 
notre premier article, màkja. Quant à la finale sstuii ou 
sstedi, que l'on trouve dans un grand nombre d'autres 
noms, c'est l'allemand statt, ayant le sens général de lieu, 
endroit (2). 



Voici maintenant les noms que nous avons cités pour 
démontrer l'existence d'un élément lina : 

1^ Wamblinis, actuellement Wcmincl. 

M. Serrure considère ce nom comme latinisé par ad- 
jection d'une désinence inis (p. 239). C'est à tort, comme 
le prouve la forme Wamblen de *ii40 (3), qui est bien 
certainement formée au moyen d'un élément Icn. 

2^ Pellinis et Pellines, formes anciennes de Pellaines. 

M. Serrure fait dériver ce nom à'Appollininn ou Appo- 
laninn, par aphérèse de 1' a initial (p. 239). 

A cette supposition, absolument gratuite, nous sommes 
en droit d'en opposer une autre. Il n'est pas impossible 
que Pellines procède d'une forme plus ancienne Pen-linas ; 
on trouvera un peu plus loin, à propos de Welden, un 
exemple du changement de ni en II, qui est d'ailleurs fré- 
quent. 

Ce nom contiendrait ainsi un élément peu- que Ion 



(i) Urkundcn dcr deidschen Konige und Kaiser, cité, t. I, p. 154. 

(2) Voyez pour ce mot Kluge, Etymologisches Woerterbnch dcr deuhchcn 
Sprache, v" statt. 

(3) Chartrier de Vnlhaye d\Afjïif;hem, cité. 



DK TOPONYMIE 367 



trouve dans Penne-poel et dans Penne-beke, nom primitif 
de l'endroit où fut érigée l'abbaye de la Cambre (i). 

Faisons cependant remarquer que la mention d'un 
Willelmus de Peleka, dans un document de *i237 (2), dé- 
montre l'existence d'un élément pcl-. 

3*^ Hercheline, aujourd'hui Erquelinnes. 

Ce nom, qui pour M. Serrure est dérivé à'Hcrculinum, 
doit, d'après nous, se décomposer ainsi : Herch-e(^=in?)- 
linc. 

L.e radical hcrch-, qui est à rapprocher du latin carex 
(thème carie-) et du lithuanien karklas, saule, se rencon- 
tre fréquemment. 

Voici quelques noms anciens, que nous faisons suivre 
de leur forme actuelle, dans lesquels il entre en compo- 
sition avec d'autres éléments que lina : 

llcrk-a {pouY Ilcrk-aha), (3) la Herck, rivière, Herk-en-tel, 
Argenteau (4), Ihrk-en-rodc, (5), Hcrk-ena, Archennes-sur- 
Dyle (6), Ilcrch-andh, Erquenne (7), et Ilere-liaeinn, (8), 
qui est le nom d'Herly, localité du Laonnais (g), et non 
d'Erquelinnes, comme l'ont dit erronément M. Serrure 
et d'autres. 

4"^ Jamblinne. Pour ce nom, que M. Serrure expli- 
que au moyen du nom d'une divinité gauloise, nous ren- 
vo3^ons à ce que nous avons dit plus haut à propos de 
Gembloux. 

Les noms allemands tels que Berlin, Koeslin et autres, 
M. Serrure les met hors du débat, parce qu'il les regarde 
comme d'origine slave. Au lieu de nous attacher à réfuter 
cette objection, ce qui nous mènerait trop loin, nous cite- 



(i) CJiartner de l'abbaye de la Cambre, aux Archives du Royaume, ch. de 
1202 et de 1217. 

(2) Ibidem. 

(3) Grandgagnage, Vocabulaire, eic, cité, p. 128. 

(4) Idem, ibid., p. 5. 

(5) WoLTERS, Notice sur l'abbaye de Herkenrode, passim. 

(6) Tarlier et Wauters, La Belgique ancienne et moderne, canton de Wavre, 
p. 188. 

(7) DuviviER, Le Ila'.uaut ancien, p. 495. 

(8) Grandgagnage, Vocabulaire, etc., cité, p. i32. 

(9) Vo}'. DuviviER, Le Hainant ancien, p. 3i5. 



368 ouicsTiONS 



rons quelques nouveaux noms de lieux belges, prouvant 
l'existence de l'élément lina. Ce sont Welden, Wichelen 
et Verlaine. 

Welden a pour formes anciennes Wcn-lincs en iiio, 
iii5 et 1148 (i), Wcn-lin vers ii3o (2), et Wcn-line en 
1197 (3). Ce nom devient, par changement de ni en //, 
Wcl-lincs en 1181, et ne s'orthographie plus autrement 
jusques vers le milieu de la seconde moitié du treizième 
siècle (4). Le changement de // en Ici produit alors la 
forme Weldines, qui apparaît pour la première fois en 
*I278 R (5); de là procède la forme actuelle. 

Ce nom contient incontestablement deux éléments : 
Wen- qui se trouve dans Win-ethc, aujourd'hui Winden 
(Neer- et Over-) (6), et Hues. 

Quand à Wichelen, il 's'orthographiait anciennement 
Wisch-linne en *i3o6 R (7), Wich-linc, et Wxch-livc en 
*i393 R (8). 

Là encore se reconnaissent distinctement deux élé- 
ments : Wîch- et Une. Le premier, qui sert de radical 
dans le moyen bas allemand wichcl, saule (g), et dans 
l'anglais wickcr, osier, doit avoir la signification de l'un 
de ces deux mots. Il entre dans la composition de Wigh- 
male, Wih-malc ou Wich-malc (10), anciennes formes des 
noms de Wygmael, dépendance de Herent, et de Wych- 
mael dans la Campine limbourgeoise. 

Enfin, pour le nom de \'erlaine, on trouve Vcr-lincs en 
911 (11), Vcr-lcincs en *ii84, et Vcr-lnics en i3o5 (12); le 



(i) PioT, Cartulairc d'Ecimmc, pp. i3, 17 et 38. 

(2) Idem, ihid., p. 26. 

(3) Idem, ihid., p. 85. 

(4) Idem, ihid., pp. 56, log, 214 et 201. 

(5) Idem, ihid.^ p. 293. 

(6) Serrt're, Cartulaire de Saint-Bnvon, p. 12. 

(7) Chnmhrc des Comptes, aux Archives du Rovaiime, compte en rouleau 
n» io58. 

(8) Ihideiii, reg. n" 13546. 

(9) Schiller und Lcebbex, Mittelniederdeuisches Woerierhich, t. V, p. 703. 

(10) Charirier de Vahhaye de Parc-Ies-Dames, aux Archives du Royaume. — 
BARini'K, Histoire de Vahhaye de Fhreffe, t. II, p. 119. Le texte imprimé porte 
WihinaJe. C'est une erreur résuUant de ce que l'on a pris m pour iu. 

(11) Gkandoagxage, Mémoire, etc., cité, p. 29. 
(i2j Idem, Vocabulaire, etc., cité, p. 191. 



i)i: TOPONYMi:-: 369 



second élément est bien Unes, car on retrouve le premier 
ailleurs, et notamment dans Ver-lée. 



Quant à l'interprétation des éléments qui, d'après 
nous, entrent dans la composition du nom de Malines, 
M. Serrure juge inutile de s'en occuper, puisqu'il n'ad- 
met pas l'existence de ces éléments. Il ajoute toutefois 
que cette explication lui paraît trop savante, parce que 
pour la justifier « on a besoin d'un dictionnaire poly- 
glotte, et qu'on ne sait pas prouver l'existence réelle, 
dans une langue jadis parlée à Malines, des mots qui 
doivent servir à l'interprétation « (p. 227). 

Notre manière de voir en ce qui concerne l'explication 
du sens des noms de lieux diffère absolument de celle de 
M. Serrure. Nous n'admettons pas qu'il ne faille accep- 
ter pour les interprêter que des mots reconnus comme 
ayant appartenu à l'idiome parlé jadis dans la contrée 
où ces lieux sont si':ués. Avec un pareil système il faut 
renoncer à jamais découvrir le sens d'une foule de déno- 
minations toponymiques, car beaucoup sont formées de 
mots que les monuments littéraires de cet idiome ne 
nous ont pas conservés, et dont l'usage s'est perdu de- 
puis longtemps. 

La présence d'un élément dans un nom de lieu est au 
contraire la preuve qu'il a fait un jour partie de la langue 
de la contrée à laquelle ce nom appartient, et c'est à 
déterminer sa signification que consiste le problème. 

La solution de ce problème s'obtient par des rappro- 
chements que l'on étend, au besoin, en tenant compte, 
bien entendu, des lois de la phonétique, à toutes les 
langues indo-européennes, et même à leurs racines com- 
munes. Ces rapprochements sont à même de faire dé- 
couvrir la signification d'un mot, parce que, perdu dans 
une branche de cette famille de langues, il s'est d'or- 
dinaire conservé avec un sens plus ou moins analogue 
dans une ou plusieurs autres branches. 

Ainsi le goth. haims, vieil haut allemand hcim, se re- 
trouve avec la même signification en lithuanien, sous la 
forme karmas. Si le mot heim, qui déjà en vieil haut 



370 O LESTIONS 



allemand ne s'emploie plus que dans des locutions ad- 
verbiales, s'était totalement perdu dans les langues ger- 
maniques, le lithuanien aurait permis de déterminer le 
sens qu'il a dans les noms de lieux. 

C'est par ce procédé que nous sommes parvenus à con- 
naître la signification de l'élément skender, qui se trouve 
dans Skcndrc-malc, Xhendremael, dans Skendre-lach, Xhen- 
delesse, et dans Schendel-beke. Nous avons vainement 
cherché dans les glossaires des langues germaniques un 
mot qui lui ressemble de loin ou de près, mais nous 
l'avons retrouvé en lithuanien, sous la forme szvendrai, 
avec la signification de roseau, signification qui convient 
parfaitement. 

Ce serait toutefois une grave erreur de se contenter 
d'une simple ressemblance entre un mot et l'élément à 
expliquer, pour attribuer à celui-ci la signification de 
ce mot. 

Il faut encore voir si cette signification s'accorde avec 
celle des divers autres éléments auxquels l'élément en 
question se trouve associé dans d'autres noms. 

Si cet accord existe, on peut considérer l'interprétation 
comme exacte. 

Tel est le S3^stème, fort rationnel d'ailleurs, semble-t- 
il, que nous avons appliqué à l'interprétation du nom de 
Malines. 



§ 6. — Conclusion 

Nous avons démontré dans ce qui précède que l'expli- 
cation du nom de Malines, donnée par M. Serrure, ne 
rend pas compte de toutes les lettres contenues dans les 
diverses formes, et que par conséquent elle est à rejeter 
en vertu du premier des principes formulés par M. Ser- 
rure lui-même. 

Notre manière de voir est, croyons -nous, suffisam- 
ment justifiée pour se trouver à l'abri d'un semblable 
reproche. 

En ce qui concerne le point de savoir laquelle des deux 
explications est a logiquement, physiquement et histori- 
quement possible » , il n'est pas nécessaire de discuter 



DK TOPONYMIE Syi 



celle de M. Serrure, puisqu'elle ne satisfait pas à la 
première condition qui est indispensable. 

Il suffira d'autre part, nous semble-t-il, que le lecteur 
relise la fin de notre premier article, pour se convaincre 
que notre explication remplit parfaitement cette deu- 
xième condition. 

Nous croyons donc être en droit de demander la pré- 
férence pour la sohition que nous avons proposée, en 
attendant une meilleure. Si l'on peut en trouver une, 
nous serons le premier à l'accepter, car notre seul désir 
est de découvrir la vérité. 



Edg. DE Marneffe. 



372 QUESTIONS 



NOTES COMPLÉMENTAIRES 



La forme « Maalinas » 

Au commencement de notre premier article, nous avons 
dit, en note, qu'il n'existait plus aucun manuscrit des 
Annales d'Hincmar. et qu'il était par conséquent impos- 
sible de savoir si la forme Maalinas remontait au 
neuvième siècle. Nous nous sommes exprimé ainsi sur la 
foi de Pertz, qui dit dans la préface de son édition des 
Annales : « Quum et codicibus manuscriptis careamus, 
maiore cum sollicitudine ad editiones anteriores re- 
çu r ri (i). » 

Nous faisions erreur, il existe, à la Bibliothèque de la 
ville de Saint-Omer, un manuscrit de ces Annales, qui, 
d'après le catalogue de Michelant, date du onzième 
siècle. 

M. DE Lauwereyns de Rosendael, conservateur de 
cette bibliothèque, a bien voulu, à notre demande, véri- 
fier comment le nom de Malines s'y trouve écrit, et s'est 
empressé, avec la meilleure grâce, de nous faire savoir 
que là aussi se trouve Maalinas. 

L'unanimité de ce manuscrit et des textes imprimés 
qui semblent ne pas en procéder, à employer cette forme, 
est une raison de croire qu'elle est bien celle dont s'est 
servi Hincmar. 

On nous demandera sans doute comment Maalinas 
peut se concilier avec les autres formes. La chose n'est 
pas difficile. 



(i) Monunienta Ccrmaniai: hisiorica, Scriptores, t. I, p. 421 



DE TOPONYMIE 373 



Comme l'a très bien dit M. Serrure, il y a entre les 
deux a une consonne qui a été sacrifiée. Cette consonne, 
qui est représentée dans les formes dérivées germaniques 
par un ch et dans les romanes par un s, ne peut être qu'un 
h. Mahalinas est donc le type d'où procède Maalinas. 

De Maha- à mâkja qui est, ainsi que nous l'avons dit, le 
thème de macki, il n'y a pas loin. 



La désinence « as » dans les anciennes formes 
de noms de lieux 

L'opinion émise dans notre premier article que les ter- 
minaisons as, a et on dans les noms de lieux sont des 
désinences casuelles germaniquess, se trouve corroborée 
par les faits suivants. 

Deux diplômes latins originaux, émanant de rois 
d'Angleterre, l'un de 790 et l'autre de 960, bien antérieurs 
par conséquent à l'époque où l'influence nofmande s'est 
fait sentir dans ce pays, portent respectivement Hastingas 
et Hastengas avec la préposition in (i). 

On trouve, d'autre part, dans la Chronique anglo- 
saxonne : 

i<^ œt Hœstinga. (2). Dans ce texte, qui doit se traduire : 
au port de Hastings, Hœstinga est nécessairement un 
génitif. 

2^ œt Hœstingan et to Hœstingaw (3). Ce sont deux da- 
tifs (4), car les prépositions œt et to régissent ce cas en 
anglo-saxon. 



(i) Tardif, Mountiieids historiques, Carions des rois, }>p. 68 et 146. 

(2) The Angh-Saxon chronicïe, publié par Thorpe, Londres 1861, t. I, p. 338. 

(3) Ibidem, pp. 337 et 339. 

(4) La désinence an est un affaiblissement de on, (jui kii-mème procède 
d'un piimitif um. 



3/4 QUESTIONS DE TOIONYMIE 



Enfin, dans la chronique de Robert de Glocestcr (i), 
écrite au treizième siècle, on lit : 

to Hastinges was icome (v. 7398) 

On voit donc qu'en vieil anglais, où les divers cas de 
l'anglo-saxon n'existent plus, a prévalu la forme Hastingais 
(es) dont procède directement l'actuelle, Hastings. Il faut 
en attribuer la cause à l'influence normande, car c'est 
aux formes ayant cette désinence que les dialectes ro- 
mans accordent toujours la préférence. 




(5) The Chrouick of Ruheyt of Gloncestcr, publié par Wri^'ht, Londres 1S87. 



i§«_ilà.J»^-J*4_i<^^te__.iljuJtt-^»i_-i#i._ite_i»i_^*4_^*4_^fe__i*i__ii>^_i*i^ 




•P} ff? w ■?♦?" -?tr^tr-ftr ffr-Ttr-fir-ït?^ <tr ïtr^ff ^ff?"-ffr"ftr^fr~îfr"î*? ^îtr-ftr^ 



ENCORE UN MOT A PROPOS 



DE 



Peerken uit 't Boekweitstroo 




ANS le tome III de ce Bulletin, M. le docteur 
V.-^N DooRSLAER a CRI dcvoii" insérer, sous le 
titre : A propos de Pccrkcn uit 7 Boekweitstroo, 
une critique de ma notice intitulée : Wavre- 
Notre-Dame. — Peerken uit 't Boekweitstroo, célèbre médi- 
castre, sa condamnation, i8o3. 

Pour combattre les conclusions de ce petit travail, 
M. Van Doorslaer s'appuie sur un extrait de la Mechel- 
sche Chronycke, par Schellens. Le texte reproduit se 
résume ainsi : 

En 1793, des pa3'sans de Meerbeek avaient brûlé une 
femme, prétendument accusée de jettatorisme par den 
Boer van Boekweystrooy. 

M. Van Doorslaer arrête la citation par la phrase 
suivante : 

« De pastoor die ondertusschen aldaer was gekomen 
« en hun verzekerde dat die vrouw een eerlijk mensch 
» was, moest weg vlugten. » 



376 ENCORE UN MOT A i'KUl'OS 



Nous avons voulu voir par nous-mèmc le document 
emprunté à la Chronique de Malines. 

Chose curieuse, la partie essentielle de la relation de 
ScHELLENS a été laissée de côté par M. \'an Doors- 
LAER, car, loin de lancer à charge du susdit Bocr une 
accusation, le chroniqueur malinois en lait plutôt l'apo- 
loeie. En effet, voici comment il finit son récit : 

« Men beschuldigde het boerken van Boekwey strooy, 
» maer die beschuldiging was valsch en hy vv^ierd tôt 
» Brussel los gelaeten ». 

Ceci veut dire en bon français : 

« On accusait ce paysan, mais cette accusation était 
» fausse, et il fut relaxé à Bruxelles ». 

Enfin, pour en avoir le cœur net, nous avons poussé 
nos recherches plus loin. Nous nous sommes rendu aux 
Archives générales du royaume, à Bruxelles, et là, nous 
avons eu communication de documents portant pour 
guscription : 

Criminele Rolle van Botimeerbeek, begonst l'j'j'J tôt i'j()4. 
Greffes scabinaux, arrondissement de Louvain. 

Il résulte de l'examen des pièces relatives à cette 
affaire, que la Mcchclsche Chrunvcke ne relate à différentes 
pages (3i5 à 3ig), que des contre-vérités, en ce qui con- 
cerne het Boerken van Boekwystroo. 

L'instruction du crime de Boortmeerbeek avait relevé, 
comme seuls coupables, les individus dont voici les 
noms : i» Henri Baudewijns; 2° Cécile Scheppers, 
épouse Baudewijns; 3° J.-B. Plotteau, leur domestique; 
40 Jean Vercammen; 5<^ Philippe De Vroe. 

Tous les cinq étaient fugitifs ou latitants. Les investi- 
gations de la justice eurent lieu du 8 avril 1793 au 12 
juillet 1794, c'est-à-dire jusqu'au moment de l'invasion 
française qui entraîna la suppression des bancs scabi- 
naux. De là probablement que l'affaire sera demeurée 
sans suite. 

Le paysan de Boekicystroo n'avait pas été mis en cause. 
Aucune information judiciaire n'eut même lieu à son 
endroit. 



DE PEERKEN UIT 't BOEKWEITSTROO 377 



Ainsi s'écroule déjà par la base l'un des arguments sur 
lesquels M. le docteur Van Doorslaer a tablé pour 
donner libre cours à l'expansion de toute l'horreur qu'il 
éprouve à l'égard de notre guérisseur. 

Quand on veut faire de la belle indignation, il faut 
tout au moins qu'elle ne soit pas factice, qu'elle ne se 
laisse pas prendre au trébuchet. 

Pour ce qui regarde les autres parties de l'écrit de 
mon honorable contradicteur, je me vois obligé d'y ré- 
pondre ailleurs. 

P^ NOTELTEIRS. 




ERRATUM 



Page 129, ligne 2, lisez : de contre-hermine, au lieu 
d'hermine. 



Table des Matières 



Liste des Membres du Cercle v 

Comité des publications viij 

Commission de la publication des biographies Malinoises . . viij 
Edg. de Marneffe. — Recherches sur le nom de Malines . . i 

Willem van Caster. — De gebouwen der Rechtbank van eersten 

aanleg, oud hof van Margareta van Oostenrijk, te Mechelen . i5 

D'' G. Vax Doorslaer. — Le Carillon et les Carillonneurs de la 

Tour St-Rombaut 35 

Willem vax Caster. — Jan van Standonck en zijn kollegie, te 

Mechelen 87 

J.-Th. de Raadt. — Les Seigneuries du pays de Malines. — Ite- 

gem et ses Seigneurs ii3 

C.-A. Serrure. — Etudes sur l'origine du nom de Malines . . 219 
A. Reydams. — Eenige bladzijden uit de geschiedenis van Moll, 

Baelen en Desschel 245 

Alpiioxse Goovaerts. — La ville et le district de Malines érigés 

en comté, en 1490, par l'empereur Frédéric III .... 317 
Edg. de Marneffe. — Questions de Toponj-mie. — Encore le nom 

de Malines 347 

P' NoTELTEiRS. — Encore un mot à propos de Peerken uit 't Boek- 

weitstroo 375 

Erratum 37g 



a I /o 



Un supplément est joint à ce bulletin. 



Irap. L. S: A. Godenne, Grand' Place, a8, Malines. 




^ JllPRniiiic ilM*^^ 



"fROBUS O^i*^^ 



5085 



W l^^b.